ISBN : 2742777016
Éditeur : Actes Sud (2008)


Note moyenne : 4/5 (sur 32 notes) Ajouter à mes livres
Présentation de l’éditeur :
Contraindre un corps qui se refuse au plaisir pour attirer le vide, pour suspendre l’équilibre du monde : c’est Lea quand elle danse, c’était sa mère quand elle devait « aimer » les hommes. Par une nuit d’orage en bord de mer, mère et ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Seraphita, le 31 juillet 2011

    Seraphita
    Lea. Romilda. La France, aujourd'hui. L'Italie, hier. Lea a 38 ans. Elle danse. Elle aime Bruno, peintre de l'immobile. Mais cette immobilité est contraire à sa soif de mouvements. Aussi, elle le fuit, comme elle a fui toutes ses conquêtes auparavant. La langue de sa mère, Romilda, lui permettra-t-elle d'accepter le temps suspendu de l'amour ?
    « Laver les ombres » : « Laver les ombres, en photographie, signifie mettre en lumière un visage pour en faire le portrait ». C'est ce que souligne Jeanne Benameur en incipit. « Laver les ombres », c'est aussi permettre aux mots de jaillir pour faire exister l'innommable, à ses yeux, aux yeux de l'autre. C'est au cœur d'une tempête, à la fois réelle – l'environnement se déchaîne – mais aussi et surtout symbolique, que Romilda va choisir de Laver les ombres de son existence pour dire à sa fille, Lea, les 3 années de son adolescence qu'elle préférerait oublier. La rencontre avec un homme dont elle attendait tant, peut-être une libération qu'un roman d'amour lui avait laissé entrevoir ? Cet objet d'amour devient vite, dans le même temps, objet de haine. Figure de l'ambivalence qui donne corps à une existence, qui permet que naisse Lea.
    Jeanne Benameur nous livre une ode aux mots, aux livres libérateurs. Elle sait choisir ses mots avec soin pour composer cette ode grandiose. Son écriture est puissante, enchanteresse, précise, bien mise en valeur par le choix de la mise en forme typographique. Dans un style incisif, elle sait dire le poids des non-dits, la relation mère-fille (on retrouve ce thème dans « Les Demeurées », autre roman magistral de la même auteure), les espérances adolescentes meurtries par la cruauté des hommes, d'un homme. Au départ, l'auteure alterne les courts chapitres relatant le présent de Lea, en France, et des tableaux évoquant le passé de Romilda, à Naples, en 1940. Ces derniers sont brefs (2-3 pages), les mots sont choisis avec soin et nous coupent déjà le souffle tant ceux-ci savent rendre l'innommable du vécu de la jeune femme de 16 ans. Vers la fin, de nouveaux tableaux surgissent, esquissés par Bruno, peintre de l'immobile, qui essaie de figer Lea en une danse de couleurs. Jeanne Benameur sait dire avec justesse les sentiments de chacun. Parlant de Bruno, elle écrit son amour pour Lea qui lui fait prendre conscience, par contre coup, de sa solitude radicale :
    Il regarde le ciel par la fenêtre.
    Le gris pâle des nuages.
    Il mesure qu'il aime pour la première fois. Et c'est violent. Parce que, dans le même temps, il mesure à quel point chacun est seul.
    Une épiphanie double. Maudite.
    L'oiseau est seul dans le vol des oiseaux, le mouton dans le troupeau et chaque pierre sur le chemin.
    p. 116.
    Jeanne Benameur dépeint également la détresse de Lea, sa révolte, sa rage contenue face à ses parents, qui se dévoilent soudain, face à son enfance :
    Ça hurle à l'intérieur. Devant la mère, elle retient. Laisser éclater toute la rage, elle ne peut pas.
    La rage dévore à l'intérieur.
    Contre la mère qui avait peur.
    Contre le père.
    Contre la peur.
    Contre l'enfance toute fausse.
    p. 94.
    L'auteure propose ici une réflexion tout en métaphores sur le mouvement, sublimé dans un art, sur l'immobilité :
    Danser c'est attirer le vide.
    Le faux pas, elle, c'est tout son art de l'éviter.
    Danser, c'est suspendre l'équilibre du monde.
    Quand le pied glisse, c'est le danseur ou le monde qui chute ?
    p. 96-97.
    Ce livre m'a beaucoup touchée, émue et bouleversée. C'est une ode aux mots qui célèbrent un vécu, dénichant les non-dits, les sentiments contenus qui jusque là se manifestaient dans un art maîtrisé, puis qui se disent, lavant les ombres. Quand le visage de Romilda se met ainsi en lumière, devient-il une nouvelle fois étrange, encore plus étrange aux yeux de Lea ?
    Au final, Bruno croit avoir compris ce qu'est l'amour dans son rapport à la solitude, et en filigrane, le sens de son œuvre artistique :
    Aimer c'est juste accorder la lumière à la solitude.
    Et c'est immense.
    p. 152.
    Un livre magistral.
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par sylvie, le 01 juin 2009

    sylvie
    Jeanne Benameur nous raconte l'histoire d'une fille qui n'arrive pas à aimer si elle arrive à danser.
    A 38 ans, elle n'a pas d'enfants et a toujours mis un terme brutal à ses relations amoureuses.
    Léa se rend compte qu'elle va fuir son nouvel amour encore une fois et poussée par une étrange inquiétude, elle décide de rejoindre sa mère dans sa maison au bord de l'océan.
    Les deux femmes vont s'y retrouver, alors qu'une tempête fait rage.
    Lentement et en douceur, la mère va lâcher les secrets terribles qui l'ont étouffée sa vie durant en l'empêchant de déployer sereinement tout l'amour qu'elle portait à sa fille.
    Léa va écouter, entendre, comprendre, et reconnaître la peur qu'elle portait en elle et qu'elle ne pouvait s'expliquer...
    Léa est chorégraphe et la danse remplit sa vie, la fait exister et avancer. Cette pratique lui est essentielle et vitale.
    Léa aime Bruno, qui est peintre et qui fixe le mouvement dans ses tableaux. Elle l'admire à l'envier, elle qui ne peut supporter que le déplacement et le mouvement.
    C'est au cours d'une séance de pose pour un portrait, acceptée mais redoutée que Léa ressentira sa peur étrange et angoissante, et c'est l'amour qu'elle porte au peintre qui la poussera à l'affronter.
    "En photographie, Laver les ombres signifie mettre en lumière un visage pour en faire le portrait."
    Comme dans "Les Demeurées", les mots ont une grande place dans l'histoire des personnages, le chant, la langue aussi. Ils ont un pouvoir salvateur, ils libèrent les énergies, ils apaisent les peurs, ils réconcilient les êtres , ils pansent les blessures de l'âme.
    J'ai beaucoup aimé la manière dont est décrite la relation de Romilda aux livres et à la lecture, comment il est dit qu'ils lui ont permis de survivre encore et malgré tout, alors même que l'être semblait s'être effacé...
    Ce roman est fait de phrases courtes, de mots simples et choisis, baignés dans un rythme qui respire court ou large au gré des tableaux qui se construisent peu à peu...
    De temps en temps pointent comme des poésies qui s'insèrent dans cette prose syncopée pour faire surgir l'émotion, qui sourd ou surgit sans crier gare...
    C'est un livre extrêmement sensible, à fleur de peau.
    des liens sur le blog :

    Lien : http://sylvie-lectures.blogspot.com/2009/06/laver-les-ombres-jeanne-..
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    Critique de qualité ? (13 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 09 août 2011

    brigittelascombe
    Les relations fusionnelles mère-fille, voilà à nouveau le thème traité par Jeanne Bénameur ( dont j'avais apprécié Les Demeurées qui abordait la forclusion du nom du père chère à Lacan), dans Laver les ombres.
    Jeanne Bénameur, auteur prolifique contemporaine, sait tisser tout en finesse des cocons d'où émergent de subtiles chrysalides.
    Laver les ombres:un titre qui en photographie signifie:"mettre en lumière un visage pour en faire le portrait".
    La photographe des ombres et lumières,c'est l'auteur bien sûr qui en petites touches pointillistes d'émotions contenues nous ouvre les portes de son imaginaire où tout semble vrai tellement ça vibre.
    Deux femmes imbriquées.
    Léa la fille qui capte le ciel sous son ciel mansardé,qui porte en elle un champ de mines si lourd de peurs inavouées qu'elle danse pour se mettre en apesanteur.
    Romilda-Suzanne la mère, qui cache en elle un douloureux secret qui la fait osciller entre présent et passé,le passé d'une fille à soldat lisant des romans à l'eau de roses pour s'évader de son quotidien.
    Seul les mots sauront les délivrer de leur gangue commune.
    Et les mots de Jeanne Bénameur, légers flocons de tulle qui dansent et virevoltent sur le fil de l'émotion si lourd qui ploie sans jamais casser.
    Sublime! du grand Art!
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    Critique de qualité ? (10 votes positifs)
    • Livres 2.00/5
    Par jcnb68, le 18 août 2011

    jcnb68
    Un membre de ce site m'a gentiment réprimandé il y a quelques jours du fait qu'il trouvait que m'a critique au sujet Des Insurrections Singulières raillait l'injustice.
    Je me suis donc vite attelé à la lecture de celui-ci avec la ferme intention de le trouver époustouflant.

    Peine perdue, dès les premières pages j'ai du me battre avec l'écriture de l'auteur.
    Le sujet est intéressant ; le passé caché et honteux des parents peut-il perturber le psychisme et le déroulement de vie de leur progéniture ?
    Mais mon dieu, faut-il toutes ces successions de mots regroupés en de minuscules phrases pour exprimer la douleur, la souillure.
    L'auteur insiste sur l'épiderme retourné, tatoué de l'intérieur, etc, etc. Ce ne serait pas gênant, si cela n'occupait pas un tiers de l'ouvrage, toujours et encore, jusqu'à ce que nos propres poils finissent en bouillie.
    Si je ne suis pas capable d'accéder à cette poésie, je pourrais au moins la fermer, me direz-vous.
    Oui, sauf que je ressens quelque chose de profondément dissonant dans le discours de l'écrivain. Un manque de sincérité, de vérité, comme s'il elle s'embourbait constamment de le Comme si.
    Je ne veux pas révéler la trame du livre, surtout qu'il pèse pas lourd, mais je ne peux m'empêcher de sursauter à ce parti que l'auteur semble avoir pris, sans que l'on se rende forcement compte, par rapport aux homosexuels. Il est macro et il prostitue sa propre femme ; ça peut être révélé, mais si en plus il est pédé, le capitaine, alors là non. Non, non…
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    • Livres 3.00/5
    Par Reka, le 23 janvier 2011

    Reka
    Je me suis plongée dans Laver les ombres en étant convaincue par avance de la qualité de l'ouvrage et du plaisir que j'allais en retirer puisque les romans de Jeanne Benameur se sont toujours avérés pour moi de valeur sûre. Hélas, je sors de ce livre assez désolée. Il est après "Les Demeurées" et "Si même si les arbres meurent" celui qui m'a incontestablement le moins touchée.
    Le livre est dentelé de la douce poésie dont l'écrivaine a le secret. Son style est égal à lui-même : ciselé et efficace, la donne est donc peu ou prou inchangée au niveau de la forme. Cependant, le style de Benameur, dont on sait qu'il est surprenant au premier abord et qu'il nécessite une accoutumance, n'a cette fois jamais daigné pénétrer ma personne.
    Mon déplaisir a été causé par l'ininterruption des allusions à la danse qui se multiplient comme autant de refrains. Les répétitions ont parfois le don de créer un subjuguant relief, mais j'avoue m'être ici très vite lassée des pirouettes de Lea. Elles m'ont fait l'effet d'une inépuisable et épuisante rengaine. Il faut dire que je n'étais sans doute pas le public le mieux adapté pour une lecture telle que celle-ci. J'ai acquis ce livre les yeux fermés parce que le nom de l'auteure figurait sur la couverture, mais je suis à vrai dire assez peu réceptive à cet art qu'est la danse…
    Outre mon imperméabilité à ce sujet prédominant, le fait est que je suis restée assez étrangère à Lea, Romilda et Bruno – dont l'âme esseulée est aussi brièvement esquissée. Je n'ai pas partagé les émotions qui habitaient ce trio diablement meurtri mais suis en revanche parvenue à observer l'exercice de style qui s'inscrit dans ce roman… C'est d'ailleurs par là que j'ai cru percevoir, hélas, combien l'auteure avait léché sa prose…
    Les angoisses de Lea et Romilda, par l'alternance des chapitres, se superposent et se confondent. La relation qui lie les deux femmes s'en ressent d'autant plus singulière. Comme à son habitude, Benameur privilégie toujours la relation mère-fille, mais l'histoire m'a paru manquer de la simplicité et de l'ineffable pureté des "Demeurées". Ici j'ai perçu une finesse un brin maniérée… Or, je préfère les perles naturelles aux cabochons laborieusement polis.
    En conclusion, "Laver les ombres" m'a paru à la fois trop travaillé et… trop féminin.
    Une déception surmontable : ma PAL compte toujours "Les mains libres", de la même auteure. Je ne rechignerai certainement pas à le lire, mais espère vivement retrouver l'enchantement connu à la lecture des "Demeurées".

    Lien : http://marecages.be/?p=3432
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Citations et extraits

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  • Par Hebephrenie, le 26 juin 2010

    Danser c'est altérer le vide.
    Pourquoi inscrire un mouvement dans le rien? Elle voudrait tant pouvoir juste contempler et habiter simplement, sans bouger. Elle envie ceux qui le peuvent. Elle, elle n'y arrive pas.
    Elle est un mot étranger jeté dans une langue. Comme un mot tout seul jeté dans le silence. Elle se sent intruse. Depuis toute petite.
    Alors elle danse. il faut qu'elle trace, avec son corps, les lignes qui permettent d'intégrer l'espace. Seule la beauté du mouvement peut le sauver.
    C'est sa façon de trouver place dans la vie.
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  • Par sylvie, le 01 juin 2009

    Une à une, elle déchire les pages de son vieux livre d'amour, les laisse tomber dans l'eau. Le papier disparaît dans le mouvement des vagues. Alors les mots imprimés, ces mots que personne ne lui a jamais dits, ses lèvres les prononcent. Pour elle toute seule. Dans sa langue à elle. C'est en italien, seulement en italien qu'elle aurait pu les dire." ..."Elle ignorait qu'elle avait tant et tant de phrases inscrites, à l'intérieur d'elle. Sous la peau. Des passages entiers. Comme des blocs de falaise usée qui s'écroulent. En même temps qu'elle délivre dans l'air tout ce que les livres lui ont appris de l'amour, elle pleure. C'est tout
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  • Par Aifelle, le 18 novembre 2011

    "Elle a trente huit ans. Une carrière construite sans ménagement ni concession et une incapacité chronique à habiter calmement une histoire. Est-ce cet amour tout neuf pour un homme de l'immobile, un peintre, qui la bouleverse à ce point ? Ce matin, elle a peur de perdre Bruno, oui. Elle se connaît. A nouveau elle est submergée par le besoin farouche, irraisonné de faire le vide, de se retrouver sans homme, au risque de la désolation. Une vraie malédiction".

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  • Par carmencita, le 02 février 2011

    apprendre à trébucher. Intégrer le faux pas. En faire sa danse. Apprendre la marche imparfaite de tous ceux qui ont dans le corps un poids qui se déplace et les entraîne. Sans qu'ils y puissent rien. Et danser avec ça. tous. Des semblables. Qui tentent de rétablir l'équilibre. A chaque pas.Entravés, empêtrés dans les vies et les histoires qui s'agrippent, déséquilibrent.
    Elle fait partie maintenant de ceux qui articulent leur pas comme on parle après être resté trop longtemps silencieux. Avec peine.La seule grâce possible. Partageable.
    Il faudra qu'elle serre sa mère très fort dans ses bras avant de la quitter. Très fort.
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  • Par Hebephrenie, le 26 juin 2010

    Les mots de la mère sont là. Dans l'air.
    Il faut épuiser les mots.

    Danser c'est écrire avec tout son corps.
    Elle a appris.
    Elle respire. Fort. Elle écoute à l'intérieur d'elle son propre souffle. Familier. Rassurant.
    Épuiser les mots de sa mère, elle peut.
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