Le présent recueil est une suite de pensées, apparemment sans linéarité, cependant suivant une trame que le cœur reconnaîtra.
A chaque fois que j'ouvre un Christian Bobin, je nettoie mon être de lourdeurs inutiles et retrouve la légèreté divine qui nous définit, le plaisir de vivre, ici et maintenant, ma condition humaine.
Au départ, je voulais vous donner quelques citations que j'aime pour vous donner la musicalité générale de cette symphonie du Verbe, seulement il m'aurait fallu recopier le livre dans son entier ! Ressusciter...
Ressusciter est une succession de petites pensées qui m'ont longtemps accompagnées et qui m'accompagnent toujours. Il est l'un de mes livres préférés et je ne me lasserai jamais de le faire partager.
Il y a beaucoup de poésie, une infinie tendresse et une vision du monde peu commune dans l'écriture de Bobin.
Une vision qui, sans craintes, nous fait découvrir les fines frontières qui existent entre la vie et la mort...
Un roman magnifique, sensible et pur, que je ne me lasse pas de lire et de relire...
Ce livre ne me semble pas le meilleur de Bobin , tant il est fait de petites séquences , de pensées , de parcelles de sagesse , par exemple celle-ci : "Il y a une étoile mise dans le ciel pour chacun de nous , assez éloignée pour que nos erreurs ne viennent jamais la ternir ."
Rien que quelques lignes de cette eau sauvent le bouquin et me laissent admiratif devant tant de simplicité dans la sagesse ou tant de sagesse dans la simplicité . Mais enfin , même un livre de Bobin moyen est mille fois meilleur que les oeuvrettes de certaines et certains que je ne nommerai pas disons par charité !
Le jour de l'enterrement de sa mère, C. a été piquée par une abeille. Il y avait beaucoup de monde dans la cour de la maison familiale. J'ai vu C. dans l'infini de ses quatre ans, être d'abord surprise par la douleur de la piqûre puis, juste avant de pleurer, chercher avidement des yeux, parmi tous ceux qui étaient là, celle qui la consolait depuis toujours, et arrêter brutalement cette recherche, ayant soudain tout compris de l'absence et de la mort. Cette scène, qui n'a duré que quelques secondes, est la plus poignante que j'aie jamais vue. Il y a une heure où, pour chacun de nous, la connaissance inconsolable entre dans notre âme et la déchire. C'est dans la lumière de cette heure-là, qu'elle soit déjà venue ou non, que nous devrions tous nous parler, nous aimer et même le plus possible rire ensemble.
J'ai trouvé Dieu dans les flaques d'eau, dans le parfum du chèvrefeuille, dans la pureté de certains livres et même chez des athées. Je ne l’ai presque jamais trouvé chez ceux dont le métier est d’en parler.
On ne peut bien voir qu'à condition de ne pas chercher son intérêt dans ce qu'on voit.
Tout doit trouver sa place sur terre, même la noirceur du coeur humain.
Tous ceux que je rencontre me font de la peine. Je vois une ombre - un chagrin, une absence, un manque - traverser leurs yeux même quand ils rient, comme un petit lézard qui se faufilerait entre deux pierres, tremblant d'être aperçu. Et moi je suis pareil à eux. Mon cœur bat dans le noir. La vie s'attriste de ne pouvoir nous atteindre que rarement.
Il n'y a pas de plus grand malheur sur cette terre que de n'y trouver personne à qui parler et nos bavardages,loin de remédier à ce silence,ne font la plupart du temps que l'alourdir.(p39)