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Rainer Rochlitz (Traducteur)Maurice de Gandillac (Traducteur)Pierre Rusch (Traducteur)
ISBN : 2070406679
Éditeur : Gallimard (2000)

Note moyenne : 4/5 (sur 14 notes)
Résumé :
Y a-t-il une unité de la pensée de Walter Benjamin Il écrivit un jour : " Ma pensée se rapporte à la théologie comme le buvard à l'encre : elle en est totalement imbibée.
Mais s'il ne tenait qu'au buvard, il ne resterait rien de ce qui est écrit. " De fait, saisir l'unité de la pensée de Benjamin n'est pas chose aisée ; son identité même semble parfois échapper et se réduire à un style. Si nombre ont pu s'approprier des visages différents de cet auteur - priv... >Voir plus
Critiques, Analyses & Avis (1) Ajouter une critique
colimasson
colimasson06 septembre 2015
  • Livres 5.00/5
1927-1933 : on situe le revirement matérialiste de Walter Benjamin à cette époque alors qu'il s'était plutôt fait connaître jusque-là pour ses opinions métaphysiques. Mais ainsi que la métaphysique ne l'avait pas entièrement conquis, le matérialisme ne deviendra pas sa nouvelle religion. Walter Benjamin s'aventure sur le terrain de la pensée comme une bonne vieille dame en emplettes sur le marché. Il pourrait adopter n'importe quel masque mais il reconnaît qu'on perd moins de temps et qu'on se fatigue moins en en revêtant un seul.

Il serait long et peu représentatif de citer tous les essais contenus dans ce livre. Walter Benjamin analyse les phénomènes littéraires, sociaux et politiques de son époque sans jamais cesser de se tourner vers le passé pour donner un peu de ce relief qui manque souvent aux choses du présent. D'ailleurs, on devrait plutôt dire que Walter Benjamin interroge sans cesse l'éternel. Cet absolutiste ne juge rien d'après les valeurs éphémères d'une époque ou d'une civilisation. Son seul critère de qualité est celui de la sincérité, qu'elle soit angoisse dans son stade premier d'irrésolution, ou légèreté dans ses stades plus avancés de compréhension. Ses critiques semblent à première vue impersonnelles et froides à force d'objectivité mais, en les alignant, on découvre que ce sont toujours les mêmes interrogations qui reviennent pour pousser ses sujets d'études dans leurs retranchements. La question qu'il pose est la suivante : jusqu'où avez-vous été prêt à sacrifier votre confort pour démasquer les supercheries ?

Parmi tous les essais contenus dans cet ouvrage, j'ai surtout aimé « le caractère destructeur » qui m'a permis de comprendre enfin pourquoi j'aimais tout casser :

« le caractère destructeur est jeune et enjoué. Détruire en effet nous rajeunit, parce que nous effaçons par-là les traces de notre âge, et nous réjouit, parce que déblayer signifie pour le destructeur résoudre parfaitement son propre état, voire en extraire la racine carrée. […]
Le caractère destructeur n'a aucune idée en tête. Ses besoins sont réduits ; avant tout, il n'a nul besoin de savoir ce qui se substituera à ce qui a été détruit. D'abord, un instant du moins, l'espace vide, la place où l'objet se trouvait, où la victime vivait. On trouvera bien quelqu'un qui en aura besoin sans chercher à l'occuper. […]
Le caractère destructeur ne souhaite nullement être compris. A ses yeux, tout effort allant dans ce sens est superficiel. le malentendu ne peut l'atteindre. Au contraire, il le provoque, comme l'ont provoqué les oracles, ces institutions destructrices établies par l'Etat. […] le caractère destructeur accepte le malentendu ; il n'encourage pas le commérage.
Le caractère destructeur est l'ennemi de l'homme en étui. Ce dernier cherche le confort, dont la coquille est la quintessence. […]
Aux yeux du caractère destructeur rien n'est durable. C'est pour cette raison précisément qu'il voit partout des chemins. Là où d'autres butent sur des murs ou des montagnes, il voit encore un chemin. Mais comme il en voit partout, il lui faut partout les déblayer. […] Voyant partout des chemins, il est lui-même toujours à la croisée des chemins. Aucun instant ne peut connaître le suivant. Il démolit ce qui existe, non pour l'amour des décombres, mais pour l'amour du chemin qui les traverse. »

Quelle merveille de lire ces textes qui fouillent au plus profond de l'individu tout en gardant leur dignité froide et impassible. Les cliniciens austères ont eux aussi des états d'âme…
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Citations & extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson20 septembre 2015
[Proust] est pénétré de cette vérité que les vrais drames de l’existence qui nous est destinée, nous n’avons pas le temps de les vivre. C’est cela qui nous fait vieillir. Rien d’autre. Les rides et les plis du visage sont les marques des grandes passions, des vices, des prises de conscience qui sont venus nous trouver –mais nous, les maîtres du logis, nous étions absents.
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colimassoncolimasson12 septembre 2015
Si en effet le grand écrivain est celui qui d’emblée fait de son monde intérieur une affaire publique, et qui reprend tous les problèmes du temps pour en faire des problèmes de son univers personnel, de sa propre sphère d’expérience et de pensée, alors Goethe, dans ses œuvres de jeunesse, représente ce type avec une perfection qui n’avait jamais été atteinte avant lui.
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TheCauseOfLabourIsTheHopeOfTheWorldTheCauseOfLabourIsTheHopeOfTheWorld15 décembre 2014
Jetant un regard rétrospectif sur sa vie, il se pourrait qu'un homme se rende compte que presque toutes les relations approfondies qu'il a connues avaient trait à des personnes dont tout le monde admettait le "caractère destructeur". Un jour, par hasard peut-être, il ferait cette découverte, et plus le choc qu'elle lui causerait serait violent, plus il aurait de chances de parvenir à dresser un portrait du caractère destructeur.
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colimassoncolimasson10 septembre 2015
Je voudrais croire que le hachisch sait convaincre la nature de nous amener à cette dissipation de notre propre existence qui a lieu dans l’amour, mais de façon moins intéressée que dans l’amour.
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colimassoncolimasson14 septembre 2015
Que serait selon vous une vie qui, en un moment crucial, se laisserait guider par la dernière rengaine à la mode ?
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