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Claude Vincenot (Traducteur)Jean-Pierre Sicre (Préfacier, etc.)
ISBN : 2859405186
Éditeur : Phébus (18/03/1998)

Note moyenne : 4.39/5 (sur 200 notes)
Résumé :
« … je partage l’humanité en deux catégories fondamentalement différentes : une poignée de gens qui savent ce qu’il en est des réalités et l’énorme majorité qui ne sait pas. »
Retranché dans sa citadelle dominant la plaine, le grand maître Hassan Ibn Sabbâh mène, à la fin du XIe siècle, une guerre sainte en Iran. Il n’a que peu de soldats et seuls ses proches le connaissent intimement. Parti de presque rien, sans armée, sans terre et sans guère d’appuis à la ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
Arakasi
28 avril 2013
★★★★★
★★★★★
Alamut… Malgré les siècles écoulés depuis sa destruction par les armées mongoles, le nom de la célèbre forteresse n'en conserve pas moins toutes ses sinistres résonnances. Taillée à même la roche des montagnes, elle fut le siège pendant presque deux cents ans de la fameuse secte ismaélienne des Assassins – ou Assassiyoun – qui fit trembler de frousse sur leurs trônes les plus puissants monarques des XIe et XIIe siècles. Même aujourd'hui « le Vieux sur la montagne » et ses tueurs fanatiques et intoxiqués au hashish conservent leur aura de terreur mystique, cette célèbre invincibilité ne pouvant naître que de la foi la plus féroce et la plus intransigante. Mais au fond qu'était vraiment la secte des Assassiyoun ? Au prix de quelles manigances, de quelles manipulations cyniques et brillantes, sa légende fut-elle forgée ? C'est sur ces questions que se penche le romancier Vladimir Bartol en remontant aux sources mêmes du mythe.
Nous sommes en 1090 et Hassan ibn al-Sabbah vient de s'emparer par la ruse de la forteresse d'Alamut, au nez et à la barbe de sultan de Bagdad. de cette plate-forme, il s'apprête à lancer une entreprise qui ébranlera tout le monde musulman, du Caire à Damas. Grande ambition que d'espérer dominer le monde quand on ne possède qu'une poignée de guerriers et deux ou trois châteaux ! Mais al-Sabbah possède entre ses mains un atout redoutable : au sein des montagnes qui cernent Alamut, il a fait creuser dans la pierre des merveilleux jardins et, dans ses jardins, enfermer de splendides esclaves toutes plus voluptueuses les unes que les autres. Il peut ainsi envoyer ses adeptes – drogués préalablement jusqu'au yeux – goûter aux délices de ce qu'ils pensent être les jardins d'Allah. Persuadés d'avoir séjourné au Paradis, les jeunes gens n'auront plus qu'un désir : y retourner le plus vite possible en mourant pour la sainte cause de l'ismaélisme. Et que ne pourrait pas faire un homme décidé et habile avec une meute de jeunes martyrs enragés à ses ordres… ?
La moindre des choses est de dire que « Alamut » m'a grandement et très agréablement surprise. En l'ouvrant, je m'attendais à lire un récit d'aventure, bourré de rebondissements, de coups de poignards et de jeunes houris dénudées, mais le roman de Vladimir Bartol s'est révélé bien plus que cela ! Fable politique et philosophique, « Alamut » nous offre également une analyse des dessous d'une dictature absolument renversante d'intelligence (il ne faut pas oublier que le roman a été écrit en 1938 quand l'Europe n'avait guère de raisons de plastronner de ce côté-là…). Une grande partie du roman est en effet consacré à l'endoctrinement des jeunes fedayin destinés à devenir des assassiyoun : un vrai cours de manipulation des masses en dix leçons ! Avec ironie, mais aussi compassion et pitié, Bartol dissèque le processus de fanatisation d'un petit groupe d'individus, pourtant cultivés et intelligents. Des thématiques, hélas, toujours d'une attristante actualité.
Autre coup de génie de l'auteur : la caractérisation du personnage central du roman, l'imam Hassan ibn al-Sabbah – entré dans la postérité sous le pseudonyme du « Vieux sur la montagne ». Loin de le présenter comme un fou de Dieu assoiffé de sang, Vladimir Bartol en a fait un septique ! Et pas un agnostique indécis, attention : un athée pur et dur dont la seule doctrine pourrait être résumée par « Rien n'est vrai, tout est permis » – je n'invente pas, je cite. Plus charlatan que fanatique, plus illusionniste que prophète, cet homme aussi brillant que cynique a vite compris qu'aucune puissance ne peut égaler celle de la foi… à condition que celle-ci soit solidement contrôlée par des mains pragmatiques. « J'ai frappé à la porte de la bétise et de la crédulité des gens ; de leur concupiscence, de leurs désirs égoïstes. Et les portes se sont ouvertes en grand. » clame-t-il devant un disciple effaré. Il y a quelque chose d'infiniment fascinant à voir cet escroc de génie tissait sa propre légende, entrelaçant complots, machinations et subtiles manipulations avec la dextérité d'un artisan accompli. Ai-je déjà confessé que j'étais charmée par les salopards astucieux ?
Roman politique, récit d'aventure, fable philosophique… « Alamut » est donc une oeuvre complète, un livre à lire et à recommander sans restriction ! (Et pas de chance, mon exemplaire appartient à un copain – rien qu'à l'idée d'avoir à le rendre, je me sens déjà un peu orpheline…)
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Philemont
19 avril 2013
★★★★★
★★★★★
Alamut est une forteresse bâtie au IXème siècle dans le nord-ouest de l'actuel Iran. Réputée inexpugnable, elle a été prise à la fin du XIème siècle par Hassan Ibn Sabbâh pour servir de base à la secte chiite ismaélienne des Nizârites. Ces derniers sont des musulmans fondamentalistes qu'Hassan aimait appeler « Assassiyoun » que l'on peut traduire par « ceux qui sont fidèles au fondement de la foi ». Mais ce mot a aussi été mal compris des voyageurs étrangers et souvent traduit par « consommateurs de haschich ». C'est notamment ce que fit Marco Polo qui entamera le développement de la légende d'Alamut. Selon sa description en effet, la forteresse comportait un magnifique jardin secret imitant l'aspect des jardins du Paradis. Son rôle était de convaincre les futurs assassins de la secte — drogués notamment au haschich — qu'ils venaient de faire un bref tour au Paradis afin de les fanatiser avant qu'ils ne partent accomplir leur mission mortelle...
C'est cette légende que l'écrivain slovène Vladimir BARTOL romance dans Alamut. Bien que dirigeant une poignée d'hommes, Hassan Ibn Sabbâh parvint à faire trembler et plier maints dirigeants et personnalités de l'époque, en particulier grâce à sa capacité de manipulation de l'esprit des hommes. Il avait tout d'abord mis en place un système éducatif complet par lequel ses adeptes apprenaient à se battre avec plusieurs types d'armes, mais été aussi initiés aux langues, aux sciences et à la religion. Ensuite Hassan Ibn Sabbâh se faisait passer pour un prophète, ce statut lui permettant d'être l'unique détenteur terrestre des clés du paradis. Et c'est ainsi que la culture de son jardin secret, habité uniquement de très belles femmes vierges, lui permettait d'envoyer qui il voulait dans le « jardin d'Eden ». Les rares élus (ses adeptes les plus méritants), drogués au haschich, avaient ainsi un avant-goût de la « vie éternelle » qu'ils pouvaient rapporter à leurs coreligionnaires. Dès lors le fanatisme religieux était né puisque les adeptes d'Hassan n'avaient plus peur de rien, et surtout pas de la mort, celle-ci signifiant désormais un retour au paradis tant qu'ils demeuraient dévoués à leur maître. Ils faisaient notamment de parfaits tueurs capables d'agir tels des commandos suicides.
En s'appropriant cette légende, Vladimir BARTOL fait preuve d'une grande érudition et du sens de la narration. le roman est en effet très instructif sur le Coran et la religion musulmane, et s'il se lit réellement comme une légende, il fait aussi preuve d'une étonnante modernité. Il est vrai que le propos de BARTOL en 1938 était de dénoncer les régimes totalitaires, quels qu'ils soient, 14 ans après l'accession de Staline au pouvoir, et 5 années après la nomination d'Hitler au poste de chancelier. de fait son roman est très détaillé sur le processus qui conduit au fanatisme et met en garde contre la manipulation des masses (« je partage l'humanité en deux catégories fondamentalement différentes : une poignée de gens qui savent ce qu'il en est des réalités et l'énorme majorité qui ne sait pas »). Cynique, mais réaliste, BARTOL invite tous les peuples à ne jamais abdiquer leur souveraineté, à se méfier des populistes qui promettent un monde meilleur et à ne jamais dédaigner la raison, fondement de l'humanité. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, le propos était tragiquement d'actualité ; il le demeure aujourd'hui pour d'autres raisons.
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stcyr04
22 janvier 2015
★★★★★
★★★★★
Roman historique et d'aventure, à fort contenu philosophique, Alamut, illustre la propension, malheureusement toujours d'actualité, qu'ont certains hommes habiles à utiliser la religion, et par extension, la foi et la crédulité de personnes plus faibles moralement et moins assises intellectuellement, comme prétexte à des fins politiques.
Hassan Ibn Sabbâh, est en lutte contre les Seljoukides et le calife de Bagdad, représentants du sunnisme tout puissant. Il est le maître d'une communauté Ismaélienne, qui prêche la soumission à la branche issu d'Ali, un des premiers disciples et le plus fervent des partisans du Prophète. Retranché dans Alamut, “le nid d'aigle”, il met en place un vaste plan de formations et d'attaques ciblées qui doivent le conduire à sa suprématie dans la région. Des fedayin sont recrutés jeune et suivent une formation complète et accélérée; il sont entourés de professeurs savants quil leur enseignent l'histoire du Prophète et des martyrs, la grammaire arabe, la dialectique, l'algèbre et l'arithmétique, les rudiments de certaines langues étrangères, l'anatomie et les sciences naturelles, l'art poétique...mais surtout l'art de la guerre et la fortification de la volonté. Ainsi ils seront comme un glaive dans les mains de leur maître. Parallèlement à cette vie ascétique, et contrastant avec celle-ci, il nous est donné de suivre la formation et l'existence sensuelle qui préside à la tenue de ce qui semble être un harem. Dans un cadre idyllique de jardins, de fontaines et de jeux d'eau, de ravissantes jeunes filles aux origines diverses, perfectionnent la maîtrise d'agréments tels que la musique, la danse, le chant, la poésie et l'art d'amour, toujours en parallèle avec l'enseignement du Coran et sous la vigilance d'une troupe d'eunuques. Les choses semblent aller leurs cours paisiblement alors que la menace du Sultan se fait toujours plus précises et que le cercle des plus fidèles du maître l'enjoigne de partir au plus vite avant que cette forteresse, réputée inexpugnable, ne devienne leur tombeau…
Ce roman riche basée sur des faits historiques passionnants, pour qui aime l'histoire des religions et de la grande civilisation perse, sonne comme un avertissement. En mettant en lumière un prophète auto-proclamé, dont l'idéologie réelle, d'ordre nihiliste (“Rien n'est vrai, tout est permis”) et dont le plan d'ensemble s'apparente à de l'endoctrinement de masse, Vladimir Bartol nous lance un cri d'alarme : n'abdiquez pas votre raison, gardez vous de ceux qui vous promettent le paradis matériel ou spirituel, maintenez à l'esprit que le plus précieux dans l'humanité, c'est l'homme et que nul ne peut se prévaloir de la signification et de la conduite de votre vie.
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luocine
11 août 2015
★★★★★
★★★★★
Voilà un an, je recevais ce roman en cadeau, j'ai donc mis beaucoup de temps à le lire. Je ne connaissais pas ce livre pourtant très célèbre, je dois avouer que je ne suis pas attirée par les romans historiques, et puis, à chaque fois que je le commençais, j'étais rebutée par les noms étrangers et pour suivre cette histoire, il faut retenir et se familiariser avec « Hassan Ibn Sabbâh, Abd al Malik, Abdu Saroka , Ibn Tahir… ». Et puis, lors d'une navigation très calme où le soleil brillait plus que le vent ne soufflait, j'ai enfin lu d'une traite ce roman. Je me suis plongée dans le monde musulman du XIe siècle, dans ce château d'Alamut en Iran, et comme tous les les amateurs de romans historiques, j'ai été fascinée par cette histoire très bien racontée.
Un homme: Hassan Ibn Sabbâh, se prétend prophète et lié directement à Dieu, il forme des fedayins prêts à tout pour leur chef au nom de la foi Ismaélienne (variante du chiisme). Il prétend avoir les clés du paradis où il peut envoyer les plus valeureux de ses fidèles. Cette secte connue aussi sous le nom « secte des assassins » a été évoquée par Marco Polo, mais la vérité et le mythe sont très difficiles à démêler, on ne sait donc que peu de choses historiques sur ce personnage et sa secte, en revanche, son histoire a envahi bien des imaginaires toujours liés à la violence de ceux qui prône le fanatisme. le roman est le récit d'une manipulation d'un leader pour obtenir un pouvoir absolu grâce à des hommes qui lui sont entièrement dévoués.
Mais si Vladimir Bartol s'est emparé de cette histoire, pour en faire ce roman publié en 1938, c'est pour mettre en scène le fanatisme et ses terribles conséquences. Il s'agit donc d'une réflexion très pointue et encore très pertinente sur ce qui permet de fanatiser des personnes jeunes et idéalistes. Pour tous les commentateurs, Valdimir Bartol s'empare de cette histoire de l'Islam du XIe siècle, pour aider ses contemporains à ouvrir les yeux sur l'engagement communiste ou nazi. Il est vrai que l'on retrouve dans les deux cas, un embrigadement de la jeunesse au nom d'un idéal et la demande du chef d'une fidélité jusqu'au sacrifice suprême, mais il y a dans « Alamut » une histoire bien particulière de création d'un « faux » paradis et je ne vois pas très bien à quoi ça correspond dans l'Allemagne nazie, pour le communisme on peut penser aux » lendemains qui chantent », mais dans les deux cas la jeunesse s'enflamme pour un chef pour qui ils sont prêts à donner leur vie.
Et hélas! Ce roman permet de très bien comprendre le fanatisme islamique d'aujourd'hui. le principe du leader manipulateur est très simple, après avoir constaté que les peuples en règle général ne veulent pas du savoir mais adorent croire aux histoires merveilleuses, il comprend que pour les manipuler, il suffit d'attiser leurs croyances, celui qui sera leur maître doit simplement avoir une avance sur eux et ne croire en rien de ce qu'il fait croire aux autres. Ce roman m'a fait beaucoup réfléchir et je comprends son succès mondial, je crois qu'aujourd'hui , où des fous tuent au nom d'une religion, il a sa place dans nos bibliothèques. Je viens, en effet, de lire une citation tirée du journal Dar AL-Islam appelant à la guerre sainte contre la France qui aurait pu être prononcée par Hassan Ibn Salâa dans le roman de Vladimir Bartol :
« Nous n'avons pas d'avions pour vous bombarder comme vous nous bombardez. nous avons des hommes qui aiment la mort comme vous aimez la vie ».

Lien : http://luocine.fr/?p=2927
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Illusion
21 juin 2016
★★★★★
★★★★★
Un roman dont le titre m'a accroché l'oeil.
Alamut m'a faite rêver par sa sonorité persane.
Mais finalement c'est une forteresse où Hassan, égal au Prophète sur terre, a fondé une école de guerriers pour défendre leur courant qu'est l'ismaélisme.
En effet, l'ismaélisme a tout d'une secte et ses guerriers devront mourir pour leur foi en combattant les Turcs et tous ceux dominés par le califat de Bagdad.
Il est vraiment intéressant de lire ce roman aujourd'hui pour comprendre l'embrigadement des djihadistes et comment on peut tomber si facilement dans le piège de toute secte. Vous croyez agir de votre plein gré car le chef vous a promis de belles récompenses mais il n'en est rien.
J'ai appris aussi des choses concernant cette culture musulmane que je connais peu.
Une épopée qui restera longtemps dans ma mémoire.
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Les critiques presse (1)
Lexpress09 novembre 2012
Voici, sous une plume rougie au fer de la satire, la description quasi clinique de ce qui se trame dans les fiefs islamistes d'aujourd'hui, comme si la fiction devançait les monstruosités de l'Histoire.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations & extraits (60) Voir plus Ajouter une citation
kuroinekokuroineko08 février 2017
Beaucoup m'écoutaient attentivement. Mais lorsque j'avais fini, ils me répondaient qu'il leur était arrivé, à eux aussi, de douter mais qu'il leur paraissait plus sage de tenir à quelque chose de solide que d'errer dans une éternelle incertitude ou de s'entêter à une inutile négation. Non seulement le bas peuple mais même les esprits relevés préféraient le mensonge palpable à une vérité insaisissable.
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kuroinekokuroineko08 février 2017
La vérité nous est inaccessible, la vérité pour nous n'existe pas. Quelle est donc la conduite à tenir? Pour celui qui ne croit en rien, tout est permis, et l'on peut bien suivre sans crainte ses passions.
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IllusionIllusion19 juin 2016
Allez d'homme en homme et essayez de convaincre chacun. La première chose à faire est d'obtenir sa confiance. Ne soyez pas doctrinaires, adaptez votre façon d'agir à chaque cas. Si vous voyez que quelqu'un est rigoureusement croyant et qu'il a une confiance illimitée dans le Coran, montrez-vous, vous aussi, sous ce jour. Dites lui que la foi décline sous le sultan seldjoukide et que le calife de Bagdad est devenu son valet. S'il vous répond que l'imam du Caire est un étranger et un usurpateur, approuvez-le, mais insistez sur le fait que tout n'est pas rose avec le plénipotentiaire de Bagdad. [...] Là où vous tombez sur un homme plus sagace qui se moque du Coran et de la doctrine religieuse en cachette ou même en public, dites lui que, dans son essence, l'ismaélisme est identique à la libre-pensée et que la reconnaissance des sept imams n'est que de la poudre aux yeux et un appât pour les masses ignorantes. Traitez ainsi chaque individu suivant son caractère et ses opinions et amenez-le insensiblement à mettre en doute la justice de l'ordre établi. Par ailleurs, montrez vous humbles et satisfaits de peu, comportez-vous selon les us et coutumes de sa région et de son groupe et, dans toutes les choses non essentielles, cédez à votre interlocuteur. Il doit avoir l'impression que vous êtes savants et expérimentés, que pourtant vous l'apprécie au plus haut point et que vous êtes nombreux à pouvoir lui faire prendre le bon chemin.
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OrpheaOrphea05 juillet 2012
-- ... Ce ne sont point les choses en elles-mêmes qui nous rendent heureux ou malheureux, rêvait Hassan à voix haute, tandis que ses deux amis l'observaient, allongés sur les coussins... mais seulement l'idée que nous nous en faisons, et les fausses certitudes dont nous nous flattons. L'avare cache son trésor dans quelque endroit ignoré de tous : il simule la pauvreté en public mais jouit en secret de se savoir riche. Un voisin découvre la cachette et lui prend son trésor... Cela empêche-t-il le ladre de jouir de sa richesse tant qu'il n'a pas découvert le vol ? Et si la mort le surprend avant qu'il ait eu vent de son infortune, il rendra le dernier soupir avec l'heureux sentiment de posséder le monde ! Il en ainsi de l'homme qui ne sait pas que sa maîtresse le trompe. S'il ne le découvre pas, il continuera de goûter en sa compagnie des instants exquis. Supposons maintenant que son épouse chérie soit la fidélité même, mais que des lèvres mensongères parviennent à le persuader du contraire... il subira les tourments de l'enfer. Ce ne sont donc ni les choses ni les faits réels qui font le départ entre notre bonheur et notre malheur, mais seulement les représentations que nous propose notre conscience vacillante. Chaque jour nous révèle à quel point ces représentations sont mensongères et trompeuses. Notre bonheur ne repose sur rien de solide. Et combien peu justifiées sont souvent nos plaintes ! Quoi d'étonnant que le sage soit indifférent à l'un comme aux autres... et si seuls les rustres et les imbéciles peuvent jouir du bonheur !
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stcyr04stcyr0419 janvier 2015
Protagoras disait que l’homme est la mesure de toute chose. Ce qu’il perçoit existe, ce qu’il ne perçoit pas n’existe pas. Dans les jardins, nos trois garçons, leur corps, leur âme et tous leurs sens vont jouir du paradis. Le paradis existe donc pour eux. Toi, Buzruk Umid, tu t’indignes de la supercherie dans laquelle j’ai attiré les fedayin. Ce faisant, tu oublies que nous sommes nous-mêmes victimes des illusions de nos sens. Dans ce domaine, je ne serai en rien pire que cet être supposé au-dessus de nous qui, comme l’affirment les différentes religions, nous a créés. Démocrite savait déjà que nous sommes victimes de nos sens. Pour lui, il n’y a ni couleurs, ni sons, ni douceur, ni amertume, ni froid, ni chaleur mais seulement des atomes et de l’espace. Et Empédocle a constaté que seuls nos sens assurent la liaison avec notre savoir. Ce qui n’est pas en eux n’est pas non plus dans notre pensée. Si nos sens mentent, comment notre connaissance, qui procède d’eux, pourrait-elle être juste ? Regardez ces eunuques dans les jardins ! Ils ont les mêmes yeux que nous, la même bouche et les mêmes sens. Et pourtant ! Une petite mutilation de leur corps a suffi pour que leur image du monde change fondamentalement. Qu’est pour eux le parfum enivrant d’une peau de jeune fille ? une odeur repoussante de peau en sueur. Et le contact des seins fermes d’une vierge ? la sensation désagréable d’un membre étranger adipeux. Et l’accès secret au summum de la volupté ? un drain malpropre. Telle est, vous le voyez, la fiabilité de nos sens. L’aveugle n’a que faire de la beauté colorée d’un jardin en fleurs. Le sourd est inaccessible au chant du merle. Le charme des vierges n’excite pas l’eunuque. Et le nigaud se moque de toute la sagesse du monde.
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