Dans un bar du port de La Rochelle, Lézia trouve une sacoche abandonnée. À l'intérieur, des documents aussi saugrenus qu'insignifiants... et puis le récit de vie d'un thésard. Au fil des heures et des jours, au gré de ses pérégrinations et de son quotidien, elle se fait... > voir plus
Elle délaissa dès le mois suivant cette classification logique, et recommença à amonceler des livres dans tous les coins, à éparpiller ses ouvrages entre les différentes pièces de son appartement : la chambre où elle lisait le dimanche matin et pendant ses insomnies passagères, le salon où s’empilaient bandes dessinées, ouvrages de philosophie, mangas et journaux en tous genres, la cuisine où les vapeurs et le gras s’incrustaient sur les bouquins policiers et les romans d’aventures, la salle de bain dans laquelle les magazines féminins et les revues spécialisées en informatique moisissaient, et les toilettes où les recueils de poésie et les beaux livres s’entassaient sur des étagères qui n’allaient pas tarder à céder sous le fardeau des mots et des images. Quant aux livres de science-fiction et aux récits à dimension peu ou prou autobiographique, ils traversaient allègrement les frontières domestiques.
Je crois que toute notre enfance est encadrée ; la liberté de l'enfant est effacée pour qu'il soit prêt à faire partie de la société. Et quand on dispose à nouveau d'un petit bout d'autonomie et de latitude, on ne sait plus quoi en faire.
Mais la curiosité de Lézia est piquée, elle n'a jamais rencontré de thésards, et cette situation aberrante l'interpelle : comment s'enfermer pendant trois années dans un même thème de recherche, comment concentrer son énergie intellectuelle sur un sujet insignifiant ?