La domination masculine est tellement ancrée dans nos inconscients que nous ne l'apercevons même plus, tellement accordée à nos attentes que nous avons du mal à la remettre en question.
La description ethnographique de la société kabyle, véritable conservatoire d... > voir plus
Ce livre explique comment le "masculin" domine depuis des siècles le "féminin" : une fois qu'un système est construit, il suffit de le répéter à toute occasion : dans l'éducation des enfants, dans les expressions courantes, dans tous les actes symboliques de la vie, et on finit par accepter cette construction comme seul schéma possible, comme naturelle. Même ceux qui tentent de bousculer la situation utilise des arguments provenant de cette domination (qui n'a jamais entendu des phrases du style "Il faudrait plus de femmes au pouvoir car elles apporteraient plus de douceur et d'empathie dans ce milieu" ?) L'ouvrage est bien documenté, mais il y a quand même quelques points qui m'ont déplu. Je ne l'ai pas trouvé particulièrement accessible : le vocabulaire est assez technique (mais enfin, je suis plutôt habitué au œuvre de vulgarisation), et le style est un peu lourd (beaucoup de phrases très longues notamment). Et enfin, j'ai été déçu de ne pas trouver de commentaires sur la construction de cette domination : on part sur l'idée qu'elle existe, mais sans savoir comment elle s'est mise en place. Ça me semble dès lors compliqué de sortir d'un système si on ne sait pas d'où il vient exactement. Livre à lire donc, mais seulement si on a déjà été sensibilisé au problème, et qu'on a quelques connaissances sur le sujet ("Le deuxième sexe" par exemple comble beaucoup de lacunes du livre). le prendre comme introduction me semble être une mauvaise idée.
"La Domination masculine" est un livre qui a fait polémique quand il est sorti. En cela il illustre à merveille la difficulté de la réception sociale d'un discours scientifique sur les pratiques sociales. le lecteur non averti pense souvent qu'on justifie et valide une situation en la décrivant, et le lecteur impliqué ne veut rien lire qui aille à l'encontre de ses intérêts, voire de son pathos. "La Domination masculine" a donc été plutôt mal reçu par les milieux féministes, alors qu'il est un ouvrage dont le projet est ouvertement de lutter contre La Domination masculine, et qu'il est une adresse qu'un féministe encoie à d'autres féministes.
«Plus j'étais traitée comme une femme, plus je devenais femme. Je m'adaptais bon gré mal gré. Si j'étais censée être incapable de faire des marches arrière ou d'ouvrir des bouteilles, je sentais, étrangement, que je devenais incompétente. Si l'on pensait qu'une valise était trop lourde pour moi, inexplicablement, je la jugeais comme telle, moi aussi.»
Bourdieu aujourd'hui: entretien avec le sociologue Geoffroy de Lagasnerie . A l'occasion des dix ans de la mort de Pierre Bourdieu et de la parution de son cours «Sur l'Etat», Mediapart a interrogé de jeunes chercheurs sur l'actualité de la pensée du sociologue. Ici le doctorant en sociologie, Geoffroy de Lagasnerie, auteur de "L'Emprise de l'université. Sur Bourdieu, les intellectuels et le journalisme" (Ed. Amsterdam, 2007). A retrouver sur www.mediapart.fr