« Peu à peu on se laisse gagner par le calme de cette nature. Quand, avec le recul des années, je songe à ma vie en Afrique, je me rends compte combien j'ai été favorisée d'avoir pu mener une vie libre et humaine sur une terre paisible, après avoir connu le bruit et l'inquiétude du monde. »
Plus qu'un roman ce livre est un recueil de souvenirs sans ordre précis, ni repères temporels. Plus qu'un livre, je l'ai vu comme une grande fresque, une peinture. Car
Karen Blixen peint l'Afrique telle qu'elle l'a vécue ; une Afrique ancrée en elle. Une Afrique personnage de roman à part entière, au même rang que ses habitants, celles et ceux qui l'ont servie avec dévouement et pour lesquels elle a un attachement et un amour profonds.
« La découverte de l'âme noire fut pour moi un évènement, quelque chose comme
La découverte de l'Amérique pour
Christophe Colomb, tout l'horizon de ma vie s'en est trouvé élargi. »
La nature est intiment liée aux hommes qui peuplent cette terre. Elle a envouté
Karen Blixen, qui par ses mots nous montre tout l'émerveillement qu'elle porte à la faune et à l'espace qui l'entoure.
« Aucun animal ne peut être plus silencieux qu'un animal sauvage. »
« Les années qui virent Lullu et ses descendants fréquenter ma maison furent parmi les plus heureuses de ma vie. J'en étais arrivée à voir, dans mes relations avec les antilopes de la brousse, le signe de l'amitié et de la bienveillance, le don de l'Afrique. »
« En Afrique toute une vie animale semble s'éveiller dès le coucher du soleil ; l'espace se peuple alors mystérieusement. »
« La forêt vierge est une région mystérieuse. Vous avez l'impression de pénétrer dans un fond de vieilles tapisseries dont les tons fanés ou assombris par l'âge offrent une infinie variété de nuances. »
« On découvre les paysages les plus étonnants quand on survole les montagnes africaines. Mais ce sont peut-être les jeux de lumière entre les nuages qui réservent la surprise la plus merveilleuse. On traverse les arcs- en- ciel et les tempêtes vous emportent dans leurs remous. »
Sur le fond, je ne peux rien en dire de plus sans ôter le plaisir de la découverte, gâcher le voyage .Oui, il s'agit d'un voyage dans le temps et surtout dans les grands espaces, non encore pollués par des touristes pressés, et où les animaux étaient encore maîtres chez eux.
Sur la forme, 3 parties constituent cet ouvrage. La seconde intitulée " notes d'une émigrante »" est venue perturber ma lecture, le rythme de la narration. J'ai perçu ces notes comme une intrusion inopinée, superflue et même redondante par moment, dont je me suis affranchie assez vite pour retrouver la dernière partie et le plaisir de lecture avec.
L'écriture est celle d'une autre époque, avec des termes qui peuvent choquer les âmes sensibles " droits de l'hommistes". Ils sont ceux de l'époque, d'une certaine époque…Ils n'ont aucun caractère discriminatoire (mot à la mode de nos jour).
Karen Blixen aimé les Kikuyu, les Masaï ; elle les a protégés jusqu'à son dernier jour.
Le rythme de livre est celui de l'Afrique : lent, nonchalant .Le volume réduit des chapitres, et son nombre élevé donne une alternative salutaire au rythme. Les africains ont un rapport au temps qui leur est propre, et,
Karen Blixen l'a très bien transcrit par le style et les mots.
« Les Noirs ont pour la grande vitesse que nous éprouvons pour le vacarme. Ils savent jouir de la durée. Jamais l'idée de la réduire ou de tuer le temps ne leur viendra ; plus il leur est donné d'en jouir et plus ils sont satisfaits. »
Enfin, je ne peux m'empêcher de parler du film dont Sidney Pollack à tiré de ce livre. Je l'ai vu, à de nombreuses reprises. Même s'il n'est pas totalement fidèle aux mots de
Karen Blixen (certains faits sont escamotés, certains personnages sont inexistants, et d'autres plus présents), le film me laisse un souvenir impérissable ; la magie des images, bien qu'il ait un peu vieilli, le choix des musiques, le regard de
Robert Redford, sont, à mes yeux nettement supérieurs au livre qui ne rend pas de la même façon. Il n'empêche, cette lecture aura été un excellent moment.
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