ISBN : 9782742795307
Éditeur : Actes Sud (2011)


Note moyenne : 3.63/5 (sur 71 notes) Ajouter à mes livres
L’histoire d’un ouvrier, entre France et Brésil.

Parcours de lutte et de rébellion, voyage au centre de l'héritage familial, aventure politique intime et histoire d'une rédemption amoureuse, Les Insurrections singulières emboite les pas d'abord incertains... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par noryane, le 11 janvier 2011

    noryane
    L'histoire : Antoine est hors du monde; du monde de ses parents, du monde de ses collègues à l'usine, du monde de Karima qui l'a quitté et dont il ne se remet pas. Antoine a la rage contre ce monde auquel il n'arrive pas à appartenir, auquel il n'arrive pas à parler; pourtant il en a des choses à dire mais il n'y arrive pas; il se cherche, entre ce qu'il voudrait, et ce qu'il voit, entre son passé et son avenir.Entre la France et le Brésil, entre deux mondes, Antoine se cherche.
    Verdict : depuis Laver les ombres, Les Demeurées et Présent, je suis une fan de Jeanne Benameur, sans restrictions. Alors quand j'ai vu ce nouveau livre j'ai sauté sur l'occasion et je l'ai emprunté.
    Les plus : j'ai retrouvé avec plaisir cette écriture que j'aime tant, ces phrases courtes, tranchantes. J'ai aimé aussi retrouver cette relation qui est toujours présente évidente chez Jeanne Benameur entre le corps et les mots, entre l'âme et la traduction des sentiments par les gestes, les attitudes. Cette rage qui anime Antoine contre tout, la société, Lusine, ses parents, son frère, les collègues, contre Karima qui l'a laissé, lassée de cette inaptitude a s'exprimer, cette rage pèse aussi, elle submerge le lecteur. Alors que dans le coeur d'Antoine, tout chante, les mots ne sortent pas mais il est bien là, trop là, dans ce monde qu'il ne comprend pas.
    Les personnages sont toujours aussi passionnants pour moi que ce soit dans leurs différences comme Thais ou dans leur "normalité" et leur "petite vie" comme les parents d'Antoine.
    Les moins : malgré tout cela, malgré mon envie d'aimer, d'accrocher, je ne suis pas arrivée à rentrer dans le roman, pas tout à fait; la rage d'Antoine était trop présente pour moi, son combat, je l'ai compris mais il ne m'a pas touché; j'ai aimé mais pas comme les autres. L'écriture était semblable et pourtant si différente, sans doute parce que le personnage personnal était un homme (ce qui n'était pas le cas dans mes précédentes lectures) et cela se ressent. Plus abrupte, la façon de voir les choses m'a moins parlé mais le sujet m'étant plus indifférent, j'étais moins encline à entrer dans la tête d'Antoine et de ses poèmes.
    Conclusion : un livre dont j'ai aimé l'écriture mais pas le fond de l'histoire. Un peu déçue mais j'avais tellement aimé les autres qu'il me semblait difficile de replonger avec un tel degré d'intensité. Pour finir je dirais que pour découvrir cet auteur, ne commencer pas par ce livre mais par les précédents.
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    Critique de qualité ? (6 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Lencreuse, le 31 mars 2011

    Lencreuse
    Bien qu'il ait toujours trouvé la vie de ses parents étriquée, Antoine est devenu ouvrier comme son père. Lorsque son couple vole en éclats, il retourne vivre dans sa chambre d'enfant. A l'usine, ça ne va pas fort non plus : le vent de la délocalisation souffle et le nouvel Eldorado rime pour les patrons avec Brésil. En France, on incite les rats à quitter le navire. le retour à la maison parentale met Antoine face à ses propres errances. Un couple qu'il a tenté de construire avec Karima, un professeur de français, une intellectuelle qui lui reprochait son manque de mots. Pour se sentir à la hauteur, il a bien tenté d'intégrer la lutte ouvrière. Mais même là, Antoine se sent décalé. Comme à huit ans dans la cuisine de ses parents qu'il a tenté de fuir, comme à la fac où il ne savait prendre part aux conversations des autres étudiants. Pourtant depuis toujours, Antoine sent en lui un élan qu'il ne parvient pas expliquer, quelque chose qui lui murmure incidemment que le monde, son monde est ailleurs. C'est en retrouvant Marcel, un vieux bouquiniste, ami de ses parents qu'il va doucement s'ouvrir aux livres, aux mots, à un autre ailleurs. Embarqué avec Marcel au Brésil, il part sur les traces de Jao Monlevade qui a donné son nom à la ville où se trouve aujourd'hui l'usine qui les prive de travail en France. Un départ pour l'autre bout du monde le révèlera à lui-même.
    Alors oui, on se dit en lisant Les insurrections régulières, voilà encore un livre qui surfe sur la destruction du travail en France, sur les méchants capitalistes qui délocalisent à tout-va, laissant sur le carreau les bons travailleurs français qui ont donné leur vie à leur entreprise. Et que finalement on n'a peut-être pas envie de retrouver dans les livres les infos plombantes du JT. Mais si Jeanne Benameur part effectivement de cette trame, elle interroge aussi quelque chose de plus profond : les contradictions de la vie ouvrière. le père d'Antoine n'a connu que l'usine et les parents rêvent pour leurs enfants d'une « vie meilleure ». Et Antoine de s'interroger mais « elle vaut quoi alors votre vie à vous ? » Si ces parents ont su s'en contenter, pourquoi pas lui ? Pourquoi le silence du père et déception criante de sa mère lorsqu'il est embauché ? Peut-on rêver toujours mieux en n'agissant pas ?
    Les insurrections régulières interrogent aussi en filigrane la lutte des classes : Loïc le frère d'Antoine a réussi, lui, il est instituteur, sa petite amie professeur de lettres. Antoine vit le décalage mais finalement pas celui qu'on croit, pas celui si facile d'être ouvrier en face de gens instruits. Mais le décalage de ceux qui ont vécu dans l'ombre de leurs rêves, de ce qui les prenait aux tripes, de ce qui les anime dans le silence parce qu'ils n'ont jamais oser le dire, parce que ce n'est pas pour eux. Etudiant, Antoine quittait la fac et arpentait, la nuit, les rues, fasciné par l'architecture. Il se noie dans les bouquins d'archi à la bibliothèque et sa rencontre avec le vieux Marcel lui ouvre aussi une nouvelle voie des mots. Ceux qu'il sent bouillir en lui sans jamais pouvoir les exprimer. Lui le taiseux s'entend devenir bavard au fur et à mesure que la distance se creuse entre sa France natale qui lui renvoie ses soi-disant échecs et l'ouverture d'un horizon nouveau, là-bas au Brésil.
    La recette est peut-être classique : « je vivote, je lâche tout, je vais loin et hop soudain je me découvre ! » mais elle marche car la langue efficace de Jeanne Benameur empreinte de poésie interroge insidieusement nos choix, les murs que l'on dresse inconsciemment, les carcans dans lesquels on entre plus ou moins confortablement et nos rêves secrets.


    Lien : http://lencreuse.over-blog.com
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    • Livres 5.00/5
    Par agilmo, le 01 septembre 2011

    agilmo
    Un beau roman qui décrit avec une incroyable justesse les tourments et questionnement d'un homme qui n'est nulle part à sa place, ni avec sa famille ni dans son travail.
    Une belle histoire de (re)naissance au monde.
    Une écriture de la sensation, qui rend le roman si vivant et prenant.
    Un grand plaisir de lecture !
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    • Livres 2.00/5
    Par clairelechat, le 26 mai 2012

    clairelechat
    Antoine est un être sensible à la beauté, passionné d'architecture. Antoine ne poursuivra pas ses études et après le bac, il prendra le chemin de l'usine devenant ouvrier comme son père. Les insurrections singulières commencent au moment où la vie du héro bascule : l'usine va fermer pour être délocalisée au Brésil; le couple d'Antoine vient d'exploser. On assiste à la conversion du personnage qui va avoir le courage de rompre avec cet univers qui ne lui correspond pas pour trouver son chemin à lui. Jeanne Benameur arrive très bien à faire passer la souffrance d'Antoine pris entre la peur de rompre avec la vie qu'il a menée jusqu'alors et l'urgence à quitter cet univers qui l'étouffe. J'ai beaucoup aimé la première partie du livre qui parle de la difficulté d'un homme à trouver sa voie et assumer ses choix de vie. Par contre, la partie au Brésil m'a parue relever du conte de fée.
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    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 14 juin 2011

    brigittelascombe
    Qui dit insurrection, dit révolte, mais c'est d'une révolte intérieure dont va nous parler Jeanne Bénameur, auteur (déjà connue pour 'Les Demeurées' l'histoire d'une mère illéttrée et de sa fille née en Algérie et récompensée par le prix Unicef en 2001).
    Antoine, après quelques années de fac, a suivi les traces de son père et est devenu ouvrier d'usine près de Paris. Il a rencontré Karima, amoureuse des mots mais elle l'a quitté, s'apercevant qu'il maniait avec plus d'aisance les phrases du militantisme syndical que les déclarations d'amour.
    A quarante ans,il apprend la mauvaise nouvelle:il va être délocalisé au Brésil. le voilà pris dans la tourmente:que faire?
    Il retourne vivre chez ses parents et vend le dimanche quelques objets aux puces. C'est là qu'il va se lier d'amitié avec celui qui lui ouvrira ses propres portes, celles de sa révolution intérieure. Il s'agit de Marcel, un libraire veuf qui chaque jour se recueille sur la tombe de sa femme et lui fait la lecture. Ces deux solitaires unissent leurs solitudes, l'un lit et transmet son savoir,l'autre écoute et s'apprend. Une amitié nait entre eux et Marcel offrira un livre à Antoine, l'histoire d'un jeune aristocrate parti fonder au Brésil une usine de sidérurgie. Antoine partira t il?
    Un très beau livre,bien écrit,émouvant, un élan de vie pour se libérer des carcans qui oppressent. Un récit qui nous interroge aussi sur ce phénomène de délocalisation actuel dans certains pays qui procurent des avantages compétitifs et des conséquences de déracinement et de remise en question familiales qu'entrainent ces transferts d'emploi et d'activités.
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Citations et extraits

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  • Par petitours, le 24 janvier 2011 Première phrase du livre

    Il y a longtemps, j’ai voulu partir. Ce soir, je suis assis sur les marches du perron. Dans mon dos, la maison de mon enfance, un pavillon de banlieue surmonté d’une girouette en forme de voilier, la seule originalité de la rue.
    Je regarde la nuit venir. C’était un soir, dans la cuisine, celle qui est toujours là si je me retourne, que j’ouvre la porte et que je fais six pas pour arriver au fond du couloir. C’était comme ce soir, trop chaud. Mon père fignolait une de ses maquettes de bateaux anciens. Sur la toile cirée, ses doigts, quand ils avaient appuyé longtemps, laissaient une trace, comme la buée sur les vitres. Et puis la trace disparaissait. Ce soir-là, j’ai eu peur. Peur, si je restais dans
    cette cuisine, dans cette maison, de devenir comme la trace des doigts de mon père. Juste une empreinte. Qui disparaîtrait aussi.
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  • Par aleatoire, le 10 août 2011

    J'ai toujours aimé les fous, Antoine. Les décalés, c'est les seuls qui laissent la place au désir. Dans le décalage, c'est là. Je me méfie des gens trop bien installés, riches ou pauvres, dans leur peau, garantie cent pour cent tranquilles. J'aime pas les cimetières ambulants. La moitié des gens sont déjà morts. Tu vois, au marché, j'ai appris plein de choses.Combien j'ai de clients, moi, sur tous ceux qui achètent au marché ?... même pas dix pour cent ! Ceux-là en plus des carottes et des pommes de terre, il leur faut une épice, le goût de quelque chose d'autre. Ils viennent le chercher dans les livres. Sinon ils savent bien que toutes les carottes du monde, même bio, et tous les steaks, ça ne servira pas à grand chose pour traverser les jours. Dans les livres, il y a le décalage. La place pour le désir.
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  • Par krol-franca, le 20 février 2011

    « Personne ne fait partie de la vie de quelqu’un. Qu’est-ce que c’est que ces histoires ? […] On s’approche des autres, l’amour ça ne sert qu’à ça ! Toutes les formes d’amour… pas seulement la romance des amoureux… tout ce qui nous rapproche vraiment des autres. Mais de toute façon jamais JAMAIS on ne fait partie de la vie de quelqu’un. Et encore heureux ! Ce serait la perte de notre solitude, c’est sûr, mais encore plus sûrement la perte de ce qui nous appartient vraiment, notre liberté. On l’attaque déjà bien assez comme ça ! On peut essayer de tisser les liens, c’est tout. On ne fait pas partie ! On ne fera jamais partie. C’est comme ça. »
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  • Par solange, le 28 février 2011

    A l'usine, l'idée de travailler moins, c'est le malheur, la peur de la misère. C'est ancré profond. Finir par tout accepter pour juste pouvoir travailler. C'est ça que je trouve fou. Travailler. Dans n'importe quelles conditions. Elle est là la misère. Pas dans le portefeuille à plat à la moitié du mois seulement.
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  • Par solange, le 28 février 2011

    Qu'ils apprennent ça : l'argent ne protège pas de tout. La peur du lendemain elle existe pour tout le monde. Qu'ils sentent ce que c'est, l'incertitude qui empêche de respirer à fond, le nez contre le temps,si près qu'on ne sait plus si demain ce n'est pas déjà aujourd'hui.
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