> Daniel Mirsky (Traducteur)

ISBN : 2070125513
Éditeur : Gallimard (2010)


Note moyenne : 3.89/5 (sur 18 notes) Ajouter à mes livres
Sous prétexte de parler de tous les prix littéraires qu’il a reçus, Bernhard se livre, dans ces textes inédits, à ce qu’il fait le mieux : exercer sa détestation. Jurés, organisateurs, notables allemands ou autrichiens, personne n’est épargné par l’humour vengeur d’un a... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Malaura, le 10 octobre 2011

    Malaura
    « Mes prix littéraires » semblent être un excellent préambule à l'œuvre du grand écrivain autrichien Thomas Bernhard (1931-1989) et à la découverte de l'homme misanthrope, atrabilaire et hypersensible qu'était cet auteur génial à la plume assassine.
    Thomas Bernhard détestait la médiocrité, abhorrait la bêtise, vomissait les nantis, abominait les bourgeois obséquieux, méprisait les écrivains prétentieux, maudissait les politiciens hypocrites, réprouvait l'Etat autrichien et ne supportait pas la bassesse, les esprits obtus, la superficialité…le monde, l'univers, la vie, la mort…
    Avec Thomas Bernhard, il faut aimer le noir. Humour…noir, humeurs…noires, idées…noires…
    Mais un noir sarcastique, un noir moqueur, un noir frondeur, caustique et sardonique, d'une féroce drôlerie et d'une impitoyable justesse.
    Un homme qui fit de sa détestation la pierre angulaire d'une œuvre abondante, «Gel », « La cave», « L'origine », « Le Neveu de Wittgenstein »…aux forts accents autobiographiques.
    « Mes prix littéraires », dernier ouvrage du maître autrichien, publié à titre posthume, est donc dans la lignée de ses précédents écrits et fait état des principales récompenses littéraires attribuées à l'écrivain tout au long de son parcours.
    En neuf récits qui se lisent comme autant de brèves et délectables nouvelles, l'auteur revient sur ces distinctions « honnies » qu'il s'est vu octroyées.
    En littérature, lorsqu'elle est parée de bons mots et de belles phrases, la méchanceté est pure délectation !
    Et c'est avec un plaisir jubilatoire que l'on savoure les saillies pleines de fiel et d'acrimonie de cet éreinteur aux mille récriminations.
    On sourit, on rit, on s'esclaffe, on exulte…on en veut encore !
    La plume de Bernhard égratigne, griffe, mord et déchiquette, dans le même temps qu'elle s'écoule toujours avec une impeccable fluidité et une parfaite élégance.
    De la critique acerbe des institutions littéraires, de l'incurie des jurés, de l'inculture des politiciens, de l'impéritie des uns et des autres, Thomas Bernhard n'épargne personne et surtout pas lui-même, en soulignant accablé : « Je devais donc me résigner à recevoir mon prix précisément des mains des gens que j'exécrais le plus. Je m'étais juré de ne jamais plus remettre les pieds dans ce ministère dans lequel l'abrutissement et l'hypocrisie continuaient de régner en maître. » « Tout cela était dégoûtant mais c'était moi-même qui me dégoûtais le plus. »
    Et, pourtant, à chaque fois, il y va…dans un sursaut d'incompréhensible faiblesse et surtout, dans un but délibéré d'appât du gain. « J'accepte l'argent car il faut accepter tout argent de l'état » ou bien « si quelqu'un vous propose de l'argent, c'est qu'il en a, il faut le lui prendre ».
    Si à force d'exécrer, l'homme devient exécrable - à tel point qu'un journaliste autrichien en vint même à écrire dans un grand quotidien qu'il était « une punaise qu'il fallait exterminer » et qu'un ministre sorti de ses gonds lui sauta à la gorge - le lecteur lui, à l'inverse, en redemande.
    C'est que ces neuf récits sont autant de tranches de vie qui, au-delà du prétexte des récompenses, nous font découvrir tout un pan de son existence. Une existence terriblement solitaire pour un homme infiniment anxieux, d'une sensibilité telle qu'il ne peut y faire face que par la diatribe, le blâme ou le reproche. Car tout le touche, le blesse, le vexe, le meurtrit. Un être en définitive extrêmement touchant et émouvant lorsqu'il nous conte ses difficultés à écrire un discours de remerciement, lorsqu'il évoque son attachement à son grand-père, à sa tante ou à son frère, ou bien lorsqu'il nous parle simplement de son amour de l'art et de la littérature ou de son accablement devant l'abrutissement généralisé vers quoi le monde tend ; cette vacuité des choses et des êtres qui le rend tout bonnement malade, plein d'amertume, révolté.
    De la même couleur que l'encre avec laquelle il écrit, les textes de Bernhard sont des perles de jais brillant d'un éclat sombre et mat, ils nous font rire mais nous serrent aussi le cœur.
    Merci à Babelio et aux éditions Gallimard pour la découverte de ce contempteur de génie au grand talent d'équarrisseur, à la langue vipérine, aux persiflages éloquents, qui a fait de la critique et de la virulence, une arme contre l'indifférence.
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    • Livres 4.00/5
    Par Azalais, le 12 octobre 2011

    Azalais
    Pour nuancer les critiques qui qualifient Thomas Bernhard d'écrivain acerbe, iconoclaste et sarcastique, on peut aussi découvrir dans "Meine Preise", un homme hanté par la mort et les mots, et traqué par la bassesse et l'absurdité du monde qui l'entoure. Dans ses discours surtout on perçoit un désenchantement, une désespérance insurmontables si ce n'est par l'écriture. D'où son humour cynique et dévastateur envers les institutions qui ne reçoivent ici que ce qu'elles méritent!
    Ce petit livre donne envie de lire Bernhard, d'entrer plus avant dans son style répétitif et musical, recomposé ici avec justesse dans la traduction de Daniel Mirsky.
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    • Livres 4.00/5
    Par PatrickLedot, le 16 septembre 2011

    PatrickLedot
    « Au bout d'un moment, la ministre jeta un regard circulaire et demanda avec une arrogance et une bêtise inimitables : Mais où est passé l'écrivaillon ? ». Recevoir un prix littéraire, c'est le souhait de beaucoup d'écrivains. Mais derrière le décor et le faste des cérémonies, se cache une réalité bien sombre faite de mesquineries, de mépris et d'ignorance. Thomas Bernhard se livre dans cet ouvrage à un exercice dans lequel il excelle : l'humour vengeur. Il dissèque avec talent les travers d'une société égocentrée qui s'admire et qui prend le prétexte des récompenses pour se mettre en scène. Neuf remises de prix où l'auteur autrichien dénonce la médiocrité de l'industrie littéraire. Des jurés, organisateurs, notables il n'épargne personne. Un juste retour des choses finalement : « malgré tout ce qu'il impliquait d'abject et de répugnant, je n'exécrais le prix que lorsque je ne pensais pas aux vingt-cinq mille schillings, mais dès que je repensais aux vingt-cinq mille schillings, je me résignais à mon sort ». Écrit il y a trente ans mais publié pour la première fois en Allemagne en 2009, ce livre est d'une déconcertante actualité.
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    • Livres 2.00/5
    Par AmandineMM, le 12 octobre 2011

    AmandineMM
    Assez décevant : la présentation de l'éditeur annonce des récits mordants et vengeurs, mais je n'en ai trouvé que d'assez fades, ou plutôt exerçant beaucoup moins de détestation que je ne l'attendais de ce livre.
    Chacun des neuf prix littéraires fait l'objet d'une petite nouvelle pour raconter son déroulement et, parfois, son avant – la recherche d'un costume ou d'un discours, le dilemme pour décider s'il faut accepter ce prix ou non – et son après, comme ce qu'il a fait de l'argent reçu avec ce prix (voyages, voiture, etc.) Étant donné le mépris clairement proclamé par Bernhard pour les prix et les institutions littéraires, je pensais pouvoir m'attendre à une certaine justification de cette haine, à un exposé des motifs qui ont causé celle-ci, mais ils sont assez peu présents. Bien sûr, il y a toutes les erreurs – tout à fait grossières et inimaginables pour les profanes que nous sommes – commises lors des discours de ces cérémonies (inversion du sexe des deux écrivains récompensés, biographies et bibliographies erronées, notamment) et la condescendance des jurés et responsables du prix, mais c'est d'après moi bien mince : emblématique de la méconnaissance des écrivains récompensés par les responsables même de ces prix, mais mince.
    Ce qui m'a également déçue, c'est la redondance générale de ce livre : autant d'une nouvelle à l'autre qu'à l'intérieur même de celles-ci. le déroulement des prix littéraires et les raisonnements de Bernhard (je méprise tous ces gens, mais j'accepte tout de même le prix pour l'argent, car j'en manque actuellement cruellement) se suivent et se ressemblent dans leur structure. de plus, à l'intérieur même de ces récits, la même idée est souvent répétée plusieurs fois, comme si l'écriture suivait le fil des pensées de l'écrivain. J'ignore si ce style redondant interne est dû à la traduction ou s'il m'aurait fait le même effet en langue originale, mais il m'a déplu.
    C'est pour ces deux raisons principales que je me suis davantage intéressée aux discours prononcés lors de certains prix littéraires, insérés à la fin du recueil. Ils constituent une bonne illustration des propos précédents et énoncent des idées tout à fait intéressantes (celle selon laquelle, après la guerre, les gens du 20e siècle ne vivent plus, mais existent, m'a particulièrement intéressée par exemple).

    Lien : http://minoualu.blogspot.com/2011/10/mes-prix-litteraires-thomas-ber..
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    • Livres 4.00/5
    Par ivredelivres, le 22 août 2010

    ivredelivres
    Féroce et réjOuissant, drôle et méchant, sincère et mensonger, le livre étant tout petit il est bon de lui trouver une grande quantité de qualificatifs.
    J'ai lu et parfois aimé, mais pas toujours, Thomas Bernhard, je savais qu'il détestait son pays et que celui-ci le lui rendait bien mais j'étais loin de me douter qu'il a failli être enseveli sous les prix littéraires, parfois à des périodes difficiles de son existence « comme si je venais de tomber sans rémission dans un épouvantable puits sans fond. J'étais persuadé que l'erreur d'avoir placé tout mes espoirs dans la littérature allait m'étouffer »
    On découvre ainsi avec un brin de jalousie que nous ne sommes pas les seuls à cultiver les prix, nos voisins ne sont pas avares non plus. Et plus surprenant que chez nous, il arrive que ces prix soient donnés par d'improbables académies, fédérations industrielles, cercles et associations de tous poils.
    Parfois la récompense lui semble un peu iméritée « Le Président Hunger se leva, rejoignit l'estrade et proclama l'attribution à ma personne du prix Grillparzer. Il lut quelques phrases élogieuses au sujet de mon travail, non sans citer quelques titres de pièces dont j'étais censé être l'auteur, mais que je n'avais pas du tout écrites »
    Il fait ainsi de multiples voyages qui sont pour lui l'occasion de voyager au frais de la princesse littérature vers des villes qu'il n'aime pas « le Danube ne cessait de s'étrécir, le paysage ne cessait de s'embellir, avant de redevenir d'un seul coup morne et fade, et me voilà arrivé à Ratisbonne »
    Les cérémonies sont l'occasion pour lui de s'offrir un costume neuf ou une magnifique Triumph Herald et pour nous de faire connaissance avec sa tante/compagne qui l'accompagne partout.
    Thomas Bernhard fulmine, se moque, se répand dans son allocution en propos hargneux ou inintelligibles et lorsqu'il se voit traité d'« écrivaillon » par une ministre, il quitte simplement la salle mais ...empoche le prix et en fait très bon usage.
    Vous me direz il y a un côté « je crache dans la soupe » Oui mais c'est avec un tel talent et un tel humour, les situations racontées sont tellement drôles ou tellement choquantes qu'on y résiste pas même si tous les récits ne se valent pas.

    Lien : http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2010/06/12/mes-prix-..
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Citations et extraits

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  • Par Malaura, le 10 octobre 2011

    Depuis des années je m'interrogeais sur le sens de cette Académie, et toujours j'en revenais à me dire qu'un tel sens ne saurait procéder de ce qu'une assemblée, qui en fin de compte n'a été fondée que pour servir froidement le narcissisme de ses vaniteux membres, se réunisse deux fois par an pour s'auto-encenser et, après le bénéfice d'un voyage luxueux aux frais de l'Etat, goûter dans des établissements renommés à de de la bonne cuisine bourgeoise et à de la bonne boisson, tout cela pour tourner pendant près d'une semaine autour du pot de sa bouillie littéraire fade et faisandée.
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  • Par Malaura, le 10 octobre 2011

    Quand les gens me demandaient qui avait déjà reçu ce Grand Prix, je disais à chaque fois : que des trous du cul, et quand ils me demandaient de citer ces trous du cul, je leur citais toute une série de trous du cul, qui leur étaient tous inconnus; ces trous du cul n'étaient connu que de moi !..
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  • Par Malaura, le 10 octobre 2011

    L'Académie envoie automatiquement, en cas de décès de l'un de ses membres, un avis mortuaire bordé de noir. Avec un peu de chance je vivrai assez longtemps pour recevoir de sa part un avis de décès non d'un de ses honorables membres, mais de l'institution elle-même.
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  • Par mustango, le 07 juin 2010

    Finalement (...) le président Hunger se leva, rejoignit l'estrade et proclama l'attribution à ma personne du prix Grillparzer. Il lut quelques phrases élogieuses au sujet de mon travail, non sans citer quleques titres de pièces dont j'étais censé être l'auteur, mais je n'avais pas du tout écrites...
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  • Par mustango, le 10 juin 2010

    Les gens qui abordaient le sujet avec moi pensaient tous que j'avais naturellement obtenu le Grand Prix d'Etat, à chaque fois je devais affronter l'embarras de leur dire qu'il s'agissait du petit prix, celui que n'importe quel trou du cul ayant publié quelque chose avait déjà reçu.
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Vidéo de Thomas Bernhard

Chantal Thomas, Le testament d’Olympe, entretien .
Nous sommes au milieu du XVIIIe siècle, pendant la désastreuse Guerre de sept ans, sous le règne de Louis XV.Deux s?urs, Apolline et Ursule, sont les héroïnes de ce récit. Elles sont nées à Bordeaux, dans un milieu très religieux. le père, adepte de la Providence, s?adonne avec délice au bonheur de ne rien faire. La mère est en prières. La famille s?enfonce dans la misère. Ce dont Apolline s?aperçoit à peine, tandis que sa s?ur aînée, animée par l?ambition et l?esprit de liberté, n?a qu?une envie : s?enfuir. Les s?urs se perdent de vue. Apolline est mise dans un couvent, puis devient préceptrice dans un château. Elle en sort pour retrouver sa s?ur mourante, et découvrir, à travers un manuscrit, le récit de ses aventures.Ursule, rebaptisée Olympe, a réussi à se faire emmener à Paris par le duc de Richelieu, le superbe gouverneur d?Aquitaine. Elle rêve de faire carrière au théâtre, mais Richelieu l?offre à Louis XV, qui l?installe à Versailles dans sa petite maison du Parc-aux-Cerfs. Un brillant destin s?ouvre à elle?Comme Les Adieux à la Reine, ce roman est le fruit d?une alchimie entre érudition et fantaisie. On plonge dans une époque, ses couleurs, ses odeurs, ses rites, et dans un monde dominé par l?étrange duo que forment le duc de Richelieu, le plus célèbre libertin de son siècle, et le roi Louis XV, habité par le goût de la mort, le désir des femmes, et le sens du péché.Chantal Thomas a publié de nombreux essais, sur Sade (Seuil et Rivages), Casanova (Denoël), Thomas Bernhard (Seuil), Marie-Antoinette (Seuil). Elle a également écrit un livre de nouvelles, La vie réelle des petites filles (Gallimard), et Comment supporter sa liberté (Rivages). Elle est actuellement directrice de recherches au CNRS.En librairie le 9 septembre 2010Retrouvez tout l'univers de Fiction & Cie sur www.fictionetcie.com








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