ISBN : 2226186697
Éditeur : Albin Michel (2008)


Note moyenne : 3.73/5 (sur 26 notes) Ajouter à mes livres
Le domaine de Montaigne, quelque part en Kabylie : 600 hectares de collines, de champs de blé, d’orangers, d’oliviers et de vignes. La terre de la famille de Saint-André depuis un siècle Au cœur de ce petit royaume, une maison de maître et ses dépendances entourées de p... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

> voir toutes (15)

Critiques et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 4.00/5
    Par caro64, le 29 avril 2010

    caro64
    Un grand domaine en Algérie française. Trois générations s'y succèdent, prenant tour à tour la parole : il y a d'abord la figure du père, Ernest, honni et craint par ses enfants et par sa femme. Qu'il soit vivant ou mort, tout tourne autour de lui ; d'ailleurs les voix mêlées de ceux qui l'ont côtoyé se renvoient toutes à son corps, dans le cercueil. Personnage maudit, « devenu riche par la simple opération du mariage », passant plus de temps au lupanar qu'à s'occuper de sa descendance, celle-ci ne le pleure pas vraiment. Il y a sa femme, Hortense, blessée par les tromperies, qui ne peut se résoudre à quitter le domaine. Enfin, les trois enfants apportent leurs voix à ce sombre discours ainsi que leur bonne à tout faire, Fatima.
    L'autre grand personnage, c'est le domaine de Montaigne, vaste propriété avec ses vignes, ses champs, ses oliveraies, appartenant à la famille de Saint-André, construit dans la haine et la brutalité : « C'est dans le sang de ta grand-mère et celui de ses assassins que Montaigne s'est construit, et c'est dans le sang des colons et celui des arabes que l'Algérie est devenue française, pas autrement, alors c'est dans ce sang toujours prêt à couler qu'il fallait vous tenir pour garder le pays ».
    C'est l'amère nostalgie de ce domaine perdu qui pousse, trente ans plus tard, les héritières du patriarche à faire renaître un petit Montaigne dans un appartement du quartier Saint-Gabriel à Marseille. Elles redécorent le lieu, créent des liens de vassalité avec leur employée d'origine algérienne, montrant toute leur rancœur et rejoignant par là-même l'avis du père détesté.
    Faut-il voir en ce domaine meurtri une métaphore de l'Algérie Coloniale tendant vers sa fin ? En figure du père dominateur, une France incarnée ? Peu importe : Mathieu Belezi a composé dans ce livre le cantique funéraire de l'Algérie française, nouant aux distorsions familiales romanesques la fin historique de ce pays colonisé, et offre avec ces personnages une superbe symphonie. Chacun possédant sa propre incarnation, une étrange litanie se crée entre les différentes voix, tantôt chargées de haine, tantôt d'amertume, et les morts se relèvent, évoquent leur vie, hantent les vivants. La beauté du texte vient de ce mélange de voix ; de chant, de poésie. La construction est particulière, liée à l'absence de points, aux phrases hachées, scandées à l'envi, loin de déranger la lecture.
    On l'aura compris, C'était notre terre n'est pas un roman sur la guerre d'Algérie, ni un témoignage. L'écrivain conte avec subtilité l'histoire d'une famille de colons. C'est la saga d'une famille broyée par les meules impitoyables de l'Histoire. L'auteur ne juge pas, n'excuse rien, n'épargne personne.
    Apre, douloureux, le roman choral de Mathieu Belezi se lâche difficilement. Les personnages sont terriblement humains, terriblement poignants, lâches et cruels, haïssables et attachants, viscéralement attachés à leur pays, et leurs monologues résonnent encore dans la tête bien après avoir posé le livre.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (11 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 14 mars 2012

    carre
    La vie de colons sur trois générations dans une région berbère. Au domaine de Montaigne, il vaut mieux être bien vu, et obéir au doigt et au l'oeil sinon humiliations et violence vous remettent sur le droit chemin. Les Saint André gros propriétaire terrien se comportent avec suffisance et mépris. Belezi à travers cette famille, montre comment la page de l'Algérie reste une blessure douloureuse. Plus on avance dans ce roman, plus le chant funeste de la fin de la colonisation se fait entendre.
    Les Saint André comme de nombreux colonialistes recevront le juste retour de leur comportement. Une fois, le point de non-retour atteint les personnages connaitrons à leur tour le déracinement et l'humiliation. Un grand roman choral, écrasant comme un soleil d'Afrique. Et pour ma part, la découverte d'un auteur qui maitrise de façon impressionnante un récit qui résonne comme un chant funèbre.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (13 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par TRIEB, le 23 avril 2012

    TRIEB
    C'est un roman singulier que celui de Mathieu Belezi : l'évocation de l'histoire de l'Algérie coloniale, celle des grands propriétaires terriens à travers un dialogues à plusieurs voix, celles des Saint-André et des Jacquemain, propriétaires du vaste domaine agricole de Montaigne, situé dans le village de Cassagne dans le Dahra berbère.
    Ernest Jacquemain est le propriétaire du domaine de Montaigne. Homme cruel, infidèle, volontiers violent avec ses domestiques, d'un autoritarisme implacable, il règne en patriarche.
    Hortense Jacquemain, son épouse, tout aussi imbue de sa supériorité prétendue d'européenne, adhère tout comme son époux aux valeurs du système colonial : brutalité, culte de l'autorité, de la violence comme argumentaire permanent, est en proie aux tentations de toute nature ; elle succombe elle aussi à l'adultère.
    Les enfants de ce couple, Antoine, Claudia, Marie-Claire, tenteront d'échapper, chacun à leur manière, à cet héritage oppressant .Marie-Claire, pour échapper à une homosexualité jamais révélée au cercle familial, entre dans un couvent en Bretagne. Claudia se marie et Antoine connaîtra un destin cruel : après avoir aidé le FLN, il est exécuté au cours d'une corvée de bois, mais la cause réelle de sa mort restera dissimulée à sa famille.
    Les personnages dialoguent par des apostrophes, justifications de leurs conduites et exposés de leurs souffrances issues de l'abandon final de cette terre d'Algérie. Toute la violence de l'histoire est contenue dans ces dialogues. Sans outrance, sans pathos , Mathieu Belezi nous fait pénétrer dans les ressorts de cette histoire tragique dont il rappelle une composante essentielle :le recours quasi-permanent à la violence, confinant à la démence : « Il y avait bien assez d'hommes torturés, égorgés, coupés en tranches, bien assez de femmes violées et éventrées, bien assez pour moi, mais pas pour tout le monde puisque le Algériens en venaient à s'en prendre aux Algériens et les Français aux Français étaient-ils devenus fous ? » Est-ce une restitution d'une conception du monde ? Est-ce une autopsie de l'Algérie coloniale ? La réponse n'est pas certaine à l'issue de la lecture de ce roman incantatoire, qui nous transporte vers ce passé colonial revisité par ces voix douloureuses.


    Lien : http://www.bretstephan.com
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (4 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par annie, le 06 août 2008

    annie
    (Albin Michel)
    Le Domaine de Montaigne, quelque part en Kabylie : 600 hectares de collines, de champs de blé, d'orangers, d'oliviers et de vignes. La terre de la famille de Saint-André depuis un siècle Au cœur de ce petit royaume, une maison de maître et ses dépendances entourées de palmiers, d'acacias, de pins et de figuiers.
    Six personnages : le père, la mère, les trois enfants (dont un a embrassé la cause du FLN) et la domestique kabyle.
    Tout au long du roman, leurs voix s'interpellent et se répondent, se prennent pour ce qu'elles ne sont pas, tempêtent, supplient, invectivent des fantômes, se souviennent.
    Le passé, c'est le quotidien du colon dans sa colonie, cette façon de régner en maître sur un pays qu'il a « fait » et des gens à qui il « apporte la civilisation ».
    Le présent de ces voix, c'est la difficulté et l'amertume de l'exil dans une France hostile, bien peu disposée à ouvrir les bras. Et c'est aussi la souffrance d'un déracinement insurmontable.
    Saga des de Saint-André –avant, pendant et après l'indépendance de l'Algérie-, composé de scènes fortes - guerre, sexe, sentiments exacerbés, haines viscérales-, ce roman, comme ceux de Faulkner, traduit le chaos de la grande histoire, se dit à travers les passions de ceux qui font la petite. le souffle qui porte de bout en bout cette saga, la profonde originalité de sa structure polyphonique et de son rythme incantatoire donnent à l'œuvre un caractère unique : on croit entendre, en la lisant, le chant funèbre des déracinés de tous les temps.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par BVIALLET, le 22 mars 2012

    BVIALLET
    Une longue lignée de colons, les de Saint-André a transformé une étendue de sable et de caillasses stériles du Dahra algérien en une vaste et opulente propriété de centaines d'hectares où poussent le blé, l'orge, la vigne, les orangers et les citronniers. Les descendants de Jules, le colon fondateur, vivent sans souci d'argent mais avec de nombreux problèmes familiaux : la mère, Hortense, est l'épouse bafouée d'un certain Ernest, ex-petit blanc de Bab El Oued, qui passe ses journées à boire du whisky et ses nuits dans les bras de prostituées. Elle a eu trois enfants, Antoine qui ne veut pas reprendre le domaine et déteste sa condition, Claudia qui a fait un mariage raté et Marie-Claire qui souffre de ses penchants homosexuels et finira au couvent. de plus, l'époque est difficile, le règne des pieds-noirs n'en a plus pour bien longtemps, la guerre d'Algérie arrive avec son cortège d'horreurs. La famille de Saint-André échappera-t-elle à la tourmente ? La propriété redeviendra-t-elle un désert ?
    Plus qu'un roman historique, « C'était notre terre » est surtout un roman familial, la saga d'une famille attachante, broyée par les meules impitoyables de l'Histoire. le style de Belezi est très particulier et demande quelques efforts au lecteur. En effet, il ne s'embarrasse d'aucun détail descriptif ou circonstanciel, proscrit le point et privilégie le témoignage alterné de chacun des six personnages majeurs du drame sans se soucier non plus d'ordre ou de chronologie. Tous les récits étant à la première personne du singulier et apparemment sans autre logique que l'afflux des souvenirs du locuteur, le lecteur se retrouve face à une sorte de récit « choral », un peu incantatoire (avec redîtes des points importants) proche du registre du théâtre antique. La phase d'adaptation passée, on peut apprécier ce texte magnifique, plein de sensibilité, d'honnêteté (rare sur un tel sujet, la bassesse et l'horreur étant équitablement répartie entre les deux camps) et d'humanité. On ne ressort pas indemne de la lecture de ce long pavé (475 pages) qui illustre parfaitement le drame de la colonisation en général, « fardeau de l'homme blanc » (Kipling dixit) et celui de l'Algérie en particulier.

    Lien : http://www.etpourquoidonc.fr/
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (3 votes positifs)

> voir toutes (4)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par caro64, le 29 avril 2010

    Oui, qu'elle s'excuse pour avoir essayé de m'étrangler, et pour avoir jeté les de Saint-André à la porte de l'Algérie, et pour leur avoir fait tellement de mal qu'ils n'arrivent plus à trouver le repos.
    Citation de qualité ? (6 votes positifs)
  • Par carre, le 08 décembre 2011

    J'ai vu les machoires soudées des hommes qui ne voulaient pas céder, j'ai vu la colère déformer le visage des gens que je croyais connaitre, j'ai entendu les bombes qui explosaient à Oran, j'ai respiré jusqu'à l'écoeurement l'odeur fétide du sang répandu
    oui
    et pourtant je suis restée là ou mon père et ma mère m'avaient fait naitre
    Comprenez-vous mes filles ?
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (2 votes positifs)
  • Par caro64, le 29 avril 2010

    Livre-t-on six cent cinquante-trois hectares aux appétits d'un ogre ? Ce n'est pas à l'ogre qu'il faut poser la question.
    Citation de qualité ? (5 votes positifs)
  • Par BVIALLET, le 22 mars 2012

    « ... la terre sur laquelle il était assis n'était plus la terre qu'il avait connue, qu'en y plongeant la main, il y découvrirait les nappes de sang coagulé d'un bon million de morts. »
    « C'est dans le sang de ta grand-mère et celui de ses assassins que Montaigne s'est construit, et c'est dans le sang des colons et celui des Arabes que l'Algérie est devenue française, pas autrement, alors c'est dans ce sang toujours prêt à couler qu'il fallait vous tenir pour garder le pays
    mais le sang a coulé, Jules...
    - Pas suffisamment"
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (0 votes positifs)

> voir toutes (4)

Videos de Mathieu Belezi

>Ajouter une vidéo
Vidéo de Mathieu Belezi

C'était notre terre de Mathieu Belezi au Livre de Poche .
Les trois générations de la famille de Saint-André ont vécu sur le domaine de Montaigne, en Kabylie, pendant un siècle. Les voix des différents membres de la famille (le père, la mère, les trois enfants dont un a embrassé la cause du FLN, les deux filles ayant choisi l'exil, et la domestique kabyle) se croisent et se souviennent, dans leur retraite française, du quotidien du colon et de l'amertume de l'exil. Un roman polyphonique, incantatoire, qui se déroule comme une vague infinie, dessine un pays de soleil et de violence, et entonne le chant funèbre d'une terre meurtrie.








Acheter sur Amazon

Faire découvrir C'était notre terre par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (39)

> voir plus

Quiz