Note moyenne : 3.21/5 (sur 29 notes)
Rapport sur moi - Prix de Flore 20023Ajouter à mes livres
"L'histoire se répète de manière caricaturale", écrit Grégoire Bouillier. Si la phrase est presque un adage, elle est, pour l'auteur de Rapport sur moi, une réalité quasi mathématique. Sa vie semble en effet s'organiser autou... > voir plus
Des phrases interpellantes et une écriture alerte m'ont emmenée d'un bout à l'autre de ce livre en un seul souffle. Souffle et non respiration car l'univers et les sentiments décrits me sont inconnus. Ce "Rapport sur moi" appartient à Grégoire Bouillier et ses particularités nous parlent, voire nous choquent. Tout au long de cette lecture où les "Choses de cette vie" sont dites froidement et sobrement, des références psychanalytiques sont présentes, il pourrait constituer une référence d'analyse. A chaque fois, entre enfance et âge adulte, la boucle est bouclée. Tout se joue dès notre âge le plus tendre. Quelle responsabilité ont les parents, les adultes et la société (école, etc...)! Tout au long de cet écrit, une famille se déchire, se malmène,... s'aime. Tous ont un problème de mal être et le héros n'y échappe que par sa conscience des faits. Premier roman dit de "nouvelle génération", cette histoire me semble être une histoire parmi tant d'autres. Comment se sent-on à la sortie de cette lecture? Tout dépend de notre vécu.
Un roman faussement innocent et anodin. le personnage principal nous raconte d'abord son enfance, entre des parents "très libérés sexuellement", une mère dépressive, un père infidèle, des grands-parents "prolétaires" et un frère énigmatique. Un va et vient entre ses histoires d'amour, d'abord "de raison" puis passionnelles et dévastatrices. Une période SDF et des choix professionnels par défaut. Ce roman commence "comme si de rien n'était ou presque" et se révèle très intense et témoigne d'une vie bouleversée.
Le psychiatre rédige une ordonnance, qu’il tend à mon père. Puis il cherche des yeux son manteau en poils de chameau. C’est alors que son regard tombe sur moi. Il me fixe et, pour la première fois de ma vie, j’ai l’impression que quelque un me voit. Son regard me dit que j’existe. J’ai cessé d’être transparent. Tout à coup j’ai un corps. Une âme. Il m’a vu. Il a vu. Il a compris. Il sait. Il va le leur dire. Il va leur dire que ça suffit les horreurs. Peut-être même va-t-il m’emmener tout à l’heure avec lui, le temps que les choses s’arrangent à la maison, et c’en sera fini pour moi d’être une serpillière posée dans un coin.
On crut que je ne passerais pas une journée de plus lorsque je condescendis à absorber le lait d'une chèvre que l'on avait trouvée presque par hasard dans les environs de la maternité. C'est à cet animal à la réputation de sale caractère que je dois d'avoir survécu.