ISBN : 2917157054
Éditeur : La Volte (2009)


Note moyenne : 3.87/5 (sur 69 notes) Ajouter à mes livres
Au XVIIe siècle, sur la mer des Caraïbes, le capitaine Henri Villon et son équipage de pirates luttent pour préserver leur liberté dans un monde déchiré par d'impitoyables perturbations temporelles, Leur arme: le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps.... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 2.00/5
    Par folivier, le 10 mai 2012

    folivier
    Surprenant et assez décevant. Nous lisons le journal du capitaine Henri Villon, commandant du Chromos puis du Toujours Debout enfin du Déchronologue. C'est un pirate écumant la mer des Caraïbes au XVII° siècle. Henri Villon nous raconte son emprisonnement par le commodore Mendoza dans les cales du Centinela puis dans les geôles sordides espagnoles de Carthagène, sa rencontre avec Arcadio, un indien du Yucatan qui possède des objets mystérieux et contrôle des forces inconnues, son association avec ces indiens pour détruire les ports et place-fortes espagnols, son commerce des "maravillas", des objets mystérieux et magiques, les "conserva" qui assurent la subsistance pendant des mois, la destruction de la citée indienne et sa rencontre avec un femme étrange, qu'il surnomme Sévère, issue du peuple des Targui, enfin l'aide apporter par les Targui pour maîtriser ces forces et lutter contre un ennemi invisible, détruisant tout grâce à un monstrueux vaisseau d'acier nommé "Georges Washington.
    L'idée initiale du roman, telle que je l'ai compris, pouvait être intéressante. Imaginer une époque où s'entrechoquent différents futurs cherchant à modifier un passé en maîtrisant le temps. Stéphane Beauverger situe cette époque au milieu du XVII° siècle, l'histoire se déroule de 1640 à 1653, dans la mer des Caraïbes, dans le monde de la piraterie et des corsaires attirés dans cette zone par les richesses extraites du Nouveau Monde conquit et soumit avec férocité par les espagnols. Extrêmement bien documenté, la bibliographie en fin de roman en faisant foi, l'auteur nous décrit le monde de la flibuste et des combats navals, les îles et territoires vierges peuplés d'indiens où peuvent se réfugier ces pirates et corsaires afin de commercer, d'échanger, trafiquer et préparer les prochaines campagnes pour chasser les galions espagnols. Henri Villon fait commerce des "maravillas" et des "conserva", au fil des chapitres on comprend que ces objets fantastiques sont des ustensiles du futur : des piles électriques, des batteries, des lampes torches, des radios, des appareils à musique, etc... et des armes d'une puissance meurtrière exceptionnelle par rapport aux mousquets, épée et sabre de l'époque. Les "conserva" sont des boîtes de conserves... autre merveille pour des marins ! Chacun cherche avec avidité à trouver les plus insolites maravelas qui pourraient donner un avantage décisif dans la lutte que se livre les flibustiers et les indiens du Yucatan contre les espagnols.
    Autre idée intéressante, cette force destructrice, le George Washington, est animée par un peuple nommé "Americanos" ! J'y ai vu une métaphore d'une Amérique toute puissante, sans scrupule, méprisante pour les autres peuples déployant une force disproportionnée pour détruire et tuer aveuglément.
    Malheureusement, malgré ces bonnes idées, l'histoire ne fonctionne pas. On ne comprend pas d'où viennent les Turgui, comment ces "maravillas" et "conserva" arrivent dans ce milieu du XVII°, pourquoi ces Americanos, venu du XX°, cherchent à tout détruire avec ce vaisseau "George Washington" qui est en fait le porte-avion, vaisseau amiral. Comment fonctionne ces machines (canons) qui fracassent le temps et pulvérisent le présent.
    Le roman donne le sentiment d'un texte pas abouti, avec une structure superficiellement compliquée. Pour être cohérent avec ce temps qui rebondit et instable, les chapitres ne se succèdent pas par ordre chronologique. Par ailleurs, il m'a semblé que le texte était truffé d'anachronisme. En effet, il s'agit d'un journal écrit entre 1640 et 1653 or on parle d'électricité, de batteries, de radio, de piles.... mots assez incongrue dans la plume d'un homme du XVII° alors que ces objets sont désignés d'un terme général de "marravillas".
    Un roman assez plat et sans grand intérêt.
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    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Missbouquin, le 11 août 2011

    Missbouquin
    ATTENTION CHEF D'OEUVRE !
    Je viens de finir ce roman de science-fiction et je ne peux pas attendre plus longtemps avant de vous en parler ! :) Mon empressement doit vous signaler que j'ai juste adoré ce livre ! J'ai été emportée pendant deux jours dans les Caraïbes avec le Capitaine Villon (qui entre dans le palmarès de mes héros préférés), ballotée avec lui sur son navire, Le Déchronologue.Et je suis heureuse de dire que pour une fois, c'est de la science-fiction française, qui vaut bien pour moi la saga Fondation d'Asimov ! (non non je suis pas chauvine, juste un peu déprimée parfois devant le déferlement de romans de SF nous venant de nos amis anglo-saxons, tous construits sur le même modèle …). Ici l'auteur innove tellement, on en a le souffle coupé … et l'envie de le relire à peine posé !
    L'auteur :
    Né en Bretagne en 1969, Stéphane Beauverger vit aujourd'hui à Parie et se consacre à son écriture, entre bande dessinée en littérature. Figure montante de l'imaginaire français, son art chirurgical de la construction faite surgir des histoires violentes et singulières. Après le triptyque Chromozone, Le Déchronologue est son quatrième roman.
    Le livre (présentation de l'éditeur) :
    Au XVIIe siècle, sur la mer des Caraïbes, le capitaine Henri Villon et son équipage de pirates luttent pour préserver leur liberté dans un monde déchiré par d'impitoyables perturbations temporelles. Lorsque des personnages hauts en couleur, au verbe fleuri ou au rugueux parler des îles, croisent objets et intrus venus du futur, un souffle picaresque et original confronte le récit d'aventures maritimes à la science-fiction. de quoi être précipité sur ces rivages lointains où l'Histoire éventrée fait continûment naufrage, où les marins affrontent tous les temps.
    Il a reçu le Grand Prix de L'Imaginaire 2010 – Prix Utopiales 2009
    Ce que j'en pense :
    WAHOUHHHHHHH !
    « Je me nomme Henri Villon et suis l'unique capitaine de la merveille baptisée Déchronologue » et voilà, une phrase et on est parti ! Alors au début c'est un peu bizarre, on se laisse emporter par la narration, une aventure somme tout classique d'aventure maritime. Et puis, dès le 2e chapitre, on saute quelques années et on retrouve le héros en train d'affronter la flotte d'Alexandre le Grand. Là on tique. On relis le premier chapitre. On relit le paragraphe. Et on se dit, bon d'accord, continuons on verra bien. C'était la dernière possibilité pour nous, pauvre lecteur, de pouvoir reposer ce livre. Ensuite ce n'est plus possible …
    Bref un très grand livre d'aventure, un très grand livre de science fiction, mais je ne veux pas vous en révéler trop sur l'intrigue …
    Pour ne rien gâcher, une écriture magnifique, on prend du plaisir à goûter à notre chère langue française, non traduite et non saccagée …
    Et enfin, un héros magnifique … un pirate terriblement humain, sensible, à qui on s'attache tout de suite : le forban au grand coeur (un topoï et pourtant … ça marche !)
    Seul petit détail qui peut rebuter : la narration n'est pas faite dans l'ordre … on peut passer de 1640 à 1655 puis revenir à 1647. Il suffit de bien s'accrocher, d'avoir une bonne mémoire, et de faire confiance à l'auteur, il sait où il va ..
    Bon j'espère que j'ai réussi à vous donner envie de le lire. Il n'est pas facile d'accès, mais il vaut le coup !


    Lien : http://missbouquinaix.wordpress.com/2011/08/11/le-dechronologue-step..
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    Critique de qualité ? (11 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par boudicca, le 21 avril 2012

    boudicca
    Le capitaine Henri Villon bourlingue depuis longtemps déjà sur les mers des Caraïbes lorsqu'il se voit confier la délicate mission de percer à jour le mystère des perturbations temporelles qui menacent dangereusement l'équilibre de la région. L'auteur nous plonge dès les premières pages dans l'ambiance de ce XVIIe siècle et nous fait voyager au fil du roman de l'île de la Tortue dont tous se disputent la suprématie à l'horreur des geôles espagnoles en passant par les territoires sauvages et inexplorés des indiens Itza. « Le Déchronologue » foisonne d'idées extrêmement originales comme la présence des « maravillas » (objets merveilleux issus de notre époque échoués dans celle du récit) ou encore la volonté de l'auteur de faire véritablement prendre conscience aux lecteurs des désordres temporels qui menacent en bouleversant l'ordre des chapitres qui ne suivent pas la chronologie des événements.
    Si cette initiative entraine parfois quelques confusions, on ne se laisse pas moins embarquer dans l'intrigue et ce malgré sa complexité tant certaines scènes sont prenantes (difficile par exemple de rester indifférent face la rencontre des trirèmes d'Alexandre le Grand avec une frégate...). Nul difficulté non plus pour s'identifier au protagoniste, marin bourru et solitaire mais qui nous est immédiatement sympathique, dont on suit avec plaisir les aventures et dont on partage les doutes et les épreuves (les passages consacrés à son séjour aux mains des Espagnols sont particulièrement saisissants). Les personnages secondaires ne sont pas en reste qu'il s'agisse de la mystérieuse Sévère, du canonnier le Baptiste ou encore de l'indien Itza Arcadio, tous très difficiles à saisir mais au final attachants. Un roman très original, récompensé en 2010 par le Grand prix de l'imaginaire.
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    • Livres 5.00/5
    Par KoyoliteTseila, le 20 mars 2012

    KoyoliteTseila
    Une étonnante lecture, extraordinaire de par son thème et sa conception. Il fallait oser mélanger les genres "piraterie" et "science-fiction". le moins que l'on puisse dire, c'est que le résultat est des plus réussis, même si...
    Au départ, le style est éprouvant et fastidieux : les chapitres sont mélangés (= ils ne se suivent pas selon leur ordre de numérotation), et l'on saute d'une époque à l'autre comme un navire qui serait balloté entre les flots. de quoi rebuter assurément certains lecteurs, qui comme le capitaine Villon et son Déchronologue, sont amenés à faire des sauts dans le temps, entre les années 1640 et 1653. Il y a de quoi en perdre le nord, c'est vrai. Cependant, si l'on se munit d'un petit journal de bord pour y marquer des repaires chronologiques, ainsi que quelques mots clé relatifs aux événements, cela aide assurément à la compréhension de l'histoire.
    Aux premiers abords, on pourrait penser que ce méli-mélo de chapitres casse le suspens (on commence par la fin pour revenir plus tard au début), mais en réalité, dans cet imbroglio d'action, l'auteur sait faire en sorte de tenir le lecteur en haleine du début à la fin. On peut quand même se demander si cette manière de faire ne relève pas de la surexploitation du procédé ? Pour ma part, il est vrai que j'aurais préféré découvrir les faits dans l'ordre chronologique. Néanmoins, ce côté « puzzle » que confère ce livre m'a plu, et c'est petit à petit et avec beaucoup de plaisir et de satisfaction que j'ai réussi à assembler les pièces de cette fresque. Une fresque qui est d'ailleurs fabuleuse, parce que l'écriture est superbe : le style et le langage utilisés garantissent une ambiance de flibusterie comme rarement atteinte dans un ouvrage. Certains passages sont vraiment poignants, je pense notamment à Carthagène. de même, le capitaine Villon est un homme remarquable, malgré son penchant pour la divine bouteille. Mais lorsque l'on découvre ce qu'est sa vie, lorsque l'on comprend les choix difficiles qu'il se doit d'effectuer, on ne pourra lui tenir rigueur de ses vices. Villon est l'archétype de l'antihéros, ce qui ne le rend que plus attachant. Donc, beaucoup d'émotion et de réflexion dans cette étonnante épopée du capitaine Villon et de ses étranges vaisseaux (il est à noter qu'il y a 2 navires et 2 équipage différents…).
    Il y a tout de même des questions qui restent ouvertes, et au vu du zèle dont fait preuve l'auteur en rendant son livre ainsi compliqué, cela m'énerve d'autant plus. Quitte à faire ardu, il aurait quand même pu aller jusqu'au bout de ses raisonnements en nous expliquant, par exemple, qui sont les Targui. de quel futur viennent-ils ? Comment peuvent-ils voyager dans le temps ? Qui sont les personnes "nées du feu" ? Etc.
    Sinon, un autre détail qui m'interpelle est celui du bateau fantôme surnommé à plusieurs reprises "Le Hollandais volant". Je m'étonne un peu que le terme de "Hollandais volant" soit connu à l'époque de Villon, c'est-à-dire entre 1640 et 1650. Pourquoi ? Tout simplement parce que l'événement qui aurait donné naissance à cette légende se serait déroulé (difficile de préciser exactement) entre 1640 et 1780 (là aussi impossible de définir avec exactitude l'événement en question). Donc pour moi, il y aurait ici une petite incohérence. Mais peut-être me trompe-je ? de toute façon, ce n'est qu'un détail.
    En conclusion, je me dois de préciser que malgré tout, "Le Déchronologue" est une livre exceptionnel, d'un niveau de style et d'imagination comme il m'a rarement été donné de lire ces dernières années. C'est à la fois une belle et étonnante étrangeté. « Christ mort, mes gorets ! Cet ouvrage est à lui tout seul une "maravilla" - une merveille- à posséder dans ses cales de lecture ! ».

    Lien : http://www.legaliondesetoiles.com/Le-Dechronologue_a113.html
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    • Livres 4.00/5
    Par Thyuig, le 03 juillet 2010

    Thyuig
    Je me réjouis de découvrir qu'à La Volte, après la tempête Alain Damasio il se rencontre un autre auteur majuscule : Stéphane Beauverger. Bravo La Volte ! "Le Déchronologe" est un raffiot de la flibuste porté par de solides marins sur les flots caraïbes au milieu du 17ème siècle. Dirigé par Henri Villon, capitaine alcoolique et mélancolique (les deux allant souvent de paire) est confronté à des tempêtes venues d'autres temps, des paradoxes temporels qui transforment ce qu'on aurait pu interprêter comme de la paisible flibusterie en éternelle chasse au long-cours.
    Il est utile de signifier dés à présent que le roman est déconstruit, les 25 chapitres s'organisant en sauts temporels du futur au présent, puis au passé et encore au futur, etc ; ils prennent l'histoire d'Henri Villon dans sa largeur, commettant d'emblée l'angoisse de sa proche fin pour nous relater bien plus tard l'origine de ce trépas. Beauverger slalom continuellement et ne livre qu'au coup par coup les ersatz de vérité qu'on croît pouvoir déceler. Car ce monde est pourri, il suinte des merveille d'autres temps, les lecteurs de CD rejoignent librement l'usage de la poudre et la simple motricité des voiles tendues par le vent, les lances-roquettes dévastent les cités espagnoles alors même que l'on continue à se battre au sabre dans d'autres échauffourrées. Beauverger a crée une soupe avec comme source des failles temporelles que certains utilisent pour réinventer le présent et le futur en des nexus inintérrompus. Vertige.
    Mais alors même que dans ces situations réside la plus riche idée du roman, Stéphane Beauverger sait parfaitement y adjoindre une somme de caractères plus fascinants les uns que les autres, à commencer par le capitaine Henri Villon lui-même. Villon est un boit-sans-soif invétéré, mais il est aussi un visionnaire de ces temps chargés en paradoxes, il traque les merveilles technologiques d'abord à bord du Chronos, puis résuscite en commandant le Toujours debout qu'il rebaptise en Déchronologue quand viennent les temps d'affronter ces merveilles. "Le Déchronologue" est un roman ample, rempli de la souffrance de ces hommes de mer qui ont tant fasciné et tant mystifié les océans. On y goûte l'apreté sans reserve des situations, ce cachot incroyable de Carthagène livré sans masque par un Beauverger à son meilleur quand il décortique la misère et le cataclysme. Grand roman et formidable écrivain.
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Citations et extraits

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  • Par Bartimeus, le 07 mars 2010

    (Le héros est enfermé dans une cellule, et on ne lui apportât ni eau, ni vivres, et ceci pendant plusieurs jours.)

    "C'est à peine si je levais mes yeux troubles vers l'impeccable officier lorsque je l'entendis rendre tripes et boyaux : il venait de prendre la mesure du cloaque où il m'avait fait enfermer. Ses vomissures éclaboussèrent le sol en produisant un appétissant son de cascade. Je regardai avec envie se déverser ce jus de panse tiède et bien épais. Si je n'avais pas été encombré par le corps de mon frère défunt, j'aurais pu me traîner jusqu'à la flaque nauséabonde et l'aspirer, la laper avec délectation, frissonner de plaisir en sentant mes mâchoires se tordre sur les reliefs d'un repas récent. Cette bouillie était une offrande, un potage propre et chaud servi à même le sol de mon royaume. Mendoza dut lire mon appétit car il ne put retenir un second jet de bile. Mes narines identifièrent un relent de vin amer et l'acidité d'un plat en sauce. La promesse d'un festin. Je ricanai en dévisageant le commodore :
    - Oui j'en serais capable maintenant. Voilà ce que vous avez fait."
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  • Par Coeurdechene, le 26 septembre 2010

    Le hollandais releva la tête en m'entendant entrer et m'accueillit aimablement :
    - Capitaine Villon, comment allez-vous ce matin ?
    - A ravir, vraiment ! Mon téton me lance tant qu'on pourrait le croire encore rattaché à ma poitrine. Votre boucher accorde-t-il audience à cette heure ?
    - Je crains que l'honneur d'avoir opéré si prestigieux patient ne l'ait submergé d'émotion, au point de fêter sa réussite jusqu'à potron-jacquet.
    - Jolie manière de m'avertir que le praticien local me ferait plus de mal que de bien... J'enrageai : ce sac à vin m'avait cisaillé la couenne et je souffrais pire qu'un damné.
    - Mort de moi, grinçai-je en massant ma blessure, il n'y a ici aucun autre coquin qui sache un peu manier la lancette et les aiguilles ?
    - Je ne crois pas, capitaine. Peut-être à bord d'un des navires attendus ?
    - Où est mon tortionnaire ? Je me contenterai de ses soins d'ivrogne pour le moment.
    - J'lai vu s'en aller ronfler sur la plage, intervint un des miliciens.
    - Un pièce pour toi si tu m'y conduis.
    L'homme lâcha ses dés et se releva pour me guider. Je le suivis en maugréant. [...]
    Dans la crique, plusieurs barcasses et quelques schooners dodelinaient sous le soleil. Je n'aperçus aucun bâtiment susceptible d'appartenir à un capitaine corsaire du nom d'Ermentiers. Était-ce à dire que son bateau avait déjà pris le large ? Il faudrait que j'en reparle à Main-d'or, peut-être aurait-il observé quelque levée d'ancre avant mon réveil. Christ mort, j'aurais de loin préféré rencontrer les officiers du défunt pour dissiper tout malentendu, et cette fuite nocturne n'était pas pour me rassurer. La voix du milicien m'arracha à mes inquiétudes :
    - Le voilà, capitaine, plus lent qu'une tortue.
    Effectivement, le pendard n'était pas allé bien loin. Vautré sur le sable épais de la plage, la nuque cuite par la chaleur et les fesses à l'air, mon chirurgien avais la posture caractéristique des videurs de barriques. La pointe de mon épée enfoncée dans le lard de son cul rougit ne lui arracha rien de plus qu'un pet gras et méphitique. J'avais à ma merci l'ensemble du collège médical de l'île et je fus tenté un court instant de rendre le poste vacant... Mes coutures allaient devoir se passer d'une seconde opinion : cet arsouille ne décuverait pas avant la fin de la journée, à condition que les crabes ne le grignotent pas.
    - Maudit cachalot ! Qu'il finisse de rôtir en enfer !
    Je donnais au soldat le paiement convenu et le laissai retrouver ses dés. Soulevant péniblement ma chemise, je pus constater que la plaie suppurait sous le fil noir et que les chairs avaient gonflé autour.
    - Foutre, damné corsaire !
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    Citation de qualité ? (2 votes positifs)
  • Par julien_le_naufrage, le 23 septembre 2010

    Je suis le capitaine Henri Villon et je mourrai bientôt.
    Non, ne ricanez pas en lisant cette sentencieuse présentation. N’est-ce pas
    l’ultime privilège d’un condamné d’annoncer son trépas comme il l’entend ?
    C’est mon droit. Et si vous ne me l’accordez pas, alors disons que je le prends.
    Quant à celles et ceux qui liront mon récit jusqu’au bout, j’espère qu’ils sauront
    pardonner un peu de mon impertinence et, à l’instant de refermer ces
    chroniques, m’accorder leur indulgence.
    D’ici quelques minutes, une poignée d’heures tout au plus, les forces contre
    lesquelles je me suis battu en auront définitivement terminé avec moi et ceux
    qui m’ont suivi dans cette folle aventure. J’ai échoué et je vais mourir. Ma
    frégate n’est plus qu’une épave percée de part en part, aux ponts encombrés
    par les cris des mourants, aux coursives déjà noircies par les flammes. Ce
    n’est ni le premier bâtiment que je perds ni le premier naufrage que j’affronte,
    mais je sais que nul ne saurait survivre à la dévastation qui s’approche. Bientôt,
    pour témoigner de l’épopée de ce navire et de son équipage ne resteront que
    les pages de ce journal. Permettez donc que je prenne un peu du temps qu’il
    me reste pour les présenter comme je l’entends.
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  • Par Gusseuh, le 16 avril 2010

    Des regrets ? Trop pour m'épancher plus longtemps et pas assez pour ne pas accepter le sort qui m'attend. La seule femme que j'aie jamais aimée n'a pas voulu de mon amour. Tous mes amis les plus chers sont morts, et je fus souvent responsable de leur trépas. Puisque mes rêves ont révélé un goût de cendres, pourquoi craindre de disparaître ?
    Citation de qualité ? (6 votes positifs)
  • Par Gusseuh, le 16 avril 2010

    La nuit était longue et bleue comme une lame de Tolède. Nos trois torches griffaient ses ténèbres, leurs grésillements accrochant des reflets sauvages aux bijoux et médailles des matelots pour conjurer les ombres.
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Stéphane Beauverger reçoit le Grand Prix de l'Imaginaire 2010, catégorie Roman francophone pour "Le Déchronologue" (La Volte).








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