> Paul Lequesne (Traducteur)

ISBN : 225393254X
Éditeur : Le Livre de Poche (1996)


Note moyenne : 3.88/5 (sur 24 notes) Ajouter à mes livres
"Le jeune médecin, c'est l'auteur lui-même envoyé après ses études dans un village retiré de la province de Smolensk afin d'y diriger un hôpital de campagne.
C'est Boulgakov tout entier, avec son humour, ses observations aiguës, sa généreuse humanité. Faut-il rap... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 31 mai 2008

    Woland
    Zapis'ki junogo vraca/Morfij/Neobyknovennye prikljucenija doktora
    Traduction et notes : Paul Lequesne
    Ce mince volume, publié sous le titre général de "Récits d'un jeune médecin", regroupe, outre les récits en question, la nouvelle "Morphine" et "Les Aventures Singulières d'un Docteur."Si nous sommes ici très loin de l'ampleur onirique du "Maître et Marguerite", la dernière nouvelle, qui évoque les tribulations pendant la Guerre civile russe d'un médecin qui pourrait fort bien être Boulgakov lui-même, plonge son lecteur dans une curieuse atmosphère de rêve éveillé où le cauchemar le dispute à la comédie absurde.
    Mes préférences vont cependant aux deux premiers textes. Les "Récits - ou Carnets - d'un jeune médecin" relatent l'expérience authentique que fit l'écrivain lorsqu'il exerça la médecine dans un petit hôpital géré par la Croix-Rouge durant l'année 1916-1917. Même s'il donne à son narrateur le nom de Bomgard, c'est bien Boulgakov qui y débarque jeune diplômé et doit faire immédiatement face à la superstition, à l'ignorance ainsi qu'aux difficiles conditions de vie qui sont celles de la campagne russe à l'époque.
    Les sept petits tableaux qu'il nous en brosse, en soulignant avec une malice rétrospective l'affolement avec lequel il se réfugiait dans ses livres de médecine, littéralement terrorisé à l'idée de se retrouver face à face avec un cas singulièrement difficile et qu'il n'aurait jamais traité auparavant, croquent allègrement la paysannerie russe qui n'a pas encore été touchée par la tempête révolutionnaire.
    Dans "La Serviette brodée d'un coq" qui marque son arrivée dans son nouveau poste, le jeune médecin est confronté à l'amputation d'une jambe qu'il doit pratiquer sur une jeune fille qui est tombée dans une machine agricole. Persuadé à la fois de son incompétence personnelle - c'est sa première opération en solo - et de la gravité de l'état de la malheureuse, il retrouve tout son sang-froid pour procéder à l'amputation ... et la jeune fille survit, bien évidemment. La fiancée du commis, dans "La Tempête de Neige", n'aura pas cette chance.
    Humanité, vivacité du trait, humour, tendresse, telles sont les couleurs utilisées par Boulgakov. Jamais il ne porte de jugement sur ceux qu'il croise. Pas plus qu'il n'en porte sur le successeur de Bomgard, le Dr Poliakov, qui, confronté lui aussi aux rudes conditions d'exercice dans le trou perdu de Nikolskoïé, bascule dans la Morphine pour tenir bon.
    La descente aux enfers du malheureux est brièvement contée mais aussi hallucinante qu'on pouvait s'y attendre. le pire est peut-être que cet homme de l'Art, qui est en principe mieux placé que quiconque pour appréhender les ravages de la drogue, se laisse prendre à la fameuse certitude qu'il ne deviendra jamais dépendant.
    Pour se désintoxiquer, il se rabat sur la cocaïne mais son état empire. Ne lui reste plus alors qu'une seule issue et le narrateur, à qui il a demandé aide et assistance, arrivera trop tard.
    Récit au double "Je" - le "Je" de Bomgard, qui nous conte l'histoire, et le "Je" de Poliakov, qui explique sa déchéance dans la lettre adressée à Bomgard - "Morphine" nous donne une vision aussi acérée qu'un scalpel de la dépendance du morphinomane. Court mais d'une rare intensité, ce texte, qui nous renvoie à un phénomène désormais plus ou moins banalisé par notre société, n'a pas pris une ride.
    Enfin, les "Aventures singulières d'un docteur" assemblent, de manière volontairement décousue, les fragments de l'existence d'un médecin brutalement mobilisé et qui va se retrouver pris entre les Blancs et les Rouges, et plus encore dans l'absurdité foncière du conflit.
    Bref, si vous n'avez jamais lu Boulgakov et que vous répugnez aux romans épais, commencez donc par ces "Récits d'un jeune médecin." Nul doute que cela vous donnera envie d'approfondir l'oeuvre de cet auteur atypique et génial. ;o)
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    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par liratouva2, le 08 avril 2011

    liratouva2
    A peine diplômé, un jeune médecin de 24 ans est nommé en pleine campagne russe, loin de tout, dans les années 20 du siècle dernier. On lui confie un hôpital. Tout est contre lui : l'isolement, les tempêtes de neige, la pauvreté et les superstitions, le manque d'hygiène, de médicaments, d'infirmiers mais le pire c'est son inexpérience. C'est son premier poste. Il n'a jamais exercé. Sa hantise est de devoir affronter un accouchement difficile. C'est une diphtérie laryngée diagnostiquée chez une enfant de trois ans qui sera sa première intervention à chaud : une trachéotomie qui lui causera bien des tourments mais qui sauvera la petite fille!
    Dès lors, la clientèle, d'abord très méfiante, ne cesse d'augmenter. Il reçoit jusqu'à cent dix personnes par jour et travaille de l'aube à la nuit. Les cas s'enchaînent, toujours dramatiques. Parfois il doit se déplacer en pleine nuit, pour sauver un malade isolé. Qu'importe la fatigue ! Parfois les éléments se déchaînent contre lui et il s'égare en pleine tempête. Il croit mourir plusieurs fois mais son personnel de plus en plus admiratif le soutient et l'encourage.
    Il apprend sur le tas et le plus souvent il doit courir dans sa chambre pour consulter en cachette ses livres de médecine et revenir accomplir les bons gestes en salle d'opération.
    Ce récit alterne les passages de descriptions médicales très crues et réalistes et les notes d'humour et de dérision qui détendent l'atmosphère. C'est très agréable à lire et surtout c'est un bon complément au chef d'œuvre de l'auteur que j'aime tellement : «Le Maître et Marguerite».
    Longtemps poursuivi par la censure soviétique, Boulgakov est très lu désormais non seulement en Russie mais dans le monde entier grâce aux traductions qui se multiplient.
    C'est sa propre expérience qui inspire ici l'auteur puisque lui-même exerça la médecine dans un petit hôpital géré par la Croix-Rouge durant l'année 1916-1917.
    Une lecture dépaysante, tour à tour effrayante et drôle, vu l'horreur des faits racontés. Une bonne approche de l'écrivain russe au talent sans cesse contrarié par le pouvoir en place. Un bon moment de lecture.

    Lien : http://liratouva2.blogspot.com/2011/04/recits-dun-jeune-medecin-de-m..
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