Benoît quitte femme et enfants pour tenter fortune à Paris. Rastignac triste, il s'égare dans le Père-Lachaise. Quand il revient au pays, sa mère le prend pour un amant de sa femme et tue l'épouse supposée infidèle. Maintenant Benoît peut revenir à Paris. Parce qu'on fl... > voir plus
Tout cela est bien écrit... le narrateur erre dans Paris, naïf. Il dort sans le savoir dans un bordel, se perd dans le cimetière du Père-Lachaise, passe une nuit chez les flics. Cela aurait pu continuer. le roman semble être un vagabondage sans fin. le narrateur décide cependant de rentrer dans sa campagne, de retrouver sa femme sans passer d'abord chez sa mère. Là, inattendu, survient le drame. le lecteur a le plaisir rare de la surprise. le coup de fusil vient de nulle part. le roman tourne. Drame passionnel, homme perdu entre son épouse assassinée et sa mère meurtrière, homme que l'on s'arrache dans la ridicule bonne société sans coeur, parce qu'il est peut-être complice, homme qui subit. Il se retrouve figurant de cinéma, métaphore évidente de sa vie, homme figurant de sa propre vie. Tout cela est raconté avec style (notion dont on sait bien qu'elle ne veut rien dire, mais je ne vois pas comment le dire autrement), au temps évaporé où il était naturel de bien écrire.
Troisième opus « de jeunesse », bien qu'on ne puisse pas vraiment parler de trilogie si on le joint aux deux premiers, « L'humeur vagabonde » complète le tableau de l'immédiat après guerre vu par Antoine Blondin : à l'insouciance de « L'Europe buissonnière » et au désarroi des « Enfants du bon Dieu » succède le désenchantement.
Après la Seconde Guerre mondiale, les trains recommencèrent à circuler. le « héros », Benoît Laborie a L'humeur vagabonde. Jeune agriculteur, il décide de tout quitter : sa Charente natale, femme et enfant. Il monte à Paris et espère bien y faire fortune. Echec et retour à la maison… où sa propre mère ne le reconnaît pas et le prend pour un amant de sa femme … Drame !
On retrouve ici tout Blondin dans le désenchantement et la solitude de son (anti) héros confronté à l'absurdité de l'existence ; plus : cette petite musique aigre-douce d'une écriture d'une grande finesse.
Antoine Blondin fait partie de « cette génération qui eût vingt ans (ou un peu plus) en 1945 pour la fin du monde civilisé » (Roger Nimier). Mort il y a 20 ans, le 7 juin 1991...
Si l'intrigue est mince, l'écriture s'impose, telle une musique traversant le temps et les modes. Blondin flâneur aime les hommes ordinaires, les rêveurs insatiables, les poètes de comptoir.
Un jour nous abattrons les cloisons de notre prison ; nous parlerons à des gens qui nous répondront ; le malentendu se dissipera entre les vivants ; les morts n'auront plus de secrets pour nous. Un jour nous prendrons des trains qui partent.