Qu'y a-t-il dans la fameuse boite noire? Vous savez celle du "sapiens-sapiens", terme cher à
Jean Rouaud dans
Préhistoires, celle du créatif, quoi.
Alessandro Baricco dans
City descelle devant nos yeux celle de Pandore ou il plutôt furette tour à tour, par un tour de force que seuls les grands sont capables de réaliser, dans les circonvolutions alambiquées de Shatzy Shell, un peu névrosée sur les bords paternels, qui crée un western dans sa tête et perd soudain le fil d'une conversation pour enregistrer une idée ou un paragraphe entier sur son magnétophone et Gould, "Monsieur Nobel", "un génie-enfant", aux personnalités multiples, dont le père général brille par son absence (considérant "cet enfant est un monde" et préférant barboter dans son propre monde à lui) et dont la mère invisible a quelque peu disjoncté.
Le talent de l'auteur consiste à imbriquer plusieurs histoires en une avec des écritures et des styles différents.
Avec Gould, on part tout azimuts, vu sans doute les rapides connections neuronales.
On passe de Gould, l'adolescent solitaire, réelle "poule aux oeufs d'or" qui a 27 professeurs d'université dont Mondrian Kilroy pour lequel Monet peignait "le rien" dans ses nymphéas et qui file aux toilettes "lorsque sa prostate l'appelle", à Diésel, le géant (dont le métier est de "déchirer les billets dans un cinéma" et qui adore "Mami Jane" héroïne de best-sellers), à Poomerang (fou des combats de boxe de Larry Gorman orchestrés par Mondini dont le slogan est "pour boxer il faut avoir faim") le muet chauve, qui "nondit", avec une facilité déconcertante et déstabilisante.Mais il y a aussi Young qui fantasme ferme, enfreint la loi et se fait tuer par son père et bien d'autres irréels, hyper-violents, qui sont pur délire.
City est une étude psychologique pointue et complexe de l'esprit humain (Moi, surmoi et ça qui partent parfois en vrille) mais c'est également une histoire d'amitié émouvante entre Shatzy (devenue gouvernante de Gould) et Gould (dont l'enfance a été volée) et de Gould avec le professeur Talomar face aux matchs de foot sur le terrain qui jouxte la maison.
On retrouve une satire des "génies", quelques clins d'oeil à la pub interactive avec les gogos.
Bon j'espère avoir tout saisi car ce coup là
Alessandro Barrico (dont j'ai apprécié le poétique
Soie et le plus philosophique
Océan mer) a fait compliqué de chez compliqué!
Vers la fin on passe dans un autre cerveau (chut!!) et là on se dit et si tout ça n'était que pure invention?
Houlà je vais reprendre cal-me-ment!!!