
Exégèse des Lieux Communs
Le XIXe siècle à travers les âges
Nous, fils d'Eichmann
Léon Bloy n'aura eu de son vivant qu'une carrière de romancier décevante, ne rencontrant jamais vraiment de succès retentissant. En parallèle à ses travaux de fiction, il tient à partir de 1892 un journal pour lequel il n'a aucune ambition de publication et qui pourtant restera son oeuvre majeure. Épris d'absolu, ulcéré par la bêtise de son époque et la mesquinerie de ses contemporains, Léon Bloy fit partie de cette génération d'auteurs qui, comme Huysmans, ont repris sur le tard la voie du catholicisme pour satisfaire un besoin de transcendance. Il est, à l'image de son roman éponyme Le Désespéré, mais aussi le révolté chronique, le pourfendeur de la sottise bourgeoise qu'il éreinte à longueur de pages. Son journal révèle un auteur à la plume virtuose mais trempée dans l'acide, un homme emporté et intransigeant, volontiers misanthrope, brillant mais condamné à la solitude. Il traque les faux-semblants, maltraite l'hypocrisie, décortique (dans "l'exégèse des lieux communs") les ressorts du discours convenu d'un monde qui se complait dans son étroitesse d'esprit. Le Journal de Léon Bloy est une quête de sens effrénée, emplie d'un humour cruel et d'un grand sens poétique. --Lenaïc Gravis et Jocelyn Blériot