Le postulat de départ est intéressant. Quelle serait la situation actuelle si l'histoire du monde était inversée, si les populations africaines avaient conquis et colonisé le monde, réduit les blancs en esclavage ? Pourtant, je me suis ennuyée…Essayons de voir pourquoi, en détails.
Pour commencer, j'ai été très déçue que cette histoire de renversement de l'histoire mondiale ne soit pas plus approfondie. On sait très peu de choses des événements ayant mené à la situation actuelle. Comment, quand, pourquoi cette colonialisation a-t-elle eu lieu ? Et puis trop de choses sont incohérentes, ou simplement calquées sur la situation telle qu'elle est en inversant juste les rôles. J'ai par exemple du mal à croire que dans une telle situation le christianisme serait la religion imposée…Bon, ok, il ne s'agit pas strictement du christianisme puisque les fêtes n'ont pas exactement le même nom : par exemple Crossmass pour Christmass, mais sérieusement, qui cela trompe-t-il ? D'autant plus que toutes les références au Livre sont clairement des références bibliques… de même, en nous proposant une opposition noughts/Crosses = blanc/noir (a world where black and white are right and wrong, c'est l'éditeur qui le dit…), l'auteure oublie allègrement tout un pan des habitants de cette planète. Et ça ne sont pas de simples nuances de couleur de peau que l'auteur gomme, c'est un manichéisme primaire qu'elle nous impose.
Et puis, en dehors de ce cadre l'intrique est très téléphonée, trop semblable à toutes ces dystopies qui fleurissent en ce moment. Je sais bien que ce texte a été écrit bien avant toutes ces parutions actuelles, mais il n'empêche que j'ai l'impression de faire une overdose. En revanche, un point positif par rapport aux dystopies/uchronie actuelles réside dans la simplicité du monde mis en place : ici pas de gadget électronique ou de grandes avancées technologiques pour régir la vie quotidienne. C'est assez « reposant » et
Malorie Blackman prouve que ces additions ne sont absolument pas nécessaires pour mener à bien ce type d'intrigues et le message qu'elles sont censées faire passer. Bien que celui-ci soit beaucoup trop simpliste à mon goût : le racisme c'est mal (non vraiment ?).
D'autant plus que ce thème n'est pas du tout traité de façon subtile. J'évoquais plus haut le manichéisme du monde mis en place. Je ne reviendrais pas dessus et me contenterais de râler après le manque de finesse de certaines scènes qui ont en outre un sérieux gout de réchauffé, utilisant des clichés battus et rebattus…
Il en est de même pour le caractère des personnages…Si bien qu'aucun n'a su un tant soit peu me toucher ou même m'intéresser et que la romance unissant les deux protagonistes proncipaux m'a laissée de marbre. Sephy est insupportable d'immaturité, et le reste de sa famille est juste odieux. Callum et sa famille m'ont laissée profondément indifférente ou m'ont donné des envies de meurtre dans le meilleur des cas (le terrorisme comme moyen de se faire entendre, je ne pourrais jamais l'accepter et puis c'est tellement facile comme réaction)…Ces personnages sont bien trop mous ou bornés, se lamentant sur leur sort sans être foutus de faire quelque chose d'un tant soit peu constructif, de se battre réellement pour leur peau. Si bien que je n'ai pas un instant été touchée par l'histoire que je lisais, pas un instant touchée par un seul des divers « drames » qui surviennent (je les ai même parfois trouvés bienvenus et j'en aurais presque souhaité d'avantage, tant je n'aspirais qu'à voir la plupart des personnages disparaitre dans une vaste « entretuerie »)…Seul le personnage qui apparait à la toute fin du roman, ou plutôt le personnage dont on nous annonce l'arrivée imminente a aussitôt su obtenir ma sympathie. Et c'est d'ailleurs ce simple personnage que l'on ne connait pas encore qui me donne envie de laisser une chance au volume suivant.
Mais assez râlé, passons aux quelques éléments qui m'ont agréablement surprise. En effets, certains passages sont particulièrement intéressants et se détachent de cette intrigue bien souvent trop banale et simpliste à mon goût. Je pense en particulier au chapitre 30, qui relate une leçon d'histoire assez édifiante, je dois le dire…
Un autre point que j'ai aimé réside dans le rythme et la construction du récit, avec l'alternance des points de vue et de la longueur des chapitres. de même parfois, le récit est mis en pause, pour revenir sur un souvenir qui là encore nous est relaté par les deux protagonistes. C'est intéressant comme procédé, d'avoir cherché à développer les deux côtés de l'histoire. Et puis, cela rompt un poil la monotonie de l'intrigue.
Bref, bien que ce livre semble faire l'unanimité chez les blogueurs, on est bien loin du coup de cœur chez moi…Mauvais moment pour la découverte ou univers qui ne me correspond tout simplement pas ? L'avantage est que ce premier tome peut largement se suffire à lui-même. Je ne culpabiliserai donc pas de ne pas ouvrir la suite avant un bon moment.
Lien : http://leboudoirdemeloe.wordpress.com/2012/03/30/blackman-malorie-no..