> Maurice Parijanine (Traducteur)

ISBN : 223401770X
Éditeur : Stock (1985)


Note moyenne : 3.75/5 (sur 4 notes) Ajouter à mes livres

Le village fit scandale à Moscou lors de sa parution en 1909, parce qu'il montrait un autre visage dela paysannerie russe, bien différent de celui qu'on représentait habituellement. A travers le destin dedeux frères, Tikhon et Kouzma, Le V... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 4.00/5
    Par horline, le 14 juillet 2011

    horline
    Le paysan russe sous la plume de Bounine n'a rien de commun avec celui décrit par Tolstoï, traditionnellement doux, pacifique et naturellement bon.
    Dans "Le village", ce sont des portraits de moujiks taillés à la faux, des paysans du début du vingtième siècle, rustres, paresseux et cruels…des portraits sans concessions. L'auteur dépeint dans ce roman, à travers le regard de deux frères, Tikhon et Kouzma Ilitch, l'un commerçant l'autre citadin, la banalité de la misère qui frappe Dournovska, village noir "de squelettes d'isbas au milieu de seigles grêles, sans épis où règne une odeur de crasse et de fumier".
    Ce sont des portraits qui exonèrent d'intrigue tant le désœuvrement y est prégnant. Les paysans se débattent dans la fange pour de l'eau-de-vie et un peu de tabac dans un pays où "pendant huit mois de l'année souffle le chasse-neige, et pendant quatre tombe la pluie". Lorsque ce n'est pas la rigueur de l'hiver qui plonge Le village dans la torpeur, l'ennui et la maladie c'est l'incurie qui frappe la campagne. Peu âpres au travail, les moujiks déambulent de ferme en ferme pour un travail qu'ils quittent lorsque la lassitude les gagne.
    Il y a un morne désespoir qui embaume l'âme de ces paysans qui, sous la plume d'Ivan Bounine, revêt tous les attraits d'une douce mélancolie...et une mélancolie magnifiée par un sens de l'observation particulièrement affûté. Alliée à un souci du détail qui envahit tout le récit, cette langueur s'avère propice à une certaine contemplation.
    Même l'écho lointain des émeutes qui appellent la révolution de 1905 ne trouble guère le désespoir monotone de Dournovska. Si les va-nu-pieds s'agitent, s'invectivent et menacent de faire grève, la flamme de la colère s'éteint très vite. Ils s'animent davantage pour les "baragouins" et autres cancans du coin car ici "chacun est l'ennemi d'autrui, lui porte envie, le calomnie".
    Toutefois, malgré la saleté et l'ivrognerie décrites sans fausse pudeur, l'auteur ne tait pas la rumeur de la ville qui annonce quelques grandes espérances.
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    • Livres 4.00/5
    Par stcyr04, le 09 mai 2012

    stcyr04
    Affreux, sales et méchants; voilà en quelque sorte comment Bounine présente ces villageois de Dournovka, en complète contradiction avec la littérature russe, qui, depuis Tourgueniev, idéalisait le bon moujik. Ce roman, sous-titré, poème par l'auteur, avec ses cours chapitres peut évoquer un grand recueil de poèmes en prose; il s'en dégage un sentiment diffus d'abandon, de fatalisme et d'ennui. Certains passages sont bouleversants et dérangeants.
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    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par stcyr04, le 09 mai 2012

    stcyr04
    "L'ouvrage le plus puissant de la littérature russe du XXème siècle." André Gide
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Citations et extraits

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  • Par stcyr04, le 09 mai 2012

    Vers le soir, Ivanouchka se leva et partit, sans se préoccuper du temps qu'il faisait, sans céder aux instantes prières qu'on lui adressait d'attendre jusqu'au matin... Et il prit un rhume qui lui coûta la vie, -- et, vers l'Epiphanie, trépassa dans la cabane de son fils. Celui-ci l'engageait à recevoir le viatique. Ivanouchka n'accepta point : il déclara que, quand on avait communié, on en mourrait, et il était décidé "à n' pas s' laisser faire". Durant des journées entières, il resta étendu sans connaissance; mais, même en son délire, il priait sa bru de répondre qu'il était sorti si la Mort venait frapper à la porte. Une fois, la nuit, il reprit ses sens, rassembla ses forces, descendit du poêle et s'agenouilla devant l'icone qu'éclairait une veilleuse. Il poussait de profonds soupirs, marmonnait de longues oraisons, répétant : "Seigneur, Petit-Père, pardonne moi mes péchés...". Puis, se mit à réfléchir, se tut longtemps, prosterné, la tête appuyée sur le plancher. Et tout à coup se redressa et dit fortement : "Non point, je n'cède point!" Mais au matin il vit que sa bru roulait de la pâte de farine et allumait un grand feu, dans le four...
    - Ca s'rait-i' pour m'enterrer? -- demanda-t-il d'une voix qui trembla.
    La bru se taisait. De nouveau il rassembla ses forces, de nouveau descendit du poêle, passa dans l'entrée : c'était bien ça, -- contre le mur se dressait un immense cercueil peint en violet avec des croix blanches à huit pointes. Alors il se rappela ce qui était arrivé, trente ans auparavant, à un voisin, le vieux Loukiane : Loukiane était tombé malade; on avait acheté le cercueil, -- c'était aussi un beau cercueil, qui avait couté cher, -- on avait rapporté de la ville de la farine, de l'eau-de-vie, du poisson salé; et Loukiane, va-t'en voir, avait guéri. Que faire du cercueil? Comment justifier la dépense? Loukiane, après cela, pensant cinq ans, entendit les malédictions des siens, subit leur reproches qui finirent par l'envoyer dans l'autre monde, mourant de faim, mangé de vermine et de crasse... Ivanouchka, s'étant rappelé ces choses, baissa la tête et rentra soumis dans l'isba. Et, la nuit, allongé sur le dos, sans connaissance, il se mit, d'une voix tremblotante, plaintive, à chantonner, de plus en plus bas, et tout à coup agita les genoux, fit un hoquet, gonfla sa poitrine d'un large soupir et, avec de l'écume sur ses lèvres entr'ouvertes, se figea...
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  • Par stcyr04, le 07 mai 2012

    Sur le pacage dépouillé, se carrait brutalement une église grossièrement peinturlurée. Derrière cet édifice, brillait au soleil une petite mare glaiseuse, dominée par une digue de fumier; l'eau était opaque, jaune; là se tenait un troupeau de vaches qui, à tout instant, lâchaient leur bouse dans ce bain; et un moujik nu s'y savonnait la tête. Lui aussi s'était avancé dans l'eau jusqu'à la ceinture; sur sa poitrine étincelait une petite croix de cuivre, son cou et son visage étaient noir de hâle, et son corps d'une blancheur, d'une pâleur frappantes.
    - Débride-le voir un peu, dit Tikhon Illiitch, poussant on cheval dans la mare, d'où montait l'odeur du troupeau.
    Le moujik jeta son savon marbré de bleu sur le bord de l'eau, où les tas de bouse faisaient des taches noires, et, la tête toute grise de mousse, se couvrant par un geste de pudeur, s'empressa d'obéir. Le cheval tendit avidement le cou vers la mare, mais le liquide était si chaud et si repoussant que l'animal releva aussitôt la tête et se détourna. Tikhon Illiitch sifflait pour l'engager à boire, et cependant, dodelinant de la casquette :
    - Eh ben, elle est jolie, votre eau! Vous buvez ça?
    - Ah! mais, chez vous, est-ce qu'é' s'rait sucrée, par hasard? -- répliqua aimablement et gaiement le moujik - Ca fait mille ans qu'on en boit! Et p'is, l'eau, c'est rien, -- c'est plutôt l'pain qui manque...
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  • Par stcyr04, le 09 mai 2012

    Il se leva vivement, prit, derrière la glace, un gros livre à reliure de missel, de ses mains tremblantes mit ses lunettes et, avec des larmes dans la voix, hâtivement, comme s'il craignait d'être interrompu, il se mit à lire :
    - Je pleure et sanglote quand je songe à la mort et que je vois, dans le cercueil étendue, notre beauté creée à l'image de dieu, défigurée, muette, sans apparence...
    En vérité l'homme est vanité, la vie n'est qu'une ombre et un songe. Car c'est en vain que s'agite toute créature de la terre, comme le dit l'Ecriture : quand nous aurons conquis le monde, nous descendrons dans le cercueil où se trouvent assemblés les rois et les mendiants...
    - Les rois et les mendiants! -- redit avec une ferveur désolée Tikhon Iliich et il hocha la tête.
    - Notre vie est manquée, frérot! J'ai eu chez moi, tu comprends, une cuisinière, elle était muette, je lui avait fait cadeau, à c'te bête, d'un beau fichu : et elle le portait, elle l'usait, mais à revers... Tu comprends? Par bêtise et par avarice. Ca lui aurait fait gros cœur de l' porter du bon côté tout les jours; elle attendait un jour de fête; et quand l'jour de fête est venu,elle n'avait plus qu'une loque dans les mains... Eh ben, c'est comme moi... c'est ma vie, ça... Vrai de vrai!
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  • Par stcyr04, le 07 mai 2012

    INCIPIT
    Le bisaïeul des Krassov, surnommé le Tsigane parmi la domesticité, avait été traqué en chasse à courre, avec des lévriers, par le capitaine de cavalerie Dournovo. Le Tsigane avait enlevé la maîtresse de cet homme, son seigneur. Dournovo ordonna de conduire le Tsigane dans un champ, hors le village, et de le faire assoir sur un tertre. Puis, en personne, le propriétaire sortit avec sa meute et cria : " Taïaut!" Le Tsigane, qui était resté jusque-là immobile, hébété, se mit à fuir. Or, il est mauvais de fuir devant des lévriers.
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  • Par stcyr04, le 09 mai 2012

    Et Kouzma attendit devant la fenêtre ouverte de l'isba. Il jeta un regard à l'intérieur, aperçut, dans la pénombre, le poêle, les planches qui servaient de lits, une sorte d'auge sur un banc près de la croisée : cette auge était un cercueil dans lequel gisait le petit mort, pauvre créature à grosse tête presque chauve, un minois bleuâtre... Devant la table était assise une corpulente jeune fille, aveugle, qui, munie d'une grande cuiller en bois, pêchait dans un bol de lait des morceaux de pain. Des mouches, comme des abeilles dans une ruche, bourdonnaient au-dessus d'elle, rampaient sur le visage du cadavre, puis revenaient s'abattre dans le lait; mais l'aveugle, assise toute droite, comme une idole, et fixant les ténèbres de ses yeux blancs, mangeait et mangeait. Kouzma frissonna et se détourna.
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