> Gaston Baccara (Traducteur)
> Raymond Baccara (Traducteur)

ISBN : 2752902905
Éditeur : Phébus (2007)


Note moyenne : 3.3/5 (sur 10 notes) Ajouter à mes livres
Berlin, fin des années 20. Quelques personnages se croisent dans le hall - et les chambres - d'un palace, où chacun croit avoir trouvé le lieu de son destin. La gloire éteinte d'une chanteuse sur le déclin, les illusions d'un baron cambrioleur perdu par les femmes, l'ou... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 4.00/5
    Par Lencreuse, le 26 décembre 2010

    Lencreuse
    En relatant quelques jours de la vie d'un Grand hôtel berlinois, c'est un regard sur la société des années 20 que donne avec talent Vicki Baum. Pour autant, le texte n'est pas daté tant les tourments, les aspirations, le monde sans concession des affaires, les petites mesquineries de la vie, les sentiments ont ici une portée universelle.
    Installé pendant de longues heures et de longs mois dans le hall du Grand hôtel, le docteur Otternschlag pose un regard cynique sur les clients qui s'y croisent. Vivant dans une effroyable solitude, l'homme marqué dans ses chairs par une guerre pas si lointaine ouvre et ferme ce riche roman où en quelques jours des drames vont se jouer, des vies se transformer, un amour naître et la mort frapper. Au Grand hôtel séjourne le temps de quelques représentations la Grousinskaïa, une danseuse vieillissante qui ne remplit plus les salles. Elle a voué sa vie à son art, a touché les sommets de la gloire et ne peut se résoudre à accepter le travail du temps sur son corps et sa carrière. Débarque à l'hôtel, le souffreteux Otto Kringelein : se sachant condamné par la maladie, ce comptable d'une grande usine de textiles est bien décidé à mener grand train avec ses économies, à vivre enfin comme un homme riche, lui qui a passé de longues années à compter le moindre sou d'une vie de labeur. Dans cet hôtel de standing est aussi installé un fringant et beau jeune homme, débordant de vie et de charme, le baron Gaigern. Il séduit tous ceux qui le croise, cachant la réalité d'une vie de bandit mondain. Dans les couloirs de l'hôtel, Kringelein croise le directeur général Preysing, son patron venu pour affaires et qui ne le reconnaît à peine. L'homme d'affaires va livrer une négociation au bras de fer (magnifique scène !) tentant le tout pour le tout mais va aussi s'amouracher d'une jeune assistante, Flammèche, prête à tout contre de l'argent sonnant et trébuchant. Ces protagonistes vont croiser leurs destins, pour le meilleur et pour le pire, dans l'amour et la haine, dans les faux-semblants et les rapports régis par l'argent, dans les mensonges et les mesquineries. Chacun ressortira de ce séjour à jamais transformé. Et le Grand hôtel, plus qu'un simple décor, se révèle un personnage à part entière du roman de Vicki Baum : si les clients passent, si les histoires laissent des marques ou sont vite oubliées, c'est toute une vie qui fourmille dans ces murs, celle des réceptionnistes, des chasseurs, des femmes de chambre… Une vie faite de bonheurs, de déceptions, de menus larcins, de petites hontes, d'amours déçues, de travaux éternellement recommencés. Grand hôtel livre un regard aigu sur l'humain qu'il sonde avec justesse, sur la société et la lutte des classes, sur le pouvoir biaisé de l'argent et sur les traces terribles de la guerre. L'ensemble est véritablement jubilatoire et a donné un film à succès dans les années trente (« Grand hôtel » d'Edmund Goulding avec entre autres Joan Crawford et Greta Garbo) que l'on a vite envie de découvrir une fois le roman refermé.

    Lien : http://lencreuse.over-blog.com
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    • Livres 4.00/5
    Par lolo71, le 13 mars 2009

    lolo71
    Tout d'abord, le décor : un hôtel de luxe à Berlin, à la fin des années 20. Puis, les personnages : un gentleman escroc, insouciant et charmeur, tirant le diable par la queue et sur le point de réaliser un « coup » ; une danseuse russe sur le déclin, lucide et amère, ayant autrefois connu la gloire et donnant à Berlin des représentations devant un maigre public ; un employé de province, condamné par la maladie, ayant récemment hérité de son père et venu profiter pleinement de ses derniers instants, décidé à prendre sa revanche sur une existence terne ; le patron de ce dernier, bourgeois parvenu et hautain, anxieux avant d'entamer des négociations vitales pour ses affaires et, partant, sa situation ; une jeune, modeste et mignonne dactylographe, à l'occasion modèle nue pour des photographes, et ne dédaignant pas parfois d' « accompagner » en voyage des messieurs fortunés, puisqu'il faut bien vivre.
    Etrange, dit l'auteur, ce qui arrive aux hôtes du Grand hôtel : aucun d'eux n'en ressort exactement tel qu'il était entré. En effet, dans ce quasi huis-clos - hormis quelques scènes dans un théâtre, et en d'autres endroits de Berlin lors d'une virée mémorable pour le petit employé de province, toute l'action se déroule dans l'hôtel -, les trajectoires des protagonistes vont se croiser, se frôler, se rencontrer ou se heurter. En quelques jours, la vie de chacun d'eux en sera bouleversée. Certains y gagneront (l'amour, la dignité), d'autres y perdront (l'honneur, ou pire encore).
    L'ambiance est luxueuse et feutrée, avec le jazz pour arrière-fond musical (très présent). On y danse, on y fait des affaires, on y cherche l'aventure. Mais pour servir ce petit monde, les employés de l'hôtel, ces prolétaires, s'activent. Ainsi, par petites touches, l'auteur nous donne également à voir la violence des rapports sociaux et la lutte de chacun pour sa survie. Bref, l'hôtel, cette « grande boîte », comme image de la vie en général.
    Tableau plutôt sombre donc, où, malgré l'effervescence, un grand sentiment de solitude domine. Il est incarné par le personnage émouvant d'un médecin, gueule cassée de la Grande Guerre et morphinomane, qui passe le plus clair de son temps dans le hall. Il y observe l'agitation et, en philosophe pessimiste, n'y voit que mirage et néant. Laissons-lui le mot de la fin : C'est affreux, se dit-il. Toujours la même chose. Il ne se passe rien. On est affreusement seul. le monde est un astre qui ne réchauffe plus […] Si encore, dans cette grande boîte, il se passait quelque chose qui valût la peine. Mais non…rien ! […] On entre…on sort, on entre…on sort, on entre…on sort…
    Un très beau roman.


    Lien : http://plaisirsacultiver.unblog.fr/2007/11/08/grand-hotel-de-vicki-b..
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