L'écriture de
Maïssa Bey dans «
Au commencement était la mer… »
Romancière et nouvelliste algérienne de graphie française,
Maïssa Bey naît en 1950. Elle obtient en 1998 le Prix de la Société des Gens de Lettres, et celui des Libraires Algériens en 2005.
Paru en 1996 aux éditions de Marsa, le premier roman de
Maïssa Bey «
Au commencement était la mer… ». Il s'agit alors d'une histoire d'amour qui conduit Nadia, la jeune fille taquinée et attaquée continuellement par son frère, à être facilement proie et victime.
« Elle se dit (Nadia), une histoire d'amour sur fond de mort, quelle belle histoire ! Qui des deux l'emportera ? Mais déjà, déjà dans le mot amour, il y a presque toutes les lettres de la mort p46 », c'est ainsi que le narrateur qualifie cette histoire qui se déroule à Alger, dans une période où cette ville est attaquée brutalement par le spectre de la violence.
Cependant, ce qui fascine parfaitement le lecteur dans ce roman, c'est l'écriture purement artistique de
Maïssa Bey puisque le style y est bien travaillé : une écriture si soignée, si ornée, qu'énormes figures de styles y essaiment différemment et qu'on en rencontre parfois deux ou trois dans un même paragraphe, plutôt dans une seule phrase.
En plus, c'est une écriture « économe » contrairement à celle de
Marcel Proust, puisque les phrases sont très courtes. Et l'on rencontre brusquement des phrases et même des paragraphes tissés par un mot tout seul.
En somme, si le lecteur lisait minutieusement ce chef-d'œuvre obsédé par la couleur blanche, des phrases resteraient gravées à vie dans sa mémoire. Ainsi qu'il visiterait la plage sans y aller et laisser l'empreinte de ses pas sur le rivage. Notamment qu'il éprouverait la peur extrême d'une période marquée par la violence des hommes, sans voir réellement les flaques du sang et les corps injustement déchiquetés.
Enfin, c'est un roman où se mêlent les deux couleurs inévitables de la vie : le bonheur et la tristesse. C'est en effet un roman d'où le lecteur sortirait fasciné et ébloui par l'écriture de
Maïssa Bey qui vient de publier, aux éditions de Barzakh, son dernier roman « Puisque mon cœur est mort ».