Décidément, les États-Unis ne réussissent pas à
Philippe Besson.
Le tableau d'Edward Hooper qui illustre la jaquette de
La Trahison de Thomas Spencer annonce la couleur : c'est une Amérique fantasmée, tout droit sortie d'un tableau du peintre américain que nous sert cette fois encore
Philippe Besson.
Mais, passe encore l'Amérique de carte postale… le pire, c'est la façon dont il a choisi d'ancrer son récit dans la grande Histoire des États-Unis. McCarthy, l'assassinat des Kennedy, celui de
Martin Luther King, la disparition de
Marilyn Monroe, la marijuana et le LSD, Castro et la crise de Cuba, Nixon, la Corée, le Vietnam, les émeutes raciales de Chicago, le poing levé des athlètes noirs aux Jeux olympiques de Mexico… Aucun des grands événements qui ont marqué la vie des américains, entre 1945 et 1975 ne manque. Cela ne fait aucun doute, l'élève Besson a bien potassé ses antisèches. Mais le résultat est affligeant : scolaire, factice, superficiel…
Certes, cette période de mutations politiques et sociales constitue un formidable terreau romanesque… trop riche pour être correctement exploité en si peu de pages.
Autre exemple symptomatique : à travers Thomas et Paul, Besson veut incarner le duel libéraux/conservateurs. Las, péchant encore par excès, Besson choisit de concentrer en Thomas toutes les contestations de l'époque (antiracisme, pacifisme…). Résultat, il ne réussit qu'à en faire un personnage sans aspérité et l'affuble d'une morale politiquement correcte quasi anachronique.
Jusqu'où l'amitié fraternelle peut-elle résister aux aléas de la vie ? La trahison serait-elle un des multiples visages de l'amour ?
Cette fois encore, c'est la peinture de sentiments qui sauve
La Trahison de Thomas Spencer du naufrage. A nouveau,
Philippe Besson s'y montre un virtuose hors-pair, un incomparable explorateur de l'intime et des relations humaines.
Il nous sert un couple Thomas/Paul qui ne dit pas son nom, joue avec maestria de l'ambivalence des sentiments qui les unissent et de l'ambiguïté du triangle amoureux qu'ils forment avec Claire. Il sonde également la complexité de l'amour filial. Enfin il dissèque les affres des remords et des regrets, dans un récit qui n'existe que par le besoin de Thomas Spencer de se justifier, d'extérioriser sa culpabilité et d'expier sa trahison.
Hors ces moments de grâce, ce roman assez conventionnel a tendance à traîner en longueur (à l'image de la supposée langueur du Sud ?) et son dénouement est somme toute prévisible.
Je dois à
Philippe Besson de très beaux moments de lecture.
Depuis son premier opus en 2001, avec la régularité d'une
Amélie Nothomb, il publie un nouveau roman chaque année. Je suis de ceux qui guettent avec curiosité la sortie “du nouveau Besson”. Et je l'achète, sans même l'avoir parcouru, indifférent aux critiques parues dans les médias. Parce que j'aime les plongées dans l'intime dont l'auteur a fait sa marque de fabrique, comme avant lui
Sagan et sa fameuse “petite musique”.
D'une année à l'autre, la qualité des millésimes varie, passant de l'excellent (
Son frère, L'arrière saison,
En l'absence des hommes) au plus ordinaire (
Un instant d'abandon,
Se résoudre aux adieux), voire moyen (
Les jours fragiles,
Un garçon d'Italie) mais jamais mauvais.
Enfin, quand je dis jamais, c'était avant
Un homme accidentel, paru l'an dernier, que j'aurais abandonné en cours de route s'il s'était agi d'un autre écrivain. Ce n'est d'ailleurs certainement pas un hasard si je ne lis
La Trahison de Thomas Spencer qu'aujourd'hui alors que j'ai acheté le roman à sa sortie, il y a plus de six mois.
Alors, vais-je m'intéresser au prochain
Philippe Besson ? Oui, certainement. En dépit de tout ça.
Parce que je ne peux me résoudre aux adieux. Pas encore…
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