Ce roman – paru en 1897 – est le plus connu des textes de l'œuvre de
Maurice Barrès (1862-1923) alors que paradoxalement, il n'est pas romancier mais essayiste, chroniqueur, journaliste.
Le roman débute à Nancy, dans un lycée où nous faisons connaissance d'un groupe de sept jeunes hommes à l'aube de leur vie et de leur professeur de philosophie, représentation du républicain kantien qui applique la devise « Je dois toujours agir de telle sorte que je puisse vouloir que mon action serve de règle universelle ». Tout comme le héros
De Balzac, Eugène de Rastignac, quelques jeunes gens vont monter à
Paris en quête de gloire et de fortune. Loin de leur Lorraine natale, déracinés, ils vont se confronter à la grande ville où leurs personnalités profondes vont dissocier leurs parcours et tracer leurs destinées. le crime et la mort pour certains, la réussite tempérée par la mise à mal de leurs idéaux de jeunesse pour d'autres.
Un excellent livre qui au-delà de la trame romanesque assez simple, est riche en « à côtés » - qui en réalité sont la quintessence du roman - comme ces longues pages sur l'enterrement de
Victor Hugo, ces descriptions précises de la vie économique et éthique d'un journal, ces remarques sur l'éducation de l'époque « Les conditions de la vie universitaire broient les pauvres » ou « l'instituteur a mission de donner la réalité de Français aux enfants nés sur le sol de France » ou bien encore cette réflexion sur la peine de mort « Couper le cou, c'est de la prudence, mais nulle expiation ne peut faire qu'un acte n'ait pas été commis ». Tout cela est accentué par le style de l'écriture créant une distanciation très journalistique entre les faits décrits et leur transcription. Un livre à lire absolument.