«
C'est en hiver que les jours rallongent» est le titre d'un témoignage bouleversant, celui de
Joseph BIALOT qui a attendu soixante ans pour imprimer sur le papier ce que sa mémoire d'ancien déporté a vécu à Auschwitz à l'âge de 21 ans. L'horreur, sobrement raconté mais l'horreur quand même.
«Je crois que ma mère a, peut-être, pressenti le vide sidéral dans lequel ont vécu les déportés. Jusqu'à sa mort, en 1972, elle fêtait mon anniversaire deux fois par an, le 10 août pour l'état civil, lorsqu'elle m'a mis au monde, et le 27 janvier, jour de ma libération, date de ma sortie du monde. Elle ne m'a jamais posé de questions mais restait, les yeux mi-clos, totalement silencieuse, s'imprégnant de mes pauvres mots de tous les jours, lorsque je lui parlais de cette période de ma vie, lorsque j'ai vécu le désespoir transformé en néant pour pouvoir essayer de renaître.
Salut, les ombres»
Après cette lecture que j'ai bu d'un trait, je me suis senti «soufflé», petit, insignifiant, face à ce récit dont l'auteur mérite, et le mot est faible, le plus grand des respects.
Si
Angelo Rinaldi, célèbre chroniqueur et journaliste, nous donne le conseil suivant: «L'ouvrage de M. Bialot se range dans une bibliothèque où figurent déjà
Primo Levi,
Robert Antelme,
Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle et
Jorge Semprun.», je pense que fournir une explication à ceci serait superflue. Rangeons tout simplement le livre comme indiqué, et faisons la minute de silence pour respecter ces hommes, ces femmes, et traduire encore une fois dans notre esprit ce que «mort intérieure» veut réellement dire.
Joseph BIALOT a un souvenir inoubliable à nous raconter. A l'instar de nos autres héros, il a réussi, souffrance dans la chair et dans l'esprit, à garder une volonté farouche d'humanité face à ce qui ne l'est pas, l'innommable.
Si vous avez le courage pour le faire, lisez donc ce témoignage, il est poignant, unique, émouvant.