> Hugues Leroy (Traducteur)

ISBN : 222618239X
Éditeur : Albin Michel (2008)


Note moyenne : 3.78/5 (sur 27 notes) Ajouter à mes livres
Là-haut vers le nord de l'Ontario, des femmes et des hommes, indiens pour la plupart, vivent, aiment, rêvent et meurent. Joseph Boyden évoque avec sensibilité leurs histoires singulières au parfum de légende : une jeune fille tombe amoureuse d'un loup ; un gamin passion... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par InColdBlog, le 09 septembre 2010

    InColdBlog
    Fasciné par les peuples indiens, et conscient de l'urgence qu'il y avait à conserver une trace de leurs cultures et traditions avant leur extinction, Edward Sheriff Curtis a réalisé une œuvre tenant à la fois de l'anthropologie et du photojournalisme.
    De 1907 à 1930, pour documenter au mieux la vie des Indiens d'Amérique, leurs habitations, vêtements, coutumes et légendes tribales, il est allé à la rencontre de quatre-vingts tribus, a pris près de 50 000 clichés et réalisé plus de 10 000 enregistrements de musique et de dialectes indiens sur cylindres de cire.
    On estime que durant ces presque trente années, pour réaliser les vingt volumes de L'Indien d'Amérique du Nord (The North American Indian ), il a du traverser les États-Unis pas moins de 125 fois !

    Il y a du Curtis chez Joseph Boyden, auteur canadien chez qui coule du sang indien. Troquant la photographie pour l'écriture, lui aussi veut faire connaître au monde les conditions de la vie des Crees, indiens originaires du nord de l'Ontario. Sans folklore, sans poncif.
    En treize nouvelles, réparties selon les quatre points cardinaux, comme pour mieux circonscrire son champ d'investigation, Boyden décrit une réalité qui n'a plus rien à voir avec le mythe indien capturé sur les plaques de verre de Curtis.
    Treize nouvelles, treize destins, treize récits intimes contés à la première personne par un membre de la communauté, indien, métis ou blanc. Dans ces récits profondément humains, d'où s'échappe une profonde tristesse mêlée de colère et de frustration, il est essentiellement question de dignité perdue et d'espoir d'une vie meilleure.
    Certaines des histoires de Là-haut vers le Nord se répondent et font intervenir les mêmes personnages, ce qui confère à ce recueil de nouvelles la densité d'un roman choral.

    Des conditions de vie (voire de survie, pour certains) précaires des indiens naît l'ennui, source de tous les maux : chômage, alcool, drogue, suicide… Les nouvelles générations, qui ont oublié les traditions ancestrales, se retrouvent en porte-à-faux, tout à la fois en décalage avec la vie de leur communauté et inadaptées pour affronter la société des blancs.
    Chacun cherche alors à s'en sortir comme il peut. Certains espèrent trouver la fortune au bingo du Palace, animé de main de maître par Mary (La reine du bingo). La jeune Jenny monte un groupe de musiciennes punk pour crier sa révolte (La faute de Jenny Two-Bears). Sylvina quitte son mari et confie sa fille à sa mère pour suivre un pilote blanc et tenter sa chance à la ville (Les hommes ne demandent pas). le petit Noah se transforme en super héros pour venir en aide à son catcheur préféré (Kumamuk). La Fille Sucre, pensionnaire chez les bonnes sœurs, oublie ses peines en se gavant de sucreries puis, à l'âge adulte les noie dans l'alcool, jusqu'à y laisser la vie (Légende de la Fille Sucre).
    Malgré tout, chez certains membres de la communauté survivent les légendes et croyances ancestrales : Sue Born With A Tooth tombe amoureuse d'un loup solitaire (Né avec une dent), Dink, de retour au village, prétend être devenu un homme-animal (La marche de l'Ours), Joe bravera le père Jimmy et battra le tambour tribal à l'église pour célébrer l'âme de sa jeune nièce lors de la cérémonie d'enterrement (Joe Cul-de-Jatte contre la Robe Noire).
    Chez Boyden, les blancs qu'ils soient homme ou femme d'église (Les enfants de Dieu), ouvrier de chantier (Abitibi Canyon) ou professeur (Né avec une dent), affichent souvent leur mépris envers les indiens. La nouvelle Langue Peinte, qui met en scène un sans-abris alcoolique, est, en ce sens, la plus bouleversante du recueil.
    Pour autant, Boyden ne charge pas la mule et ne porte aucun jugement. Au final, le tableau qu'il dresse, s'il est sombre, est toujours sauvé par la tendresse et l'étincelle d'espoir qui luit toujours, même faiblement, dans l'obscurité.

    A noter que dans la nouvelle La marche de l'Ours apparaissent pour la première fois les personnages de Xavier Bird et Elijah qui deviendront les personnages centraux du roman qui a fait connaître Boyden en France, Le chemin des âmes.
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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 28 février 2012

    carre
    J'adore ce magnifique auteur, donc j'en rajoute une couche avec ce recueil de nouvelles qui cache déjà l'éclatant diamant que Boyden nous montrera avec "Le chemin des âmes" et " Les saisons de la solitude"."Là-haut vers le Nord" dresse le portrait de personnagses, simples ,fascinants, surprenants mais surtout incroyablement attachants. Boyden brasse une mer d'émotion avec un talent narratif formidable. Il redonne la voix aux minorités avec humanisme et fierté. Génial, je vous dit.
    P.S : remboursé si non satisfait.
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    • Livres 3.00/5
    Par Lady_K, le 07 octobre 2010

    Lady_K
    Les histoires sont très variées, et comme souvent dans ces cas là, il y en a qui plaisent et d'autres pas. Les nouvelles m'ont majoritairement plu, mais certaines sont vraiment longues et sans aucun intérêt, alors que d'autres sont tout simplement passionnantes. Au début je pensais trouver de vieilles légendes indiennes, ce qui m'aurait beaucoup intéressé. Mais j'ai du mal lire le résumé car, ce n'est pas le cas. Il s'agit de « Légendes Modernes » qui nous montrent la différence entre deux mondes totalement différents, celui des Indiens et celui des Blancs. Les nouvelles semblent vouloir nous montrer quel impact (plutôt négatif) a eu l'arrivée des Blancs sur le peuple Indien. Les Blancs ont voulu tout changer, tout faire à leur idée, et bien entendu ça a signé la perte, ou du moins, le déclin de l'autre civilisation. C'est ainsi que les Indiens se retrouvent parqués dans des réserves, ayant perdu une bonne partie de leurs traditions et coutumes, et à apprendre à leur dépens les méfaits de l'alcool et des sucreries.
    Le livre est composé de quatre parties. Il y a tout de même une petite différence entre les trois premières parties et la dernière. Dans les trois premières on change totalement d'histoire à chaque nouvelle, on change également de personnages et de lieux. Dans la quatrième partie, les quatre récits qui la composent s'attachent tous à la même histoire, mais à chaque fois elle est racontée par une nouvelle personne. C'est peut-être parce que cette forme s'apparente un peu plus à un roman, mais je l'ai beaucoup appréciée. J'ai bien aimé découvrir les différentes opinions des personnages au fil de ma lecture.
    Pour ce qui est du style de l'auteur, il est assez agréable. En tous cas il n'est pas difficile à suivre, c'est écrit de façon simple, avec des phrases courtes qui facilitent la compréhension du texte. Les lieux et atmosphères sont si bien décrits, qu'en lisant on se croirait presque au milieu d'une réserve, parmi les Indiens. Cependant, s'agissant de nouvelles, il n'y a pas forcément de point final à l'histoire, pas toujours en tous cas, c'est donc plus des instants de vie capturés par écrit.
    Petits bémols : il y a quelques noms de tribus « inconnus » [pour moi] et il est parfois difficile de les retenir pour faire la différence par la suite entre les différents membres de tribus. Mais ce n'est pas bien grave. Par contre, je dois avouer ne pas avoir compris la première nouvelle. Je l'ai lu et relu, et la fin reste pour moi … un mystère. Si jamais quelqu'un sait m'expliquer ! ^^
    En résumé c'est un livre agréable à lire. Les nouvelles sont parfois intéressantes, parfois mignonnes voire passionnantes. Mais elles sont aussi de temps en temps longues et ennuyeuses. Je trouve ça dommage car ça casse un peu le rythme de la lecture. Cependant, il est très intéressant pour comprendre le point de vue des Indiens, voir ce qu'ils ont perdu avec l'arrivée des Blancs.
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    • Livres 4.00/5
    Par LUKE59, le 15 avril 2012

    LUKE59
    Treize nouvelles en parfaite cohésion dont le thème principal tourne autour de la souffrance du peuple amérindien suite à un choc des cultures décrit par l' auteur comme une véritable calamité. A travers ces récits émouvants et dans un style toujours aussi brillant, Joseh Boyden nous narre le déclin d' une civilisation petit à petit dépouillée de sa langue, de ses traditions , de son territoire et enfin, pervertie par l' alcool, le jeu, la drogue, les fast-foods....: une vision à la fois pessimiste et réaliste sur l' avenir de ces indiens Cree.
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    • Livres 5.00/5
    Par kathel, le 26 juillet 2010

    kathel
    Je sais que les avis sont partagés sur "Le chemin des âmes" que j'avais déjà adoré, eh bien j'enfonce le clou avec "Là-haut vers le Nord" qui correspond tout à fait à ce que j'attends d'un livre : humanité, intelligence, sensibilité qui me laissent enchantée ! Et le dépaysement aussi, car les mêmes nouvelles situées dans un coin du Limousin auraient sans doute moins de saveur, il faut bien l'avouer !
    Treize nouvelles qui donnent à voir la vie dans un territoire indien de l'Ontario. Relations entre blancs et indiens, perverties par l'alcool, la drogue, le jeu, la religion et même les fast-food… C'est le mélange quelquefois cocasse, très souvent douloureux, entre culture d'origine et culture apportée par les blancs, qui est à la base de toutes ces nouvelles. La tonalité en est plutôt sombre, car comment ne pas l'être quand on voit ces vies gâchées, celles des femmes en particulier, mais il y a toujours une lueur d'espoir, et elle vient souvent de traditions ou de croyances qui émergent là où on les croyaient disparues à jamais.
    Je serais bien en peine de vous livrer mes nouvelles préférées, car elles ont toutes mes faveurs... Les personnages se retrouvent parfois d'un texte à l'autre, donnant plus de cohésion à l'ensemble, si besoin était, car même si vous n'êtes pas habituellement lecteur de nouvelles, je pense que vous pouvez aimer ce livre.



    Lien : http://lettres-expres.over-blog.com/article-joseph-boyden-la-haut-ve..
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Citations et extraits

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  • Par litolff, le 05 avril 2011

    Quand il avance, ses gestes sont lents, comme s'il marchait sous l'eau ou contre une bourrasque : c'est peut-être pour ça qu'il se débrouille si bien dans les bois. Ma mère disait que Gitchi-Manitou n'a jamais créé un être sans le doter d'un talent particulier : le talent de Francis, c'est de connaître les voies du bush. Il approche un orignal ou un caribou par-derrière avant que la bête ait remarqué sa présence, il lui touche pratiquement le cul. Et je me rappelle une chose dingue que j'ai vue un jour d'hiver, en chassant : Francis qui cavalait parmi une horde de caribous comme s'il en faisait partie. Les bêtes ne bronchaient pas, comme on tolère un ami envahissant. Dink peut rester dans les bois des jours entiers. Il trouve son chemin en silence parmi les plus épaisses broussailles, cueillant au passage des plantes et des baies pour se nourrir et il repère les bêtes avant que les chasseurs les plus aguerris ne sachent de quoi il retourne. Il a un don, Dink, mais dans une culture à l'agonie. Autrefois ce talent-là aurait valu tous les trésors de la terre aujourd'hui, il ne rapporte que quelques centaines de dollars la semaine, lâchés par des Yankees qui montent du Michigan ou du Minnesota. Dans les bois, Dink n'a plus rien d'un gosse ingrat : c'est un maître.
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  • Par kathel, le 26 juillet 2010

    Cette nuit m’en rappelle une autre, il y a deux hivers.

    Je me retournais sans cesse dans mon lit. J’ai enfilé ma parka, chaussé mes mukluks et je suis sortie. Il faisait un de ces froids, celui qui vous pince les doigts à travers les moufles, vous gèle l’intérieur du nez, vous mord les orteils malgré toutes les paires de chaussettes que vous avez pu mettre. J’ai marché comme ça, sans but, en direction du sud. Ça sentait le feu de bois, des flammèches s’envolaient par les cheminées des voisins. La tête levée vers le ciel, je cherchais Mars et Vénus, les étoiles qui ne scintillent pas.

    J’espérais voir une aurore boréale. J’aurais voulu marcher sans bruit, comme les ancêtres : on aurait dit qu’ils m’observaient, qu’ils me jugeaient, à l’abri des rochers, ou bien perchés dans les grands pins. Mais mes pas crissaient si fort dans la neige que, malgré ma toque, je n’entendais plus que ça. Je me suis sentie bête. Si les ancêtres étaient là, je les avais déjà fait fuir.

    Une fois sur la rive, j’ai allumé une cigarette pour regarder les lumières de Moosonee qui scintillaient, de l’autre côté de la baie. C’est comme ça que je l’ai rencontré. J’ai d’abord entendu ses pattes crisser dans la neige. J’ai retiré ma toque, pour écouter. Et en repartant, d’un pas lent, je sentais son regard dans mon dos. Mais ça n’avait rien d’effrayant : on aurait plutôt dit la visite d’un vieil ami. Les oreilles me brûlaient mais je n’ai pas remis ma toque : je sentais bien qu’il était là, tout près. Il m’a suivie jusque chez moi.

    Mais il ne s’est montré que la nuit suivante, quand j’ai tendu mon piège. Un ami de Lucky avait étripé un orignal : j’ai volé quelques abats. Je les ai posés sur un tas de neige, derrière chez nous. La nuit venue, je l’ai guetté à ma fenêtre. J’ai attendu longtemps ; peu après deux heures, il est apparu, comme un fantôme, une ombre mince et furtive, humant l’air, les oreilles aux aguets. Je l’ai regardé traîner mon offrande à l’abri des arbres.
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  • Par LUKE59, le 05 avril 2012

    Quand les oies repartirent cet automne-là, ils conduisirent leurs enfants au pensionnat.../...La première chose que firent les religieuses, ce fut de leur couper les cheveux.../...Puis elles leur dirent qu' ils n' avaient plus le droit de parler cree, sinon on leur laverait la bouche au savon et on les fouetterait avec une baguette.(p180/181)
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  • Par litolff, le 07 avril 2011

    Les Indiens leur ont fait quelques présents en retour. Le jeu de la crosse, les cheveux longs. Le maïs, les calumets de la paix. Des noms, pour leurs équipes de base-ball. Les pow-wows et Tonto. Un destin pour Custer. Des terres. Beaucoup de terres. Thanksgiving .

    Mais les présents dont on ne parle jamais : ce sont ceux-là qui comptent
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  • Par litolff, le 07 avril 2011

    Je me suis mis à parler dès l'âge de sept mois : des phrases complètes, en anglais et en cree. Je mélangeais souvent les deux langues sans m'en apercevoir. Je n'étais qu'un jeune geegesh quand ma mère m'annonça que mon rôle, sur cette terre, serait de dire les tipachimoowin - de conter des histoires.
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Vidéo de Joseph Boyden

Le chemin des âmes de Joseph Boyden au Livre de Poche .
Ce n'est pas un livre qui vous laisse indemme, c'est un livre qui parle de la guerre, du déchirement et malgré cela, c'est un livre suffisamment universel pour toucher un public très hétérogène.http://www.livredepoche.com/livre-de-poche-3119849-joseph-boyden-le-chemin-des-ames.html








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