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ISBN : 2369140313
Éditeur : Libretto (2013)


Note moyenne : 4.18/5 (sur 44 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
À la recherche de la source de l’âme humaine.

Au cœur de la forêt, à l’écart du reste des hommes, un père et son jeune fils mènent une existence sauvage, dure et désolée, semblable à celles des bêtes qu’ils côtoient. Un jour, l’inévitable collision entre ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 21 mai 2014

    Nastasia-B
    Le Jour des Corneilles m'a été chaudement conseillé par l'une de mes plus proches amies qui, connaissant mes affinités pour le style, m'a assurée que " tu vas adorer, j'en suis sûre ".
    Et effectivement, dès les premières lignes vous êtes embarqués dans un français incroyable, comme surgit d'outre-tombe, un françois comme Français Rabelois l'eût probablement escrit et appresté, si agréable à l'esgourde par sa sonnaillerie plaisante et insolite.
    Cet effet très maîtrisé par Jean-François Beauchemin est rendu presque naturel par le fait que le narrateur et protagoniste principal de l'histoire a vécu, complètement isolé et reclus avec son père dans une cabane au fond des bois depuis sa plus tendre enfance.
    Ainsi, ce langage bourré d'archaïsmes québécois, lesquels archaïsmes ressemblent comme deux gouttes d'eau au moyen français qui se pratiquait à l'époque de Rabelais, est censé coller à l'archaïsme du mode de vie, loin de la civilisation et des mœurs de notre époque.
    Donc, sur le volet du style, je trouve ce petit roman très réussi et très dépaysant, vous transportant en moins de cinq lignes à cinq siècles en arrière, comme au temps du bon roi François, premier du nom.
    Il me faut maintenant parler des choses qui fâchent, à savoir que, malgré cette grande originalité de style, je n'ai pas goûté cette romance au ragoût de chipmonque et d'atrabile. Si vous aimez le glauque de chez glauque assaisonné au gore de chez gore, alors vous aimerez très certainement Le Jour des Corneilles.
    En revanche, si comme moi vous n'affectionnez ni glauque ni gore, vous risquez d'éprouver quelques malaises durant cette lecture. de quoi est-il question ?
    Dans ce récit à la première personne, le fils Courge explique à un juge tout son parcours, depuis sa naissance jusqu'à cette session devant le tribuneau. Il y fait donc la longue litanie des mauvais traitements semi-sadiques qu'il a subit de la part de son père, faute d'avoir connu sa mère, décédée à sa naissance.
    Ce père, véritable brute des bois, qui a tout fait pour le faire périr, volontairement ou involontairement, avec ou sans le recours d'un fort dérangement cérébral est le véritable héros (anti-héros) de cette histoire.
    Tout du long, on essaie de comprendre les motivations de cet homme, d'une part à vivre à l'écart du monde et à interdire à son fils tout contact avec ses semblables. Ensuite, l'origine de l'espèce de culte sacrificiel païen qu'il voue à sa défunte épouse, ainsi que quelques uns de ses dérangements psychiatriques.
    Dans l'ombre du père Courge, vivote — survit plutôt que vit — son frêle fils, qui passe lui son temps à se demander si son père éprouve quoi que ce soit d'affection envers sa personne.
    On peut lire en quatrième de couverture une citation de Martine Laval dans Télérama qui dit : " Ici, l'horreur flirte avec la grâce. " Tout dépend comment l'on entend le mot flirte, si comme moi, l'on considère que cela signifie " qui s'en approche sans jamais l'atteindre ", alors oui, je suis d'accord.
    Pour ma part, j'écrirais plutôt que l'horreur flirte avec le morbide et roule un patin à l'immonde. Les scènes de dépeçage de créatures diverses, animales ou humaines, viennent à l'appui de ce sentiment.
    Bref, très belle rencontre quant au style, mais grande déception quant au fond. Je pense qu'il est possible de parler d'amour filial sans aller dans des terrains aussi glauques et bourbeux, d'où cette appréciation mitigée et assez généreuse par rapport au plaisir réel que j'y ai pris à la lecture.
    Mais ce n'est là que mon avis de sinistre corneille, un avis qui volera en fumée, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 20 mai 2014

    LydiaB
    Vous pensiez que Rabelais était relégué au placard ? Qu'il était dépassé, voire ringard ? Eh bien, vous vous trompiez ! Jean-François Beauchemin réhabilite cette langue truculente qui, faisons tomber tous les préjugés se profilant à l'horizon, se lit particulièrement bien. Malgré la noirceur des propos, j'avais un sourire jusqu'aux oreilles, tournant les pages de façon frénétique, voulant en lire toujours plus.

    L'histoire, je le disais, est rude : un homme, M. Courge, vit comme un sauvage en forêt. Lorsque sa femme donne naissance à leur fils, elle décède. M. Courge élève donc seul le petit. Jusque-là, vous allez me dire, il n'y a pas de réels problèmes, si ce n'est que l'homme, asocial, vit en autarcie. Oui, mais rajoutons à ceci qu'il "n'est pas tout seul dans sa tête", et vous comprendrez dès lors le danger de la situation pour le fils. Et c'est ce dernier qui va raconter cette histoire au juge. Oui, inévitablement, il va se passer quelque chose... Mais il faudra lire le livre pour le savoir !

    J'ai adoré ce bouquin qui m'a d'ailleurs donné envie d'aller relire mes Rabelais. Je vous le conseille vraiment.

    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-des-xxe-et-xxie-si..
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    • Livres 5.00/5
    Par Sando, le 27 juin 2014

    Sando
    Le roman s'ouvre sur le procès du narrateur. On ignore ce qu'il s'est passé, même si on devine déjà qu'il s'agit d'un évènement dramatique. Mais pour pouvoir comprendre comment on en est arrivé là, il va falloir remonter loin dans le passé, jusqu'aux origines de la folie…

    Le narrateur commence alors le récit de sa vie, sa naissance dans une cabane perdue au fond des bois. La mort de sa mère en couches, le chagrin de son père, rendu fou par la perte du seul être qui comptait à ses yeux. L'apparition de « ses gens » dans la tête de cet homme bourru, qui le poussent à commettre des actes cruels, inhumains, qui mettent en danger la vie de son fils… Il nous raconte cette vie coupée du monde, où il apprend très tôt à chasser, à pêcher et à se débrouiller dans cette nature ambivalente, tantôt bienfaitrice, tantôt impitoyable. Il y connait la faim, le froid et la folie d'un père taiseux, violent et imprévisible mais auquel il voue un amour inconditionnel dans ce monde sans repères. Amour qu'il découvrira aux côtés de la jolie Manon, une fille du village et qui le mènera à se poser cette question essentielle, obsédante comme une ritournelle : « Père m'aime-t-il, m'aime-t-il seulement ? ». Dès lors, le petit Courge n'aura de cesse de chercher les preuves de cet amour…

    Quel choc que ce petit roman écrit par Jean-François Beauchemin ! Un choc dû à l'intrigue elle-même, dont l'extrême violence contraste avec l'innocence et la naïveté de son narrateur, qui raconte son histoire en toute objectivité, sans en mesurer la dureté. Un choc également lié au langage employé par l'auteur, un langage qui déroute au départ le lecteur. Fait de vieux français, d'une construction minimaliste et d'un vocabulaire désuet, il s'avère à la fois âpre et poétique. Très vite on se fait à cette langue venue d'un autre temps, qui n'est pas sans rappeler celle utilisée au moyen-âge, et on se met à en apprécier toute la beauté et la singularité. L'auteur fait preuve de talent et d'un magnifique travail sur le style !

    L'histoire, quant à elle, est véritablement fascinante. A la façon d'un conte, on ne sait rien ni du lieu, ni de l'époque à laquelle elle se déroule. le mode de vie sauvage des protagonistes côtoie de loin un monde qui semble bien plus moderne, rendant difficile de situer l'histoire dans le temps. Par ailleurs, la tension liée à l'attente de la révélation du drame ne cesse de s'amplifier au fur et à mesure de la lecture et ne laisse jamais le lecteur indifférent. Jean-François Beauchemin nous offre un texte inclassable et néanmoins remarquable sur la folie, l'isolement et l'amour filial. Un bijou à découvrir !
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    • Livres 5.00/5
    Par Arakasi, le 14 octobre 2013

    Arakasi
    Tous mes remerciements à l’opération Masse Critique de Babelio pour m’avoir fait découvrir cet étrange mais bouleversant petit roman de l’auteur québécois Jean-François Beauchemin. En ouvrant « Le jour des corneilles », nous plongeons au cœur d’une sombre forêt grouillante de vie et de mystère où vivent en ermites un père et son fils. Le père, espèce d’ogre au tempérament orageux, élève seul son enfant depuis la mort tragique de la mère de celui-ci – une éducation bien rude, faite de torgnoles, de mauvais traitements et de coups de gueule. Pourtant, tous ces sévices n’empêchent pas le garçon de lui vouer une admiration passionnée et de voir en lui un surhomme, une force de la nature capable d’en déchiffrer les moindres énigmes. Mais ce surhomme possède une faille, car, presque chaque semaine depuis la mort de sa femme, le père reçoit la visite de « ces gens », des hallucinations qui lui dictent d’étranges et dangereuses missions qu’il force régulièrement son fils à l’aider à effectuer. Les jours passent et l’enfant mûrit, s’interrogeant chaque jour une peu plus sur le monde intriguant qui l’entoure et s’alarmant de la démence grandissante de son père. Et, chaque jour, la même question le hante, leitmotiv fiévreux et obsédant : « Père m’aime-t-il ? M’aime-t-il seulement ? »
    Au premier abord, « Le jour des corneilles » décontenance un peu par son style d’écriture très inhabituel, mélange de jargon rural et de dialecte médiéval. Pourtant et à condition de lutter contre l’envie de sortir de temps en temps son dictionnaire pour vérifier tel ou tel terme, ce style s’avère rapidement très immersif. Par son étrangeté, il permet d’accentuer l’atmosphère d’isolement et de bizarrerie qui baigne tout le récit. Cet atmosphère très particulière est encore renforcée par le cadre de la forêt, entité vivante et obscure, à la fois source de menaces et de réconfort puisque c’est entre ses racines que le jeune narrateur vient chercher l’amour que son père lui refuse obstinément. Car «Le jour des corneilles » est avant tout une histoire d’amour : l’amour dévorant et maladif d’un fils pour son père, amour doublé du désir désespéré d’être aimé en retour – ou, à défaut de cela, d’avoir au moins la certitude de ne l’avoir jamais été. Pour acquérir cette certitude, le jeune homme ne reculera devant aucune extrémité, pas même la plus tragique…
    A la fois cruel et attendrissant, poétique et horrifiant, « Le jour des corneilles » est un roman d’une rare puissance émotionnelle. Une très belle expérience à tenter !
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    • Livres 4.00/5
    Par Missbouquin, le 28 avril 2014

    Missbouquin
    Le jour de la naissance du fils Courge est le début d'un long calvaire pour lui : sa mère meurt en accouchant et son père, un sauvage qui fuit la société des hommes, devient en partie fou. La présence de "gens" dans sa tête le conduit à faire des expériences étranges – souvent dangereuses et douloureuses – dont l'acteur attitré est toujours son fils. Ce dernier, qui raconte son histoire face à un tribunal, subit et se tait … jusqu'au jour où il décide de voir si son père l'aime vraiment, s'il a vraiment un cœur …
    "Me vint une fois la question que voici: aurait-il enfoui son chérissement pour moi dans la tombe avec mère ? Je mâchais ce penser: "Serait-ce donc faisable de mettre en terre le sentiment humain? " Ce petit roman court a connu un énorme succès outre-atlantique et même au-delà du Québec natal de l'auteur. Il a même été adapté en film d'animation en 2012, avec les voix de Jean Reno et Lorànt Deutsch. Dans un monde idéal j'aurais aimé vous parler de ce roman en utilisant le même vocabulaire, mélange d'un patois archaïque et d'un québecois fort savoureux, qui demande de la concentration mais auquel on finit par s'habituer, à notre plus grand bonheur … Un style sans pareil, original, frappant, celui d'un illettré qui tente de comprendre le monde, en manquant pourtant de tout le vocabulaire nécessaire pour exprimer ses sentiments.
    "Car s'il me faut aujourd'hui tourner pour vous les pages de mon existence, il me faudra aussi, par même occasion et pour mieux traduire mon récit, ouvrir le livre de la vie de père, si étroitement emmaillotée à la mienne. Cela afin de vous instruire meilleurement des circonstances où je fus conduit à achever mon prochain, puis enseigné de vocabulaire et, enfin, mené ci-devant vous et les membres de ce tribuneau pour trancher mon cas."
    En effet, au-delà du style, c'est l'histoire elle-même qui ne peut nous laisser indifférent : en quelques pages, le narrateur décrit un mode de vie hallucinant, un huis clos à la limite du monde civilisé dont il est tenu à l'écart pendant plus de 20 ans. Livré seul à un père à demi-fou, il supporte stoïquement car il n'a jamais rien connu d'autre. Seuls le conforte les morts qu'il voit apparaître, dont sa mère, qui lui donne la force de vivre et de survivre.
    Au cœur de cette sombre forêt, Jean-François Beauchemin donne à son texte un petit air de conte à l'ancienne, comme une quête moyenâgeuse racontée avec les mots de cette époque, une quête de l'âme humaine. Par la bizarrerie du style, Beauchemin renforce l'originalité de cette confession, accentuant sa noirceur tout en la rendant plus supportable car racontée moins crument.
    Un ovni littéraire émouvant et incontournable pour tout amoureux de la langue et de la littérature.

    Lien : http://missbouquinaix.wordpress.com/2014/04/28/le-jour-des-corneille..
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Citations et extraits

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  • Par GabySensei, le 19 juillet 2014

    Les macchabées, comme toujours, passaient chez nous, s'attardaient un temps, puis rebroussaient en leur contrée d'outre-jour. L'un d'eux, toutefois, séjourna à la cabane plus que de coutume. C'était un ménestrel à longue chevelure et aux yeux entourés de lunettes, qui trimballait en permanence un gratte-corde. Il venait, s'assoyait sur une billette et empoignait son instrument dont il pinçait le cordage, produisant de la sorte des mélodies exquises.

    Ce furent les seuls sons que j'entendis jamais émanant d'un mort. "A défaut de vocabulaire, remâchais-je, les morts useraient donc de musique ?" Je cherchait à traduire ce mystère. Et je songeais, non sans trouble : "Peut-être découvrirons-nous, à l'heure de notre fin, que parole au fond, est par trop pauvre et insignifiante pour traduire notre domaine intérieur. Mais que les mélodies constituent non seulement un langage plus approprié, mais aussi plus rassembleur, et immortel, formant passerelle entre les mondes. Et comme, le plus souvent, musique est exquise, peut-être trouverons-nous finalement que beauté est seule grammaire qui vaille." N'est-il pas singulier qu'une telle méditation m'ait été inspirée par un défunt ? C'est matière que j'avais voulu enfoncer en père : que mort puisse être bon maître et servir aux vifs comme boussole aux égarés.

    (P110)
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  • Par GabySensei, le 19 juillet 2014

    Lorsque le soleil était bien enfoncé à ponant, il m'arrivait, quand il s'essayait à traduire le ciel en son ornement d'étoiles, de questionner père sur ma destinée. Car père était lecteur d'astres et, par même occasion, déchiffreur des avenirs inscrits en eux. Et moi, j'étais en cette matière aussi curieux que le loutron : je n'avais de cesse de me cuisiner et de m'interviewer sur le sort me guettant et sur la tournure de ma personne. J'étais ainsi fait, Monsieur le juge : je ne me rassasiais guère du jour coulant, et m'était besoin de creuser les époques prochaines. Ah ! comme j'aurais goûté de me transporter en avant, en quelque machine ou brouette avaleuse de temps ! Pourquoi ? Il ne m'est pas aisé de le traduire. Peut-être cherchais-je en demains ce qu'aujourd'hui ne m'offrait que médiocrement. On eût dit que l'époque présente ne me suffisait jamais, et qu'il me fallait embrasser, afin de parfaire cette époque, le projet et mêmement la conclusion de mon existence. J'incline à croire qu'il me fallait, pour mieux vivre, entrevoir la destination des choses, et ainsi imprimer signification à tout ce qui précédait cette conclusion, un peu à la manière de la fourmi qui rapporte en sa fourmilière la goutte de miel assurant la survie de ses sœurs insectes. M'était besoin de savoir que m'attendait quelque part une fourmilière, et que ce que j'y promettais en mon trajet lui était nécessaire. Et peut-être étais-je moi-même une sorte d'insecte rapporteur, cherchant en ce monde à se lier à sa société de semblables afin de lui fournir contribution. Quelle contribution ? Je n'avais en vérité que peu de choses à offrir, hormis la besogne de mon cœur, mon ouvrage de sentiment.

    (P59)
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  • Par GabySensei, le 19 juillet 2014

    Par soir d'été, après avoir grillé puis avalé le bif de putois ou le gâteau de rognon, père s'établissait ci-dessous le grand hêtre auprès du feu et commençait à tisonner pensivement. Je l'y accompagnais. Levant parfois le regard, nous toisions le sommet des arbres se fondre peu à peu à la nuit. Puis les astres venaient, éclairant de leur mèche cieux et étendues, instruisant de leur boussole, peut-être, quelque marcheur égaré.

    Nous restions le plus souvent, alors lippe close. Pour moi, ce n'était pas que je fusse dépourvu de choses sur lesquelles discourir. Simplement, lorsqu'il mûrissait en ma glotte, mon discours stoppait sa course et refusait d'aller plus avant, puis de fleurir sur le terrain de ma langue. Car j'étais pauvre de vocabulaire, aussi pauvre que le foin aux heures enfouies de l'été : sec et vidé de sa céréale. Aussi fus-je ressemblant, ces soirs là, au hibou en sa nuit noire, préférant le silence des ombres au bruit âpre des maigres paroles. On eût dit que j'attendais, que j'attendais d'être instruit de vocabulaire, comme si je savais déjà que le jour viendrait où les choses et le monde trouveraient en ma bouche plus amples traductions.

    Qui sait ce que père, lui, devant notre feu, méditait et se retenait de dire ?

    (P23)
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  • Par GabySensei, le 19 juillet 2014

    Car même si je ne crains guère le moment de mon simple trépas, je tremble comme pâquerette sous brise au seul penser de quitter un jour l'ici-bas et d'y avoir vécu en vain. Et quoi de plus vain, Monsieur le juge, qu'une existence de bourgeois ou de créature sans chérissement, c'est-à-dire sans ouverture menant au cœur ? C'est là, en ma carrière humaine, l'objet de ma plus tendre peur.

    (P104)
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  • Par Nastasia-B, le 08 mai 2014

    Parvenu avec lui à notre logement, je dus procéder à la plus détestable composition culinaire de mon existence. Père m'ordonna en effet de poser sur le feu la grosse marmite, puis d'y fourrer les ingrédients que voici : quantité d'eau de la barrique, une couleuvre, les tripes d'un garenne, un godillot, abondances de petits cailloux, une poignée de fourmis, une hotte complète de dalibarde, une famille de lombrics et toutes humeurs extraites d'un chipmonque : sang, flegme, sève, bile et atrabile. J'avais été soumis, déjà, à avalement d'autres sordides repas : crevard de mouffeton, troublé de bif, répugnant de poularde ou piteux de fétuque. mais le rata que me fit apprêter père ce jour-là outrepassa, en infamie, toute empifrade d'avant.
    Une fois mes ingrédients jetés dans la marmite, père s'assied devant l'âtre. [...] Puis il prend la louche, brasse un brin, et gorge de cette affreuse mixture nos écuelles à soupiasse. Entamant la sienne, il dit : " Avale, Fils ! " D'un bond, je me répands à son genou, pleurniche presque et rouspète : " Mais pourquoi ? Pourquoi me faire avaler ce tord-bedain ? " Seulement, nul discours ne traverse sa lippe. Plutôt, il ingère sa méprisable bouillade goulûment, lèche sa cuillère. " Pourquoi ? Pourquoi ? ", serinais-je, toujours à son genou, tandis qu'il se servait déjà une nouvelle portion. À la fin, il se dresse brusquement, pointe son doigt menaçant vers moi et relance avec courroux : " Avale, Fils ! " Résigné, je rebrousse sur taboureau et commence à m'enfourner cette chose. Je manque vomir encore aujourd'hui rien que de l'évoquer.
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