Aurélien et ses parents viennent de déménager.
Nouvelle ville, nouveau lycée aussi pour l'ado qui devient ainsi le « petit nouveau ».
Là où d'aucuns ne ménageraient pas leurs efforts pour devenir populaires et se faire accepter par le reste de la classe, lui reste à l'écart.
Pas dans le genre timide ou crâneur, non. Il se révèle plutôt aimable et charmant quand on lui adresse la parole ; il rit même aux blagues. Mais mieux vaut ne pas compter sur lui pour engager une conversation.
« Ce que je veux, c'est faire partie d'un tout – mais sans qu'on s'adresse à moi de façon personnelle. »
Personne ne tient rigueur à Aurélien de son attitude effacée. Tous ont fini par l'accepter, comme faisant partie intégrante de sa personnalité.
Tous, sauf Thibaud.
Thibaud, c'est la vedette du lycée. de ces garçons magnétiques, agréablement charmeurs et sûrs d'eux, un brin désinvoltes, à qui tout semble réussir sans qu'ils aient besoin de trop se fouler, appréciés autant des élèves que des professeurs.
À la grande surprise du garçon qui n'en demandait pas tant, Thibaud se montre volontiers amical, semblant rechercher sa compagnie. Insensiblement, il entreprend de saper en douceur les barrières derrière lesquelles se retranche Aurélien.
Quand Thibaud l'invite à sa soirée d'anniversaire, Aurélien se sent à la fois touché, flatté et embarrassé par l'attention qui lui est témoignée. Il accepte l'invitation mais ne peut s'empêcher de se demander pourquoi Thibaud cherche à tout prix à gagner son amitié et où il veut en venir exactement.
Deuil, culpabilité, amitié ambivalente, rédemption par l'écriture… ça ne vous dit rien ? C'est que vous n'êtes pas familier avec l'œuvre de
Jean-Philippe Blondel. Autant de thèmes qui sont le leitmotiv de l'auteur, qu'il écrive pour la jeunesse ou un public plus large. Sa marque de fabrique en quelque sorte.
À 17 ans, Aurélien a choisi d'être un naufragé volontaire. Bombard des sentiments, il prend soin de rester hors de portée des autres ados. Mais, comme Thibaud, le lecteur sent bien que la réserve de l'adolescent dissimule quelque chose de plus sérieux.
Des flashbacks prouveront qu'Aurélien n'a pas toujours été ainsi. Son désir de devenir transparent (à la lecture, Fade to grey, de Visage n'a cessé de me trotter dans la tête) apparaît alors comme un châtiment auto-infligé. Comme s'il pensait porter la poisse à ceux qui s'intéressent à lui, et que de s'en éloigner était le seul moyen de les préserver.
L'amitié de Thibaud vient peu à peu à bout de sa réserve. Grâce à son nouvel ami, il va découvrir les sessions de slam. Une vraie révélation pour Aurélien ! Une soupape, un sas de décompression où il va enfin pouvoir évacuer sa culpabilité, exprimer tout le remords qui le ronge et l'oppresse depuis cette soirée d'hiver, quatre ans auparavant.
Pour qui a déjà lu Blondel, la fêlure d'Aurélien, ce « secret » qui sous-tend l'intrigue n'en est pas vraiment. Et peu importe d'ailleurs, car ce n'est pas là que réside la force de ce Brise-glace mais plutôt dans sa fine analyse des états d'âme adolescents.
A ce jour, Brise-glace est sans conteste mon préféré des romans Jeunesse de Blondel. A mon sens, le plus émotionnellement troublant, le plus émouvant. le plus douloureux aussi. Au moins autant que
Et rester vivant, mais sans l'indicible malaise que j'avais ressenti à la lecture et même ensuite (je prendrai peut-être le temps un jour d'en parler plus longuement ici).
Les premières lignes du roman ainsi qu'un passage lu par l'auteur sont en ligne sur le site web d'
Actes Sud.
Lien : http://www.incoldblog.fr/?post/2011/11/03/D%C3%A9j%C3%A0-quatre-hive..