L'HISTOIRE
Tous les jeudis à 19 heures, dans un cercle anonyme d'épluchures d'âmes mâles en peine, cercle itinérant et sans nom, qui tient à la fois de la loge franc-maçonne et des Addictifs anonymes (ça n'existe pas ?), des hommes de tous bords viennent s'épancher à tour de rôle et racontent ce qui va ou ne va pas dans leur vie. Ils n'ont droit qu'à un passage sur la scène et pas de juge ou de Grand-Maître pour leur donner un conseil, un avis ou même les juger. Vous aurez compris qu'ils y parlent de leurs ratés avec les femmes, uniques objets de leurs désirs mais aussi de leurs ressentiments. « D'autres, en mal de solidarité y voyaient le dernier refuge des grands blessés d'une guerre éternelle. (…) sans rien espérer en retour sinon qu'elle fasse écho à celle d'un auditeur anonyme venu, lui, en quête de réponses. » Alors l'écho va faire son boulot et trois Caliméro en détresse vont lier connaissance, se raconter leurs déboires autour d'un verre et nous allons suivre leur histoire tout au long du livre.
Il y a Philippe, sociologue de formation adoubé philosophe « compréhensible » par la sphère intellectuelle après la parution d'un livre à succès. En contact avec la jet-set, il va vivre une histoire avec un top-model, Mya, classée parmi les plus belles femmes du monde. Puis Denis, serveur chef de rang dans une brasserie, à la ramasse complète depuis qu'il vient d'avoir trente ans : il semble être devenu transparent pour les femmes et suspecte même un « complot » de ces femelles visant à l'anéantir. Et surtout visant à anéantir sa sacro-sainte virilité ! Jusqu'au jour où l'une d'elles, sans lui demander son avis ou son accord va s'installer chez lui. Quant à Yves, la quarantaine alerte, parisien moyen, poseur de carreaux triplement efficaces décide de ne pas pardonner l'affront que lui a fait sa femme adorée en le trompant avec un gogo-dancer, un soir d'ivresse. Il décide de se venger en ne côtoyant QUE des prostituées, allant jusqu'à organiser un budget pour ces rencontres tarifées où il s'esquintera à épuiser le plus large éventail de ses fantasmes. Un ami marié et bien renseigné lui a d'ailleurs dit : « Tu sais, l'avantage d'une pute, c'est pas tant qu'elle fasse tout ce que tu veux, c'est qu'elle s'en aille juste après. » Entre autres, car nous avons quand même droit à des scènes de sexe particulièrement détaillées… le ton ironique, narquois de Benacquista est bien là, le livre est très bien écrit (trop bien ?), le postulat de départ qui va aller en déployant ses branches et leurs ramifications pour décortiquer les relations hommes-femmes, sans que jamais la balance ne sombre d'un côté plus que de l'autre est intéressant et bien amené. Trouveront-ils le bonheur nos trois compères, la voie qu'ils ont choisie sera-t-elle celle de la rédemption ou de l'enfer ? Trouveront-ils surtout « du sens au sens » qu'évoque Philippe face à Mya en réfléchissant à une question qu'elle vient de lui poser ? » La débarrasser de l'idée de comprendre pour se donner une chance de ressentir. Être à l'écoute d'elle-même et non des injonctions contradictoires des meneurs d'opinion (…). Lui démontrer que celui qui confesse n'avoir ni l'outil ni la matière a déjà tant de convictions, de vécu, d'intuitions, qu'il suffirait d'un simple déclic pour combiner entre elles ses propres expériences, et connaître une épiphanie, une de ces illuminations qui frappent si fort qu'elles éclairent à jamais le chemin qui reste à parcourir. » Les personnages qui sont aussi variés et variables qu'une géométrie bien contrôlée sont là pour qu'un maximum de personnes puissent se reconnaître en eux, certes, affûtés à la plume ironique de Tonino. Même la fin nous réserve une pirouette laissant supposer un prochain roman (suite or not ?) qui pourrait s'intituler « Femmes, redressez-vous » (euh…j'extrapole).
Homo Erectus ne signifie-t-il pas « Homme qui se tient debout » ou par extension « Restons dressés » au propre comme au figuré… Car il est aussi question de la reconquête d'une certaine dignité chez ces mâles à terre, la dignité que se doivent un homme et une femme quels que soient les rapports qu'ils entretiennent et quoi que nous pensions, nous sommes toujours à l'affût dans notre appréhension et notre compréhension du sexe opposé : « Heureusement, les femmes sont là pour créer un équilibre. La femme est à l'écoute de l'autre, parfois jusqu'à la complaisance. La femme observe, parfois jusqu'à l'indiscrétion. La femme formule, parfois jusqu'à la jacasserie. Est-ce que tu as ton compte d'idées reçues ou tu en veux d'autres ? »
MON AVIS
Et bien je suis déçue, déçue, déçue ! Ça vous épate hein ? Après mon engouement pour Tonino et sa Boîte noire, après que je vous en ai rebattu les noreilles jusqu'à plus soif… Bon, j'émets des bémols sur cette déception : j'ai lu ce livre par à-coups, comme une obligation à aller vite (c'est un livre voyageur), ce n'est que mon deuxième Benacquista et j'en ai trois qui m'attendent (
Quelqu'un d'autre,
Malavita,
Malavita encore). Que j'ai bien l'intention de lire au plus vite ! J'ai trouvé le ton, sous l'ironie et la gouaille, un tantinet sérieux et j'ai eu du mal à m'attacher à ces trois bonshommes pas vraiment représentatifs pour moi de la gent masculine (à chacun ses repères !) ou alors trop « cliché » dans leur genre. Et ce malgré une belle réflexion de fond, comme vous aurez pu le constater dans les extraits cités. Un livre en demi-teinte, je n'y ai pas retrouvé le Benacquista décapant que j'ai aimé, comme une maîtresse dubitative lassée très vite de son nouvel amant ! Ce livre en bref m'a globalement ennuyée. Mais j'aime toujours Tonino, qu'on se le dise !! (Il a peut-être voulu en faire trop, à son âge !! La crise de la cinquantaine sûrement…)