Moscou, vers 1925... Obscur journaliste, Maksoudov a écrit un roman mais il est persuadé que personne ne l'a lu. On lui demande pourtant de l'adapter pour le théâtre ; la pièce serait montée par le célèbre Ivan Vassiliévitch - en qui l'on reconnaîtra Stanislavski. Aussi... > voir plus
On pourrait dire du "Roman théâtral" qu'il est "Le château" de Boulgakov; l'univers kafkaïen étant ici transposé dans les coulisses labyrinthiques d'un grand théâtre moscovite qui symbolise à lui tout seul la situation du monde culturel russe à l'époque stalinienne. Boulgakov fait ici une éblouissante démonstration de la manière dont une bureaucratie peut réussir à paralyser toute créativité. Comment il est possible de faire s'activer fébrilement toute une population, dans le seul but de dissimuler l'effroyable néant qui l'accompagne.
L'humour (noir) de Boulgakov brille ici de tout son éclat désespéré; car l'aspect autobiographique du récit est ici évident et de même que son personnage qui voit sa pièce disparaitre aux oubliettes, à chaque page qu'il rajoutait à son livre, il ne pouvait qu'être davantage conscient de l'impossibilité croissante de sa publication. Pour vraiment connaitre ce prodigieux écrivain qu'est Boulgakov, ne vous arrêtez pas à l'excellent Maitre et Marguerite car ce " Roman théâtral" tient également du chef-d'œuvre.
L'essentiel, cependant, était peut-être le fait, de plus en plus évident, qu'un énorme quiproquo était en train de se nouer. L'affiche où ma pièce était déjà inscrite surgit devant mes yeux, je sentis dans ma poche le froissement du dernier billet de dix roubles que j'avais touché - les autres étaient déjà mangés- et j'entendis Thomas Sttij affirmer que la pièce sortirait dans deux mois, - alors qu'il était désormais parfaitement clair qu'il n'y avait plus de pièce, qu'il fallait en récrire une du commencement jusqu'à la fin.