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ISBN : 2912107008
Éditeur : Liber

Note moyenne : 3.79/5 (sur 177 notes)
Résumé :
"La télévision fait courir un danger très grand aux différentes sphères de la production culturelle, art, littérature (...), un danger non moins grand à la vie politique et à la démocratie". Le ton est donné, celui d'un propos argumentatif, si l'on en croit Pierre Bourdieu, propos qu'il choisit de soutenir à la télévision tout en s'inscrivant en faux des règles classiques de mise en scène, po... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
Luniver
Luniver16 juillet 2013
  • Livres 4.00/5
Court essai d'une centaine de pages dans lequel Bourdieu présente rapidement les différents mécanismes qui mènent la télévision à piétiner de plus en plus la liberté de pensée : le passage à la télévision devient le seul « gage de qualité » des personnalités, la course à l'audimat mène à présenter des sujets qui ne dérangeront personne (faits divers qui suscitent l'indignation générale, résultats sportifs, voyages politiques à l'étranger sans conséquence), la course contre la montre pour être le premier à présenter un « scoop », quel que soit son intérêt réel (je me rappellerai toujours cet « envoyé spécial » lors de l'affaire DSK qui avait annoncé fièrement « c'est la première fois depuis son arrestation que DSK porte de nouveau une cravate ». Super !), les « débats » entre amis de longue date, ...
En cent pages, les idées présentées sont forcément compressées. C'est toutefois une bonne introduction sur le sujet et le livre permet de poser les bases pour une réflexion plus approfondie.
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colimasson
colimasson01 mai 2015
  • Livres 4.00/5
Tout et beaucoup trop a déjà été écrit sur la télévision. Dénonciation des calomnies, des manipulations, de l'asservissement, le politiquement correct rejoint la désignation de la télévision comme nouvel ennemi à abattre pour préserver une indépendance d'esprit hypothétique.

Pierre Bourdieu se situe dans un mouvement similaire. Dans une perspective sociologique, il démontre que la télévision ne peut et ne pourra jamais être le lieu d'exposition de débats constructifs à cause de son format, à cause de ses dirigeants, et à cause de sa volonté de plaire. Et pourtant, Pierre Bourdieu se distingue de la critique classique en définissant des concepts primordiaux.

Le premier : la domination des dominés.
« Mieux on comprend comment [un système] fonctionne, plus on comprend aussi que les gens qui en participent sont manipulés autant que manipulateurs. Ils manipulent même d'autant mieux, bien souvent, qu'ils sont eux-mêmes plus manipulés et plus inconscients de l'être. »

Le deuxième : la violence symbolique.
« La violence symbolique est une violence qui s'exerce avec la complicité tacite de ceux qui la subissent et aussi, souvent, de ceux qui l'exercent dans la mesure où les uns et les autres sont inconscients de l'exercer ou de la subir. »

Donner des noms à des phénomènes constitue la première étape qui permet de s'en détacher. Pierre Bourdieu ne se contente donc pas seulement de tirer une analyse de la télévision, il donne également à son lecteur les moyens de former sa propre critique. La perspective s'élargit, d'autant plus que ces concepts offrent la possibilité d'être transposés dans d'autres domaines comme la psychologie, de la psychanalyse et de la philosophie.

Pour le reste, ce pamphlet de Pierre Bourdieu n'est pas plus original qu'un autre : la télévision ne cherche pas (d'abord) à nous instruire, nous le savions déjà, mais peut-être faut-il le rappeler souvent ?
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ildibad
ildibad04 juillet 2011
  • Livres 3.00/5
Bourdieu dans une version simplifiée de son style habituel.
Ce texte, paru en 96, est intéressant à lire maintenant en 2011 et notamment à la lumière des nombreuses télé-réalité dont nous sommes abreuvés.
L'affaire DSK doit le ravir tant elle colle à son analyse. Procureur qui court après l'audience, médiatisation des acteurs, micro-trottoirs, audimat, ...
Pour le reste, Bourdieu, reste Bourdieu, à savoir que son analyse sociologique est basée sur le pouvoir et sa conquête à l'intérieur d'un champ social.
un champ social est un groupe social quis se définit par rapport à lui même : il peut être autonome (une communauté religieuse fermée, des scientifiques très spécialisés) ou non, suivant qu'il subit peu ou prou l'influence d'autres champs sociaux.
Chaque membre de ce champ s'exprime en fonction de la position du groupe/organisme auquel il appartient et en fonction de sa position à l'intérieur de ce groupe/organisme.
La télévision vient chambouler tout cela car elle intervient à l'intérieur des champs sociaux et modifie les rapports à l'intérieurs de ceux-ci.
La recherche de l'audimat pousse la télévision à transformer l'ordinaire en extraordinaire, à mettre en exergue l'anecdote au détriment de l'analyse, à jouer sur le sentiment plus que sur la raison.
l'intrusion de la TV dans les champs sociaux pousse les acteurs de ceux-ci à chercher à exister au travers de la télévision pour modifier le rapport de force et améliorer leur position.
Bourdieu s'étend egalement longuement sur l'organisation de débats (faussement vrais vs vraiment faux) les mécanismes d'auto-censure et de masquage ainsi que sur les différents biais.
Un livre court, abordable. Un moment de réflexion utile dans un monde où la TV est omniprésente.
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Colonel
Colonel29 octobre 2010
  • Livres 4.00/5
Synthétique, concis, percutant.
Ce court texte issu d'un cours de sociologie tenu par l'auteur déconstruit les mécanismes sociaux, comme notamment le jeu de la concurrence, qui sous-tendent le fonctionnement du "champ journalistique", de la presse papier à la télévision.
On y comprend pourquoi la course à l'audimat (au sein du jeu de la concurrence qui ne laisse pas vraiment le choix) mène à la course au médiocre : recherche de contenus vendeurs c'est à dire spectaculaire, les scoops, consensuels de manière à intéresser tout le monde et in fine personne vraiment... en foulant au pied toute déontologie du métier de journaliste qui voudrait la recherche d'une information "pure" et non pas bassement soumises aux intérêts économiques de l'audimat et du marché publicitaire.
On voit aussi comment la télévision, en s'imposant comme média prédominant, tire l'ensemble du champ journalistique, et au delà bien des champs culturels (art, sociologie... et même science) vers le bas.
Une arme d'autodéfense intellectuelle indispensable dans le monde de l'information (et paradoxalement donc de la désinformation).
Lien : http://www.amazon.fr/review/..
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Shakespeare
Shakespeare06 février 2016
  • Livres 4.00/5
Sociologue de la déconstruction, Pierre Bourdieu s'emploie ici à dévoiler les habitus et champs de force invisibles qui influencent les acteurs - en particulier les journalistes - et consommateurs de la télévision.
Ce faisant, il critique en premier lieu les journaux télévisés, qui ne sont pas à la hauteur de leurs responsabilités. Pour Bourdieu, les journaux télévisés se soumettent trop à la fameuse contrainte de l'audimat et ont tendance à donner aux faits divers (déplacements du président à l'étranger, catastrophes naturelles etc.) une importance démesurée, au détriment d'un savoir plus pertinent. Les téléspectateurs sont alors privés d'outils de compréhension du monde et ne disposent pas des connaissances nécessaires pour prétendre être un citoyen informé et agir en conséquence.
Les journaux télévisés ne sont pas les seules victimes de l'analyse bourdieusienne puisqu'il critique également les relations de pouvoir, implicites ou non, présentes sur n'importe quel plateau télé. le sociologue discute ainsi des effets pervers de la communication non verbale, des temps de parole accordés à chaque invité, du recadrement systématique par le présentateur etc.
Très vite, cette analyse conduit l'auteur à parler du champ journalistique, cet espace social structuré par des règles conscientes et inconscientes. Il évoque ainsi tour à tour les JT régis par la bien-pensance, la télégénie comme critère d'acceptabilité pour passer dans la boîte noire, le poids de l'audimat comme contrainte ou encore la banalisation de la circularité circulaire de l'information.
Mais le sociologue n'en reste pas à la nomination des problèmes puisqu'il estime que le lire, c'est déjà, pour un journaliste, avoir en soi les clés pour agir. Il ajoute que des alliances ou accords entre journaux permettraient d'annihiler certains effets pervers de la concurrence, notamment la circularité circulaire de l'information.
Bourdieu n'est donc pas tendre avec la télévision et le journalisme. En guise de réponse, nous pourrions toutefois lui rétorquer qu'il ignore dans son analyse de nombreux médias alternatifs aux médias traditionnels. Ces derniers proposent une information nouvelle avec des moyens nouveaux (revue indépendante, blogs autonomes...). En outre, mais cette critique est anachronique, le jeune citoyen s'informe autant sinon plus via Internet que via la télévision aujourd'hui. Par conséquent, il est moins soumis à ces champs de force, même si Internet possède assurément d'autres influences.
Finalement, Bourdieu ne fait pas l'unanimité avec cette analyse. Daniel Schneidermann, fondateur de l'émission Arrêts sur Images, lui a d'ailleurs répondu via son livre du journalisme après Bourdieu, publié en 1999. Il témoigne notamment que Sur la télévision a été rédigé par Bourdieu à la suite de son passage "raté" dans Arrêts sur images, émission durant laquelle le sociologue se serait vu mis face à ses contradictions analytiques. La critique de Schneidermann est peut-être partielle voire partiale, elle sonne toutefois souvent juste et complète très bien la lecture de Sur la télévision.
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Citations & extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
WalktapusWalktapus17 janvier 2011
il est de plus en plus fréquent que, quoi qui ait pu se passer dans le monde, l'ouverture du journal télévisé soit donnée aux résultats du championnat de France de football ou à tel ou tel autre événement sportif, programmé pour faire irruption dans le journal de vingt heures, ou à l'aspect le plus anecdotique et le plus ritualisé de la vie politique (visite de chefs d'Etat étranger, ou visites du chef de l'Etat à l'étranger, etc.) sans parler des catastrophes naturelles, des accidents, des incendies, bref de tout ce qui peut susciter un intérêt de simple curiosité, et qui ne demande aucune compétence spécifique préalable, politique notamment. Les faits divers, je l'ai dit, on pour effet de faire le vide politique, de dépolitiser et de réduire la vie du monde à l'anecdote et au ragot (qui peut être national ou planétaire avec la vie des stars ou des familles royales), en fixant et retenant l'attention sur des événements sans conséquences politiques, que l'on dramatise pour en "tirer des leçons" ou pour les transformer en "problèmes de société" : c'est là, bien souvent, que les philosophes de la télévision sont appelés à la rescousse, pour redonner sens à l'insignifiant, à l'anecdotique et à l'accidentel, que l'on a artificiellement porté sur le devant de la scène et constitué en événement, port d'un fichu à l'école, agression d'un professeur ou tout autre "fait de société", bien fait pour susciter des indignations pathétiquesà la Finkielkraut, ou des considérations moralisantes à la Comte-Sponville.
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TrissotinTrissotin25 février 2012
Il y aurait à réfléchir sur le moralisme des gens de télévision : souvent cyniques, ils tiennent des propos d’un conformisme moral absolument prodigieux. Nos présentateurs de journaux télévisés, nos animateurs de débats, nos commentateurs sportifs sont devenus des petits directeurs de conscience qui se font, sans trop avoir à se forcer, les porte-parole d’une morale typiquement petite-bourgeoise, qui disent "ce qu’il faut penser" de ce qu’ils appellent "les problèmes de société", les agressions dans les banlieues ou la violence à l’école. La même chose est vraie dans le domaine de l’art et de la littérature : les émissions dites littéraires les plus connues servent - et de manière de plus en plus servile - les valeurs établies, le conformisme et l'académisme, ou les valeurs du marché.
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TrissotinTrissotin16 février 2012
Pour certains de nos philosophes (et de nos écrivains), être, c’est être perçu à la télévision, c’est-à-dire, en définitive, être perçu par les journalistes, être, comme on dit, ''bien vu'' des journalistes (ce qui implique bien des compromis et des compromissions) - et il est vrai que ne pouvant guère compter sur leur œuvre pour exister dans la continuité, ils n’ont pas d’autre recours que d’apparaître aussi fréquemment que possible à l’écran, donc d’écrire à intervalles réguliers, et aussi brefs que possible, des ouvrages qui, comme l’observait Gilles Deleuze, ont pour fonction principale de leur assurer des invitations à la télévision. C’est ainsi que l’écran de télévision est devenu aujourd’hui une sorte de miroir de Narcisse, un lieu d’exhibition narcissique.
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LybertaireLybertaire20 août 2012
Il est de plus en plus fréquent que, quoi qui ait pu se passer dans le monde, l’ouverture du journal télévisé soit donnée aux résultats du championnat de France de football ou à tel ou tel autre événement sportif, programmé pour faire irruption dans le journal de vingt heures, ou à l’aspect le plus anecdotique et le plus ritualisé de la vie politique (visite de chefs d’État étrangers, ou visites du chef de l’État à l’étranger, etc.) sans parler des catastrophes naturelles, des accidents, des incendies, bref de tout ce qui peut susciter un intérêt de simple curiosité, et qui ne demande aucune compétence spécifique préalable, politique notamment. Les faits divers, je l’ai dit, ont pour effet de faire le vide politique, de dépolitiser et de réduire la vie du monde à l’anecdote et au ragot (qui peut être national ou planétaire, avec la vie des stars ou des familles royales), en fixant et en retenant l’attention sur des événements sans conséquences politiques, que l’on dramatise pour en “tirer des leçons” ou pour les transformer en “problèmes de société” : c’est là, bien souvent, que les philosophes de télévision sont appelés à la rescousse, pour redonner sens à l’insignifiant, à l’anecdotique et à l’accidentel, que l’on a artificiellement porté sur le devant de la scène et constitué en événement, port d’un fichu à l’école, agression d’un professeur ou tout autre “fait de société” bien fait pour susciter des indignations pathétiques à la Finkielkraut ou des considérations moralisantes à la Comte-Sponville. Et la même recherche du sensationnel, donc de la réussite commerciale, peut aussi conduire à sélectionner des faits divers qui, abandonnée aux constructions sauvages de la démagogie (spontanée ou calculée), peuvent susciter un immense intérêt en flattant les pulsions et les passions les plus élémentaires (avec des affaires comme les rapts d’enfants et les scandales propres à susciter l’indignation populaire), voire des formes de mobilisations purement sentimentales et caritatives ou, tout aussi passionnelles, mais agressives et proches du lynchage symbolique, avec les assassinats d’enfants ou les incidents associés à des groupes stigmatisés.
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colimassoncolimasson14 mai 2015
Le monde du journalisme est un microcosme qui a ses lois propres et qui est défini par sa position dans le monde global, et par les attractions, les répulsions qu’il subit de la part des autres microcosmes. Dire qu’il est autonome, qu’il a sa propre loi, c’est dire que ce qui s’y passe ne peut pas être compris de manière directe à partir des facteurs extérieurs. C’était là le présupposé de l’objection que je faisais à l’explication par des facteurs économiques de ce qui se passe dans le journalisme. […] Il est évident qu’une explication qui ne prendrait pas en compte ce fait serait insuffisante mais celle qui ne prendrait en compte que cela ne serait pas moins insuffisante. Et elle le serait peut-être encore plus parce qu’elle aurait l’air d’être suffisante.
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