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Françoise Brun (Traducteur)
ISBN : 2070419584
Éditeur : Gallimard (01/08/2002)

Note moyenne : 4.07/5 (sur 422 notes)
Résumé :
Au bord de l'océan, à la pension Almayer, « posée sur la corniche ultime du monde », se croisent sept personnages au destin étrange et romanesque, sept naufragés de la vie qui tentent de recoller les morceaux de leur existence.
Mais leur séjour est bouleversé par le souvenir d'un hallucinant naufrage d'un siècle passé et la sanglante dérive d'un radeau. Et toujours, la mer, capricieuse et fascinante...

Avec une époustouflante maîtrise, Alessan... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (51) Voir plus Ajouter une critique
gouelan
27 juillet 2015
★★★★★
★★★★★
Sept naufragés de la vie se retrouvent dans un endroit étrange, qui existe à peine, et où le temps semble arrêté.
La pension Almayer qui abrite ces personnages est posée « sur la corniche ultime du monde », toute proche de la fin de la mer. Elle semble être arrivée là, toute seule, ne pouvant continuer son chemin, attendant la fin.
Face à eux , l'Océan qui ne finit pas, on ne sait où il commence, on ne sait dire qui il est. Est-il un monstre engloutissant les navires ou est-il cette vague inoffensive qui finit sa course sur la plage ?
Et ces traces de pas sur la plage qui s'effacent, recouvertes par la marée, semblent dire qu'ils n'ont jamais existé. Ce n'est qu'une illusion. Un décor planté là, le temps d'un récit.
« C'est le bord de la mer, un endroit qui n'existe pas, ni la terre, ni la mer »
Un récit d'aventures, dont le personnage principal est l'Océan. Les sept personnages sont venus guérir leurs blessures par la mer, prendre congés d'eux-mêmes, arrêter le temps pour trouver le bonheur d'être soi.
Chaque personnage est attachant, atypique, sensible et parfois drôle. Ils se complètent comme les pièces d'un puzzle.
Roman d'aventures étonnant, on y retrouve à la fois du suspense, de la poésie, de l'humour, de la violence, de la douceur, de la philosophie. Au départ, c'est déroutant, après c'est un régal.
On est envoûté par l'écriture, comme les personnages le sont par l'Océan, la pension Almayer et les enfants magiques qui semblent des anges gardiens. La disposition du texte sur la page contribue aussi à cet enchantement. L'écriture est musicale, elle semble nous raconter une fable. La fable de la vie, avec le temps qui passe, nos vies qui s'effacent, nos bonheurs et nos blessures, nos interrogations.
La pension Almayer attend la fin du récit pour s'éclipser et l'Océan efface toutes les traces, nous laissant dans le silence et l'émerveillement, nous éveillant doucement de ce songe enchanté.



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Commenter  J’apprécie          432
michemuche
11 octobre 2016
★★★★★
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" Sable à perte de vue, entre les dernières collines et la mer ".
Océan mer, mer océan, dans la pension Almayer de drôle de pensionnaire se côtoient, des hommes des femmes des enfants, un artiste, un savant, une maitresse sans amant, un prêtre précepteur .....
Pas facile d'écrire sur ce roman d'Alessandro Baricco, " Océan mer" est une plongée dans un univers poétique un peu comme Richard Brautigan, on se laisse emporter, balloter à travers des phrases et des situations.
Les personnages comme le peintre Plasson qui peint sans couleurs, juste de l'eau de mer sur la toile, ou encore le professeur Bartleboom qui écrit une encyclopédie sur les "limites" ou la belle Ann Devéria venu à la pension soigner son étrange maladie l'adultère.
Pendant ce temps, un radeau se désagrège emportant ses passagers dans un enfer sans nom.
Un magnifique récit que je vous recommande, un voyage dans l'univers d'Alessandro Baricco, c'est une invitation à la rêverie et pourquoi pas à l'écriture.
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bilodoh
18 décembre 2016
★★★★★
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« Partons la mer est belle… » Répondons à cet appel et partons pour une magnifique incursion dans l'imaginaire car comme le dit l'auteur : « La mer ensorcelle, la mer tue, émeut, terrifie, fait rire aussi, parfois, disparaît, pas moments, se déguise en lac ou alors bâtit des tempêtes, dévore des bateaux, elle offre des richesses, elle ne donne pas de réponses, elle est sage, elle est douce, elle est puissante, elle est imprévisible. Mais surtout, la mer appelle. (p.97) »

Plongeons dans cet ouvrage qui compte un lot de personnages improbables réunis par hasard dans un hôtel tenu par des enfants qui lisent dans les rêves. Il y a un peintre qui peint des toiles blanches, un scientifique qui cherche à trouver la fin de la mer, une jeune fille escortée par un prêtre, envoyée par son père pour soigner son hypersensibilité et même, une épouse venue se guérir de son infidélité.

Mais il n'y a pas que poésie et légèreté, il y a aussi une terrible tragédie. Une horreur inspirée d'un scandale du dix-neuvième siècle, une histoire vraie : « le radeau de la Méduse » où des hommes se sont entretués et auraient même mangé de la chair humaine pour survivre.

Le roman navigue donc à travers une mer d'émotions et de réflexions. Il sera question de la vie et de la mort, de l'art et de l'amour. Tantôt dans la délicatesse d'une dentelle, tantôt dans la macabre brutalité d'un corps décapité par un coup de sabre, on voguera sur les flots poétiques vers des horizons inexplorés.

Et une fois le livre refermé, on pourra garder le souvenir ému d'une petite pension qui émerge peut-être du brouillard au bord de l'océan…
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kikobaus
23 juillet 2011
★★★★★
★★★★★
Ce roman est construit comme un grand voyage allégorique sur Océan mer. La pension Almayer, perdue quelque part en bord de mer, ressemble à son quai d'embarquement. Chacun des sept personnages a une bonne raison de se trouver là : fuir, guérir, découvrir, comprendre, dire... Doucement, les liens entre ces destins disparates se forment, comme dans la promiscuité d'un navire dont l'équipage, mi-enfants mi anges, fait l'effet d'un ouvreur d'horizon et d'un révélateur. Déjà, la merveilleuse écriture d'Alessandro Barrico prend la forme de cet océan mer, entre poésie, flux, reflux, ruptures de styles et répétitions. On comprend vite qu'à l'instar des personnages, on n'embarquera qu'à condition de lâcher prise et de se laisser porter, de renoncer à comprendre comme notre scientifique, à dépeindre comme notre artiste, à croire comme notre homme de foi.
Le voyage en lui-même nous donne à voir l'indépassable pouvoir d'Océan mer. Ce naufrage, qui empreinte largement au Radeau de la Méduse, est une tragédie, humaine à force d'inhumanité. Là, le style dense, nerveux, linéaire, donne de la mer un visage souverain, qui transcende les hommes... à moins qu'il ne les révèle.
Le retour à quai est l'occasion de retrouver successivement chacun de nos personnages, transformés par leur expérience, se dispersant vers leur nouvelle vie comme révélée. Tantôt tragique (La vengeance d'Adams), tantôt drôlissime (les tergiversations amoureuses de Bartleboom), mais toujours d'une grande originalité, la narration épouse ces destins au plus près. La formidable liberté de style d'Alessandro Barricco n'apparait jamais comme une fantaisie vaine. Il demeure toujours à la fois au plus près de ses personnages et de son sujet, Océan mer.
On ne sort pas indemne de ce roman : Alessandro Barricco parvient si bien à nous faire partager ce voyage qu'Océan mer nous transforme nous aussi.
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Larsen_Sideral
16 décembre 2016
★★★★★
★★★★★
Hier soir, assis dans ma chambre, les mains flottant au-dessus du clavier j'ai réalisé que cette critique s'écrirait un matin. Maintenant on est justement un matin et je devrais plutôt étudier mais je pense qu'étudier se fera un soir. Donc ça roule.
Justement ce qui roule aussi c'est ce livre. le roulis des vagues se fait ressentir dans les prières du prêtre, dans l'enchaînement des points de vue et dans le passé d'Adam. Les lignes tanguent et notre pensée surf de page en page de sorte qu'on échoue à la fin sans trop savoir comment on y est parvenu.
Histoire d'être un minimum cohérent j'ai lu le livre dans mon bain (en 3 fois) et j'en suis sorti, la peau des doigts toute fripée mais un grand sourire sur le visage. (Expression à ne pas prendre au sens figuré, j'étais content mais personne n'était là donc je n'ai pas souri)
J'entretiens généralement une puissante aversion pour les effusions de sentiments, cependant, je ne sais pas comment il s'y prend, notre auteur, mais tout sonne juste. Et de tous les livres que j'ai lu de lui, pour moi celui-ci remporte la « palme du diapason ». Tous les personnages sont accordés avec précision, interagissent en accord parfait, les passages un peu décalés ne sont pas de fausses notes mais des dissonances résolues par l'accord qui suit, et le rythme du livre est emprunté au rythme des marées.
S'il y a un thème que j'aimerais discuter avec les lecteurs c'est le côté très psychédélique de certains passages, le côté « sublime » au sens de Nicolas Boileau (de mer) de la séquence apocalyptique du radeau par exemple est très frappant. Ce n'est pas sans rappeler la peinture de Nicolas Poussin « l'hiver » ou « le déluge » que j'affectionne particulièrement.
Le dernier point que j'aimerais aborder, disons plutôt sur lequel j'aimerais partir à l'abordage, c'est la beauté que l'auteur insuffle sur tous les extraits. Aussi bien ceux qui baignent dans l'horreur, ceux trempés dans l'amour, ceux qui flottent sur la tristesse, tous sont beaux, sans exception.
Un chef d'oeuvre qui donne envie d'aller faire trempette en Vendée mais qui n'encourage pas à partir en croisière en bateau, croyez-moi sur parole.
La critique était censée se finir sur cette vanne et puis en me relisant je me suis rendu compte que j'avais omis de mentionner que les personnages étaient parfaitement épicés, relativement peu manichéens et que ça fait du bien.
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Citations & extraits (71) Voir plus Ajouter une citation
gouelangouelan26 juillet 2015
C'est un endroit, ici, où tu prends congé de toi-même. Ce que tu es se détache doucement de toi, peu à peu. Et à chaque pas, tu le laisses derrière toi, sur ce rivage qui ne connaît pas le temps et ne vit qu'un seul jour, toujours le même. Le présent disparaît et tu deviens mémoire.[...]
Ce que je suis désormais, est advenu : et cela vit en moi, ici, maintenant, comme un pas dans une trace, comme un son dans un écho, et comme une énigme dans sa réponse. Cela ne meurt pas, non. cela glisse de l'autre côté de la vie. Si légèrement que c'est comme une danse.
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ssabssab02 juillet 2012
C'est la musique qui est difficile, voilà la vérité, c'est la musique qui est difficile à trouver, pour se dire ces choses, quand on est si proche l'un de l'autre, la musique et les gestes, pour dissoudre le chagrin, quand il n'y a vraiment plus rien à faire, la juste musique, pour que ce soit une danse, un peu, et non pas un arrachement, de partir, de se laisser glisser loin de l'autre, vers la vie et loin de la vie, étrange pendule de l'âme, salvateur et assassin, si on savait danser cette chose-là, elle ferait moins mal, et c'est pourquoi les amants, tous, cherchent cette musique, à ce moment-là, à l'intérieur des mots, sur la poussière des gestes ; et ils savent que, s'ils en avaient le courage, seul le silence pourrait être cette musique, musique exacte, un vaste silence amoureux, clairière de l'adieu, lac fatigué qui s'écoule enfin dans la paume d'une petite mélodie, connue depuis toujours, à chanter à mi-voix.
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OliphantOliphant03 février 2016
Bartleboom, lui, se mit à rire.
Mais à rire pour de bon, à s'en péter la panse, à s'en plier en quatre de rire, impossible de l'arrêter, avec les larmes et tout, un spectacle, un rire babélien, océanique, apocalyptique, un rire qui n'en finissait plus. Les domestiques des Ancher ne savaient plus que faire, impossible qu'il se taise, ni de gré ni de force, et lui, il continuait à se démantibuler de rire, une chose embarrassante, et contagieuse qui plus est, on le sait, l'un commence et tout le monde suit, c'est la loi du fou rire, c'est comme un poison, tu veux essayer de garder ton sérieux mais tu ne peux pas, c'est inexorable, rien à faire, ils s'écroulaient les uns après les autres, les domestiques, lesquels n'avaient pourtant aucune raison de rire, et même, pour être exact, auraient eu des raisons de se faire du souci, de par cette situation embarrassante sinon même dramatique, mais ils s'écroulaient les uns après les autres, à rire comme des malades, à s'en pisser aux culottes, si vous voyez ce que je veux dire, oui, aux culottes, si on n'y prenait pas garde.
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gouelangouelan26 juillet 2015
Légèrement penché en avant, il regardait : le sol. Il examinait l'endroit exact où la vague brisée dix mètres plus tôt, s'étirait - devenue lac, et miroir, et flaque d'huile - , remontant la douce inclinaison de la plage pour finalement s'arrêter - sa frange ourlée d'un perlage délicat - , et hésiter un instant avant d'esquisser, vaincue, une élégante retraite, et se laisser glisser en arrière, sur le chemin d'un retour en apparence facile, mais en réalité proie idéale pour l'avidité spongieuse d'un sable, qui, jusque là pacifique, se réveillait soudain et - cette brève course de l'eau en déroute - l'évaporait dans le néant.
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gouelangouelan27 juillet 2015
- Ecoute, Dood …
Dood, c’était son nom au petit garçon.
- Toi qui est toujours ici…
- Mmmmh.
- Tu dois le savoir, toi.
- Quoi ?
- Où ils sont les yeux de la mer ?
- …
- Parce qu’elle en a, hein ?
- Oui.
- Et où diable est-ce qu’ils sont, alors ?
- Les bateaux.
- Comment ça les bateaux ?
- Les bateaux sont les yeux de la mer.
Il en reste pétrifié Bartleboom. Ça vraiment, il n’y avait jamais pensé.
- Mais des bateaux, il y en a des centaines…
- Et elle, elle a des centaines d’yeux. Vous ne voudriez quand même pas qu’elle doive se débrouiller avec deux.
- Effectivement. Avec tout ce qu’elle a à faire. Et grande comme elle est. Il y a un certain bon sens, là-dedans.
- Oui mais alors, excusez-moi…
- Mmmmh.
- Et les naufrages ? Les tempêtes, les typhons, toutes ces choses…Pourquoi avalerait-elle tous ces bateaux, si c’étaient ses yeux ?
Il a presque l’air impatienté, Dood, quand il se tourne vers Bartleboom et dit
- Et vous…vous ne fermez jamais les yeux ?
Fichtre. Il a réponse à tout cet enfant.
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