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ISBN : 2369140313
Éditeur : Libretto (22/08/2013)

Note moyenne : 4/5 (sur 83 notes)
Résumé :
À la recherche de la source de l’âme humaine.

Au cœur de la forêt, à l’écart du reste des hommes, un père et son jeune fils mènent une existence sauvage, dure et désolée, semblable à celles des bêtes qu’ils côtoient. Un jour, l’inévitable collision entre cette réalité et celle du monde civilisé se produit, et le fragile édifice mental construit par eux se lézarde, puis s’écroule. Roman d’amour halluciné, à haute teneur métaphorique, Le Jour des cornei... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (31) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
21 mai 2014
★★★★★
★★★★★
Le Jour Des Corneilles m'a été chaudement conseillé par l'une de mes plus proches amies qui, connaissant mes affinités pour le style, m'a assurée que " tu vas adorer, j'en suis sûre ".
Et effectivement, dès les premières lignes vous êtes embarqués dans un français incroyable, comme surgit d'outre-tombe, un françois comme Français Rabelois l'eût probablement escrit et appresté, si agréable à l'esgourde par sa sonnaillerie plaisante et insolite.
Cet effet très maîtrisé par Jean-François Beauchemin est rendu presque naturel par le fait que le narrateur et protagoniste principal de l'histoire a vécu, complètement isolé et reclus avec son père dans une cabane au fond des bois depuis sa plus tendre enfance.
Ainsi, ce langage bourré d'archaïsmes québécois, lesquels archaïsmes ressemblent comme deux gouttes d'eau au moyen français qui se pratiquait à l'époque de Rabelais, est censé coller à l'archaïsme du mode de vie, loin de la civilisation et des moeurs de notre époque.
Donc, sur le volet du style, je trouve ce petit roman très réussi et très dépaysant, vous transportant en moins de cinq lignes à cinq siècles en arrière, comme au temps du bon roi François, premier du nom.
Il me faut maintenant parler des choses qui fâchent, à savoir que, malgré cette grande originalité de style, je n'ai pas goûté cette romance au ragoût de chipmonque et d'atrabile. Si vous aimez le glauque de chez glauque assaisonné au gore de chez gore, alors vous aimerez très certainement le Jour Des Corneilles.
En revanche, si comme moi vous n'affectionnez ni glauque ni gore, vous risquez d'éprouver quelques malaises durant cette lecture. de quoi est-il question ?
Dans ce récit à la première personne, le fils Courge explique à un juge tout son parcours, depuis sa naissance jusqu'à cette session devant le tribuneau. Il y fait donc la longue litanie des mauvais traitements semi-sadiques qu'il a subit de la part de son père, faute d'avoir connu sa mère, décédée à sa naissance.
Ce père, véritable brute des bois, qui a tout fait pour le faire périr, volontairement ou involontairement, avec ou sans le recours d'un fort dérangement cérébral est le véritable héros (anti-héros) de cette histoire.
Tout du long, on essaie de comprendre les motivations de cet homme, d'une part à vivre à l'écart du monde et à interdire à son fils tout contact avec ses semblables. Ensuite, l'origine de l'espèce de culte sacrificiel païen qu'il voue à sa défunte épouse, ainsi que quelques uns de ses dérangements psychiatriques.
Dans l'ombre du père Courge, vivote — survit plutôt que vit — son frêle fils, qui passe lui son temps à se demander si son père éprouve quoi que ce soit d'affection envers sa personne.
On peut lire en quatrième de couverture une citation de Martine Laval dans Télérama qui dit : " Ici, l'horreur flirte avec la grâce. " Tout dépend comment l'on entend le mot flirte, si comme moi, l'on considère que cela signifie " qui s'en approche sans jamais l'atteindre ", alors oui, je suis d'accord.
Pour ma part, j'écrirais plutôt que l'horreur flirte avec le morbide et roule un patin à l'immonde. Les scènes de dépeçage de créatures diverses, animales ou humaines, viennent à l'appui de ce sentiment.
Bref, très belle rencontre quant au style, mais grande déception quant au fond. Je pense qu'il est possible de parler d'amour filial sans aller dans des terrains aussi glauques et bourbeux, d'où cette appréciation mitigée et assez généreuse par rapport au plaisir réel que j'y ai pris à la lecture.
Mais ce n'est là que mon avis de sinistre corneille, un avis qui volera en fumée, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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LydiaB
20 mai 2014
★★★★★
★★★★★
Vous pensiez que Rabelais était relégué au placard ? Qu'il était dépassé, voire ringard ? Eh bien, vous vous trompiez ! Jean-François Beauchemin réhabilite cette langue truculente qui, faisons tomber tous les préjugés se profilant à l'horizon, se lit particulièrement bien. Malgré la noirceur des propos, j'avais un sourire jusqu'aux oreilles, tournant les pages de façon frénétique, voulant en lire toujours plus.

L'histoire, je le disais, est rude : un homme, M. Courge, vit comme un sauvage en forêt. Lorsque sa femme donne naissance à leur fils, elle décède. M. Courge élève donc seul le petit. Jusque-là, vous allez me dire, il n'y a pas de réels problèmes, si ce n'est que l'homme, asocial, vit en autarcie. Oui, mais rajoutons à ceci qu'il "n'est pas tout seul dans sa tête", et vous comprendrez dès lors le danger de la situation pour le fils. Et c'est ce dernier qui va raconter cette histoire au juge. Oui, inévitablement, il va se passer quelque chose... Mais il faudra lire le livre pour le savoir !

J'ai adoré ce bouquin qui m'a d'ailleurs donné envie d'aller relire mes Rabelais. Je vous le conseille vraiment.
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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Sando
27 juin 2014
★★★★★
★★★★★
Le roman s'ouvre sur le procès du narrateur. On ignore ce qu'il s'est passé, même si on devine déjà qu'il s'agit d'un évènement dramatique. Mais pour pouvoir comprendre comment on en est arrivé là, il va falloir remonter loin dans le passé, jusqu'aux origines de la folie…

Le narrateur commence alors le récit de sa vie, sa naissance dans une cabane perdue au fond des bois. La mort de sa mère en couches, le chagrin de son père, rendu fou par la perte du seul être qui comptait à ses yeux. L'apparition de « ses gens » dans la tête de cet homme bourru, qui le poussent à commettre des actes cruels, inhumains, qui mettent en danger la vie de son fils… Il nous raconte cette vie coupée du monde, où il apprend très tôt à chasser, à pêcher et à se débrouiller dans cette nature ambivalente, tantôt bienfaitrice, tantôt impitoyable. Il y connait la faim, le froid et la folie d'un père taiseux, violent et imprévisible mais auquel il voue un amour inconditionnel dans ce monde sans repères. Amour qu'il découvrira aux côtés de la jolie Manon, une fille du village et qui le mènera à se poser cette question essentielle, obsédante comme une ritournelle : « Père m'aime-t-il, m'aime-t-il seulement ? ». Dès lors, le petit Courge n'aura de cesse de chercher les preuves de cet amour…

Quel choc que ce petit roman écrit par Jean-François Beauchemin ! Un choc dû à l'intrigue elle-même, dont l'extrême violence contraste avec l'innocence et la naïveté de son narrateur, qui raconte son histoire en toute objectivité, sans en mesurer la dureté. Un choc également lié au langage employé par l'auteur, un langage qui déroute au départ le lecteur. Fait de vieux français, d'une construction minimaliste et d'un vocabulaire désuet, il s'avère à la fois âpre et poétique. Très vite on se fait à cette langue venue d'un autre temps, qui n'est pas sans rappeler celle utilisée au moyen-âge, et on se met à en apprécier toute la beauté et la singularité. L'auteur fait preuve de talent et d'un magnifique travail sur le style !

L'histoire, quant à elle, est véritablement fascinante. A la façon d'un conte, on ne sait rien ni du lieu, ni de l'époque à laquelle elle se déroule. le mode de vie sauvage des protagonistes côtoie de loin un monde qui semble bien plus moderne, rendant difficile de situer l'histoire dans le temps. Par ailleurs, la tension liée à l'attente de la révélation du drame ne cesse de s'amplifier au fur et à mesure de la lecture et ne laisse jamais le lecteur indifférent. Jean-François Beauchemin nous offre un texte inclassable et néanmoins remarquable sur la folie, l'isolement et l'amour filial. Un bijou à découvrir !
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Levant
21 octobre 2015
★★★★★
★★★★★
Né dans la cabane que ses parents ont choisie pour se retirer du monde, le fils Courge - c'est son nom - apprend la vie, parfois la survie, du peu que son père à la parole rudimentaire lui concède. Il grandit loin de la société. Sa mère est morte en lui donnant le jour.
L'âge lui conférant l'entendement, prospère alors en lui une ombre. Celle d'un manque qu'il ressent de plus en plus comme fondamental. Sans pourvoir y donner ni contour ni matière, le fils Courge comprend peu à peu qu'avec l'homme naît le besoin de trouver auprès de ses semblables, de ceux qui lui ont donné le jour en particulier, un sentiment de sécurité, de bien-être dans la proximité, une notion à laquelle il ne saurait donner de nom mais dont il en ressent inconsciemment l'impérieuse nécessité.
Privé de bienveillance maternelle, il reste confronté à ce seul père souvent pris lui-même par les visions de ses folies passagères. Ce dernier ne conçoit de nécessités que celles du corps. D'esprit il n'est question que dans ses lubies, de cœur jamais. Son abord n'est que rudesse voire même sauvage brutalité.
Dans le jour des corneilles, Jean-François Beauchemin réalise sous les yeux de son lecteur une expérience de laboratoire. Dans cet huis clos qu'il restreint à la confrontation père-fils, il étudie la construction de l'être humain, l'écartant des nécessités du cœur.
Mais voilà qu'un événement le rapprochant de la société que père et mère ont fui, le fils Courge va entrevoir dans la rencontre inattendue d'une jeune fille du village voisin, Manon, la raison du mal qui le ronge. Il découvre que, tapis au fond de l'être, se blottit le germe d'un besoin instinctif, aussi fondamental que nourriture du corps : le besoin d'amour. Le besoin de partager l'amour plus exactement, car lui n'en manque pas à l'égard de ce père plus cruel qu'aimant. Le besoin d'avoir un retour à cet élan spontané qui le fait rester auprès de cet être atrabilaire et imprévisible.
Le thème est prenant en soi. La façon de l'aborder est très originale. Par la forme qu'il donne à son texte, construit sur la base d'un parler archaïque, d'un langage fleuri, parfois cru, pour aborder des notions primaires, Jean-François Beauchemin le rend ardent, d'une lecture filante, jamais pesante et divertissante au final. Formidable contraste calculé au regard de la gravité du sujet.
En narrateur-acteur, son héros se livre à tous les excès qu'autorise le naturel, le spontané, à toutes les violences de langage et d'action. Cette façon de juxtaposer le comique du verbe, la brutalité des comportements et l'extraordinaire sensibilité de deux êtres frustres est stupéfiante et tellement porteuse d'émotions. On ne peut qu'être séduit par cet ouvrage qui reste au final un grand message d'amour.
J'ai donc moi-même été conquis par ce fabuleux roman. Fonds et forme, c'est très réussi à mon goût. Dès les premiers mots j'ai été saisi par son originalité, puis par ses thème et artifice de construction. Je le recommande vivement.
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Arakasi
14 octobre 2013
★★★★★
★★★★★
Tous mes remerciements à l'opération Masse Critique de Babelio pour m'avoir fait découvrir cet étrange mais bouleversant petit roman de l'auteur québécois Jean-François Beauchemin. En ouvrant « le jour des corneilles », nous plongeons au coeur d'une sombre forêt grouillante de vie et de mystère où vivent en ermites un père et son fils. le père, espèce d'ogre au tempérament orageux, élève seul son enfant depuis la mort tragique de la mère de celui-ci – une éducation bien rude, faite de torgnoles, de mauvais traitements et de coups de gueule. Pourtant, tous ces sévices n'empêchent pas le garçon de lui vouer une admiration passionnée et de voir en lui un surhomme, une force de la nature capable d'en déchiffrer les moindres énigmes. Mais ce surhomme possède une faille, car, presque chaque semaine depuis la mort de sa femme, le père reçoit la visite de « ces gens », des hallucinations qui lui dictent d'étranges et dangereuses missions qu'il force régulièrement son fils à l'aider à effectuer. Les jours passent et l'enfant mûrit, s'interrogeant chaque jour une peu plus sur le monde intriguant qui l'entoure et s'alarmant de la démence grandissante de son père. Et, chaque jour, la même question le hante, leitmotiv fiévreux et obsédant : « Père m'aime-t-il ? M'aime-t-il seulement ? »
Au premier abord, « le jour des corneilles » décontenance un peu par son style d'écriture très inhabituel, mélange de jargon rural et de dialecte médiéval. Pourtant et à condition de lutter contre l'envie de sortir de temps en temps son dictionnaire pour vérifier tel ou tel terme, ce style s'avère rapidement très immersif. Par son étrangeté, il permet d'accentuer l'atmosphère d'isolement et de bizarrerie qui baigne tout le récit. Cet atmosphère très particulière est encore renforcée par le cadre de la forêt, entité vivante et obscure, à la fois source de menaces et de réconfort puisque c'est entre ses racines que le jeune narrateur vient chercher l'amour que son père lui refuse obstinément. Car «Le jour des corneilles » est avant tout une histoire d'amour : l'amour dévorant et maladif d'un fils pour son père, amour doublé du désir désespéré d'être aimé en retour – ou, à défaut de cela, d'avoir au moins la certitude de ne l'avoir jamais été. Pour acquérir cette certitude, le jeune homme ne reculera devant aucune extrémité, pas même la plus tragique…
A la fois cruel et attendrissant, poétique et horrifiant, « le jour des corneilles » est un roman d'une rare puissance émotionnelle. Une très belle expérience à tenter !
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Citations & extraits (55) Voir plus Ajouter une citation
michelekastnermichelekastner15 mars 2017
Père possédait la science des sourciers et savait, par simple maniement de sa badine de bois, faire avouer à la terre où se dissimulaient ses liquides les plus aprofonds. (...)
Je m'avisai alors pour la première fois que c'était à peu près la seule aprofondeur à laquelle il était capable de se mesurer et pour laquelle il montrait quelque compétence. Obscurité de l'industrie humaine ! Pour emplir la barrique, pour assurer nos bouillades, pour breuver nos chairs, père était capable de dégoter toutes pistes souterraines. Mais pour creuser ses semblables, pour en embrasser le prix, en peser l'essence et en visiter le coeur, père était ainsi que marmotte aux heures de l'arrière-saison : pétri d'engourds, l'oeil clos et le blair éteint, ne rêvant de rien.
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michelekastnermichelekastner15 mars 2017
Je vis alors l'oeil de mère creuser le mien plus intensément, puis sa main venir se poser finement sur ma face.. Je scellai mes paupières. Des visions et des pensers me vinrent. J'aperçus en mon casque, se jouxtant, l'image de père, puis la mienne. Je vis ainsi père doté de ses nombreux talents de chasseur, de preneur de poisson, d'allumeur de feu et de lecteur d'astres. Je le vis aussi démembrer expertement quelque bête et se mettre à l'échauffement d'une escalopette ou d'un bif de putois. Je le toisai long de temps allant et venant lestement par sentes, puis ascensionnant hêtres, chênes et ormes pour étudier le grain lointain. Et puis je le voyais s'épouvantant à l'idée de l'outre-monde, et prier avec force la déesse Lune de le retenir ici-bas encore un brin, de lui accorder sursis et force suffisante pour vivre encore quelque durée. Je le voyais prendre jambes au col lorsque le cyclone s'avançait. Enfin, je saisis l'image de père palabrant avec ses gens et effectuant pour eux les actes les plus bizarres, tels qu'ils ont été narrés par-devant vous, Monsieur le juge, et ci-devant votre face aussi, Membres du jury de ce tribuneau.
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michelekastnermichelekastner15 mars 2017
Tandis que je sentais la brosse manoeuvrer, il me paraissait que ma charmante ne faisait pas qu'enlever croûtes et étages de crasse sur ma peau, mais aussi qu'elle atteignait de plus aprofondes zones, jusqu'à l'abord d'une contrée encore ignorée. Comme si elle se faufialait en ma personne, y défrichait une forêt nouvelle et y venait s'établir. Je songeais à l'étrangeté que voici : souventes fois, nous nous concevons reclus en nous-mêmes comme en accoutre étanche. Puis un jour, le commerce aimable des autres nous pénètre et abolit cette solitude de captif.
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Nastasia-BNastasia-B08 mai 2014
Parvenu avec lui à notre logement, je dus procéder à la plus détestable composition culinaire de mon existence. Père m'ordonna en effet de poser sur le feu la grosse marmite, puis d'y fourrer les ingrédients que voici : quantité d'eau de la barrique, une couleuvre, les tripes d'un garenne, un godillot, abondances de petits cailloux, une poignée de fourmis, une hotte complète de dalibarde, une famille de lombrics et toutes humeurs extraites d'un chipmonque : sang, flegme, sève, bile et atrabile. J'avais été soumis, déjà, à avalement d'autres sordides repas : crevard de mouffeton, troublé de bif, répugnant de poularde ou piteux de fétuque. mais le rata que me fit apprêter père ce jour-là outrepassa, en infamie, toute empifrade d'avant.
Une fois mes ingrédients jetés dans la marmite, père s'assied devant l'âtre. [...] Puis il prend la louche, brasse un brin, et gorge de cette affreuse mixture nos écuelles à soupiasse. Entamant la sienne, il dit : " Avale, Fils ! " D'un bond, je me répands à son genou, pleurniche presque et rouspète : " Mais pourquoi ? Pourquoi me faire avaler ce tord-bedain ? " Seulement, nul discours ne traverse sa lippe. Plutôt, il ingère sa méprisable bouillade goulûment, lèche sa cuillère. " Pourquoi ? Pourquoi ? ", serinais-je, toujours à son genou, tandis qu'il se servait déjà une nouvelle portion. À la fin, il se dresse brusquement, pointe son doigt menaçant vers moi et relance avec courroux : " Avale, Fils ! " Résigné, je rebrousse sur taboureau et commence à m'enfourner cette chose. Je manque vomir encore aujourd'hui rien que de l'évoquer.
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Nastasia-BNastasia-B16 avril 2014
Ma naissance terminée, mère commença à mourir sur la paillasse, car je lui avais donné ample fil à retordre avant d'aboutir ici-bas. Père, cependant, avait attendu à l'extérieur de la cabane que mère mette bas, profitant des bonnes heures du jour pour éviscérer un chevrillard achevé par haut matin. Tandis que, né, je hurlai, père entra, me saisit entre ses bras muscleux et me mena bien vite devant l'âtre crépitant. Mère, de son côté, nous quittait si silencieusement que père ne s'avisa de rien. Ce n'est que lorsqu'il me ramena sur paillasse enaccoutré de ma défroque nouvelle et qu'il se tourna finalement vers sa compagne qu'il nota : mère, qu'il adorait telle une pierrette rarissime, avait rendu l'âme.
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