> Julie Bouvard (Traducteur)

ISBN : 9782882502384
Éditeur : Noir sur blanc (2010)


Note moyenne : 4.1/5 (sur 10 notes) Ajouter à mes livres

Paris, rue des Thermopyles. Dans un squat d'émigrés, sur le lit défait d'une pièce glacée, un homme écrit à même son drap. Il convoque fébrilement sa mémoire pour recréer sa terre d'origine : la Russie. C... > voir plus
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Critiques et avis(5)

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    • Livres 4.00/5
    Par nadejda, le 26 novembre 2011

    nadejda
    Ce premier livre de Dmitri Bortnikov paru en Russie en 2003 porte en germe le Repas des morts son dernier livre écrit, lui, directement en français. D'une facture classique, il marque tout autant que le cri jaillissant du second.
    Confronté très tôt à la violence et la beauté tragique de la vie, Fritz est un enfant trop gros qui souffre de son surpoids, une enfance dure, marquée par l'affrontement avec son père,
    «Nous avons eu notre période d'amour, mon père et moi. Extrêmement brève. Comment aurait-il pu en être autrement ? La période de la haine est dense ; celle de l'indifférence, infinie.»
    Enfance adoucie par l'amour de son Arrière-grand-mère aveugle
    « de tous les êtres vivants, je n'aimais que mon arrière-grand-mère. Elle était aveugle.
Un jour que mon grand-père s'était, à son habitude, métamorphosé en démon, il avait jailli dans la cour, un couteau à la main. Il cherchait sa femme.
L'écume aux lèvres, il a fait irruption chez Arrière-grand-maman. Elle est restée de marbre. Elle ressemblait à un doux bouquet de fleurs sèches.
Je l'ai enlacée, sans doute pour la protéger.»
    Années d'initiation d'un enfant qui malgré les humiliations et la souffrance aime la vie à la folie. Années ponctuées de moments marquants comme ceux qu'il passe à l'hôpital, où il accompagne souvent sa mère qui y travaille comme sage-femme. Il y assiste à la naissance d'un enfant 
«Il y a eu un calme absolu. Il ne m'a pas surpris. Je savais qu'il annonçait l'enfant. Avant, quand, l'oreille collée à la porte, je l'entendais arriver ce calme-là, une violente émotion me nouait le ventre. Et voilà que j'y assistais ! L'événement se déroulait sous mes yeux, dans ses moindres détails ! Je fixais la montagne hurlante au trou béant... le hurlement paraissait jaillir de ce trou même.
    (...) Une journée unique, inoubliable.... Ma vie entière avait été absorbée par la lumière de cette journée.
    Oui et finalement les deux livres de Bortnikov que je viens de lire traduisent avec des accents différents le cri et la douleur qui accompagne la beauté mystérieuse et violente de la naissance et de toute une vie.
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    • Livres 3.00/5
    Par Aldus, le 30 mars 2011

    Aldus
    Un coup de coeur qui n'est pas numérique mais je ne résiste pas au plaisir de vous conseiller la lecture du "Syndrome de Fritz" de Dmitri Bortnikov qui est paru il y a une dizaine de jours aux Editions Noir sur Blanc. Sorti tardivement, un article "Genet des neiges" de Philippe Chevillez dans Les Echos seulement pour l'instant, mais nul doute que d'autres vont suivre. Né à Samara en 1968, Dmitri Bortnikov est l'une des voix les plus talentueuses de la littérature russe contemporaine. Il a été tour à tour cuisinier, aide-soignant dans une maternité, professeur de danse et légionnaire. Il vit en France depuis plusieurs années. le "Syndrome de Fritz" est son premier roman, paru en 2002 en Russie; il avait alors reçu le Booker Prize russe, ainsi que le Prix du best-seller national. Deux romans étaient sortis en France notamment "Svinobourg" au Seuil (2005) avant que nous ayons enfin l'occasion aujourd'hui de découvrir ce premier roman qui l'avait lancé et l'on comprend pourquoi! Une énergie incroyable, entre le vécu du personnage dans les squats clandestins de Paris et les steppes russes parmi les soldats sur les fronts de guerre ("vous pouvez pas contrôler ce que vous allez vomir" voir l'entretien ci-dessous), mais aussi la poésie et l'humour qui se dégagent constamment au détour des descriptions les plus noires. Un style aussi, il y a du Céline, du Selby, du Vollmann chez cet écrivain-là, assurément. A signaler l'excellente traduction avec un choix des mots extrêmement juste, la force du livre est intacte. Je ne suis pas forcément très doué comme critique, ma dernière en date, l'année passée pour "2666" de Roberto Bolanõ. D'autres le feront bien mieux que moi (je ne manquerais pas de relayer). Mais c'est pour moi l'un des meilleurs livres de cette rentrée littéraire, en tout cas l'un de ceux qui restera, vous verrez; Bortnikov, retenez-bien, parmi les très grands. A signaler que la traduction a reçu la le prix de la meilleure traduction russe de l'année!
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    • Livres 5.00/5
    Par Madamedub, le 26 janvier 2012

    Madamedub
    Dimitri Bortnikov est un immigré russe qui vit à présent à Paris. « le syndrome Fritz » narre les souvenirs d'un clandestin. Malade, cloué au lit, il divague, se rappelle et interpelle ses souvenirs, retrace le parcours d'une vie multiple, dense et dure. Un parcours chaotique, mais riche, vivant, écorché, passionné…
    Fritz est un enfant seul et taciturne. Obèse, moqué, il prend la manie de devenir le « Bouffon », se cacher derrière un personnage grotesque pour pallier aux moqueries de son grand-père alcoolique ou au violences de son père qui le méprise. Ironie de la vie, la seule à l'aimer profondément est une vieille grand-mère aveugle. Repoussé par les siens qu'il fuie, Fritz se lie à des figures de marginaux, une jeune fille à la main difforme ou encore un déserteur à qui il souhaiterait tant ressembler. Plus que jamais la maison, son foyer, lui apparaît comme hétérogène.
    Enfant dépressif, lunaire, il arpente sa solitude comme un fantôme. La campagne froide et austère qu'il habite semble à son tour l'habiter, le hanter. Il décrit « quand j'étais môme, on jouait au cadavre, on se couchait sur l'eau et on se laissait porter par le courant. Aujourd'hui, rien n'a changé. La même rivière m'emporte. Celle qui n'a pas de nom« .
    L'écriture de cette partie dédiée à sa jeunesse est poétique, douce, fragile comme l'enfance chétive de l'enfant gras qu'il est; en contraste et en équilibre. Morose, il écrit « A la brune, lorsque tout est silence méditatif / Je tresse des couronnes de lunes d'eau« .
    Mais en grandissant, l'enfant gras et malmené se déleste de ses kilos. Il quitte l'étouffante vie familiale, pour un monde plus brutal, mais plus franc, celui de l'armée et de l'extrême orient russe. L'écriture se métamorphose elle aussi, comme sa seconde peau, elle mue à son tour. Plus dense, moins poétique, plus violente, moins morbide, elle s'accroche à la passion, la douleur, la rage de survivre d'une jeunesse farouche et avide: « La tragédie rien à foutre! On était trop jeunes et trop affamés pour elle. Nous on voulait vivre. C'était ça, ce que clamaient nos veines tranchées, nos mâchoires éclatées, nos furoncles sanguinolents. On suppliciait nos corps parce qu'on crevait la dalle de vivre, la nuit surtout. Et quand on perdait la boule, personne n'y croyait ».
    Véritable volonté de puissance, force d'affirmation, la dernière partie tranche avec la précédente par son positionnement et son style. C'est là la force de l'écriture de Bortnikov, qui s'adapte avec talent aux exigences de la narration et à l'évolution du récit. Seule note négative, la fin, qui, originalement peut être, ne boucle pas le récit.
    Un livre excellent, dont la force de l'écriture plaira à beaucoup d'amateur de la puissance de la littérature russe.


    Lien : http://madamedub.com/WordPresse3/
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    • Livres 5.00/5
    Par Katherine, le 09 mai 2012

    Katherine
    Fritz, 32 ans, vit dans un squat sans électricité surnommé le Territoire, dans la rue Thermopyles à Paris. On est en février, il fait froid, c'est humide. Désespéré depuis le départ précipité de son ami Sergio, le Tchèque, Fritz va écrire. Il se souvient de son enfance dans la steppe russe : « ses terres boudées par l'humanité » (page 71) puis de ses années d'armée.
    Enfant obèse dont le rêve, après avoir vu le Roi Lear à la télévision, est de devenir Bouffon. « Devant le miroir de la salle de bains, j'avais juste envie de gerber. Sur ce gros tas de graisse répugnant que ce foutu miroir me renvoyait en pleine gueule. » (page 77).
    Détesté par son père professeur d'histoire et alcoolique : « Nous avons eu notre période d'amour, mon père et moi. Extrêmement brève. Comment aurait-il pu en être autrement ? La période de la haine est dense ; celle de l'indifférence, infinie. » (page 24). Taquiné par un grand-père antisémite et alcoolique lui aussi qui raconte des histoires sordides ; un peu délaissé par une mère fatiguée par son travail à la maternité ; heureusement aimé par son arrière-grand-mère aveugle : « Légèreté des aveugles. Étrange légèreté des aveugles. » (page 34).
    Peu de moyens de se divertir, les visites à l'oncle Gueorgui à l'abattoir, un livre d'animaux (son animal préféré est la hyène) et un tome de l'Histoire de la Grande Guerre Patriotique qui lui fait aimer les ruines : « Je plane au-dessus des décombres. Au-dessus des rues dévastées, des squelettes des maisons, des cheminées d'usine éventrées. Il n'y a pas âme qui vive dans ces villes. Ces villes russes, biélorusses, polonaises, allemandes, tchèques. […] Ruines. Décombres. Désolation. À l'époque, ce spectacle était pour moi le plus beau et le plus paisible du monde. […]. » (page 37).
    Peu d'amis, Sergueï le Dindon, un enfant épileptique avec qui personne ne veut jouer ; Nadia Patte de Poule, une fillette infirme de la main gauche : « Toute ma vie j'ai éprouvé un vif dégoût pour les infirmes, qui, eux, m'adoraient. […] Ils me savaient un des leurs. Ils flairaient en moi leur propre misère. » (page 58).
    [...]

    Lien : http://laculturesepartage.over-blog.com/article-le-syndrome-de-fritz..
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    • Livres 4.00/5
    Par mayang, le 22 septembre 2011

    mayang
    Contrairement à d'autres commentaires, je ne sais pas si ce roman est autobiographique mais il est certain que l'écriture et la crédibilité de ce récit porte à croire en ce sens. C'est âpre, brutal parfois et sans concession aucune, mais aussi, poétique, sensuel et onirique. On porterait le même regard sur un diamant brut: en apparence un caillou derrière lequel se cache les reflets et les prismes du bijou abouti. Il faut prendre son temps et se laisser bercer par les mots et la magie opère. J'en redemande et vous le recommande.
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Citations et extraits

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  • Par nadejda, le 25 novembre 2011

    Sous le soleil de plomb, la ville n’était plus qu’un mirage de brume. Je marchais le plus possible à l’ombre, enjambant des chiens abrutis de chaleur, carpettes vautrées dans la poussière. Mon corps s’était transformé en une gigantesque motte de beurre grésillant sur une poêle. Sueur et graisse coulaient sur mon visage, me donnant l’air d’un sioux fardé pour me combat.
Je marchais plus d’une heure, suivant la trajectoire du soleil.
Parvenu au péage, je sentais sur ma peau l’haleine brûlante de la steppe. De rares voitures passaient en vrombissant, et la route se remettait à fondre dans la brume suffocante. La steppe, le bois et le chemin de fer : les trois étapes de ma traversée. p 69
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  • Par nadejda, le 25 novembre 2011

    Campé au milieu de nulle part, il me fixait, souriante solitude.
    Nos deux regards enlacés. Nous nous mouvions au rythme d'une danse immobile. Longtemps, nous sommes restés ainsi, envoûtés, et la couleur de nos yeux s'est fondue en une.
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  • Par Katherine, le 07 mars 2011

    Je plane au-dessus des décombres. Au-dessus des rues dévastées, des squelettes des maisons, des cheminées d'usine éventrées. Il n'y a pas âme qui vive dans ces villes. Ces villes russes, biélorusses, polonaises, allemandes, tchèques. […] Ruines. Décombres. Désolation. À l'époque, ce spectacle était pour moi le plus beau et le plus paisible du monde. […].
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  • Par nadejda, le 25 novembre 2011

    Rien de plus extrême que le quotidien.
    Un beau matin , on se réveille et on voit que la vie est finie. p 19
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  • Par Katherine, le 07 mars 2011

    Nous avons eu notre période d'amour, mon père et moi. Extrêmement brève. Comment aurait-il pu en être autrement ? La période de la haine est dense ; celle de l'indifférence, infinie.
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