ISBN : 2020005859
Éditeur : Editions du Seuil (1970)


Note moyenne : 3.84/5 (sur 79 notes) Ajouter à mes livres
L'Antiquité avait son Oedipe, le Grand Siècle son roi Soleil, et voilà que Barthes donne à la France de l'après-guerre ses nouveaux emblèmes : la DS Citroën, le Tour de France, le steak frites... Tous objets d'un culte bourgeois, ils deviennent de véritables mythes pour... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 5.00/5
    Par chartel, le 20 août 2010

    chartel
    Dans "Mythologies", Roland Barthes s'attaque avec délectation à la culture petite-bourgeoise qui se dit universelle. Pour cela, il analyse tous les mythes populaires qui permettent à la classe bourgeoise de continuer imperturbablement de soumettre les classes laborieuses et prolétaires à leur ordre moral et économique, mais surtout, ce qui est encore plus fort, à leur faire chérir cette soumission. Tout passe donc au crible du sémiologue : le catch, le Tour de France, l'automobile, la publicité, la photographie, la Littérature, la cuisine ou les guides touristiques. C'est passionnant, même si quelques exemples ne font plus référence pour un lecteur qui n'a pas connu les années 1950. Mais il est plaisant de les actualiser, montrant en cela que Mai 68 n'a pas vraiment fait vaciller le piédestal de l'idéologie petite-bourgeoise contrairement à ce que l'on croit pourtant. le poujadisme de plus en plus prononcé de Monsieur Sarkozy en est une illustration.
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    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
    • Livres 2.00/5
    Par sandow1977, le 08 juin 2011

    sandow1977
    J'y suis finalement parvenu ! Après six ans de lecture, plusieurs fois interrompue, je suis arrivé au bout de « Mythologies ». C'est à l'occasion d'un trajet en train, interminable, entre Termini et Jesi que j'avais commencé l'opus de Roland Barthes. A l'époque, je m'étais vite rendu compte qu'à moins d'être linguiste, sémiologue ou sociologue, je n'arriverais pas à en apprécier le contenu.
    C'est après avoir terminé « Pastiches et postiches » d'Umberto Eco, un autre livre entamé il y a quelques années également, et l'avoir bien mieux appréhendé (compris, oserais-je dire), que j'osai me replonger dans la lecture de « Mythologies ». Espérant cette-fois en comprendre l'essentiel.
    Hélas, je n'ai pu y entendre que le superficiel, serais-je moi aussi un petit-bourgeois ?
    J'ai été cependant frappé par l'actualité des thèmes de plusieurs articles, et malgré les concepts ardus (pour le profane que je suis) la capacité du texte à ouvrir les yeux du lecteur sur l'idéologie bourgeoise (idéologie qui ne dit pas son nom, me semble-t-il avoir compris).
    J'ai le sentiment que même si l'œuvre est parfois absconse (encore une fois lorsqu'on ne dispose pas du bagage adéquat) ; elle nous permet de recouvrir, pour un temps, une certaine lucidité sur le monde.
    Bref, un essai complexe, inabordable par certains côtés, édifiant par d'autres mais qui donne l'envie de se former à la sémiotique.
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    Critique de qualité ? (6 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par JeanLouisBOIS, le 15 juin 2011

    JeanLouisBOIS
    Critique de Jérôme Garcin dans l'introduction du livre "Nouvelles Mythologies":
    Roland Barthes mythifie si bien ce qu'il dénonce qu'on peut lire aujourd'hui son encyclopédie subversive avec une tranquille nostalgie: elle est devenue une littérature d'ambiance, comme on le dit de la musique. L'œuvre était d'abord politique, elle finit par ressembler, avec le temps, à un merveilleux bric-à-brac, un étonnant vide-greniers, un magasin d'enfance, une foire à tout [...]
    En relisant aujourd'hui ce livre qui a tant marqué une génération, l'on ne peut s'empêcher de se demander si, tout en stigmatisant une époque, qui à la fois l'excite et l'exaspère, ce doctrinaire émotif, que l'obsession du deuil n'a jamais quitté, ne travaille pas à sauvegarder déjà ce qui est voué à disparaître, s'il ne fabrique pas des souvenirs par anticipation et des objets de mémoire par prétérition. (p.9).
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    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par Bookworm84, le 12 septembre 2010

    Bookworm84
    Un ouvrage des plus intéressants de par ses analyses de certaines choses / événements des plus quotidiens. Un certain regard sur notre société qui nous permet de voir tout cela d'un autre point de vue. Mon seul regret : le langage parfois trop "pointu" - l'ouvrage est déjà copieux de par les informations distillées, mais le langage de spécialiste en plus oblige à morceler sa lecture. Certains événements analysés reflètent aussi l'époque où cet essai a été écrit et peuvent paraître incompréhensibles au lecteur d'aujourd"hui, mais ce n'est pas le cas de tous. En résumé, un essai des plus intéressants mais à parcourir lentement.
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    Critique de qualité ? (6 votes positifs)

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Citations et extraits

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  • Par mandarine43, le 14 mai 2011

    "Le bifteck et les frites".

    Le bifteck participe à la même mythologie sanguine que le vin. C'est le cœur de la viande, c'est la viande à l'état pur, et quiconque en prend, s'assimile la force taurine. De toute évidence, le prestige du bifteck tient à sa quasi-crudité : le sang y est visible, naturel, dense, compact et sécable à la fois ; on imagine bien l'ambroisie antique sous cette espèce de matière lourde qui diminue sous la dent de façon à bien faire sentir dans le même temps sa force d'origine et sa plasticité à s’épancher dans le sang même de l'homme. Le sanguin est la raison d'être du bifteck : les degrés de sa cuisson sont exprimés, non pas en unités caloriques, mais en images de sang; le bifteck est saignant (rappelant alors le flot artériel de l'animal égorgé), ou bleu (c'est le sang lourd, le sang pléthorique des veines qui est ici suggéré par le violine, état superlatif du rouge). La cuisson, même modérée, ne peut s'exprimer franchement; à cet état contre nature, il faut un euphémisme : on dit que le bifteck est à point, ce qui est à vrai dire donné plus comme une limite que comme une perfection.

    Manger le bifteck saignant représente donc à la fois une nature et une morale. Tous les tempéraments sont censés y trouver leur compte, les sanguins par identité, les nerveux et les lymphatiques par complément. Et de même que le vin devient pour bon nombre d'intellectuels une substance médiumnique qui les conduit vers la force originelle de la nature, de même le bifteck est pour eux un aliment de rachat, grâce auquel ils prosaïsent leur cérébralité et conjurent par le sang et la pulpe molle la sécheresse stérile dont sans cesse on les accuse. La vogue du steak tartare, par exemple, est une opération d'exorcisme contre l'association romantique de la sensibilité et de la maladivité : il y a dans cette préparation tous les états germinants de la matière: la purée sanguine et le glaireux de l'œuf, tout un concert de substances molles et vives, une sorte de compendium significatif des images de la préparturition.

    Comme le vin, le bifteck est, en France, élément de base, nationalisé plus encore que socialisé ; il figure dans tous les décors de la vie alimentaire : plat, bordé de jaune, semelloïde, dans les restaurants bon marché; épais, juteux, dans les bistrots spécialisés ; cubique, le cœur tout humecté sous une légère croûte carbonisée, dans la haute cuisine ; il participe à tous les rythmes, au confortable repas bourgeois et au casse- croûte bohème du célibataire ; c'est la nourriture à la fois expéditive et dense; il accomplit le meilleur rapport possible entre l'économie et l'efficacité, la mythologie et la plasticité de sa consommation.

    De plus, c'est un bien français (circonscrit, il est vrai, aujourd'hui par l'invasion des steaks américains). Comme pour le vin, pas de contrainte alimentaire qui ne fasse rêver le Français de bifteck. À peine à l'étranger, la nostalgie s'en déclare, le bifteck est ici paré d'une vertu supplémentaire d'élégance, car dans la complication apparente des cuisines exotiques, c'est une nourriture qui joint, pense-t-on, la succulence à la simplicité. National, il suit la cote des valeurs patriotiques : il les renfloue en temps de guerre, il est la chair même du combattant français, le bien inaliénable qui ne peut passer à l'ennemi que par trahison. Dans un film ancien (Deuxième Bureau contre Kommandantur), la bonne du curé patriote offre à manger à l'espion boche déguisé en clan- destin français : « Ah, c'est vous, Laurent ! Je vais vous donner de mon bifteck. » Et puis, quand l'espion est démasqué: « Et moi qui lui ai donné de mon bifteck ! » Suprême abus de confiance.
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  • Par chartel, le 19 août 2010

    Je crois que l’automobile est l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques : je veux dire une grande création d’époque, conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon dans son usage, par un peuple entier qui s’approprie en elle un objet parfaitement magique.
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  • Par grouan, le 03 avril 2011

    (...) l'infini du monde est conjuré, tout est ramené dans un ordre court, mais plein, sans fuite, celui du paiement. Au-delà (...) l'affirmation d'une loi selon laquelle rien ne s'accomplit sans une conséquence égale, où tout acte humain est rigoureusement contré, récupéré, bref toute une mathématique de l'équation rassure le petit-bourgeois, lui fait un monde à la mesure de son commerce. (...) Non seulement toute offense doit être conjurée par une menace, mais même tout acte doit être prévenu. [p.80]
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  • Par annie, le 26 mars 2012

    « La France est atteinte d'une surproduction de gens à diplômes, polytechniciens, économistes, philosophes et autres rêveurs qui ont perdu tout contact avec le monde réel. »
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  • Par chartel, le 19 août 2010

    Cette méditation de l’intelligence entre la pure morale du sacrifice et la dure loi du succès, traduit un ordre mental composite, à la fois utopique et réaliste, fait des vestiges d’une éthique très ancienne, féodale ou tragique, et d’exigences nouvelles, propres au monde de la compétition totale. C’est dans cette ambiguïté qu’est la signification essentielle du Tour : le mélange savant des deux alibis, l’alibi idéaliste et l’alibi réaliste, permet à la légende de recouvrir parfaitement d’un voile à la fois honorable et excitant les déterminismes économiques de notre grande épopée.
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