> Philippe Legionnet (Traducteur)

ISBN : 2752905548
Éditeur : Phébus (2011)


Note moyenne : 5/5 (sur 3 notes) Ajouter à mes livres

Un jour de l’hiver 1953, un imprimeur-éditeur munichois, en écoutant l’un de ses techniciens raconter sa vie de prisonnier en Russie, son évasion et sa folle errance à travers la Sibérie, lui suggère d’en faire un livre. L’homme ne s’en sentant pas capable, ... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par segrob, le 05 février 2012

    segrob
    Cet extraordinaire récit est magnifiquement raconté par Josef Martin Bauer.
    C'est à la fois un poème et un hymne à la Sibérie, si dure et si belle, et qui pousse toute forme de vie dans ces derniers retranchements. Certaines citations illustrent si bien ce sentiment d'immensité blanche, à la fois aimante et dangereuse.
    Mais ce récit est surtout le combat d'un homme qui a réussi à dépasser toutes les limites connues. C'est peut-être ce dépassement de soi, à la limite de la folie, à quelques doigts de se perdre totalement mentalement et physiquement qui nous rend parfois méfiant quant à la véracité de certains détails.
    Ce qui est sûr, c'est que J.M.Bauer est, à mes yeux, un très grand conteur. Il décrit à merveille les superbes paysages russes, les situations tant coquasses que tragiques et il réussit parfaitement la description des sentiments et états d'âme de C. Forell lors des différentes étapes de son aventure.
    A lire absolument pour se redonner du courage, pour ne jamais abdiquer face aux contrariétés et obstacles quelqu'ils soient et surtout pour avoir une idée de la valeur d'une vie humaine.
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    • Livres 5.00/5
    Par Apikrus, le 11 décembre 2011

    Apikrus
    Selon l'éditeur, ce récit est le témoignage - mis en forme par J. M. Bauer - de Clemens Forell, un Allemand capturé par les Russes en 1945 et envoyé dans une mine de plomb au nord-est de la Sibérie.

    Cette seconde lecture m'a tout autant passionné que la première, dix ans plus tôt, bien que j'en aie gardé un souvenir tenace. Les deux cents premières pages évoquent, de façon un peu monotone, le voyage vers l'extrême-est puis la détention dans la mine. C'est après une évasion du personnage principal que le récit devient captivant : parviendra-t-il à rester libre ? à ne pas mourir de faim ou de froid ? à atteindre puis à franchir une frontière russe ? ... Outre l'incertaine et dangereuse vie d'un fugitif, le livre dresse un tableau de la vie en Sibérie dans l'immédiat après-guerre. J'ai parfois eu des doutes sur la véracité de quelques épisodes ou détails de l'histoire, mais peu importe, cela n'a absolument pas terni l'intérêt du livre.

    Un livre passionnant que je recommande donc très vivement.

    Dans le même genre de littérature, je pense relire prochainement A marche forcée de Slavomar Rawitz, qui m'avait aussi beaucoup plu, mais dans une moindre mesure.
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    • Livres 5.00/5
    Par BVIALLET, le 01 avril 2012

    BVIALLET
    Clemens Forell est fait prisonnier à la fin de la deuxième guerre mùondiale par les soviétiques. Simple soldat allemand, il devrait "bénéficier" du statut de prisonnier de guerre. Mais il n'en sera rien. Les communistes lui font un procès et le condamnent à vingt ans de goulag pour crime d'espionnage et haute trahison et le voilà parti pour le grand nord entassé dans un fourgon à bestiaux. Il atterrit d'abord dans un camp de concentration en Sibérie qui n'a rien à envier à ceux du nazisme à sa pire époque puis dans une mine de plomb où l'on ne prend même pas la peine de donner une cabane aux détenus qui vivent 24 heures sur 24 dans les galeries sombres en proie aux affres du saturnisme...
    Après une première tentative d'évasion échouée, où il doit subir une bastonnade en règle de la part de ses codétenus, il réussit à s'enfuir et entreprend une cavale de trois ans à travers la Sibérie dans des conditions monstrueuses et c'est miracle s'il parvient à se retrouver de l'autre côté de la frontière iranienne.
    Le livre vaut surtout par la force du témoignage humain, la réalité y dépasse la fiction. On ne peut s'empêcher de penser à la phrase de Guillaumet perdu dans les Andes :"Ce que j'ai fait , aucune bête au monde ne l'aurait fait!"
    On reste sans voix devant tant de souffrance et de courage.
    Un livre magnifique, passionnant et que l'on quitte à regret. On reste un peu sur sa faim en ce qui concerne les complicités qui lui permettent d'échapper enfin à l'enfer soviétique, mais ce livre, publié en 1955 et qui fut un immense succès en Allemagne méritait amplement d'être réédité ne serait-ce que comme pièce à conviction du livre noir du communisme dont l'auteur donne une définition amusante :"Je vais te dire ce que c'est que le communisme : c'est quand le gos caillou jaune ( il s'agit d'une pépite d'or) revient finalement à la fripouille qui a le moins de scrupules ..."
    A ne pas manquer par ceux qui aiment les récits d'aventures extraordinaires

    Lien : http://www.etpourquoidonc.fr/
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Citations et extraits

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  • Par segrob, le 05 février 2012

    La peur et la haine ont mis dans ses yeux profondément enfoncés dans son visage jaune une flamme inquiète. On peut simuler l'imbécillité une fois mais pas deux. Les trains se trouvaient côte à côte. Forell a lu la pancarte et a changé de train. Assis dans le dernier coin du wagon avec son chien serré contre lui, il a attendu qu'une équipe de contrôle monte en cours de route. Feindre une innocente stupidité n'était plus pensable. C'était quitte ou double. Il n'eut pas conscience, durant ces quelques jours de voyage, de l'altération dans laquelle il était tombé. Devant son mutisme buté, les autres voyageurs gardaient une distance prudente. Et il n'y eut pas de contrôle. Si un inspecteur lui avait demandé son propousk, Forell se serait jeté sur lui et lui aurait enfoncé son long couteau dans le cou, jusqu'aux vertèbres cervicales. Il ne sait plus ce qu'il fait ni ce qu'il dit et cela tient à ce que des jours durant il a joué l'imbecillité. Non, cela tient à la carte du secteur dans le poste de garde du MVD de la gare d'Oulan-Oude. Non, c'est la crainte. Ce sont ses nerfs rongés par l'angoisse. C'est sa vigueur déjà réduite en poussière, l'épouvante de voir sa mémoire le quitter, l'hystérie dont il est saisi à l'idée qu'un détail aille le faire trébucher au moment où il est si près de la frontière. C'est l'animalité en lui qui fait que soudain toutes les épreuves subies au nom de la liberté se transforment en une haine incoercible.
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  • Par segrob, le 05 février 2012

    Et le médecin espère que la lueur qui brille dans ces yeux d'oiseau de proie tiendra quelques semaines, cette flamme jaune et méchante qui ne se nourrit plus d'intelligence mais de l'instinct de la bête. La permanence de ses réserves, la froideur de ses refus n'avaient d'autre but que de souffler sur les braises pour en faire jaillir un crépitement fou, à la lumière duquel toute chose devrait prendre une forme nouvelle.
    Il est parvenu à ses fins. Forell a abandonné ses doutes; son unique pensée est celle d'un animal qui ne voit que la vie, la nourriture, la liberté, une pensée toute de nature, et qui n'a de logique que de préférer végéter misérablement de l'autre côté des barreaux plutôt que de dépérir lentement, indolemment, à l'intérieur de la cage. Le médecin sait que le fugitif ne fera pas cent verstes s'il se contente d'être raisonnable et de réfléchir. C'est l'instinct de l'animal échappé vers la liberté qui trouvera le chemin le plus court, le meilleur et le moins dangereux, en tout cas durant le temps nécessaire pour s'éloigner de la zone la plus périlleuse. Et puis son rôle sera terminé.
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  • Par segrob, le 05 février 2012

    Ce qui est plus terrible, c'est qu'il ne possède plus pour ce qu'il a vécu le souvenir d'un contenu mais seulement celui de circonstances extérieures. Cela fait qu'il raconte ses années de Sibérie en enchaînant les détails, et lorsque tout se brouille dans son récit, il fixe ses mains en silence, convoquant péniblement le souvenir de ce qu'il avait déjà confié à l'oubli et qui ne subsiste plus que comme un reflet, semblable à ce ciel clair et obscurci selon que l'eau était libre ou chargée de glaces. Il est cruel d'interrompre la grâce de l'oubli et de contraindre cet homme torturé à réfléchir.
    Car l'oubli, la perte de mémoire, est l'effet même de ces évènements qui ont bien sûr permis à l'homme Clemens Forell de rentrer au moment qui était le sien, mais réduit à l'état de vestige extérieur d'une personne humaine.
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  • Par segrob, le 05 février 2012

    On devrait, un jour où il ne ferait pas trop froid, avoir le courage de mourir. Je sais, c'est un jeu dangereux, et les chances sont minces. Mais la chance des morts, c'est qu'ils n'ont plus d'importance. On les raie et, du moment qu'ils ne figurent plus sur les listes, il ne vient plus à l'idée de personne de les chercher. Reste la question de savoir combien de temps on tiendrait le coup dans la neige en tant que mort, si le train restait arrêté deux, trois, quatre heures. Moi, je crois que je tiendrais deux heures. Pas plus. Plus, c'est impossible. Car il ne faut pas que le froid me paralyse complètement. Viens, Leibrecht, montons!
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  • Par segrob, le 05 février 2012

    L'existence qu'il mène depuis deux ans n'est que celle d'un animal toujours en quête de nourriture et de chaleur, dont l'instinct du danger s'est aiguisé, et qui tourne en rond dans sa cage, cherchant dans un abrutissement croissant quelque part où se cacher. Le tigre derrière ses barreaux sait bien qu'il ne trouvera pas de sortie, et il ne cesse cependant pas de marcher et de chercher, sans même savoir encore qu'il cherche, ni ce qu'il cherche.


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