J'avais repéré ce titre chez quelques blogueuses mais ne pensais pas pour autant l'acquérir tout de suite…jusqu'à ce que je découvre que l'auteur était néo-zélandais et qu'il avait d'ailleurs gagné-entre autres- un prix national : le New-Zealand post book award 2007 for young adult fiction. Je n'attache généralement pas d'importance aux prix littéraire, mais dans le cas présent, je me suis dit que cela valait le coup de se laisser tenter plus tôt que prévu, que le livre serait sans doute assez représentatif de son pays d'origine. Et indubitablement, il l'est…mais j'en reparlerai plus bas.
Première surprise à la réception : à une époque , où on publie des bouquins YA énooormes ( bien souvent grâce à une police d'écriture judicieusement choisie et agrandie), faisant parties de sagas…on a ici affaire à un tout petit opus (moins de 200 pages) et qui constitue une unité parfaite.
Ce bouquin est vraiment très particulier, parce que l'on est immédiatement propulsé dans l'histoire, alors que nous manquent tout un tas d'éléments de base : où et quand se déroule l'histoire ? Qui est l'héroïne, pourquoi passe-t-elle cet examen ?… Les réponses finissent par arriver, mais pas forcément dans l'ordre que l'on attendrait, et au départ, elles augmentent bien plus notre confusion, qu'elles ne nous éclairent… C'est seulement dans les dernières pages que tout se met réellement en place. Plein de références sont présentées dans ce livre, mais elles semblent tellement n'avoir rien à voie entre elles, qu'on se demande vraiment où l'on va.
On est un peu paumés, et pourtant, impossible de décrocher de ce long dialogue entre Anaximander et les examinateurs. On ne comprend pas bien où l'un comme l'autre veulent en venir, et pourtant, on est tout de suite happé par le récit, et si l'on sent bien que tout ne se déroule pas comme prévu, impossible de prévoir la fin. Sincèrement, je suis restée en état de choc, le temps d'assimiler ce que je venais de lire. Si la toute dernière action est largement anticipable dès les premières lignes, je n'imaginais pas un instant que cela se déroulerait sous cette forme. En deux lignes, tout s'écroule et s'ordonne en même temps. C'est bluffant tout en étant parfaitement logique et cohérent. C'est la seule explication possible et malgré tout le laïus de l'examen sensé nous y préparer, on réalise qu'on avait refusé de voir venir le truc, que l'on est toujours aussi obtus, malgré les 180 pages de réflexion qui précédent et qui étaient sensées nous faire réfléchir.
Venons-en maintenant à l'aspect « Nouvelle-Zélande ». Je dois avouer que celui-ci ne m'a pas immédiatement sauté aux yeux, au cours de ma lecture, mais en prenant le temps de rédiger ce billet, plusieurs éléments ont finalement fait surface. Il s'agit essentiellement du cadre de l'histoire. En effet, celle-ci se déroule sur une île de l'hémisphère sud, plutôt qu'aux Etats-Unis, comme c'est presque toujours le cas, avec ce genre d'histoire. On est alors en présence d'un territoire terriblement isolé, coupé des grands conflits qui ont pu marquer le reste du monde. C'est à la fois discret et terriblement dépaysant quand on y prète attention. C'est très intéressant, parce que du coup les présupposés, les intérêts, sont bien différents de ceux que l'on peut trouver habituellement. Il y a vraiment une réflexion à creuser aussi de ce côté-là.
SPOILER (supprimé de cette version; à lire sur le blog)
Une dernière originalité de ce roman réside dans sa forme. Unité de lieu et de temps, quasi-uniquement des dialogues, on aurait presque affaire à une pièce de théâtre classique. c'est une forme originale pour notre époque mais qui fonctionne super bien.
Bref, si je ne peux pas vraiment parler de coup de cœur, j'ai littéralement été scotchée et bluffée par cette histoire. Il ne fait aucun doute que je la relirai, pour voir ce que provoque sa lecture, lorsque l'on a toutes les clés en mains, dès le départ.
Lien : http://leboudoirdemeloe.wordpress.com/2012/05/05/beckett-bernard-gen..