Tout commence en Italie en 1957. Alors qu'une promenade conduit le narrateur devant des tombes étrusques, il se souvient de la tombe monumentale qu'avaient édifiée les Finzi-Contini dans le cimetière israélite de Ferrare. Cette tombe était prévue pour accueillir toute la famille, mais finalement seul le fils aîné a pu y être enterré, avant que le nazisme n'emporte le reste de la famille.
La fin tragique des Finzi-Contini nous est ainsi révélée dés le prologue. Les souvenirs du narrateur qui constituent le roman sont donc dés le départ, alors même qu'il ne s'agit encore que de leur adolescence insouciante, lus avec en perspective la tragédie à venir.
Le narrateur a sensiblement le même âge que le frère et la sœur Finzi-Contini. Également de confession juive, il les croise régulièrement à la synagogue. Mais d'un milieu plus modeste, il étudie à l'école publique, alors que
Micòl et Alberto reçoivent leurs professeurs à domicile. Pourtant un jour de 1929, il finit par rencontrer
Micòl, alors âgée de 13 ans. Mais ce n'est qu'en 1938, qu'il pénètre pour la première fois dans la grande propriété des Finzi-Contini. C'est l'époque des premières lois raciales. Les Juifs sont exclus des écoles publiques, des universités, des bibliothèques… et du cercle où le narrateur jouait au tennis. La jeunesse juive de Ferrare prend alors l'habitude de se retrouver chez les Finzi-Contini, qui ont leurs courts de tennis privés. Et tandis que la guerre approche, des intrigues sentimentales se nouent entre les jeunes gens. le narrateur est amoureux de
Micòl, qui semble dans un premier temps partager son inclination, mais finalement le repousse. Leurs amis, Bruno et Adriana, filent un temps le parfait amour, mais les lois raciales se durcissent encore, interdisant les mariages entre juifs et non-juifs, et empêchent donc leurs fiançailles. Quant à Antonio, le frère de
Micòl, il semble aimer en secret son ami Giampiero Malnate, un amateur de femmes qui fait aussi la cour à
Micòl. Et tout ce petit monde s'enlise dans la mélancolie, alors même que la fin approche.
Les phrases de
Giorgio Bassani sont quasiment proustiennes. Longues à n'en plus finir, elles comportent des parenthèses, des tirets et des points-virgules, et pourtant jamais l'on ne s'y perd. le temps perdu que restitue Bassani est celui de la sortie de l'adolescence. le narrateur vit son premier chagrin d'amour, alors que l'histoire s'emballe et anéantit le monde de sa jeunesse. le jardin de la belle propriété des Finzi-Contini symbolise cet Eden perdu. Et finalement, le roman apparaît comme un tombeau érigé à la mémoire de tous ces disparus qui n'ont pu être inhumés.
J'ai beaucoup aimé ce roman. Je vais d'ailleurs le ranger tout de suite aux côtés du Guépard, parmi les perles de la littérature italienne.