J'ai lu d'une traite les premières pages qui présentent les personnages et annoncent un retour en arrière d'une vingtaine d'années. Elles mettent tout de suite dans l'ambiance, sans doute à cause de la proximité de génération et géographique (j'ai habité longtemps un département voisin de celui de JPB). Quand ces pages se terminent par « Nous sommes en octobre 1985 », le récit est prêt à commencer.
Prenons donc le milieu des années 80, une petite ville de province, deux hommes et une femme, jeunes adultes installés dans cette ville. L'histoire pourrait être banale, plate ou nombriliste, c'est loin d'être le cas. le
Passage du gué représente le passage à autre chose à la suite d'un amour malheureux ou non partagé, mais aussi un autre passage plus douloureux. Il est difficile de parler de ce roman, qui touche à l'intime, aux angoisses les plus profondes, et qui va chercher loin dans les pensées des trois protagonistes. Chaque chapitre en fait intervenir un des trois tour à tour et leurs sentiments se répondent et les lient irrémédiablement les uns aux autres. C'est beaucoup plus qu'un triangle amoureux, ce qu'il est impossible de dévoiler ici pour garder au livre toute sa force. Force qui lui vient du sujet, mais aussi de l'écriture qui paraît couler de source, décrire un quotidien provincial tout simple pour finir par nous promener sur des chemins où nous n'étions jamais passés.
Un livre dérangeant, émouvant et qui laissera des traces… J'hésiterai, je pense, à ouvrir rapidement un autre livre de
Jean-Philippe Blondel, sauf si vous m'assurez que la lecture de l'un ou l'autre de ses autres romans est moins éprouvante.
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