ISBN : 2260017703
Éditeur : Julliard (2009)


Note moyenne : 3.34/5 (sur 47 notes) Ajouter à mes livres
Paul Bruder et Thomas Spencer sont nés le même jour. Ce hasard va les rendre inséparables.
Leur enfance, insouciante et paisible, s'écoule au rythme du fleuve qui marque la frontière entre Mississippi et Louisiane.
A l'adolescence, leur amitié résiste à l'... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par InColdBlog, le 09 septembre 2010

    InColdBlog

    Décidément, les États-Unis ne réussissent pas à Philippe Besson.
    Le tableau d'Edward Hooper qui illustre la jaquette de La Trahison de Thomas Spencer annonce la couleur : c'est une Amérique fantasmée, tout droit sortie d'un tableau du peintre américain que nous sert cette fois encore Philippe Besson.
    Mais, passe encore l'Amérique de carte postale… le pire, c'est la façon dont il a choisi d'ancrer son récit dans la grande Histoire des États-Unis. McCarthy, l'assassinat des Kennedy, celui de Martin Luther King, la disparition de Marilyn Monroe, la marijuana et le LSD, Castro et la crise de Cuba, Nixon, la Corée, le Vietnam, les émeutes raciales de Chicago, le poing levé des athlètes noirs aux Jeux olympiques de Mexico… Aucun des grands événements qui ont marqué la vie des américains, entre 1945 et 1975 ne manque. Cela ne fait aucun doute, l'élève Besson a bien potassé ses antisèches. Mais le résultat est affligeant : scolaire, factice, superficiel…
    Certes, cette période de mutations politiques et sociales constitue un formidable terreau romanesque… trop riche pour être correctement exploité en si peu de pages.
    Autre exemple symptomatique : à travers Thomas et Paul, Besson veut incarner le duel libéraux/conservateurs. Las, péchant encore par excès, Besson choisit de concentrer en Thomas toutes les contestations de l'époque (antiracisme, pacifisme…). Résultat, il ne réussit qu'à en faire un personnage sans aspérité et l'affuble d'une morale politiquement correcte quasi anachronique.
    Jusqu'où l'amitié fraternelle peut-elle résister aux aléas de la vie ? La trahison serait-elle un des multiples visages de l'amour ?
    Cette fois encore, c'est la peinture de sentiments qui sauve La Trahison de Thomas Spencer du naufrage. A nouveau, Philippe Besson s'y montre un virtuose hors-pair, un incomparable explorateur de l'intime et des relations humaines.
    Il nous sert un couple Thomas/Paul qui ne dit pas son nom, joue avec maestria de l'ambivalence des sentiments qui les unissent et de l'ambiguïté du triangle amoureux qu'ils forment avec Claire. Il sonde également la complexité de l'amour filial. Enfin il dissèque les affres des remords et des regrets, dans un récit qui n'existe que par le besoin de Thomas Spencer de se justifier, d'extérioriser sa culpabilité et d'expier sa trahison.
    Hors ces moments de grâce, ce roman assez conventionnel a tendance à traîner en longueur (à l'image de la supposée langueur du Sud ?) et son dénouement est somme toute prévisible.
    Je dois à Philippe Besson de très beaux moments de lecture.
    Depuis son premier opus en 2001, avec la régularité d'une Amélie Nothomb, il publie un nouveau roman chaque année. Je suis de ceux qui guettent avec curiosité la sortie “du nouveau Besson”. Et je l'achète, sans même l'avoir parcouru, indifférent aux critiques parues dans les médias. Parce que j'aime les plongées dans l'intime dont l'auteur a fait sa marque de fabrique, comme avant lui Sagan et sa fameuse “petite musique”.
    D'une année à l'autre, la qualité des millésimes varie, passant de l'excellent (Son frère, L'arrière saison, En l'absence des hommes) au plus ordinaire (Un instant d'abandon, Se résoudre aux adieux), voire moyen (Les jours fragiles, Un garçon d'Italie) mais jamais mauvais.
    Enfin, quand je dis jamais, c'était avant Un homme accidentel, paru l'an dernier, que j'aurais abandonné en cours de route s'il s'était agi d'un autre écrivain. Ce n'est d'ailleurs certainement pas un hasard si je ne lis La Trahison de Thomas Spencer qu'aujourd'hui alors que j'ai acheté le roman à sa sortie, il y a plus de six mois.
    Alors, vais-je m'intéresser au prochain Philippe Besson ? Oui, certainement. En dépit de tout ça.
    Parce que je ne peux me résoudre aux adieux. Pas encore…

    Lien : http://www.incoldblog.fr/?index/oeuvres/La%20trahison%20de%20Thomas%..
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    • Livres 3.00/5
    Par Juste-Lire-Avec-Plaisir, le 30 décembre 2010

    Juste-Lire-Avec-Plaisir
    Dès les premiers mots, j'ai su que je n'éprouverais pas une grande sympathie pour le narrateur et dans ces cas là, il m'est souvent difficile d'apprécier vraiment le livre. Et c'est ce qu'il s'est plus ou moins passé ici.
    Paul et Thomas sont amis depuis toujours, une amitié parfois ambigüe ou alors peut-être tellement forte qu'elle en devient fraternelle. Comme le titre l'indique, une trahison va avoir lieu entre ces deux jeunes hommes. Et bien sûr à cause d'une femme.
    J'étais plutôt contente, j'aime beaucoup les trios amoureux, voir comment les personnages évoluent. Malheureusement, cette femme, Claire, n'est que très présente dans ce livre. Et ce point m'a beaucoup dérangée. Comment un livre qui relate une trahison peut-il se baser sur une personne qui n'est même pas là ?
    De plus, lors de leurs rencontres, on ne sent aucune attirance entre Claire et Thomas. Thomas, même s'il la considère comme très jolie et différente des autres, sait qu'elle est l'amie de Paul et ne se pose pas plus de questions. Je crois que c'est surtout ce pan de l'histoire qui ne m'a pas plu. Qu'elle soit le plus souvent absente aurait pu passer si on avait senti dès leur première rencontre qu'il se passait quelque chose de très fort entre eux deux.
    Je n'ai pas eu l'impression de lire une trahison entre deux personnes, mais plutôt une très forte amitié entre deux personnes. Parce que c'est ce qu'il se passe les trois quarts du livre. Thomas raconte son amitié avec Paul, tout ce qu'ils ont vécu jusqu'à ce fameux jour. C'est pour cette raison que j'ai tout de même apprécié ce livre. Même si ce n'est pas ce à quoi je m'attendais, j'ai tout de même aimé l'histoire entre ces deux hommes.
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    • Livres 2.00/5
    Par BlueGrey, le 23 décembre 2009

    BlueGrey
    Paul et Thomas sont nés le même jour, le 6 août 1945, et ont grandi côte à côte à Natchez, dans le Sud des États-Unis. Depuis toujours ils s'aiment comme deux frères et sont inséparables, amis "à la vie à la mort". Thomas, le narrateur, a aujourd'hui trente ans, et il raconte leur histoire : l'enfance insouciante faite de baignades dans le fleuve Mississipi, les parties de pêche, les émois de l'adolescence, les petits riens et les grands événements qui vont jalonner leurs vies, forger leurs caractères, construire leurs personnalités et souder leur amitié qu'ils pensent inaltérable. Jusqu'à leur rencontre avec Claire...
    L'intrigue est celle, classique, du triangle amoureux. D'où des péripéties un peu prévisibles et convenues : l'insouciance de la jeunesse, puis les tiraillements entre l'amitié et l'amour et, enfin, la trahison. Mais ceci n'est pas vraiment gênant, car le drame qui se joue dans ce roman est annoncé dès le titre et tout le roman y mène donc de façon logique et inéluctable. Pas de surprise donc quant à l'intrigue, mais une construction maîtrisée et un style fluide, sans emphase, qui mènent agréablement le lecteur jusqu'au terrible dénouement de ce roman.
    Philippe Besson compose son histoire entre confession et récit initiatique. Au rythme d'une chronologie implacable, les événements qui secouent les protagonistes semblent intrinsèquement liés à ceux qui bouleversent le pays. La situation familiale, les amours adolescentes, la camaraderie, les convictions politiques qui s'ébauchent, les choix professionnels, les personnalités qui s'affirment sont ainsi rattachés aux grandes dates de l'histoire américaine, d'Hiroshima à la guerre du Vietnam, en passant par Spoutnik, Marilyn, JFK, Martin Luther King... Soit, à coup de clichés, un condensé de l'histoire américaine d'après guerre pour les nuls ! Un artifice un peu pesant et "gadget", quelquefois même aux limites du patriotisme béat.
    De plus, à vouloir ainsi concilier la grande fresque et le récit intimiste et à vouloir confronter ses personnages à l'influence de l'évènement historique, Philippe Besson en oublie parfois ce qui est le cœur de son histoire et qui fait la force et la beauté de ses autres romans : cette précision dans la façon dont il dissèque la complexité des liens entre personnes, cette délicatesse et cette empathie dans la description des sentiments, cet art de sublimer une histoire pourtant banale. Dommage, car c'est dans ces moments là, quand il décrit les rouages de la culpabilité et les ressors de l'amitié, quand il dévoile l'implacable dictature des sentiments qui est l'essence même de la vie d'un être humain, que son roman prend sens.

    Lien : http://descaillouxpleinleventre.blogspirit.com/archive/2009/12/08/la..
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    • Livres 3.00/5
    Par Lali, le 25 août 2011

    Lali
    Comme chaque fois que j'ai lu un roman de Philippe Besson, j'ai été séduite par l'écriture et la manière qu'a l'auteur d'entrer dans l'intimité de ses personnages, avec la bonne dose de pudeur et de retenue. Mais. Car il y a un mais. La trahison de Thomas Spencer reste une bien mince affaire, dont l'issue est aussi prévisible que des gouttes de pluie après un coup de tonnerre. Hélas.
    Dès les premières pages, Thomas, le narrateur, annonce que ça va mal finir. Étant donné le titre et la culpabilité qu'il affiche, il ne fait aucun doute qu'il est celui qui trahira l'amitié qui unit deux faux frères nés le même jour, aussi proches que des frères peuvent l'être, Thomas vénérant littéralement Paul, plus grand, plus fort, plus habile que lui.
    Nés ce jour fatidique d'août 1945 où une bombe a anéanti Hiroshima, Thomas et Paul font connaissance enfants alors que le premier débarque au Mississippi avec sa mère. de ce jour jusqu'à l'issue fatale, les enfants seront inséparables tout comme les adolescents qu'ils deviendront. Plus tard viendra la séparation alors que Paul partira pour le Vietnam tandis que Thomas restera. C'est d'ailleurs à ce moment qu'arrivera la trahison. Prévisible, tellement prévisible, sauf pour ce qui en découlera.
    Autant la trame est mince, très mince, et je le redis, autant les personnages sont admirablement bien campés et autant le portrait de l'Amérique des années 50 et 60 est brossé avec justesse. C'est là la force du roman. C'est là aussi son intérêt : des personnages qui prennent leur envol à mesure que le pays sort de son puritanisme. le roman de Philippe Besson a donc, malgré tout deux atouts : un climat et une écriture. Est-ce suffisant ou pas? À vous de juger.

    Lien : http://lalitoutsimplement.com/la-trahison-de-thomas-spencer/
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  • Par Aela, le 08 mai 2011

    Aela
    Une chronique douce-amère de l'Amérique des années 50 et 60 à travers l'amitié très forte qui unit Paul et Thomas nés le même jour, le 6 août 1945, le jour où la bombe atomique a été lâchée sur Hiroshima, un terrible symbole.
    Tous les événements qui nous ont marqués sont là: l'assassinat de John et Bob Kennedy, celui de Martin Luther King, le déclenchement de la guerre du Vietnam, l'Amérique contestataire des années 60.
    C'est finalement plus ce tableau historique qui l'emporte, les personnages attachants malgré leurs défauts, semblant emportés par le vent de l'Histoire.
    Un récit court mais poignant qui a en plus le mérite de faire vivre cette Amérique profonde, ce deep South qui semble cher à l'auteur.
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Citations et extraits

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  • Par Reka, le 17 février 2009

    Il en va de la solitude comme des plantes : il en existe plusieurs variétés.
    Première variété : la claustration. Oui, j'ai eu l'impression d'être placé en quarantaine, à l'isolement. La solitude est une prison, un cloître. On s'y sent comme entre quatre murs. On cogne contre une porte close et personne ne nous entend, personne ne vient ouvrir. On est ravitaillé régulièrement par le dehors, histoire de ne pas mourir tout à fait, de ne pas disparaître au monde. Mais même si ces rations données comme à un chien sont la mesure de notre enchaînement. Et puis, on apprend l'endurance, la résistance. Enfin, on reconnaît au premier coup d'oeil ses compagnons d'infortune car les visages des enfermés se ressemblent tous.
    Deuxième variété : l'abandon. On est laissé, démuni. On est dans une pauvreté incroyable, on ne possède plus rien, on n'appartient plus à rien, on est un déclassé, on n'a personne à qui se raccrocher. On perd la réalité. Les alentours deviennent imprécis. On peut trouver du plaisir à se délester ainsi, à devenir aussi léger. Pourtant, on se rend compte rapidement que ce dénuement n'est que de l'inconsistance. La sensation du vide est effrayante.
    Troisième variété : l'exil. C'est comme un bannissement, un départ obligé, une déportation, un ostracisme. On est renvoyé, relégué. On se sent importun, en excès. Il faut partir, s'éloigner, ne plus déranger. Même en accomplissant une distance infime, on se retrouve au plus loin. Et les autres, ceux qui restent, deviennent inaccessibles, intouchables. On se voit les perdre.
    Quatrième variété : la méditation. On loge dans une tour d'ivoire, on se recueille, on réfléchit, on se persuade qu'on a décidé de son sort, on est bien là où on est, on prend du recul. Du reste, on voit mieux de loin. Vrai, cela s'apparente à une retraite, un renoncement délibéré. Il arrive souvent qu'on s'y ennuie.
    Cinquième variété : la séparation. J'ai parlé de ça, ce retranchement. Cette ombre. Une sauvagerie.
    (p. 117-119)
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  • Par Reka, le 17 février 2009

    Et, à l'instar des vrais scélérats, nous avons décidé de vivre cachés, dissimulés aux regards, dérobés aux jugements. Nous n'éprouvions pas de honte mais nous redoutions l'opprobre, le déferlement de haine et de mépris, les crachats. (p. 240)
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  • Par soelmaju, le 18 janvier 2009

    Maman m'a simplement répondu qu'il fallait se garder de fréquenter le petit Carter. Comme je lui demandais la raison de cette interdiction, elle a eu ces mots, qui sont restés pour toujours gravés dans ma mémoire :"Mais parce que Franklin est noir, mon chéri."

    Voilà, à dix ans, j'ai appris, en une seule phrase, prononcée sur un ton désolé et néanmoins badin, tout le racisme du Sud.
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  • Par Reka, le 17 février 2009

    On est persuadé qu'on ne trahira jamais. On serait prêt à en faire le serment. On a cette certitude que rien ne peut ébranler. Et à ceux qui osent mettre notre parole en doute, on répond par un haussement d'épaules ou par un énigmatique "Tu ne peux pas comprendre."
    J'étais sincèrement, intimement convaincu que je ne trahirais jamais Paul. Je le savais, je le disais. Cette affirmation n'exigeait de moi aucun courage, aucun aplomb. J'avais, au contraire, le sentiment très net de proférer une évidence, d'enfoncer une porte ouverte.
    [...]
    De mon côté, j'ai découvert que je pouvais me tromper. Renoncer à mes principes, abdiquer mes certitudes, m'arranger avec ma mauvaise conscience. J'ai trahi.
    [...]
    Et certains soirs, où la tristesse est plus violente qu'à l'accoutumée, où elle vient cogner contre les parois de ma carcasse, où elle coupe ma respiration, le souvenir de cette trahison me donne envie d'ouvrir les fenêtres et de sauter dans le vide.
    Mais je suis en vie. On est donc parfaitement capable de vivre avec la conscience de sa bassesse, avec le dégoût de soi.
    Je suis en vie. J'écris. (p. 73-74)
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  • Par Aela, le 08 mai 2011

    Le 31 janvier 1968, la guerre du Vietnam dont l'ombre planait en permanence sur nous, qui imposait sa présence insidieusement, jour après jour, a surgi dans notre quotidien avec une brutalité inouïe. Ce jour-là, nous avons vu, de nos yeux vu, à quoi ressemblait la barbarie. Impossible d'y échapper. Cette guerre, que nous livrions si loin de nos frontières , sans vraiment comprendre pourquoi, cette guerre "simpliste" du monde libre contre le monde "communiste" est devenue en quelques heures très proche, très charnelle, très claire.
    Nous avions conscience de nous enliser dans un combat stérile, périlleux et immoral: nous avons découvert que le sang et les larmes n'étaient pas seulement des mots sous la plume des journalistes. Quand le Viêt-cong a lancé son assaut sur Saigon et que la télévision a retransmis les images presque en direct, nous avons assisté à des dévastations.
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