ISBN : 2264016930
Éditeur : 10-18 (1992)


Note moyenne : 4.14/5 (sur 71 notes) Ajouter à mes livres
Le sujet de ce roman que Borges, dans sa préface, estimait être l'un des plus ingénieux des lettres modernes, demeure toujours d'une originalité hors pair.
Dans une île déserte, un justiciable en fuite découvre des choses fantastiques. Répétées à l'infini, les im... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Pasdel, le 17 avril 2012

    Pasdel
    L'Invention de Morel est un roman assez court à première vue, mais qui ouvre une véritable boîte de Pandore pour son personnage clé. Œuvre gigogne qui ouvre sur plusieurs pistes de réflexions, au fur et à mesure de la lecture. Bioy Casares était proche de Jorge Luis Borges et ce texte nous le prouve.
    Nous naviguons dans le fantastique, dans l'irréel de ces deux auteurs, et comme le narrateur, nous échouons avec lui sur cette île à la réputation mortifère.
    le narrateur, condamné à la prison dans son pays vient trouver refuge dans l'isolement de ce lieu abandonné où subsiste quelques constructions vestige d'une civilisation. « Un Italien, qui vendait des tapis à Calcutta, m'a donné l'idée de venir ici ; il m'a dit (dans sa langue) :
    — Pour un persécuté, pour vous, il n'y a qu'un endroit au monde, mais on n'y vit pas. C'est une île. Des Blancs y ont construit, vers 1924, un musée, une chapelle, une piscine. Les bâtiments sont terminés, abandonnés. »
    Puis un jour, il est réveillé par un phonographe et débute alors son récit. Récit qui va tourner très vite dans toutes sortes de réflexion en spirale provoquant l'hypnose du lecteur. La lecture du texte alterne passage rapide et rythme plus lent, ponctuée de répétition comme le « disque » du roman.
    le personnage, très bien ficelé par l'auteur, sombre dans la folie, dans l'angoisse et l'oppression, se sentant traqué, cible de complots machiavélique. Bioy Casares s'amuse avec son héros, comme il s'amuse à faire douter le lecteur.
    A travers cette histoire différents thèmes sont abordés. À des degrés diverses, on y retrouve l'exclusion, la société, la place de l'individu, la liberté des êtres. Tout comme la jalousie, la haine et l'amour impossible ainsi que le cheminement qu'il occasionne chez le héros. Entraînant ce dernier dans sa propre dépravation, dans son déni de la situation et son amour.
    Une œuvre marquante qui entraîne le lecteur dans un tourbillon de réflexions, d'interrogations ouvertes. Et si finalement Bioy Caceres n'avait pas abandonné son lecteur dans son île déserte ? Naufragé face à son œuvre….

    Lien : http://leslecturesdepasdel.over-blog.com/article-l-invention-de-more..
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    Critique de qualité ? (30 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 24 octobre 2010

    Woland
    La Invención de Morel
    Traduction : J. P. Mourey
    Court roman qui n'atteint pas les cent-trente pages, "L'invention de Morel" s'inspire d'un fantastique à la H. G. Wells ou encore à la Jules Verne, celui du "Secret de Wilhelm Störitz." Mais sous l'argument fantastique, perce une réflexion complexe sur l'homme et la liberté.
    Le narrateur, qui fuit on ne sait quel régime policier - quelques allusions à Caracas font penser au Vénézuéla - s'est réfugié sur une île que lui a désignée un Italien vivant à Calcutta. Sans nom, l'île a été abandonnée par ceux qui y ont bâti un musée, une piscine et une sorte de complexe hôtelier. A quelle époque ? Sans doute dans les années vingt, très vague point de repère temporel offert en pâture aux puristes du détail. Les légendes - mais sont-ce bien des légendes ? - ont alors pris leur essor : une "peste" étrange, plus proche de la lèpre ou de la gangrène que de la peste d'ailleurs, affligerait tout ce qui ose demeurer dans l'île, qu'il s'agisse de simples voyageurs ou des animaux et de la flore qu'elle abrite.
    Mais le narrateur en est arrivé à un tel point de rejet - et de peur - de la société, qu'il met tout en oeuvre pour atteindre l'île et s'y cacher. Bientôt, à sa profonde stupeur, il constate que, contrairement à ce qu'on lui en a dit, l'île est habitée par une vingtaine ou une trentaine de personnes, hôtes et amis d'un certain Morel. Parmi ces gens, Faustine, une belle femme dont Morel paraît amoureux, va régulièrement se promener sur les rochers, charmant peu à peu le narrateur. Celui-ci fait tout pour attirer son attention mais, curieusement et en parfait accord avec l'attitude des autres "invités", Faustine ne le voit pas - un peu comme s'il lui était invisible ...
    Aux efforts courageux du narrateur pour tenter de rationaliser son aventure, succède sa chute subtile et lente dans la folie. De bout en bout, le lecteur n'a, bien sûr, que le point de vue du narrateur pour se faire sa propre idée de la situation. Les réflexions pertinentes succèdent aux gestes fous, voire grotesques - comme la création de ce parterre de fleurs destiné à proclamer au grand jour l'amour du malheureux envers Faustine et devant lequel elle passe, là encore, comme s'il n'existait pas ...
    Mais l'histoire faussement fantastique est aussi prétexte à une réflexion sur la place de l'individu dans la société, sur le droit de pensée et de conscience qu'elle lui laisse et sur les recours qu'elle lui autorise lorsque, justement, elle lui dénie ces droits. le bilan final est peu réjouissant : Bioy Casares ne voit que la folie comme seul exutoire au refus de se fondre dans la norme. A moins que la fin de son héros, très symbolique, n'ouvre sur une vie désincarnée et à jamais libre, loin d'un corps abandonné en un peu réjouissant sacrifice.
    Le propos, complexe, est traité avec une élégante simplicité. Bioy Casares adopte un style réaliste, sans aucune digression, pour évoquer une question morale et philosophique qu'on n'est pas près de résoudre. A ne réserver qu'aux inconditionnels. ;o)
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par DamienR, le 21 mars 2012

    DamienR
    C'est en tombant par hasard sur l'adaptation en BD par Jean-Pierre Mourey que j'ai été comme "obligé" de lire ce roman. Je dis "par hasard", mais c'est plutôt la caution de Jorge Luis Borges qui m'a incité à entrer dans cette œuvre.
    Je retrouve une littérature fascinante à la limite du fantastique, avec une écriture à la fois accessible et poétique. Les thèmes abordés dans ce roman sont difficiles à résumer à l'issue d'une première lecture : l'amour, la solitude et la folie (à comparer avec "Robinson Crusoe"), les techniques et la morale (voir "L'île du Docteur Moreau), la mort et la vie éternelle... On retrouve les techniques scénaristiques des auteurs fantastiques et en particulier Borges : la mise en abîme, le personnage central très mystérieux (intellectuel en fuite, mais pour quelle raison ?), les implications vertigineuses des paradoxes...
    La charpente du récit est très précise, voire mathématique : deux parties égales, un certain nombre de sous-chapitres identifiables. Chaque événement, et chaque expression sont avancés sans hasard. Tout est vérifiable, justifiable, rigoureux. C'est du grand art littéraire. C'est tellement riche qu'une seule lecture est certainement limitative : on ne peut pas découvrir toutes les ficelles de l'histoire et de l'écriture. Comme lire et relire "La bibliothèque de Babel"...
    Il s'agit donc d'un roman d'une grande qualité, à éviter sous aucun prétexte dans toute culture fantastique, mais aussi dans la découverte de la littérature sud-américaine et plus en général du XXè siècle.
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    Critique de qualité ? (4 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Lostinmypal, le 28 mars 2012

    Lostinmypal
    Voilà un roman intriguant qui aura fait beaucoup parler de lui et qui est indéfinissable. Je ne recommande pas la lecture de la préface de Borges qui est proprement indigeste (je précise quand même que je n'ai jamais rien compris à Borges et que j'ai renoncé à poursuivre mes tentatives). C'est un livre qui désoriente parce qu'il faut attendre la fin pour comprendre le ressort d'une intrigue hallucinante. C'est à la fois très fort de la part de l'auteur et assez déconcertant même une fois l'astuce connue. D'une certaine façon je ne sais qu'en penser. Certains passages m'ont semblé longs et pourtant c'est bien écrit, bien fichu et finalement intéressant mais… Sûrement le destin des livres inclassables…
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par sbrodj, le 18 juin 2011

    sbrodj
    Casares partage avec son ami Borges le goût pour la construction savante et la mystification. Ce petit roman est une pure merveille: Et si vous deviez choisir entre l'amour et la vie? entre le réel et l'imaginaire? Un hymne à la puissance de la littéraure. Sublime!
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 24 octobre 2010

    [...] ... Je possède une donnée qui peut servir aux lecteurs de ce rapport à préciser la date de la seconde apparition des intrus : les deux lunes et les deux soleils ont été vus le jour suivant. Il pourrait s'agir d'une apparition locale ; cependant, il me semble plus probable qu'il s'agisse d'un phénomène de mirage provoqué par le lune ou le soleil d'une part, la mer et l'air d'autre part, visible, certainement, de Rabaul [volcan mais aussi ville de La Nouvelle Bretagne, en Papouasie-Nouvelle Guinée] et de toute cette région. J'ai observé que ce second soleil - une image, peut-être, de l'autre - est beaucoup plus violent. Il me semble que, entre hier et avant-hier, il s'est produit une hausse infernale de la température. On dirait que le nouveau soleil a ajouté au printemps un été caniculaire. Les nuits sont très claires, il y a comme une lueur polaire errant dans l'air. Toutefois, je suppose qu'il n'y a pas un grand intérêt à parler ici des deux lunes et des deux soleils ; le phénomène a dû être connu partout, soit par l'observation directe, soit au travers d'informations plus doctes et complètes. Je ne le rapporte pas pour sa valeur poétique ou comme une curiosité, mais afin que mes lecteurs, qui reçoivent des journaux et tiennent des éphémérides, puissent dater ces pages.

    C'est la première fois que nous vivons des nuits avec deux lunes. Mais on a déjà vu deux soleils. Cicéron en parle dans son De Natura Deorum :

    Tum sole quod ut e patre audivi Tuditano et Aquilio consulibus evenerat.

    Je ne crois pas avoir mal cité (1). Au collège Miranda, M. Lobre nous a fait apprendre par coeur les cinq premières pages du Livre Second et les trois dernières du Livre Troisième. C'est tout ce que je sais de La Nature des Dieux.

    Les intrus ne sont pas venus me chercher. Je les vois apparaître sur les bords de la colline. Notre âme est si imparfaite (et peut-être aussi à cause des moustiques), que j'ai eu soudain la nostalgie du passé, quand je vivais sans l'espérance de Faustine mais aussi sans angoisse. J'ai eu la nostalgie de ce moment où je me suis vu installé de nouveau au musée, maître d'une solitude domestiquée.

    (1) : Il se trompe. Il oublie le mot le plus important : Geminato (de geminatus, jumelé, doublé, répété, réitéré). La phrase exacte est : " ... Tum sole geminato, quod, ut e patre audivi, Tuditano et Aquiliano consulibus evenerat ; quo quidem anno Publius Africanus sol alter extinctus est ..." (Traduction :[b] "Les deux soleils qui, d'après ce que j'ai entendu dire à mon père, ont été vus sous le consulat de Tuditanus et Aquilius ; en la même année où s'éteignit cet autre soleil de Publius l'Africain." (183 av. J.C) (Note de l'Editeur) ... [...]
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  • Par Woland, le 24 octobre 2010

    [...] ... La femme au foulard m'est devenue maintenant indispensable. Toute cette hygiène de ne rien espérer est peut-être un peu ridicule. Ne rien espérer de la vie, pour ne pas la risquer ; se considérer comme mort, pour ne pas mourir. Cela m'est apparu soudain comme une léthargie effrayante et très inquiétante ; je veux y mettre un terme. Après ma fuite, pour avoir vécu sans tenir compte d'une lassitude qui me détruisait, j'ai atteint au calme ; les décisions que je vais prendre me renverront peut-être à tout ce passé, ou aux juges [le narrateur pense parfois que ces "hôtes" inconnus sont là pour le traquer et le dénoncer] ; je préfère cela à ce purgatoire définitif.

    Il a commencé voilà huit jours. J'ai rapporté alors le miracle de l'apparition de ces gens ; le soir même, je tremblais auprès des rochers de l'ouest. Je me disais que tout était vulgaire : le type bohémien de la femme, et mon propre amour de solitaire recuit. Je revins les deux soirs suivants : la femme s'y trouvait ; je commençai à penser que c'était bien là l'unique miracle ; puis vinrent les jours funestes où je la manquai par la faute des pêcheurs[autres invités], du barbu [Morel], de l'inondation, des dégâts de l'inondation qu'il me fallut réparer. Aujourd'hui, dans l'après-midi ... [...]
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  • Par Pasdel, le 17 avril 2012

    Ce ne fut point comme si elle ne m’avait pas entendu, comme si elle ne m’avait pas vu ; ce fut comme si ses oreilles ne lui servaient pas à entendre, comme si ses yeux ne lui servaient pas à voir.
    D’une certaine façon, elle m’insulta ; elle montra qu’elle ne me craignait pas. Il faisait déjà nuit lorsqu’elle ramassa son sac à ouvrage et s’achemina sans hâte vers le sommet de la colline.
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  • Par Pasdel, le 16 avril 2012

     Je crois que ces gens ne sont pas venus me chercher ; il se peut, même, qu’ils ne m’aient pas vu. Mais je subis mon destin : démuni de tout, je me trouve confiné dans l’endroit le plus étroit, le moins habitable de l’île, dans des marécages que la mer recouvre une fois par semaine.
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  • Par Pasdel, le 17 avril 2012

    Me voici sauvé des jours interminables que j’aurais dû vivre en attendant la mort dans un monde sans Faustine. Me voici sauvé d’une interminable mort sans Faustine.
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