L'écrivain est comme un médium dont le rôle (à travers le langage) est de rendre compte de la complexité du monde dans lequel il vit, et d'essayer de permettre sa lecture…
Dès lors, les nouvelles qui sont dans ce recueil s'y prêtent tout naturellement : à la fois fantastiques et philosophiques et débordant de thèmes qui sont chers à l'écrivain argentin.
La dimension politique et sociale est à peu près totalement absente de son œuvre, y compris dans ce livre.
Bien au contraire,
Borges évoque, ici, sa soif inextinguible de savoir.
Cette quête se trouve dans la nouvelle intitulée «
La bibliothèque de Babel », où il évoque une bibliothèque où sont conservés les livres de tous les temps et de tous les pays.
C'est là l'expression d'un désir absolu de connaissance, d'une recherche de la globalité qui se trouve confirmée dans l'idée de l'existence du livre des livres, synthèse de la totalité des livres. Cet engouement prend symboliquement corps dans un mythe qui lui est propre, celui de l'univers-bibliothèque.
Mais, cette soif d'unité et de savoir n'est pas sans peine !
Une autre image est fréquemment utilisée par
Borges pour rendre compte des difficultés qui découlent de cette recherche : c'est celle du labyrinthe.
On retrouve ce thème là dans « Les Ruines circulaires » et « le Jardin aux sentiers qui bifurquent ». le concept symbolise un espace fermé et indéchiffrable qui contient la destinée humaine, le labyrinthe révèle au lecteur la complexité du monde sur laquelle bute inexorablement la connaissance (dès lors, et comme nous l'avons dit plus haut,
Borges conçoit l'écrivain comme appelé à tenter de rendre compte de cet univers complexe, à essayer de permettre sa lecture).
Le problème du Temps, revers de l'éternité, revêt également une grande importance dans ce recueil : on retrouve ce thème, par exemple, dans « l'Approche d'Almotassim » et « le Miracle secret ».
Enfin, « Tlön Uqbar, Orbis Tertius » est une nouvelle particulièrement frappante qui est à souligner : si le langage est le miroir du monde. Pour
Borges, il en est tout autre chose : le langage se doit être au-delà, il doit déborder le réel. Ici, ce n'est pas le réel qui exerce une influence sur le langage mais l'inverse : c'est parce que
Borges parle d'un pays, que celui-ci se met à exister ! le langage crée la fiction :
Borges ne narre pas le monde tel qu'il est, mais le recréer, et c'est à l'intersection de ce remaniement que se niche la fiction.