> Jean-Louis Chavarot (Traducteur)
> Françoise Marrou-Flamant (Traducteur)

ISBN : 2070403246
Éditeur : Gallimard (2010)


Note moyenne : 2.5/5 (sur 4 notes) Ajouter à mes livres

Qu'est-ce qui a poussé l'élégant et raffiné docteur Iachvine à assassiner délibérément l'un de ses patients? Qui est cet homme qui s'est joint à un groupe pour visiter une vieille demeure russe? Pourquoi est-il pre... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 3.00/5
    Par Malaura, le 09 janvier 2012

    Malaura
    « le brasier du Khan » relate le retour incognito d'un prince déchu dans son ancien domaine transformé en musée du peuple après la Révolution d'Octobre, sa prise de conscience et sa rage devant le constat que son ancien monde ne reviendra plus, jusqu'à la décision démente de transformer en brasier tout le passé flamboyant des « Russes blancs » auxquels il appartient, en faisant brûler le palais.
    « L'île pourpre » est une fable politique construite sur le mode de la parodie. Dans ce pastiche imaginé sur le modèle des romans d'aventures de Jules Verne, une île peuplée de trois tribus - les nègres rouges, les nègres blancs et les nègres fieffés - devient le cadre de guerres de clans et d'enjeux politiques, de changements de règne et de conduites irrationnelles à l'image du grand carnaval que deviendra « l'Union soviétique ».
    Sous le couvert de la cocasserie, cette nouvelle insolite dans laquelle la violence côtoie un humour absurde et décalé, illustre la situation frisant l'incohérence de la Russie après la Révolution d'Octobre, les nègres rouges représentant le peuple et les bolcheviks, les nègres blancs figurant les nobles et les orthodoxes, et les nègres fieffés, les libéraux démocrates.
    Quant à la dernière et superbe nouvelle « J'ai tué », celle qui donne son titre au recueil, elle est la confession d'un élégant médecin, avouant à des confrères amis, le meurtre perpétré sur un séparatiste pendant la guerre civile en Ukraine.
    Révélant plusieurs aspects autobiographiques - Boulgakov était lui-même médecin de formation - cette nouvelle, remarquable d'intensité, dévoile toute la violence du conflit civil ukrainien, la brutalité et l'injustice des autorités militaires conduisant le médecin Iachvine à prendre position et à commettre un acte irréparable allant pourtant à l'encontre de ses convictions humaines et de sa profession : l'assassinat d'un haut gradé de l'armée ukrainienne.
    Sept ans après les faits, il relate à ses amis le déroulement de cette terrible nuit de février 1919 à Kiev où, témoin des exactions, massacres, pogroms, réquisitions arbitraires, commis par les séparatistes sous le commandement de leur leader Petlioura, lui, le médecin impliqué, l'intellectuel érudit, en était arrivé à tuer un homme.
    Ces trois histoires extraites des « Œuvres : nouvelles, récits, articles de variétés » sont une bonne entrée en matière à la découverte de l'œuvre de Mikhaïl Boulgakov (1891-1940), grand satiriste de la Russie des années 1920, dont l'œuvre la plus célèbre reste sans nul doute « Le Maître et Marguerite » qui relate le bouleversement causé par l'ingérence du diable dans la vie des moscovites.
    Trois nouvelles très différentes les unes des autres aussi bien par le style que par la façon d'aborder les thèmes au centre des préoccupations de Boulgakov et qui permettent ainsi d'apprécier les multiples facettes narratives de l'auteur au détour de sujets centrés principalement sur la guerre civile, la fin de la Russie impériale, le bolchevisme ou le sentiment de responsabilité.
    La constatation attristée de l'irrationalité du Nouvel Ordre né de la Révolution Russe est l'une des constantes de l'œuvre abondante de Mikhaïl Boulgakov.
    Très vite qualifié de « contre-révolutionnaire », sans soutien, il est la représentation la plus effarante de l'écrivain frappé d'ostracisme qui voit tous ses ouvrages censurés et donc sa vie même réduite à néant par le pouvoir en place. Ce n'est qu'après sa mort, en 1940, que le public découvre peu à peu l'ampleur de sa littérature et l'érige au rang des plus grands auteurs russes du XXe siècle.
    Pour autant, même frappé du sceau de la censure, il continue d'écrire dans l'ombre, témoignant du non-sens et de l'absurdité qui régissent cette nouvelle « Union soviétique » capable de « détruire les anciens rapport sociaux » avec toute la paranoïa et la schizophrénie dont elle a fait montre au fil des années.
    Pourtant, ce médecin de formation devenu journaliste, écrivain, librettiste et auteur de théâtre n'est point au départ un adversaire farouche du communisme naissant. La nouvelle « le brasier du Khan » pointe les responsabilités des russes blancs abusant de leurs privilèges qui ont conduit à la Révolution et à la chute du tsarisme. Celle de « J'ai tué » souligne pour sa part, l'impatience fébrile et pleine d'espoir dans laquelle se sont trouvés les habitants de Kiev en attendant l'arrivée imminente des bolcheviks dans la ville. Il n'y a que « L'île pourpre » pour révéler, sous le comique de situation et sous forme de parodie de la littérature de propagande, toutes les aberrations nées du nouveau système politique.
    Ces trois récits nous font donc pénétrer dans l'univers à la fois sombre et léger d'un écrivain enthousiasmant, au talent de conteur exceptionnel, capable en quelques mots, en quelque phrases bien senties, de camper des décors et des situations, de peindre des portraits d'une écriture très visuelle, quasi cinématographique dans la façon de découper les histoires en plans rapides et sur un rythme endiablé. Un auteur incontournable de la littérature russe du siècle dernier.
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    • Livres 3.00/5
    Par brigetoun, le 24 mars 2011

    brigetoun
    trois nouvelles - le heurt de deux mondes et l'ancien, en sa forme la plus opulente et chargée d'histoire et d'histoires qui refuse de mourir - une fable sur l'oppression, la lutte, sous l'oeil froid d'un lord anglais, si ferme dans son droit qu'il en semble un peu cruellement sot, en place des dieux - un récit de guerre emportant un être raisonnable, confronté à brutalité, cruauté, absurdité, et sa victoire qui est acceptation de la violence au nom du droit.
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Citations et extraits

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  • Par brigetoun, le 24 mars 2011

    On traversa le cabinet du prince, avec des espontons, des estramançons, des sabres recourbés, des cuirasses de voïvodes des tsars, des casques de chevaliers-gardes, des portraits des derniers empereurs, des arquebuses, des mousquets, des épées, des daguerréotypes et des photographies de groupe jaunies du régiment de la Gare impériale où avaient servi les aînés des Tougaï-Beg et du régiment de cavalerie de ligne où avaient servi les cadets, des clichés de coureurs des écuries Tougaï-Beg, des bibliothèques pleines de vieux livres pesants.
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  • Par brigetoun, le 24 mars 2011

    Le prince se retirait lentement de pièce en pièce, des fumées grisâtres progressaient à sa suite, et la salle de bal flambait de tous ses feux. Au revers des voilages, des spectre de feu jouaient et vacillaient capricieusement.
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  • Par brigetoun, le 24 mars 2011

    Je savais déjà précisément de quoi il s'agissait. Là-dessous, un homme était battu à coup de baguettes. Le cri devenait parfois une sorte d'énorme rugissement de lion, parfois, me semblait-il à travers le plancher, de tendres prières et des plaintes, comme si quelqu'un s'entretenait dans l'intimité avec un ami, parfois encore il s'interrompait abruptement, comme sectionné au couteau.
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  • Par brigetoun, le 24 mars 2011

    Dans l'océan dénommé depuis bien longtemps, en raison de ses tempêtes et de ses houles, l'océan Pacifique se trouvait, au 45° degré de latitude, une île déserte de dimensions considérables, peuplée de tribus paisibles et amies : les Éthiopiens rouges, les Nègres blancs et des Nègres de couleur indécise surnommés on ne sait trop pourquoi par les navigateurs "Nègres fieffés".
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  • Par brigetoun, le 24 mars 2011

    C'était répugnant et pitoyable, la vue de ces deux hommes tués Dieu sait pourquoi. Si bien qu'en fin de compte je m'étais mis moi aussi à attendre les bolcheviks. Qui étaient de plus en plus près. Le lointain s'efface, et les canons au loin grondent comme dans le sein de la terre.
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