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ISBN : 2246760011
Éditeur : Grasset (2010)


Note moyenne : 3.93/5 (sur 500 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
A Prague, en 1942, deux hommes doivent en tuer un troisième. C’est l’opération "Anthropoïde": deux parachutistes tchécoslovaques envoyés par Londres sont chargés d’assassiner Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo, chef des services secrets nazis, planificateur de la sol... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par lehane-fan, le 30 septembre 2012

    lehane-fan
    Rien compris au dernier Binet moi 
    Aucune image , aucun running gag ! Quid de ces héros des temps modernes que furent Robert et Raymonde , cédant désormais la place à cet obscur Heydrich qui , lui , ne me titilla jamais l'ombre d'un zygomatique ! C'est fort de ce constat amer - Michel - que je refermais ce bouquin , frustré et désappointé , quand la vérité dans toute sa simplicité m'apparut enfin ! Allez mettre ça sur le compte du gars enfin touché par la grâce - nan , pas dit la graisse – voire sur celui de mon exceptionnelle perspicacité toute Holmésienne ! Quoi qu'il en soit , et si tout bonnement je ne faillis pas en faisant bêtement preuve d'homonymite aigüe ? Là , ça changeait forcément la donne !
    Pas fou-fou des bouquins historiques à la base , j'y ai ici trouvé largement mon comptant ! Un complot visant à supprimer l'éminence grise d'Hitler , une écriture originale ou l'auteur nous fait régulièrement part de ses doutes quand à la véracité des faits énoncés , de ses angoisses de la page blanche et c'est un lecteur heureux d'avoir découvert le premier écrit de ce tout jeune prof de français auréolé fort justement du Prix Goncourt du premier roman . Même si les prix , hein , bon...
    " le bourreau de Prague " , "la bête blonde " , " l'homme le plus dangereux du IIIe Reich " , voici quelques uns des plus doux sobriquets accolés à ce joyeux drille , planificateur de la solution finale , qu'était Heydrich ! Juste retour des choses que l'opération «  Anthropoïde «  visant à éradiquer cette bête sans nom , alors 3e dans le monstrueux organigramme du Reich et possiblement appelée à devenir calife à la place du calife !
    Historiquement passionnant , humainement terrifiant . Binet , tout en s'interrogeant continuellement et en invitant implicitement le lecteur à en faire de même , parvient à trouver le juste équilibre entre histoire avec un grand H et l'interaction que cette dernière provoque avec son quotidien . Au-delà de ça , l'écriture interactive ne fait pas dans le cours magistral , dans le rébarbatif factuel mais vous entraine dans les nauséabonds méandres de l'Histoire tout en tentant , en plus de vous instruire  , de vous faire réfléchir ! Objectif osé s'il en est mais pleinement atteint ! Avant d'en arriver au dernier tiers addictif du bouquin majoritairement consacré à la tentative d'assassinat proprement dite , Binet pose les jalons de l'histoire dans l'Histoire , en en présentant les tenants et les aboutissants , des prémices d'un Nazisme encore balbutiant jusqu'à son funeste destin apocalyptique !
    HHhH ,Hemballant Hexaltant hinstructif Hentousiasmant !
    Un grand merci à Robert B. pour les quatre derniers adjectifs qui ne me seraient pas venus à l'esprit , là , tout de suite , dans l'immédiat instantané et imminent...
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    • Livres 4.00/5
    Par Bigmammy, le 05 août 2011

    Bigmammy
    Tout d'abord, il faut prononcer HA ! HA ! HA ! HA !, en aspirant correctement chaque H, et là, le jeu de mot en allemand prend tout son sens.....Et c'est un roman haletant, personnel, précis et documenté, passionnant jusqu'à la dernière ligne. Un roman émanant d'un jeune professeur de lettres de l'âge de ma fille aînée, justement couronné par le Goncourt du 1er roman.
    HHhH raconte l'histoire de l'attentat réussi en mai 1942 contre Reinhard Heydrich, Protecteur SS de la Bohême-Moravie et metteur au point de la Solution Finale lors de la Conférence de Wannsee, puis de la folle traque qui s'ensuivit pour s'achever dans une église au centre de Prague où sept hommes soutinrent un siège de sept heures face à sept cent SS.
    Reinhard Heydrich, la bête blonde, le boucher de Prague, « l'homme le plus dangereux du IIIe Reich », était le bras droit d'Himmler mais chez les SS, on disait « HHhH », ce qui signifie : « le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich » (Himmler's Hirn heisst Heydrich)
    Une roman historique de plus ? Non, bien plus que cela...L'auteur s'implique totalement dans "l'investissement" de ses personnages, il vit avec eux, en eux, et nous fait part de ses doutes : "a-t-il prononcé cette phase, à vrai dire, je n'en sais rien....Mais il a dû le dire comme ça...."
    Laurent Binet a lu tous les ouvrages et vu tous les films qui retracent cet épisode extraordinaire, où des Résistants venus de Londres ont réussi à atteindre l'un des personnages les plus odieux du IIIème Reich. En particulier, il cite l'interprétation de Kenneth Branagh dans le film"Conspiracy" : voilà l'image que j'ai de Reinhard Heydrich....une tête d'ange et un coeur de démon. Et il décrit aussi les invraisemblables représailles qui suivirent l'attentat comme la destruction du village de LIdice et de toute sa population, sur la foi d'un élément totalement étranger à l'affaire...Mais les SS n'en étaient pas à ça près après les forfaits des Einsatzgruppen à l'Est.
    Avec une écriture précise et poétique, des scènes d'action encore plus explicite qu'un film puisque lire permet d'aller plus lentement, d'apprécier chaque détail, de revenir en arrière si on craint de ne pas avoir tout saisi, tout concourt à ne pas vous laisser abandonner ce livre. Pourquoi cette fascination de l'auteur pour Prague et ses cent tours ? Il y a vécu, aimé, enseigné, et cette histoire l'obsède :
    "Ceux qui sont morts sont morts, et il leur est bien égal qu'on leur rende hommage. Mais c'est pour nous, les vivants que cela signifie quelque chose. La mémoire n'est d'aucune utilité pour ceux qu'elle honore, mais elle sert à celui qui s'en sert. Avec elle je me construis, et avec elle je me console." (p.244)
    HHhH constitue ainsi un antidote aux "Bienveillantes", livre qu'il ne m'a pas été possible de terminer, ayant le coeur trop sensible et lassée de tant de sang.
    Avec HHhH, on vibre, on souffre, on espère, alors même qu'on connaît la fin dès la première ligne. C'est ça, la Littérature ! Avec un grand l'!

    Lien : http://www.bigmammy.fr
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    • Livres 4.00/5
    Par Thorp, le 10 juin 2012

    Thorp
    Et c'est parti pour un avis de plus sûrement répétitif, mais l'envie de participer au plébiscite général est là (du coup je zappe le résumé)
    Quel joli premier roman ! Non pas de ces premiers romans tapageurs dont l'histoire de la littérature raffole, mais plutôt un premier roman empreint d'une finesse dans la narration telle, que seul le murmure averti d'un bouche-à-oreille sensible parait apte à le porter à nos connaissances (avec presque deux ans de retard en ce qui me concerne, mes tympans me trahissent souvent et mettent du temps à reconnaître les belles mélodies).
    Toujours est-il que j'ai quand même fini par tenir entre mes mains cet opus au titre mystérieux de HHhH (bien meilleur à mon avis que « Opération Anthropoïde » prévu initialement par l'auteur), et dès les premières pages je suis littéralement tombé sous le charme de cette façon si particulière de raconter la grande histoire au travers des vicissitudes de la petite, celle de l'écrivain, qui se débat dans ses errements, ses certitudes, ses erreurs et ses changements d'avis, au sujet surtout des rapports conflictuels entre récit documentaire et fiction. On ne peut pourtant pas parler de nouveauté concernant cet angle d'approche : les romanciers déguisés en personnages (de fiction ?) lors de leur approche documentaire et leur travail d'écriture, il semblerait même que ça soit plutôt à la mode ces temps-ci (Emmanuel Carrère avec L'Adversaire ou Limonov, Régis Jauffret et Claustria, ou dans un style d'imitation documentaire le narrateur d'Alexis Jenni qui se met en scène dans sa rencontre purement fictive avec Victorien Salagnon, etc…). Pourtant Laurent Binet parvient à s'extraire du lot en insufflant au genre sa touche personnelle, faite d'habileté et de rythme dans la construction, de légèreté et de fluidité dans l'écriture. A tel point qu'une belle promesse littéraire pointe le bout du nez, sous la forme d'une voix originale et intelligente, sifflotant l'air de rien au dessus du brouhaha général.
    Vivement son deuxième roman, que cette fois ma curiosité en éveil ne laissera pas échapper autant de temps.
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    • Livres 5.00/5
    Par Yumiko, le 16 janvier 2013

    Yumiko
    J'espère réussir à trouver les mots justes pour vous parler de ce livre. Il a éveillé un nombre incalculable d'émotions en moi, à tel point que j'ai eu besoin de temps pour le digérer avant de vous en parler. Il est dur, comme tout livre traitant de l'époque, mais surtout il humanise beaucoup certains bourreaux, nous montrant différentes facettes de leur personnalité, ce qui le fait ressortir du lot par rapport à d'autres livres.
    Je dois dire que ce genre de roman m'attire de plus en plus, car même si certains pensent que les nazis sont forcément tous des monstres et qu'ils ne veulent pas ne serait-ce que ressentir quelque chose vis-à-vis d'eux, j'ai de la peine à être aussi catégorique. Je suis tout simplement fascinée par la façon dont leurs esprits ont évolué durant cette guerre, dont ils ont pensé certaines étapes de leur accession à la suprématie et à l'épuration du pays.
    Ces paroles peuvent choquer certains, j'en convient, mais difficile de ne pas se poser de questions quand on voit toutes les contradictions qui régissaient leur doctrine et que pourtant ils ont continué jusqu'au bout (avec plein d'infractions bien sûr, mais n'empêche qu'il n'y a pas eu les gros soulèvement qui nous semblent logiques), qu'ils obéissaient aux ordres ne réfléchissant que plus tard à la portée de leurs actes (ou pas pour certains). Il y a de quoi vouloir décortiquer l'âme humaine et essayer de comprendre comment ils ont pu aller aussi loin, afin d'éviter que cela se reproduise, non? Après tout Milgram nous a bien montré à quel point l'être humain peut flancher et se retrouver incapable de résister à une autorité...
    Dans ce roman, c'est Reinhard Heydrich qui est au coeur du récit, le bras droit d'Himmler. Celui qu'on appelle HHhH - Himmlers Hirn heisst Heydrich (le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich), et qui est le chef de la Gestapo et des services secrets nazis. Je n'avais pas encore eu l'occasion de vraiment rencontrer ce personnage jusqu'à maintenant, puisque je me suis surtout intéressée aux évènements touchant Auschwitz et moins à ceux touchant l'annexion de la Tchécoslovaquie et à ceux portant sur la Gestapo.
    L'auteur ne nous offre pas une histoire, mais nous parle de l'Histoire. C'est un savant mélange entre le documentaire et le roman, puisqu'il nous le rappelle souvent lui-même: il prête aux personnages des mots ou des comportements qu'ils pourraient avoir eu, mais sans être sûr que sa vision des choses soit correcte. Il essaie au mieux de transmettre toutes les informations qu'il a trouvé sur la vie d'Heydrich, sur les évènements de Prague et sur l'attentat, prenant souvent la parole dans son livre pour nous expliquer son travail de recherche et ses incertitudes sur la façon dont il transmet les faits. J'ai d'ailleurs beaucoup aimé ce procédé, j'avais l'impression d'échanger avec l'auteur tout au long du roman.
    Revenons-en à Heydrich un personnage palpitant dont la vie est d'une rigidité et d'une organisation incroyable. C'est un esprit pensant très intelligent (trop?), qui a imprégné le troisième Reich de sa patte si unique. Il est l'un des instigateurs d'un grand nombre d'évènements et on ne peut que se demander ce qu'aurait été le règne d'Hitler s'il n'était pas parti aussi tôt... Il y a de quoi cogiter et s'inquiéter à la vue de toutes les idées qu'il a eues et de tous les complots qu'il a fomenté en cachette. Il est un bureaucrate hors pair et un vrai génie du crime.
    D'un autre côté, nous suivons les parachutistes dépêchés pour l'assassiner. Eux aussi ils passeront par toutes les galères jusqu'à l'attentat et ils vivront un vrai calvaire jusqu'au bout. Bon finalement, ils se retrouvent presque un peu en retrait face au charisme d'Heydrich, mais il n'empêche que suivre les deux côtés en même temps est palpitant. Je me suis attachée à ses personnages qui font tout pour stopper la barbarie qui se déroule chez eux, tout en sachant que cela risque de leur coûter la vie.
    J'ai même été très choquée quand j'ai vu comment réagissaient les autres nations au début de la montée d'Hitler, à quel point ils ont laissé faire, sans s'inquiéter, ne voyant pas l'intérêt de s'ennuyer à intervenir... L'avenir leur donnera tort très fortement... de quoi perdre foi une fois de plus en la politique.
    En bref, ce livre est un coup de coeur de part le style unique de l'auteur. L'Histoire nous est transmise d'une façon forte et poignante, qui nous emporte au fil des pages dans la tourmente et dans l'inquiétude. Voir d'autres facettes du nazisme m'a intriguée et intéressée, j'avais envie d'en apprendre toujours plus! Je ne peux que conseiller fortement ce livre aux fans du genre, même si je suis bien consciente qu'il ne conviendra pas à tout le monde.
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    • Livres 4.00/5
    Par marcbordier, le 20 août 2011

    marcbordier
    Critique tirée de mon blog www.marcbordier.com.
    HHhH. Au premier abord, le titre laisse perplexe. Que signifie cet étrange acronyme ? Pour le savoir, il faut se reporter à la quatrième de couverture de l'ouvrage. Himmlers Hirn heißt Heydrich. le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich. Ces quatre lettres résument l'admiration que les SS témoignaient à Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo et des services de renseignement nazis, resté célèbre dans l'histoire pour avoir été à l'origine de la solution finale. Ce roman raconte sa vie : son enfance dans la ville de Halle sous l'influence d'un père musicien, son entrée dans la marine allemande, son mariage, ses débuts chez les SS, ses faits d'armes à la tête des Einsatzgruppen, ces unités SS chargées de « nettoyer » les territoires occupés, son ascension au sein de l'appareil nazi jusqu'à la tête du Reichsprotektorat de Bohême-Moravie , où il gagna le surnom de « Bourreau de Prague » et s'illustra en organisant la conférence de Wannsee (20 janvier 1942), au cours de laquelle les plus hauts dignitaires nazis décidèrent et planifièrent l'extermination des juifs en Europe. Mais HHhH est aussi et surtout le récit de l'attentat qui lui coûta la vie; c'est le roman passionnant du plus haut fait de la résistance tchèque, l'opération « Anthropoïde », orchestrée depuis Londres par le Président tchécoslovaque en exil Edvard Beneš et menée à bien par deux parachutistes au courage extraordinaire, le Tchèque Jan Kubiš et le Slovaque Jozef Gabčik; enfin, c'est l'histoire incroyable du combat qu'ils ont livré jusqu'à la mort dans une église de Prague face à sept cents SS.
    Autant vous le dire tout de suite, j'ai adoré ce livre, et je ne dis pas cela seulement par sympathie personnelle pour son auteur. Tout d'abord, le sujet me passionne. Etant à la fois citoyen tchèque, praguois de coeur et petit-fils de résistant français, je suis particulièrement touché par cet événement historique. Mais il n'est nul besoin de revendiquer ces origines pour se pencher sur cette période. Comme en témoigne le récent succès du documentaire d'Isabelle Clarke Apocalypse – la 2ème Guerre mondiale, il existe chez le public un véritable intérêt cette période tragique, et je ne doute pas que les faits relatés dans HHhHtrouveront une oreille attentive chez de nombreux lecteurs.
    Ensuite, Laurent Binet fait preuve d'un réel talent de romancier. Son travail de documentation impressionnant lui permet de restituer avec fidélité et relief l'ambiance de l'époque à travers quelques épisodes, comme ce match de football entre ukrainiens et nazis, dont les enjeux ont dépassé la simple rencontre sportive pour tourner à l'affrontement symbolique entre opprimé et oppresseur. A ces choix judicieux, il ajoute un traitement narratif souvent original, comme lorsqu'il raconte la nuit des longs couteaux (l'élimination des SA par les SS le 20 avril 1934) sous la forme d'une série de répliques de dialogues téléphoniques brefs échangés depuis le quartier général des SS (pp. 62-63). La brutalité n'est pas seulement dans le contenu des propos (« Allô ! Il est mort ?… Laissez le corps sur place. Officiellement, c'est une suicide. Placez lui votre arme dans la main… Vous avez tiré dans la nuque?… Bon, ça n'a aucune importance. Suicide. »), mais aussi dans leur succession rapide, comme si toutes ces morts accumulées n'avaient aucune importance. En digne héritier de la tradition littéraire française classique, Laurent Binet fait également bon usage de figures stylistiques éprouvées pour susciter et entraîner l'intérêt de son lecteur. Il semble affectionner particulièrement l'anaphore et les effets de rythme et de mise en emphase provoqués par le retour à la ligne. On les retrouve dans les moments clés du roman, comme dans ce passage (p. 16) : « Il y avait les traces encore terriblement fraîches du drame qui s'est achevé dans cette pièce voilà plus de soixante ans […] Il y avait aussi les visages des parachutistes sur des photos […], il y avait le nom d'un traître, […], il y avait Londres, il y avait la France, il y avait des légionnaires, il y avait un gouvernement en exil, […], il y avait une ville entière sous la coupe de celui qu'on surnommait « le bourreau », il y avait des drapeaux à croix gammée et des insignes à tête de mort, il y avait des espions allemands qui travaillaient pour l'Angleterre, […], il y avait la grandeur et la folie, la faiblesse et la trahison, le courage et la peur, l'espoir et le chagrin, il y avait toutes les passions humaines réunies dans quelques mètres carrés, il y avait la guerre et il y avait la mort, il y avait la Bohême, la Moravie, la Slovaquie, il y avait toute l'histoire du monde contenue dans quelques pierres.
    Il y avait sept cents SS dehors. »
    (à mon grand regret, j'ai été obligé de tronquer la citation car elle serait trop longue, surtout pour un article de blog, mais lisez ce passage et vous constaterez qu'il est un véritable morceau de bravoure). Plus loin dans le récit (pp.343-344), on trouve la scène très réussie de l'attentat, racontée du point de vue d'un Heydrich parvenu au sommet de sa carrière, et dont la rêverie vaniteuse et narcissique au premier plan d'une Mercedes noire lancée à pleine vitesse dans les rues de Prague est brutalement interrompue par l'apparition d'un résistant armé venu le mitrailler : « Votre instinct de policier est-il engourdi par les rêveries qui traversent votre cerveau tandis que file la Mercedes ? Vous ne voyez pas en cet homme qui porte un imperméable sous le bras par cette chaude journée de printemps et qui traverse devant vous l'image de votre présent qui vous rattrape.
    Que fait-il, cet imbécile ?
    Il s'arrête au milieu de la route.
    Pivote d'un quart de tour pour faire face à la voiture.
    Croise votre regard.
    Fait voler son imperméable.
    Découvre une arme automatique.
    Pointe l'arme dans votre direction.
    Vise.
    Et tire. »
    Ces passages fortement stylisés sont de loin ceux que je préfère dans le roman car ils donnent à l'épisode historique de l'assassinat d'Heydrich par la résistance tchèque une véritable dimension héroïque et tragique.
    Enfin, le mérite de ce livre est aussi selon moi à situer sur un plan strictement littéraire : en montrant ouvertement et sans fard les efforts du romancier, ses hésitations, ses partis pris, ses doutes et ses erreurs, HHhH interroge le rapport entre réel et fiction. Comment raconter un fait historique sans artifices ? Comment la fiction littéraire peut-elle approcher au mieux la réalité ? Par bien des aspects, ce roman puzzle s'apparente à une cathédrale qui se construit sous nos yeux. Avec honnêteté et courage, l'architecte Laurent Binet nous emmène derrière la façade et nous promène sur les échafaudages. Il nous montre les difficultés de l'écriture romanesque et partage avec nous ses scrupules, comme lorsqu'il met en scène un dialogue entre le jeune Heydrich et son père (p. 14) pour ensuite descendre en flèche son propre travail en soulignant le caractère surfait et malhonnête de la scène (« Rien n'est plus artificiel, dans un récit historique, que ces dialogues reconstitués à partir de témoignages plus ou moins de première main, sous prétexte d'insuffler de la vie aux pages mortes du passé »). Ces étranges réflexions qui jalonnent le roman lui confèrent une saveur particulière et l'insèrent dans la lignée des oeuvres qui, de Madame Bovary à la préface de la Comédie humaine en passant par les travaux de György Lukàcs ou Henri Mitterand, questionnent le rapport entre réalité et littérature.

    Lien : http://www.marcbordier.com
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Critiques presse (2)


  • LaLibreBelgique , le 21 août 2012
    Le résultat est passionnant, même s’il n’y a ni scoops, ni analyses politiques fouillées. C’est le récit d’un témoin sur le grand cirque de la politique.
    Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
  • LeFigaro , le 07 septembre 2011
    C'est un récit remarquable mené de main de maitre […] Une grande réussite.
    Lire la critique sur le site : LeFigaro

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Citations et extraits

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  • Par lehane-fan, le 27 septembre 2012

    (...) dans un souci d'efficacité très allemand , les SS , avant de les abattre , faisaient d'abord descendre leurs victimes au fond de la fosse , où les attendait un " entasseur " . Le travail de l'entasseur ressemblait presque en tout point à celui des hotesses qui vous placent au théatre . Il menait chaque Juif sur un tas de corps et , lorsqu'il lui avait trouvé une place , le faisait étendre sur le ventre , vivant nu allongé sur des cadavres nus . Puis un tireur , marchant sur les morts , abattait les vivants d'une balle dans la nuque . Remarquable taylorisation de la mort de masse . Le 2 Octobre 1941 , l'Einsatzgruppe en charge de Babi Yar pouvait consigner dans son rapport : " Le Sonderkommando 4a , avec la collaboration de l'état-major du groupe et de deux commandos du régiment Sud de police , a exécuté 33771 Juifs à Kiev , les 29 et 30 septembre 1941 . "
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  • Par balooo, le 17 septembre 2010

    Gabcík, c'est son nom, est un personnage qui a vraiment existé. A-t-il entendu, au-dehors, derrière les volets d'un appartement plongé dans l'obscurité, seul, allongé sur un petit lit de fer, a-t-il écouté le grincement tellement reconnaissable des tramways de Prague ? Je veux le croire. Comme je connais bien Prague, je peux imaginer le numéro du tramway (mais peut-être a-t-il changé), son itinéraire, et l'endroit d'où, derrière les volets clos, Gabjík attend, allongé, pense et écoute. Nous sommes à Prague, à l'angle de Vyšehradska et de Trojijka. Le tramway n° 18 (ou 22) s'est arrêté devant le Jardin Botanique. Nous sommes surtout en 1942. Dans Le Livre du rire et de l'oubli, Kundera laisse entendre qu'il a un peu honte d'avoir à baptiser ses personnages, et bien que cette honte ne soit guère perceptible dans ses romans, qui regorgent de Tomas, Tamina et autres Tereza, il y a là l'intuition d'une évidence : quoi de plus vulgaire que d'attribuer arbitrairement, dans un puéril souci d'effet de réel ou, dans le meilleur des cas, simplement de commodité, un nom inventé à un personnage inventé ? Kundera aurait dû, à mon avis, aller plus loin : quoi de plus vulgaire, en effet, qu'un personnage inventé ?
    Gabjík, lui, a donc vraiment existé, et c'était bel et bien à ce nom qu'il répondait (quoique pas toujours). Son histoire est tout aussi vraie qu'elle est exceptionnelle. Lui et ses camarades sont, à mes yeux, les auteurs d'un des plus grands actes de résistance de l'histoire humaine, et sans conteste du plus haut fait de résistance de la Seconde Guerre mondiale. Depuis longtemps, je souhaitais lui rendre hommage. Depuis longtemps, je le vois, allongé dans cette petite chambre, les volets clos, fenêtre ouverte, écouter le grincement du tramway qui s'arrête devant le Jardin Botanique (dans quel sens ? Je ne sais pas). Mais si je couche cette image sur le papier, comme je suis sournoisement en train de le faire, je ne suis pas sûr de lui rendre hommage. Je réduis cet homme au rang de vulgaire personnage, et ses actes à de la littérature : alchimie infamante mais qu'y puis-je ? Je ne veux pas traîner cette vision toute ma vie sans avoir, au moins, essayé de la restituer. J'espère simplement que derrière l'épaisse couche réfléchissante d'idéalisation que je vais appliquer à cette histoire fabuleuse, le miroir sans tain de la réalité historique se laissera encore traverser.
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  • Par vlg0901, le 09 septembre 2012

    le 4 février 1942, Heydrrich tient ce discours qui m'intéresse parce qu'il concerne l'honorable profession à laquelle j'appartiens : [Binet est prof de lettres, note de moi-même] “Il est essentiel de régler leur compte aux enseignants tchèques car le corps enseignant est un vivier pour l'opposition Il faut le détruire, et fermer les lycées tchèques. Naturellement, la jeunesse tchèque devra alors être prise en charge en un lieu où l'on pourra l'éduquer hors de l'école et l'arracher à cette atmosphère subversive. Je ne vois pas de meilleur endroit pour cela qu'un terrain de sport. Avec l'éducation physique et le sport, nous assurerons tout à la fois un développement, une rééducation et une éducation."
    Tout un programme : cette fois, c'est le cas de le dire !
    (...)
    Ce discours m'inspire trois remarques :
    1. En Tchéquie comme ailleurs, l'honneur de l'Education Nationale n'est jamais aussi mal défendu que par son ministre. Antinazi virulent à l'origine, Emmanuel Moravec est devenu après Munich le collabo le plus actif du gouvernement tchèque nommé par Heydrich.
    (...)
    2. L'honneur de l'Éducation Nationale est bel et bien défendu par les profs qui, quoi qu'on puisse en penser par ailleurs, ONT VOCATION À ÊTRE DES ÉLÉMENTS SUBVERSIFS (c'est moi qui souligne), et méritent qu'on leur rende hommage pour cela.
    3. Le sport, c'est quand même une belle saloperie fasciste."
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  • Par Nadael, le 04 décembre 2010

    Ceux qui sont morts sont morts, et il leur est bien égal qu'on leur rende hommage. Mais c'est pour nous, les vivants que cela signifie quelque chose. La mémoire n'est d'aucune utilité à ceux qu'elle honore, mais elle sert celui qui s'en sert. Avec elle, je me construis, et avec elle je me console.

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  • Par lehane-fan, le 30 septembre 2012

    Je ressens une très grande répulsion et un profond mépris pour quelqu'un comme Bousquet , mais quand je pense à la bétise de son assassin , à l'immensité de la perte que son geste représente pour les historiens , aux révélations qui n'auraient pas manqué lors du procès et dont il nous a irrémédiablement privés , je me sens submergé de haine . Il n'a pas tué d'innocents , c'est vrai , mais c'est un fossoyeur de la vérité .
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Dialogues, émission littéraire 25
Numéro 25 de l'émission Dialogues littéraires de décembre 2012, produite par la librairie Dialogues et réalisée par Ronan Loup en collaboration avec la chaîne Tébéo. Invités : Colombe Schneck, Bernard Berrou et Laurent Binet.








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