ISBN : 2707322148
Éditeur : Editions de Minuit (2012)


Note moyenne : 4/5 (sur 7 notes) Ajouter à mes livres
L’étude des différentes manières de ne pas voyager, des situations déli cates où l’on se retrouve quand il faut parler de lieux où l’on n’a pas été et des moyens à mettre en oeuvre pour se sortir d’affaire montre que, contrairement aux idées reçues, il est tout à fait p... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 4.00/5
    Par pilyen, le 05 février 2012

    pilyen
    Si vous pensez, en lisant ce lire, pouvoir ensuite rivaliser avec vos amis de retour d'un voyage au Mexique, c'est raté. Vous ne pourrez pas briller en échangeant vos points de vue sur Mexico, capitale où vous n'avez jamais mis les pieds, sauf si vous vous êtes énormément documenté avant et que vos interlocuteurs demeurent polis ou prêts à plonger dans vos délires.
    Non, ici, on a affaire à un essai de type universitaire mais lisible car plein d'humour et pas trop bourré de termes savants. Il vous faudra uniquement appréhender le terme "atopique", qui n'est pas ici une allergie, mais le concept d'espace littéraire et artistique d'une oeuvre dont on étudier la perméabilité des frontières entre réalité et fiction. (Enfin, j'espère avoir bien compris...). Pour faire simple, l'auteur nous parle de tous ces écrivains, considérés comme grands voyageurs mais qui ne sont, pour la plupart, jamais sortis de chez eux.
    Et, ils sont assez nombreux. Ainsi, Marco Polo, dont les récits de ses voyages en Chine ont fait rêver des générations, n'est jamais allé au delà de Constantinople, inventant ses récits pour plaire à sa fiancée. Pierre Bayard multiplie les exemples : Chateaubriand décrit des régions des Etats Unis qu'il n'a jamais foulées, Blaise Cendrars n'a jamais effectué le trajet fondateur de son oeuvre, c'est à dire son voyage en transsibérien de Moscou à Vladivostock. Margaret Mead, la célèbre anthropologue, n'a jamais observé les moeurs sexuelles des habitants des îles Samoa, se contentant de rapporter les récits débridés d'informatrices pas vraiment scientifiques de formation mais débordantes d'imagination.
    En multipliant les exemples, l'auteur nous balade dans des contrées littéraires où se mêlent imaginaire, histoire et psychanalyse. C'est relativement facile à lire et on apprend, mine de rien, une foule de choses car l'auteur n'est pas avare de partage de connaissances, qualité suffisamment rare dans ce genre d'ouvrage pour être soulignée.
    Pour conclure, je retiendrai le portrait de cet écrivain allemand, Karl May (1842-1912), grand classique dans son pays pour ses romans d'aventures dans le Far West où il n'avait jamais posé le moindre orteil. Son imagination lui a fait représenter une réalité de la conquête de l'Ouest américain et du massacre des indiens très éloignée des concepts colonialistes de l'époque ou des récits de ceux qui étaient sur place.
    La fin sur le blog :
    http://sansconnivence.blogspot.com/2012/02/comment-parler-des-lieux-ou-lon-na-pas.html
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par Corboland78, le 18 mars 2012

    Corboland78
    Pierre Bayard né en 1954 est professeur de littérature française et psychanalyste, il est l'auteur de nombreux essais.
    Comment parler des lieux où l'on n'a pas été ? Un tel titre pourrait laisser entendre qu'on va lire un bouquin écrit par un amuseur public, listant tous les trucs et astuces répertoriés permettant de rédiger à peu de frais le bouquin du voyageur immobile. Or ce serait une grave erreur, le propos de l'auteur est beaucoup plus profond, derrière la provocation du titre se cache une réflexion particulièrement intéressante.
    Contrairement à ce que l'on pourrait croire à première vue, et Pierre Bayard va s'employer à le démontrer tout au long de cet essai, il est tout à fait possible de discuter d'endroits où l'on n'est jamais allés, et même mieux encore, c'est peut-être quand on n'y a jamais mis les pieds qu'on peut le mieux en parler, grâce à ce qu'il nomme « la vision d'ensemble », une vision synthétique d'un être ou d'un objet, qui ne s'arrête pas au détail, mais tente d'en saisir, au-delà des apparences, l'essence profonde.
    Pierre Bayard s'appuie sur de nombreux exemples tirés ou non de la littérature comme Marco Polo ou Chateaubriand pour ne citer que les plus connus, qui écrivirent de bien belles pages sur des lieux où ils ne mirent jamais les pieds contrairement à ce qu'ils laissaient croire. Mais au-delà du simple récit de voyage « bidonné » qu'il ne critique pas d'ailleurs, il pousse le bouchon plus loin encore lorsqu'il prouve qu'au contraire, c'est le fait d'avoir « inventé » ou plutôt reconstruit intellectuellement une vérité non vue qui est plus bénéfique.
    Il prend pour exemple, Margaret Mead, une célèbre anthropologue qui rédigea une étude sur la sexualité à partir d'une enquête sur les Samoans. Après quelques jours à peine en leur compagnie, elle s'installa plus confortablement chez des américains vivant à proximité et là, elle recevait de jeunes femmes indigènes pour enregistrer leurs récits liés à leurs coutumes. Or, outre le fait que l'anthropologue ne parlait pas leur langue correctement et que les autochtones la baratinaient totalement, Margaret Mead réussit à écrire une étude fantasmée qui néanmoins reflétait « une certaine vérité de leur discours et de leur histoire qu'elle a su capter en filigrane ».
    De même que Pierre Lazareff qui doutait de la réalité do voyage effectué par le poète Blaise Cendrars dans Le Transsibérien, se voit répliquer « Qu'est-ce que ça peut te faire, puisque je vous l'ai fait prendre à tous ! » on en déduira avec l'auteur, « que notre ignorance partielle ou complète d'un sujet n'est pas nécessairement un handicap pour en discuter avec pertinence, et peut même être utilisée dans le dessein d'une meilleure connaissance du monde. »
    Le livre n'est pas très épais, 150 pages, Pierre Bayard semble pourtant un peu tirer à la ligne parfois, mais il ouvre des pistes de réflexion réellement passionnantes. Idées qui m'avaient déjà traversé l'esprit depuis longtemps quand par exemple, j'écoute les récits de voyages fait par des connaissances revenant de pays que je ne connais pas moi-même. Ce qu'ils ont vu ou retenu de ces expéditions, eux qui y ont mis les pieds, me semble inférieur à ce que moi j'en sais par mes simples lectures.
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    • Livres 3.00/5
    Par Nico_Bally, le 17 mars 2012

    Nico_Bally
    Pierre Bayard, le psy qui a bouleversé plusieurs fois le monde littéraire, les romans policiers, et la vision académique de la lecture, vient de s'attaquer aux récits de voyage avec Comment parler des lieux où l'on n'a pas été ?.
    Ses exemples sont éloquents : Marco Polo, l'archétype du Grand Voyageur, a inventé la plupart de ses voyages ! Phileas Fogg a beau être fictif (c'est le héros du Tour du monde en quatre-vingts jours), il reste lui aussi un exemple du Voyageur Ultime, et ne quittait pourtant jamais sa cabine, se désintéressant totalement du voyage qu'il accomplissait ! A ses beaux exemples s'ajoutent de nombreux auteurs astucieux, une anthropologue dupée, un journaliste paresseux, une marathonienne tricheuse, un mythomane criminel, et un géographe imposteur. Autant de preuves que les meilleurs récits de voyages se construisent chez soi, confortablement installé dans un divan, et non dehors à risquer accidents et maladies.
    Car être présent à un endroit suffit-il à dire que l'on connait cet endroit ? Quelqu'un de plus éloigné ne pourrait-il pas en savoir plus ? Ou au moins savoir mieux en parler ?
    Comme à chaque livre, Bayard est impressionnant de clarté, audacieux, iconoclaste, délirant, et bluffant. Il dépasse son sujet original pour parler plus largement de la représentation personnelle de l'espace, et la manière dont on définit son propre "Pays imaginaire" dès lors qu'on parle d'un lieu où l'on n'a pas été.
    Il créé également des liens avec ses livres précédents, esquissant un système global cohérent où les auteurs perdent non seulement le contrôle de leurs personnages, mais aussi de leurs décors, où les livres voyagent non seulement dans le temps, mais aussi dans l'espace. Une pierre de plus à l'édifice impressionant que construit le plus original des chercheurs actuels.
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    • Livres 5.00/5
    Par GribouilleChat, le 25 mars 2012

    GribouilleChat
    Il avait déjà annoncé la publication de ce nouvel essai lors de son intervention à l'issue du colloque Lire, écrire, publier à l'heure du numérique http://pnf-lettres.crdp.ac-versailles.fr/ , intervention qui avait montré tout l'humour du personnage…
    Comme précédemment, Bayard nous disait Comment parler des livres qu'on n'a pas lu, il s'intéresse ici à tous les récits de voyage de gens qui sont tranquillement restés chez eux ou n'ont fait que survoler les lieux dont ils parlent (il s'interroge à ce propos sur les différences de sens du verbe « parcourir » qu'il s'agisse d'un lieu ou d'un livre).
    Bien évidemment, comme d'habitude, le titre plutôt provocateur cache un essai d'une grande rigueur intellectuelle et qui explore divers pans critiques : au-delà des anecdotes qui révèlent combien d'écrivains (Glissant, Chateaubriand…), d'explorateurs (Marco Polo…), de sportifs, de journalistes … ont réussi à décrire des lieux où ils n'avaient pas mis les pieds, la réflexion porte sur le rapport que l'auteur entretient avec son lecteur et sur la puissance de l'écriture mais aussi de la fiction.
    La suite sur mon blog


    Lien : http://artetlitterature.blogspot.com/2012/03/comment-parler-des-lieu..
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Critiques presse (5)


  • Bibliobs , le 20 février 2012
    Cette fois c'est tout de même un zeste moins drôle et cette apologie du non-voyage, qui se voudrait paradoxale, pèche par un excès d'évidence.
    Lire la critique sur le site : Bibliobs
  • Liberation , le 06 février 2012
    Sous couvert de traiter quelques points noirs de vraie théorie littéraire […] par le prisme du délire, Bayard fournit en réalité des ouvrages fort pratiques.
    Lire la critique sur le site : Liberation
  • LeMonde , le 27 janvier 2012
    Afin de disloquer les cadres figés et rassurants qui nous préservent de toute aventure textuelle ("roman" ou "essai", "fiction" ou "théorie"...), Bayard écrit des livres drôles, peuplés de narrateurs délirants.
    Lire la critique sur le site : LeMonde
  • Lexpress , le 24 janvier 2012
    "La connaissance des cultures extérieures à la nôtre n'implique nullement de se déplacer physiquement, bien au contraire", conclut Pierre Bayard au terme d'un périple éminemment... littéraire !
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • Lexpress , le 18 janvier 2012
    Comme à son habitude, le facétieux Bayard jongle avec les registres, puisant également ses exemples dans le sport et l'anthropologie.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par Nico_Bally, le 04 mars 2012

    Au-delà de ces cas spécifiques, il existe, on le verra, plus fréquentes qu'on le croit, toute une série de situations de la vie courante, depuis l'adultère jusqu'au vol et au meurtre, où la pratique du mensonge sur le lieu où l'on s'es trouvé à tel moment donné de son existence peut se révéler d'une grande utilité, voire indispensable à sa sécurité ou à sa survie.
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  • Par pilyen, le 05 février 2012

    ...les discours que nous pouvons tenir sur des lieux que nous ne connaissons pas ne concernent pas seulement les lieux et nous-mêmes, mais impliquent aussi ceux à qui nous nous adressons, qui en sont souvent les complices bienveillants.
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  • Par Nico_Bally, le 04 mars 2012

    Rien ne dit, en réalité, que voyager soit le meilleur moyen de découvrir une ville ou un pays que l'on ne connaît pas. Tout porte à penser au contraire - et l'expérience de nombreux écrivains est là pour confronter ce sentiment - que le meilleur moyen de parler d'un lieu est de rester chez soi.
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  • Par pilyen, le 05 février 2012

    Sans une forte imagination, il est vain d'espérer parler avec conviction de lieux où l'on n'est pas allé. la capacité à rêver et à faire rêver est essentielle à celui qui veut décrire un pays inconnu de soi et espérer y emporter par la pensée ses auditeurs ou ses lecteurs.
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  • Par Corboland78, le 18 mars 2012

    Comment ne pas se demander ainsi dans la lecture des œuvres littéraires, face à certaines descriptions atypiques de villes ou de paysages, à certaines représentations de traits physiques singuliers ou de vêtements qui ne semblent pas correspondre au lieu décrit, si certaines parties d’autres mondes que celui que l’écrivain croit sincèrement décrire n’auraient pas, sans qu’il le sache, glissé dans son œuvre ?
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