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ISBN : 2742777016
Éditeur : Actes Sud (15/08/2008)

Note moyenne : 3.9/5 (sur 159 notes)
Résumé :
Présentation de l’éditeur :
Contraindre un corps qui se refuse au plaisir pour attirer le vide, pour suspendre l’équilibre du monde : c’est Lea quand elle danse, c’était sa mère quand elle devait « aimer » les hommes. Par une nuit d’orage en bord de mer, mère et fille acceptent enfin de briser les digues.
Elle est dans la quête de la beauté, la perfection du geste, la maîtrise absolue du moindre muscle de son corps. Jamais pourtant elle ne parvient à s... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (54) Voir plus Ajouter une critique
Moovanse
03 août 2015
★★★★★
★★★★★
Un fil d'Ariane né de l'utérin,
amniotique douceur d'un corps douleur …
Deux coeurs douleur.
Ce sont les premiers mots qui me viennent à l'esprit, chahutée par ma lecture, émotion non contenue …. un peu de brume aux yeux. Jeanne Benameur a fait mouche !
Elle, c'est Léa. Une vibration. Un mouvement perpétuel. Une grâce qui étire chacun de ses gestes, aiguise ses muscles, courbe son corps au plus juste, pour occuper l'espace, tout l'espace, tout de grâce. Si elle pouvait, Léa, elle deviendrait poussière, poussière d'air, légère, particule anonyme, volatile, juste un souffle de lumière qui rejoindrait un ciel, vaste - plein.
Elle danse.
Elle ne sait faire que ça, Léa, danser - pour altérer son vide.
Qu'elle est belle, ainsi, sculptée par l'effort !
Elle promène alentours l'apparence de son corps - équilibre parfait, tranquille.
Lisse à l'extérieur .... Diffractée à l'intérieur.
Léa porte ses peurs sous la peau comme des « éclats de bombe », c'est « un champ de mines » qui danse jusqu'à épuisement, juste pour éviter l'explosion !
Elle est ainsi depuis l'enfance, ainsi dans ses amours, aussi : Dé-liée, touchable mais Injoignable, abordable mais Introuvable. Toujours quelque chose en elle qui ne se donne pas.
Pourquoi ?
Elle, c'est Romilda. Immobile. Frêle et fragile. Toute de noir vêtue : celui du deuil, de la guerre, de la honte, là bas, en Italie, il y longtemps, très longtemps … Elle, depuis, n'est Personne. Elle vit seule, recluse exilée en bord de mer aux falaises vives, calfeutrée de silence, mutilée dans ses chairs. Taiseuse.
Vibration d'Amour désaccordée. Disloquée.
Romilda, c'est un livre : « Tu, Mio ». Livre refuge, Toi et Moi, homme – amour, Toi et Moi, femme – enfant, Toi et Moi dans la plainte sourde et tue … Son livre, son seul soleil - Caché.
Comment dire ?
La narration mélange passé, présent, sous forme de petits tableaux imbriqués : sorte de puzzle distillant ses fragments d'histoire au compte goutte.
Autant de souvenirs acérés, d'épines au coeur, de questionnements blafards, d'effroi, d'horreur, d'infernales déchéances …
Autant de retenues aussi.
Jeanne Benameur sait les mots justes, tamisés, ceux qui, économes, transpercent pourtant la page pour nous éclabousser les yeux d'images fortes et le coeur d'émotions crues.
Magie de l'écriture, bouillonnante, explosive, tempétueuse à la rythmique saccadée qui jette sa rage sur la feuille, magie de l'écriture qui affute nos sens par la douceur et la poésie qu'elle infuse.
"Aimer c'est juste accorder la lumière à la solitude.
Et c'est immense."
Immense, comme cette immense histoire d'amour – charnelle et viscérale.
Immense, cet « accouchement » décalé, ombres lavées évaporées, où la lumière enfin Re-liée peut s'accorder sans crainte aux gestes et à la voix.
Ne restera, limpide, que le cristal.



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michfred
16 octobre 2015
★★★★★
★★★★★
"Laver les ombres, en photographie, signifie mettre en lumière un visage pour en faire le portrait"
Laver les ombres, c'est aussi s'abandonner à la tempête des mots, laisser déferler les lames, couler les larmes, se laver, s'épancher, s'épurer, se retrouver.
C'est habiter les yeux ouverts l'espace de l'amour maternel, c'est donner à son corps d'enfant jeté dans la vie sans un mot, à ce corps contrôlé, contraint à la discipline et rompu à l'exercice impitoyable de la danse, tout entier adonné au mouvement, une place enfin stable dans l'espace.
C'est lui ouvrir l'espace du coeur.
Laver les ombres, c'est "avoir le coeur net", au propre et au figuré. C'est permettre au coeur de battre de nouveau à l'unisson d'un autre.
Encore une fois, un secret de famille-lourd, très lourd- mure une mère dans le silence, et emmure sa fille dans une danse élégante, épuisante, excluante. le dire enfin ouvre les deux prisons, intérieure et extérieure.
Mais l'originalité de ce très beau récit tient en deux mots: Léa, la fille, est danseuse et Romilda, la mère, est italienne.
Et la langue de Jeanne Benameur, claire comme une épure, tranchante comme le rasoir, juste comme un accord, sait si bien dire le mouvement contrôlé de l'une et l'effroi de l'autre, étrangère à sa langue, étrangère à son corps, étrangère à sa vie,- qu'elles ne peuvent que se rejoindre, une nuit de tempête mémorable et cathartique, dans la petite maison près de la falaise vive, celle qui continue de crouler dans les vagues de la mer..
"Est-ce qu'aimer , ce n'est pas vouloir rejoindre sans relâche?"
"Aimer c'est juste accorder la lumière à la solitude. Et c'est immense"écrit joliment Jeanne Benameur
Un roman au sujet classique- un secret de famille qui , délivré de sa gangue de silence, renforce encore les fils tissés entre la fille et la mère et surtout donne à la danseuse encagée et à la mère mutique une liberté nouvelle, d'aimer, de nommer, de chérir...- mais surtout un poème rythmique comme une danse..
"Un rond de danse et de douceur" disait Eluard: oui, au final, un ballet de douceur retrouvée.
Une chorégraphie où tous les corps peuvent prendre place - le corps jeune et sculptural de Léa, le petit corps vieilli, presque effacé par la honte et la douleur, de la mère - mère et fille unies dans la même sarabande.
Laver les ombres, c'est un "rêve dansant" comme le merveilleux ballet de Pina Bausch, où les corps , tous les corps, les maigres et les lourds, les jeunes et les vieux, les gracieux et les maladroits, sont beaux et émouvants, parce qu'ils disent leur histoire en s'inscrivant humblement dans l'espace, avec les autres...
Merci à Moovanse et à Latina, qui m'ont fait découvrir Jeanne Benameur...
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cicou45
03 août 2016
★★★★★
★★★★★
Comment exprimer ce que l'on ressent sans paroles ? Trop de paroles non dites peuvent parfois blesser mais trop de paroles dite le peuvent tout autant. Jusqu'où une mère doit-elle aller pour dévoiler des choses à sa fille, des choses qu'elle voudrait tant oublier, des choses sales mais qu'elle a faites pourtant par amour. Sa fille doit-elle forcément tout savoir de son propre passé ?
Léa est une jeune femme qui adore la danse plus que tout. Pour elle, c'est avec le corps qu'elle parle et c'est aussi grâce aux corps des autres qu'elle trouve son inspiration, son bonheur, sa joie de vivre. Elle aime regarder les choses bouger et c'est avec Bruno, peintre qui ne rêve que d'une chose, la peindre elle, qu'elle partage sa vie. Cependant, elle refuse de se dévoiler...Pourquoi ? Elle n'en sait rien, au fond d'elle, il y a comme une fêlure qui lui interdirait de se donner toute entière mais cela, elle ignore pourquoi.
Romilda fut elle aussi une jeune femme, bien avant d'être mère. Elle, au contraire, elle se donnait sans relâche, probablement trop ! Pourquoi ? Elle, au contraire de celle qui deviendra sa fille, l'a toujours su ? C'est par amour, un amour violent et déchirant qui la pousse , trois ans durant, à se donner aux autres...
Un roman saccadé, haché qui amène, petit à petit le lecteur à reconstituer toutes les pièces du puzzle. Une écriture démembrée mais pourtant extrêmement puissante, comme une tempête, la même tempête qui amènera Romulda et Léa à se retrouver, à se déchirer mais pourtant, à continuer de s'aimer. Un amour que seules une mère et une fille peuvent partager et que rien ne pourra jamais égaler, un amour qui résiste à tout et même au pire des ouragans !
Un petit bijou de livre que je ne peux que vous recommander !
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TerrainsVagues
15 mars 2017
★★★★★
★★★★★
Il y a quelques temps, une critique de Moovanse m'avait fait noter quelque part qu'il fallait absolument que je lise « Laver les ombres » de Jeanne Benameur. Voilà qui est fait.
Au départ, c'est vrai que c'était pas gagné parce que l'histoire d'une chorégraphe… Autant la musique, oui, autant la danse, non… le tutu ne me sied point, quant aux collants, ils me boudinent.
Heureusement, j'ai pris sur moi (bon ça n'a pas été un effort surhumain non plus) parce que, quelle lecture !!!

Laver les ombres, comme l'ont écrit Michfred et Nastie92 dans leurs excellents billets, signifie en photo, mettre en lumière un visage pour en faire le portrait.
Hombre quels portraits !!!
Léa, chorégraphe. Elle danse pour se sentir vivante, pour occuper l'espace. La vie, c'est le mouvement.
« Sa pensée, c'est la vibration. C'est tout.
La justesse du mouvement justifie son souffle sur terre.
Il n'y a pas d'autre façon de vivre.
La concentration totale sur chaque vibration d'archet et une absence tout aussi totale à soi même. Alors seulement quelque chose a lieu.
Elle est en mesure.
Elle respire. La peur reflue.
Elle continue.
A nouveau, peu à peu, elle entre dans l'espace. Elle y a droit. Alors son temps lui appartient. Et elle, elle appartient au monde. »
Bruno, peintre. Il capte le mouvement pour le figer.
Lui, statique. Elle, ne tenant pas en place. La relation est compliquée, comme un défi.
« Elle ne sait offrir au regard que le corps conscient. Même à Bruno. Tenir la pose, c'est s'abandonner. Ce paradoxe, elle ne peut pas. Les peintres attendent le moment du renoncement. Elle le sait. Comme la petite chèvre de M. Seguin, le moment où cesse la lutte. Renoncer à imaginer son propre corps. L'oublier. le confier à celui qui, de l'autre coté, peint. Parvenir juste à habiter le lieu ».
Romilda, mère de Léa. Ombre des ombres, le coeur lourd.
« C'est quoi la peur toujours, la menace dans tes yeux, maman, c'est quoi ? C'est quoi ce que tu avais à me dire ?
La vieille dame redresse le buste. Elle a la tête baissée mais dans le redressement du buste il y a comme un défi.
Léa ne la reconnait pas »
Laver les ombres, comme pour les purifier.
Première ombre, ombre à paupière. Celle présente sous les paupières de Romilda.
Laver les ombres, se libérer des fantômes qui la hantent depuis si longtemps. Démaquiller sa vie.
Deuxième ombre, l'ombre du doute. Celui qui lui fait redouter de perdre Léa. Celui qui la fait hésiter à se libérer d'un poids trop lourd à porter pour terminer sa vie plus sereine.
Et puis il y a l'ombre qui plane sur la vie de Léa. Cette peur liée à l'enfance qui la laisse toujours à la frontière. A l'océan de tous les possibles, elle reste sur le sable.
Enfin la plus terrible des ombres, celle du père, adoré par Léa. Laver son ombre, pas pour le mettre en lumière mais pour s'en délivrer. Pas de portrait pour cette espèce de porc très…
C'est dans un climat de tempêtes intérieures et extérieures (les vents font rage et l'Océan menace dans cette ville côtière) que dansent les ombres.
L'écriture de Jeanne Benameur me fait penser à l'océan. Oui un rythme océanique, des phrases courtes sans fioritures, des mots qui vont à l'essentiel comme une série de vagues. Et puis l'accalmie avant une nouvelle série émotionnelle plus forte encore. Marée haute qui vient lécher nos côtes les plus intimes, marée basse qui laisse entrevoir nos chants de bataille. Et puis cette houle qui serre le coeur, laisse une boule dans la gorge. Les embruns qui viennent mouiller les yeux…
Que j'aime cette écriture, pudique et délicate qui ne se cache pas pour dire l'inqualifiable.
Pas d'hésitation pour l'histoire de Léa, cette danseuse 5 étoiles.
Ps : n'insistez pas, pour le tutu et le collant, c'est toujours NON !!!
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Josephine2
11 octobre 2015
★★★★★
★★★★★
Tout en pudeur, avec délicatesse, en lien avec les éléments - l'océan, la tempête, avec le corps - Jeanne Benameur nous raconte une histoire terrible.
Avec beaucoup de finesse dans l'écriture, elle nous happe dans ses filets et on ne peut plus lâcher le livre.
Elle parle des relations mère-fille, une mère qui a vécu un amour dévorant, qui la mènera au-delà de l'indicible et de sa fille qui ressent un mal être sans savoir d'où il vient.
Jusqu'au jour où la mère décidera de tout lui raconter. Tout ? Peut-être pas.
Tant de choses sont dites dans ce petit livre court. Une vraie pépite.
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Citations & extraits (104) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka22 mars 2017
Le vin chaud lui fait une peau d'été à l'intérieur. Elle en commande un autre. Elle retrouve la sensation pénétrante de la chaleur que diffusaient de ses reins jusqu'à ses épaules les pierres saturées de soleil, quand, petite, elle restait adossée au muret qui entourait leur jardin, le regard perdu sur le chemin et la falaise.
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PiatkaPiatka19 mars 2017
Lea danse.
Ses mouvements dans l'air trouvent leurs courbes exactes. Son corps est uni à l'espace. La beauté est là. Dans le souffle qui la relie à tout.
Un moment de grâce.
Impartageable.
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TerrainsVaguesTerrainsVagues15 mars 2017
Ce matin, une peur à laquelle rien ne résiste la diffracte à l'intérieur. Elle est toujours aussi démunie. A nouveau livrée à cette impression de vivre avec des éclats de bombe sous la peau.A l'extérieur, c'est lisse. Une belle femme qui promène un corps tranquille. Sur scène, pour les spectateur, pour tout le monde, aucun problème. Les bombes ne s'attaquent qu'à l'intérieur. Personne ne les voit. Elle est un champ de mines. Et elle danse. Pour les éviter. Voilà comment elle se sent.
Léa ferme les yeux.
+ Lire la suite
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TerrainsVaguesTerrainsVagues13 mars 2017
Léa retourne aux nus sur les murs du café. Elle se concentre.
Oublier le reste. Essayer de saisir ce qui du mouvement est encore là, dans l'immobile, capté par le peintre. Tenter de le retrouver en suivant la courbe d'un bras, le repli d'une jambe. C'est fascinant.
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TerrainsVaguesTerrainsVagues12 mars 2017
Apprendre à trébucher.
Intégrer le faux pas.
En faire sa danse.
Apprendre la marche imparfaite de tous ceux qui ont dans le corps un poids qui se déplace et les entraîne. Sans qu'ils y puissent rien.
Et danser avec ça.
Tous. Des semblables. Qui tentent de rétablir l'équilibre. A chaque pas. Entravés, empêtrés dans les vies et les histoires qui s'agrippent, déséquilibrent.
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