Rarement comme aujourd'hui, j'ai eu ce sentiment d'être en décalage total avec le reste de la blogoboule de lecture.
Après Keisha qui, à propos du Baby-sitter, avait évoqué il y a quelques semaines
Anna Gavalda, Cuné, ce matin[1], fait référence à
Katherine Pancol, et Leiloona ose même un rapprochement avec Une famille formidable. Toutes les quatre s'accordant à trouver à ce roman des vertus doudouthérapeutiques.
En ce qui me concerne, j'ai eu un gros coup de blues en lisant ce livre.
Alors certes,
Jean-Philippe Blondel manie tendresse, humanisme et humour avec toujours autant de sensibilité (et surtout sans mièvrerie). Mais sous cette apparente légèreté, le ton est grave. le drame affleure, le vernis craque et les fêlures se font jour.
Beaucoup de questions sont soulevées dans
Le baby-sitter.
Arrivés à un tournant de leur vie, les personnages se remettent en question, chacun à sa façon. A-t-on fait les bons choix ? Est-il encore temps de renverser la vapeur ? Est-on arrivé enfin en haut de la colline ?
« A quarante ans passés, apparemment, on démêle beaucoup. »
J'ai particulièrement été touché par le personnage de Marc, qui m'est apparu diablement familier à plusieurs titres. Ce prof d'anglais dont le couple bat de l'aile depuis que sa femme, mutée loin du domicile, est absente la semaine, reste seul à s'occuper de leurs deux filles qui grandissent et commencent à lui échapper.
A travers Alex, Marc retrouve l'enthousiasme de sa jeunesse, cette période où toutes les options semblaient encore possibles, et qu'il n'était pas corseté par les codes imposés par la société.
A propos des enfants, l'air de rien, Blondel aborde des sujets pas vraiment politiquement corrects, voire tabous : est-ce être une mauvaise mère que de n'en plus pouvoir des cris de son bébé qui épuisent à longueur de journées et de nuits ? Pourquoi est-ce mal vu de reconnaître que l'on a envie de vivre aussi pour soi ? Et si les enfants n'étaient pas l'aboutissement ultime d'une existence ?
Comme toujours, Blondel retrace avec réalisme les parcours de vie de ses personnages, qui prennent chair avec une telle vérité qu'on croirait les connaître ou au moins les avoir déjà croisés.
J'ai revécu à travers Alex, la période où j'étais moi-même étudiant, plus vraiment dans l'enfance mais pas tout à fait dans la vie d'adulte pour autant. A tenter de voler de ses propres ailes, à essayer de joindre les deux bouts du mieux possible, à concilier ses études, sa vie amoureuse et ses potes.
Indéniablement, par de nombreux aspects,
Le baby-sitter a trouvé écho en moi.
Si les lecteurs fidèles à
Jean-Philippe Blondel y retrouveront des thématiques chères à l'auteur, ils y découvriront une nouvelle variation douce-amère.
Que ceux qui ne le connaîtraient pas encore soient rassurés : on peut, comme moi, aimer ce roman sans raffoler de
Pancol, ni des téléfilms de TF1.
Lien : http://www.incoldblog.fr/?index/oeuvres/Le%20baby-sitter