ISBN : 2743621788
Éditeur : Payot et Rivages (2011)


Note moyenne : 3.88/5 (sur 8 notes) Ajouter à mes livres
Michel Boujut a grandi entre deux drames familiaux, insérés dans la tragédie collective des deux guerres mondiales. Le premier, celui de son grand-père Maurice, fauché à l’âge de 26 ans le 19 septembre 1914. Et le second, celui de son père Pierre, prisonnier dans un sta... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Madamedub, le 09 avril 2012

    Madamedub
    Mai 1961. Trois ans après le retour au pouvoir du Général de Gaulle. Sept ans avant des évènements de 68 qui allaient précipiter sa chute. Un jeune homme, issu d'une famille socialiste des Charentes, effectue sa préparation militaire. Il doit être envoyé en Algérie. 72 heures de permission avant le départ. Une décision : il n'ira pas. Une nouvelle à la Une de tous les journaux : Gary Cooper est mort. le destin d'un jeune homme, l'héritage de plusieurs époques et les cinémas du Quartier Latin. Surtout. Aujourd'hui, Michel Boujut est critique de cinéma depuis quatre décennies. Peut-être aurait-il pu s'éteindre en Kabylie il y a un demi-siècle ? L'histoire d'une (re)naissance, voilà ce qui nous est conté. Et bien conté.
    Roman d'éducation, roman de cinéma, roman historique, roman politique aux contours familiaux et intimes, roman d'une époque où la Bohème surréaliste égrenait ses derniers moments de gloire dans le 6ème arrondissement, roman d'une époque où jeunes citoyens engagés et intellectuels pouvaient encore se croiser sans le prisme d'un écran de télévision, Le Jour où Gary Cooper est mort part, a priori, avec de nombreux handicaps : c'est une autobiographie, avec tous les risques que cela comporte d'autant plus lorsque l'on touche à des sujets « politiques » (manque de décentration, tentation de refaire son Histoire à la sauce “chevalier blanc”), ainsi que le roman d'une époque, d'un refus, d'un antimilitarisme franc, assumé et jusqu'au-boutiste. Par-dessus le marché, conter l'éveil et l'émerveillement face à l'art, sa découverte et les chemins de traverse qu'il fait prendre à notre esprit pouvait être le prétexte à toutes les nostalgies, toutes les emphases, toutes les niaiseries que l'on aurait été en droit d'attendre si Michel Boujut avait été un vieux barbon persuadé d'entreprendre un projet littéraire par le pire des conseillers : l'âge.
    Vous l'aurez compris, à quelques rares exceptions près, le critique devenu auteur évite bien des embûches, malgré un dommageable fléchissement dans les derniers chapitres du livre, où la plume délaisse le récit au profit de la nostalgie et de l'admiration de quelques autres courageux déserteurs ou encore pour le rappel absolument inutile de la poursuite de l'engagement antimilitariste et de son refus de l'ignominie algérienne aujourd'hui encore. Qui en douterait ? A quoi bon rompre la dynamique de l'ouvrage pour conter cet ultime fait d'armes ? Heureusement, à l'exception des chapitres 36 et 38 donc, ainsi que de quelques facilités d'écritures et/ou artifices littéraires un peu trop voyants qui empêchent la saine cohabitation de l'histoire et de l'Histoire, Michel Boujut trouve un touchant et brillant équilibre construit sur trois vertus. Deux vertus jumelles de l'éclatement, une vertu de la cohérence :
    1) Une narration éclatée. le roman prend parfois des allures de récit de voyage tant l'enchaînement des chapitres, des rencontres, des films visionnés ne semble répondre qu'à une logique propre à l'auteur et dans laquelle le lecteur reste ballotté, mais avec plaisir. Ne sachant jamais si le chapitre suivant va être à dominante politique, familiale, cinématographique, culturelle, romantique (à une seule occasion, mais quelle occasion !), où tout simplement chronologique face à l'action, navigant dans un nouveau monde dont il explore de nouvelles contrées à chaque page, le lecteur se retrouve à la confluence d'un patchwork dont toutes les morceaux de tissus s'agrègent sur une toile de fond que, par le truchement d'un jeu de mots facile, on appellera toile de cinéma : tous figurants dans cette grande aventure où seule l'enfance de l'art sort véritablement grandie… On pourrait conseiller Le Jour où Gary Cooper est mort à un ami féru de cinéma, mais aussi à un autre féru de politique, à un autre féru de drames, etc.
    2) Un personnage éclaté. Il est remarquable, qu'à part aux rares exceptions susmentionnées, que l'auteur/personnage principal ait réussi à donner au lecteur l'impression que rien n'est prémédité dans son comportement. Histoire de vrais/faux hasards où la cuisine – la préparation des évènements, fuites, décisions – nous est toujours soigneusement cachée, le personnage principal semble errer dans un décor aussi réel qu'évanescent dans lequel il évolue non pas par lui-même, mais par l'Autre, qu'il soit humain ou écran. S'en suit une curieuse impression de picaresque dans une œuvre dont la sincérité n'exclut jamais (ou presque) la légèreté. On pourrait conseiller Le Jour où Gary Cooper est mort à un ami partant en villégiature à la plage.
    3) Un amour fou du cinéma. le plus grand tour de force du roman reste, finalement, de déclarer dans un roman l'amour pour un art sans tomber dans le piège du catalogue, de l'emphase, etc. ; distillant avec sagacité des réflexions que tout cinéphile –ne serait-ce qu'occasionnel – ne peut que s'être faites (ou du moins posées), l'auteur reste néanmoins dans la posture du découvreur, du complice, et jamais du professeur. On en oublie qu'il s'agit d'un livre écrit par un éminent critique tant ce dernier pourrait être notre voisin de salle obscure… On ne pourrait que conseiller Le Jour où Gary Cooper est mort à un ami cinéphile, bien évidemment (vous aurez compris que cela est le cas de l'auteur de ces quelques lignes)
    En effet – et pour conclure – tous les éléments symboliques de l'acte cinématographique du point de vue du spectateur écument les pages de ce livre aussi sérieux qu'en apesanteur : la place accordée à l'obscurité, ce moment magique où la lumière se tamise jusqu'à être engloutie par les premières lueurs du projecteur et images de la pellicule ; la corrélation cinéma/clandestinité qui fait de la salle et du film le plaisir le plus secret, intime et personnel qui soit ; mais surtout, ces quelques lignes, distillées ça et là qui décrivent parfaitement cet état extatique dans lequel vous laisse un « grand » film – non pas par sa réputation, mais par l'émotion qu'il vous transmet ; cet état végétatif, de vide, de rêve éveillé dans lequel vous déambulez dans un Paris désert même en heure de pointe ; cet état et ce monde extérieur dans lequel les automobiles glissent et les piétons se figent, dans lequel les arbres se penchent sur votre passage et les gouttes s'arrêtent devant votre visage : cet état dans lequel tout, mais alors tout est possible lorsque la communion emmène le spectateur comme le film vers des réflexions et des ressentis dont l'un, comme l'autre, sortiront grandis. Rien que pour cela : bravo. Et bonne lecture à vous.
    T.M.

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    Par Madamedub, le 09 avril 2012

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    Mai 1961. Trois ans après le retour au pouvoir du Général de Gaulle. Sept ans avant des évènements de 68 qui allaient précipiter sa chute. Un jeune homme, issu d'une famille socialiste des Charentes, effectue sa préparation militaire. Il doit être envoyé en Algérie. 72 heures de permission avant le départ. Une décision : il n'ira pas. Une nouvelle à la Une de tous les journaux : Gary Cooper est mort. le destin d'un jeune homme, l'héritage de plusieurs époques et les cinémas du Quartier Latin. Surtout. Aujourd'hui, Michel Boujut est critique de cinéma depuis quatre décennies. Peut-être aurait-il pu s'éteindre en Kabylie il y a un demi-siècle ? L'histoire d'une (re)naissance, voilà ce qui nous est conté. Et bien conté.
    Roman d'éducation, roman de cinéma, roman historique, roman politique aux contours familiaux et intimes, roman d'une époque où la Bohème surréaliste égrenait ses derniers moments de gloire dans le 6ème arrondissement, roman d'une époque où jeunes citoyens engagés et intellectuels pouvaient encore se croiser sans le prisme d'un écran de télévision, Le Jour où Gary Cooper est mort part, a priori, avec de nombreux handicaps : c'est une autobiographie, avec tous les risques que cela comporte d'autant plus lorsque l'on touche à des sujets « politiques » (manque de décentration, tentation de refaire son Histoire à la sauce “chevalier blanc”), ainsi que le roman d'une époque, d'un refus, d'un antimilitarisme franc, assumé et jusqu'au-boutiste. Par-dessus le marché, conter l'éveil et l'émerveillement face à l'art, sa découverte et les chemins de traverse qu'il fait prendre à notre esprit pouvait être le prétexte à toutes les nostalgies, toutes les emphases, toutes les niaiseries que l'on aurait été en droit d'attendre si Michel Boujut avait été un vieux barbon persuadé d'entreprendre un projet littéraire par le pire des conseillers : l'âge.
    Vous l'aurez compris, à quelques rares exceptions près, le critique devenu auteur évite bien des embûches, malgré un dommageable fléchissement dans les derniers chapitres du livre, où la plume délaisse le récit au profit de la nostalgie et de l'admiration de quelques autres courageux déserteurs ou encore pour le rappel absolument inutile de la poursuite de l'engagement antimilitariste et de son refus de l'ignominie algérienne aujourd'hui encore. Qui en douterait ? A quoi bon rompre la dynamique de l'ouvrage pour conter cet ultime fait d'armes ? Heureusement, à l'exception des chapitres 36 et 38 donc, ainsi que de quelques facilités d'écritures et/ou artifices littéraires un peu trop voyants qui empêchent la saine cohabitation de l'histoire et de l'Histoire, Michel Boujut trouve un touchant et brillant équilibre construit sur trois vertus. Deux vertus jumelles de l'éclatement, une vertu de la cohérence :
    1) Une narration éclatée. le roman prend parfois des allures de récit de voyage tant l'enchaînement des chapitres, des rencontres, des films visionnés ne semble répondre qu'à une logique propre à l'auteur et dans laquelle le lecteur reste ballotté, mais avec plaisir. Ne sachant jamais si le chapitre suivant va être à dominante politique, familiale, cinématographique, culturelle, romantique (à une seule occasion, mais quelle occasion !), où tout simplement chronologique face à l'action, navigant dans un nouveau monde dont il explore de nouvelles contrées à chaque page, le lecteur se retrouve à la confluence d'un patchwork dont toutes les morceaux de tissus s'agrègent sur une toile de fond que, par le truchement d'un jeu de mots facile, on appellera toile de cinéma : tous figurants dans cette grande aventure où seule l'enfance de l'art sort véritablement grandie… On pourrait conseiller Le Jour où Gary Cooper est mort à un ami féru de cinéma, mais aussi à un autre féru de politique, à un autre féru de drames, etc.
    2) Un personnage éclaté. Il est remarquable, qu'à part aux rares exceptions susmentionnées, que l'auteur/personnage principal ait réussi à donner au lecteur l'impression que rien n'est prémédité dans son comportement. Histoire de vrais/faux hasards où la cuisine – la préparation des évènements, fuites, décisions – nous est toujours soigneusement cachée, le personnage principal semble errer dans un décor aussi réel qu'évanescent dans lequel il évolue non pas par lui-même, mais par l'Autre, qu'il soit humain ou écran. S'en suit une curieuse impression de picaresque dans une œuvre dont la sincérité n'exclut jamais (ou presque) la légèreté. On pourrait conseiller Le Jour où Gary Cooper est mort à un ami partant en villégiature à la plage.
    3) Un amour fou du cinéma. le plus grand tour de force du roman reste, finalement, de déclarer dans un roman l'amour pour un art sans tomber dans le piège du catalogue, de l'emphase, etc. ; distillant avec sagacité des réflexions que tout cinéphile –ne serait-ce qu'occasionnel – ne peut que s'être faites (ou du moins posées), l'auteur reste néanmoins dans la posture du découvreur, du complice, et jamais du professeur. On en oublie qu'il s'agit d'un livre écrit par un éminent critique tant ce dernier pourrait être notre voisin de salle obscure… On ne pourrait que conseiller Le Jour où Gary Cooper est mort à un ami cinéphile, bien évidemment (vous aurez compris que cela est le cas de l'auteur de ces quelques lignes)
    En effet – et pour conclure – tous les éléments symboliques de l'acte cinématographique du point de vue du spectateur écument les pages de ce livre aussi sérieux qu'en apesanteur : la place accordée à l'obscurité, ce moment magique où la lumière se tamise jusqu'à être engloutie par les premières lueurs du projecteur et images de la pellicule ; la corrélation cinéma/clandestinité qui fait de la salle et du film le plaisir le plus secret, intime et personnel qui soit ; mais surtout, ces quelques lignes, distillées ça et là qui décrivent parfaitement cet état extatique dans lequel vous laisse un « grand » film – non pas par sa réputation, mais par l'émotion qu'il vous transmet ; cet état végétatif, de vide, de rêve éveillé dans lequel vous déambulez dans un Paris désert même en heure de pointe ; cet état et ce monde extérieur dans lequel les automobiles glissent et les piétons se figent, dans lequel les arbres se penchent sur votre passage et les gouttes s'arrêtent devant votre visage : cet état dans lequel tout, mais alors tout est possible lorsque la communion emmène le spectateur comme le film vers des réflexions et des ressentis dont l'un, comme l'autre, sortiront grandis. Rien que pour cela : bravo. Et bonne lecture à vous.
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    Madamedub
    Mai 1961. Trois ans après le retour au pouvoir du Général de Gaulle. Sept ans avant des évènements de 68 qui allaient précipiter sa chute. Un jeune homme, issu d'une famille socialiste des Charentes, effectue sa préparation militaire. Il doit être envoyé en Algérie. 72 heures de permission avant le départ. Une décision : il n'ira pas. Une nouvelle à la Une de tous les journaux : Gary Cooper est mort. le destin d'un jeune homme, l'héritage de plusieurs époques et les cinémas du Quartier Latin. Surtout. Aujourd'hui, Michel Boujut est critique de cinéma depuis quatre décennies. Peut-être aurait-il pu s'éteindre en Kabylie il y a un demi-siècle ? L'histoire d'une (re)naissance, voilà ce qui nous est conté. Et bien conté.
    Roman d'éducation, roman de cinéma, roman historique, roman politique aux contours familiaux et intimes, roman d'une époque où la Bohème surréaliste égrenait ses derniers moments de gloire dans le 6ème arrondissement, roman d'une époque où jeunes citoyens engagés et intellectuels pouvaient encore se croiser sans le prisme d'un écran de télévision, Le Jour où Gary Cooper est mort part, a priori, avec de nombreux handicaps : c'est une autobiographie, avec tous les risques que cela comporte d'autant plus lorsque l'on touche à des sujets « politiques » (manque de décentration, tentation de refaire son Histoire à la sauce “chevalier blanc”), ainsi que le roman d'une époque, d'un refus, d'un antimilitarisme franc, assumé et jusqu'au-boutiste. Par-dessus le marché, conter l'éveil et l'émerveillement face à l'art, sa découverte et les chemins de traverse qu'il fait prendre à notre esprit pouvait être le prétexte à toutes les nostalgies, toutes les emphases, toutes les niaiseries que l'on aurait été en droit d'attendre si Michel Boujut avait été un vieux barbon persuadé d'entreprendre un projet littéraire par le pire des conseillers : l'âge.
    Vous l'aurez compris, à quelques rares exceptions près, le critique devenu auteur évite bien des embûches, malgré un dommageable fléchissement dans les derniers chapitres du livre, où la plume délaisse le récit au profit de la nostalgie et de l'admiration de quelques autres courageux déserteurs ou encore pour le rappel absolument inutile de la poursuite de l'engagement antimilitariste et de son refus de l'ignominie algérienne aujourd'hui encore. Qui en douterait ? A quoi bon rompre la dynamique de l'ouvrage pour conter cet ultime fait d'armes ? Heureusement, à l'exception des chapitres 36 et 38 donc, ainsi que de quelques facilités d'écritures et/ou artifices littéraires un peu trop voyants qui empêchent la saine cohabitation de l'histoire et de l'Histoire, Michel Boujut trouve un touchant et brillant équilibre construit sur trois vertus. Deux vertus jumelles de l'éclatement, une vertu de la cohérence :
    1) Une narration éclatée. le roman prend parfois des allures de récit de voyage tant l'enchaînement des chapitres, des rencontres, des films visionnés ne semble répondre qu'à une logique propre à l'auteur et dans laquelle le lecteur reste ballotté, mais avec plaisir. Ne sachant jamais si le chapitre suivant va être à dominante politique, familiale, cinématographique, culturelle, romantique (à une seule occasion, mais quelle occasion !), où tout simplement chronologique face à l'action, navigant dans un nouveau monde dont il explore de nouvelles contrées à chaque page, le lecteur se retrouve à la confluence d'un patchwork dont toutes les morceaux de tissus s'agrègent sur une toile de fond que, par le truchement d'un jeu de mots facile, on appellera toile de cinéma : tous figurants dans cette grande aventure où seule l'enfance de l'art sort véritablement grandie… On pourrait conseiller Le Jour où Gary Cooper est mort à un ami féru de cinéma, mais aussi à un autre féru de politique, à un autre féru de drames, etc.
    2) Un personnage éclaté. Il est remarquable, qu'à part aux rares exceptions susmentionnées, que l'auteur/personnage principal ait réussi à donner au lecteur l'impression que rien n'est prémédité dans son comportement. Histoire de vrais/faux hasards où la cuisine – la préparation des évènements, fuites, décisions – nous est toujours soigneusement cachée, le personnage principal semble errer dans un décor aussi réel qu'évanescent dans lequel il évolue non pas par lui-même, mais par l'Autre, qu'il soit humain ou écran. S'en suit une curieuse impression de picaresque dans une œuvre dont la sincérité n'exclut jamais (ou presque) la légèreté. On pourrait conseiller Le Jour où Gary Cooper est mort à un ami partant en villégiature à la plage.
    3) Un amour fou du cinéma. le plus grand tour de force du roman reste, finalement, de déclarer dans un roman l'amour pour un art sans tomber dans le piège du catalogue, de l'emphase, etc. ; distillant avec sagacité des réflexions que tout cinéphile –ne serait-ce qu'occasionnel – ne peut que s'être faites (ou du moins posées), l'auteur reste néanmoins dans la posture du découvreur, du complice, et jamais du professeur. On en oublie qu'il s'agit d'un livre écrit par un éminent critique tant ce dernier pourrait être notre voisin de salle obscure… On ne pourrait que conseiller Le Jour où Gary Cooper est mort à un ami cinéphile, bien évidemment (vous aurez compris que cela est le cas de l'auteur de ces quelques lignes)
    En effet – et pour conclure – tous les éléments symboliques de l'acte cinématographique du point de vue du spectateur écument les pages de ce livre aussi sérieux qu'en apesanteur : la place accordée à l'obscurité, ce moment magique où la lumière se tamise jusqu'à être engloutie par les premières lueurs du projecteur et images de la pellicule ; la corrélation cinéma/clandestinité qui fait de la salle et du film le plaisir le plus secret, intime et personnel qui soit ; mais surtout, ces quelques lignes, distillées ça et là qui décrivent parfaitement cet état extatique dans lequel vous laisse un « grand » film – non pas par sa réputation, mais par l'émotion qu'il vous transmet ; cet état végétatif, de vide, de rêve éveillé dans lequel vous déambulez dans un Paris désert même en heure de pointe ; cet état et ce monde extérieur dans lequel les automobiles glissent et les piétons se figent, dans lequel les arbres se penchent sur votre passage et les gouttes s'arrêtent devant votre visage : cet état dans lequel tout, mais alors tout est possible lorsque la communion emmène le spectateur comme le film vers des réflexions et des ressentis dont l'un, comme l'autre, sortiront grandis. Rien que pour cela : bravo. Et bonne lecture à vous.
    T.M.

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    • Livres 3.00/5
    Par garnakh9, le 18 février 2011

    garnakh9
    Le Jour où Gary Cooper est mort, le jour où le cinema perd une de ses stars, l'armée française perd l'un de ses soldats. Ce soldat qui déserte c'est Michel Boujut, futur écrivain et critique de cinéma qui ne veut pas se battre en Algérie, cette sale guerre, enfin cette guerre tout court à laquelle le jeune charentais ne veut pas participer en hommage à son grand père, mort en 1914, et à son père prisonnier dans un stalag près de 30 ans plus tard.
    Il s'en suit un court récit où l'auteur se remémore les quelques semaines qui ont suivi cette décision qui changera à jamais sa vie. L'époque est encore aux idéaux. L'idée de résistance n'est pas encore une marque déposée. De vrais hommes révoltés sont encore là pour montrer le chemin. Et c'est ce chemin clandestin que va suivre le jeune Boujut où il croisera quelques figures intellectuelles. Un chemin qu'il faut arpenter à l'ombre. Et quoi de mieux qu'une salle de cinéma pour disparaître dans l'obscurité, ne pas éveiller les soupçons policiers et occuper son temps dans l'attente du laissez-passer vers l'Allemagne ou la Suisse, vers la liberté des idées. Paradoxe que cette salle de cinéma à la fois lieu de refuge mais aussi et surtout lieu d'évasion. Car en croyant hypothéquer son avenir au nom de ses idéaux, le jeune Boujut va, au contraire, trouver sa voie dans ces petites salles obscures sans (mega) complexes. Il faut dire que la période est fertile. le bougre a de la chance, les chefs-d'œuvre sont légions : La soif du mal, le bal des maudits, La Dolce vita, les débuts de Cassavetes etc. et des rencontres aussi comme avec cette femme affichant la nuit de chasseur au-dessus de son lit. Comment ne pas aimer le cinéma après ça et comment ne pas vouloir ne plus quitter les salles obscures où règne l'insouciance ?!
    Il est tout de même regrettable que le récit de Boujut reste un peu trop en surface, ne nous plonge pas un peu plus dans cette époque, il y avait là de quoi faire tout un roman. Néanmoins on comprend que l'auteur voulait avant tout conter une fois pour toute son histoire. Dommage simplement qu'il l'ait fait un peu trop vite...
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    • Livres 5.00/5
    Par Onclepaul, le 09 février 2011

    Onclepaul
    « On peut vivre avec ses souvenirs, sans les interroger à tout bout de champ, quand bien même ils ne dorment que d'un œil. Les années de jeunesse repeintes aux couleurs Ripolin, ça ne donne jamais rien de bon. du reste la nostalgie n'est pas mon fort, je n'ai jamais porté ma désertion en bandoulière ». Et voilà, le gros mot est lâché. Désertion ! Etre déserteur en temps de paix, apparemment pour les instances militaires c'est rédhibitoire. Tout juste n'est-on, lorsque l'on quitte l'armée, qu'un réfractaire, un insoumis. Et décider de divorcer avec l'armée alors que le mariage n'a jamais été consenti par les deux parties, que le voyage de noce est programmé, la destination choisie unilatéralement, cela n « engage » guère à continuer, à prolonger un ménage bancal, forcé.
    En ce 13 mai 1961, alors que l'auteur bénéficie de trois jours de permission qu'il passe à Paris, il lit sur une manchette de journal que Gary Cooper vient de décéder. Il fête seul son anniversaire, ses vingt et un ans. Et dans sa tête trotte la lecture d'un livre scandaleux, La Permission de Daniel Anselme. Il a quitté le camp de La Braconne, drôle de nom pour une caserne, situé sur la commune de Brie près d'Angoulême, sa permission en poche. le 2ème classe Michel Boujut n'a jamais apprécié « les humiliations ordinaires de sous-officiers hargneux qui marchent à la bière et au pastis, les insultes et les punitions à répétition ». Il dit au revoir à la Grande Muette et se terre, sur les conseils d'une connaissance, dans les salles de cinéma. Ces bienheureuses salles permanentes dans lesquelles il se gave de films qu'il assimile avec contentement. Car pour lui, visionner un film, ce n'est pas seulement une occasion de passer le temps, c'est un plaisir qu'il déguste depuis sa jeunesse lorsque son père les emmenait lui et sa mère en moto se faire une toile. Mais son dégoût de l'armée, inconsciemment il le possède dans ses gênes. Son grand-père est décédé le 19 septembre 1914, à Auberive, non loin du camp de Mourmelon. Un grand-père abusé par le bourrage de crâne des journaux et les rodomontades revanchardes. Il était parti la fleur au fusil, le fusil ne lui a pas servi à grand-chose, la fleur s'est retrouvée sur sa tombe. le père de Michel Boujut est resté prisonnier dans un stalag durant quatre ans et demi. Comment voulez-vous après ça avoir la fibre militariste ? Paradoxalement le jeune Michel Boujut aime les films de guerre, même si certains sont des contrefaçons de l'histoire, des odes à la colonisation comme Fort Alamo. La colonisation justement, c'est un peu le symbole de la guerre d'Algérie à laquelle il ne veut pas participer. Taper sur des autochtones, les tuer ou se faire tuer, plus peut-être, torturer ou se faire torturer, tout cela pour une idéologie qu'il ne comprend pas. Pour certains le spectre de l'Indochine est présent, chez les officiers surtout qui veulent prendre une revanche. Une revanche sur qui, sur quoi ? Sur de pauvres hères qui désirent leur indépendance, qui refusent le diktat des exploiteurs. le paradoxe des militaires qui boutaient hors de France les Allemands envahisseurs et qui s'agrippaient à un bout de terre de l'autre côté de la Méditerranée.
    Le jeune Michel Boujut bénéficiera de complicité pour passer la frontière belge puis ironie du sort s'expatrier en Allemagne et enfin en Suisse.


    Lien : http://mysterejazz.over-blog.com/
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Citations et extraits

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  • Par nanoucz, le 07 février 2011

    Qu'ai-je retenu de la projection au Bonaparte ? Qu'a-t-elle fait remonter en moi ? Le romantisme des maquis, l'amour fou, la révolte. Tout ce qui me vient du surréalisme, l'école de mon adolescence avec ses mots d'ordre si fiers et foudroyants. Je sais aujourd'hui que le souvenir des films compte au moins autant que les films eux-mêmes, puisque notre relation avec eux est de l'ordre de l'intime. Ils nous regardent, comme nous les regardons. Ils nous prennent par la main et nous consolent, nous accompagnent comme nous les accompagnons. Ils grandissent ou s'éloignent. Mais ils nous appartiennent, ils font partie de notre vie. Jordan et Maria, je les serre toujours contre mon coeur.

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  • Par manoes, le 19 janvier 2011

    Tant que les Mollet et Lacoste dirigeront le parti, un honnête homme, je ne dis même pas un révolutionnaire, un simple honnête homme, ne pourra plus s'associer à leur criminelle hypocrisie. Prends en bonne note.(...) J'ai même attendu trop longtemps pour t'envoyer ma démission. Le parti socialiste est mort, je ne reste pas avec les cadavres. Ca pue.
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  • Par Onclepaul, le 09 février 2011

    On peut vivre avec ses souvenirs, sans les interroger à tout bout de champ, quand bien même ils ne dorment que d’un œil. Les années de jeunesse repeintes aux couleurs Ripolin, ça ne donne jamais rien de bon. Du reste la nostalgie n’est pas mon fort, je n’ai jamais porté ma désertion en bandoulière
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  • Par manoes, le 19 janvier 2011

    "Donnez-nous des films à la hauteur de nos tourments", demandait Desnos, toujours lui. Ce sont eux qui nous révèlent à nous-mêmes. Mis bout à bout, ils tissent une manière d'autoportrait, c'est forcé.
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  • Par manoes, le 19 janvier 2011

    Le cinéma, celui qu'on chérit, s'y fait fabrique du regard et des souvenirs. Il résiste à ce qui nous abaisse, il s'accorde à ce qui nous grandit. Guérisseur et intercesseur, il nous fait relever la tête.
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Vidéo de Michel Boujut

Journaliste cinéphile, écrivain et producteur de la légendaire émission Cinéma Cinémas sur Antenne 2, Michel Boujut est une voix – celle qui parle si bien du cinéma – et une plume – celle qui raconte avec brio l’aventure du septième art. Michel Boujut est aussi un Suisse adoptif, puisqu’il a partagé pendant plusieurs années le travail pionnier de la Télévision romande, en compagnie de ceux qui allaient marquer le cinéma suisse des années 1960 et 1970, Tanner, Soutter, Goretta et les autres.








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