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Hugues Leroy (Traducteur)
ISBN : 2253119849
Éditeur : Le Livre de Poche (2008)

Note moyenne : 4.38/5 (sur 442 notes)
Résumé :
1919. Nord de l'Ontario. Niska, une vieille Indienne, attend sur un quai de gare le retour d'Elijah, un soldat qui a survécu à la guerre.

A sa grande surprise, l'homme qui descend du train est son neveu Xavier qu'elle croyait mort, ou plutôt son ombre, méconnaissable.

Pendant trois jours, à bord du canoë qui les ramène chez eux, et tandis que sa tante essaie de le maintenir en vie, Xavier revit les heures sombres de son passé : l'enga... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (91) Voir plus Ajouter une critique
andman
andman06 septembre 2015
  • Livres 5.00/5
Sur le Chemin des dames nombreux ils succombaient, “Le chemin des âmes” alors ils empruntaient...
Publié en 2004, le roman de Joseph Boyden est un mélange de barbarie et de spiritualité, guidé par deux voix qui tour à tour lui donne vie.
“Le chemin des âmes” c’est l’enfer du nord de la France raconté par un amérindien, Xavier, enrôlé avec son ami d’enfance Elijah dans un bataillon canadien vite embourbé dans les tranchées durant des mois interminables face à l’envahisseur allemand ; c’est une immersion au cœur de ”la Der des Ders” ; c’est le quotidien de soldats terrés dans des trous à rats avec la peur, la boue, les poux chevillés au corps ; ce sont les assauts répétés de ces pauvres bougres sous la mitraille, les obus et les gaz qui fauchent aveuglément.
“Le chemin des âmes” c’est aussi l’histoire de la tribu Cree en voie d’extinction, racontée par la tante de Xavier qui récupère celui-ci en piteux état dans une gare de l’Ontario un jour de 1919.
Chamane pour les uns, sorcière pour les autres, c’est elle qui a recueilli Xavier et Elijah encore enfants, qui leur a appris à survivre en milieu hostile au cœur de la forêt.
Arrivera-t-elle par ses remèdes ancestraux, par ses incantations, par son amour, à sauver une fois de plus son neveu maintenant à l’agonie au fond du canoë qui lentement glisse vers "son chez elle” ?
L’infinie tristesse qui hante “Le chemin des âmes” longtemps me poursuivra ; la personnalité hors norme de ses trois personnages principaux longtemps me fascinera ; la plume incisive de Joseph Boyden longtemps m’appellera !
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Eric75
Eric7511 novembre 2012
  • Livres 5.00/5
Prenez deux univers fictionnels que rien a priori ne semblait pouvoir rapprocher. Deux univers dont le potentiel romanesque reste immense malgré la profusion d'oeuvres déjà produites. Prenez, par exemple… la guerre de 14-18 (une énorme boucherie qui a taillé dans le gras de la pyramide des âges de la population française comme dans un vulgaire morceau de kebab, en tout cas, c'est de cette façon édulcorée qu'on nous l'avait présentée dans les petites classes), et prenez, tiens, pourquoi pas… les indiens d'Amérique (un peuple décimé et spolié de ses terres ancestrales par un autre, prétendument censé représenter la civilisation). Dans les deux cas, ces sujets charrient beaucoup de bagarres, de drames et de morts inutiles, et dans les deux cas, ils ont inspiré (chacun de leur côté) pléthore de récits, romans, films, bédés, qui font désormais partie de notre imaginaire. Ces univers en apparence disjoints n'ont aucun point d'intersection. Enfin, si… maintenant, il y en a un. Ce point commun s'appelle le Chemin des âmes de Joseph Boyden.
En 1916, deux indiens Cree, Xavier Bird et Elijah Whiskeyjack, font la guerre dans les environs de Saint-Eloi et d'Ypres, en Belgique. Enrôlés comme tireurs d'élite, ils se cachent dans les recoins improbables laissés par la dévastation des combats. Ils observent et déciment les tireurs à découvert du camp d'en face qui paient de leur vie un instant d'inattention. Ils participent également aux assauts dans les tranchées, aux corps-à-corps à la baïonnette, à la reconquête des collines et des cratères investis par l'ennemi.
Le lecteur est à leur côté, rentrant la tête dans les épaules au miaulement des balles et des éclats d'obus, éclaboussé par la boue, le sang et les morceaux de cervelle des camarades.
Mais ce livre est beaucoup plus que ça. Une histoire complexe entre Xavier et Elijah, qui sont amis d'enfance, se développe progressivement, mêlant admiration réciproque, jalousie et compétition. Leur histoire finira en tragédie indienne ressuscitant le mythe du windigo, qui n'a rien à envier à la tragédie grecque.
On sait dès les premières pages que Xavier, accueilli par sa tante Niska à sa descente du train, rentrera au pays. Xavier et Niska sont tour à tour les deux narrateurs du récit. Sur la route du retour en canoë qui durera plusieurs jours, la guerre est racontée à travers les souvenirs de Xavier, anéanti, qui semble se laisser mourir. Niska rappelle comment a évolué le destin de sa famille confrontée à l'arrivée des wemistikoshiw, des hommes blancs, et raconte à travers son parcours personnel celui des indiens de l'Ontario. Ses vieux trucs de sorcière parviendront-ils à faire revenir Xavier parmi les vivants ?
A travers tout ce qu'il évoque et dévoile sur cette période, le chemin des âmes est un immense et exceptionnel roman, mais c'est aussi un premier roman, qui l'eût Cree ? A lire d'urgence.
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latina
latina02 septembre 2012
  • Livres 3.00/5
J'ai accompagné Xavier à la lisière du chemin des âmes... Je les ai entendues murmurer leur ravage à son oreille, j'ai tremblé avec lui dans le fracas des armes, tellement fort qu'il en est devenu sourd. J'ai souffert avec lui. J'ai été dévastée devant la folie meurtrière d'Elijah, son ami. J'ai regretté le Canada, ses forêts sombres et ses animaux sauvages, la liberté de Niska, sa tante qui l'avait pris sous son aile.
Et Niska, justement, je l'ai admirée pour sa façon de vivre, libre et sauvage ; pour son refus de la Mort. Force de vie, elle est l'incarnation de la Déesse-mère qui fait fructifier ses petits et leur donne le courage de continuer.
La guerre des tranchées, en Belgique et dans la Somme, couplée à la chasse à l'orignal et à la magie de la religion des Indiens, forme un mélange détonant, hymne à la vie et à la mort.
Mais cessons d'évoquer cette histoire, car « évoquer sa mémoire ne ferait qu'inviter la tristesse et la tristesse, par ici, monte aussi vite que la pluie dans les tranchées, jusqu'à tout noyer. »
Ce roman, je l'ai donc aimé, mais pour ma survie, je suis contente de l'avoir refermé, il m'emportait trop loin et trop longtemps à la lisière de l'enfer.
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Macha_Loubrun
Macha_Loubrun17 septembre 2013
  • Livres 5.00/5
En 1919, au nord de l'Ontario, la vieille Niska ramène son neveu, chez eux dans la forêt, en canoë. Après quatre ans de guerre en France, il ressemble à un vieillard infirme et perclus de douleurs. Les horreurs de la guerre le hantent et le torturent tout autant, il est le fantôme de lui-même. C'était un grand chasseur depuis l'âge de cinq ans, un amoureux de la nature devenu un tireur d'élite au sein de l'armée canadienne. Il s'est engagé pour l'aventure et l'argent avec la fougue et l'innocence de ses vingt ans accompagné d'Elijah, son ami d'enfance, son frère de coeur. Pendant la guerre on l'appelait X, pour symboliser une cible, sa tante lui dit Neveu mais son prénom c'est Xavier.
Avec Elijah, ils se sont connus dans le pensionnat inhumain dans lequel ils étaient destinés à grandir, loin de la culture indienne. Et c'est Niska qui leur a tout appris de la forêt mais rien de la guerre.
Niska la guérisseuse n'a pas la médecine pour soulager Xavier alors durant trois jours, pour ramener Neveu à la vie elle lui raconte l'histoire de la tribu, sa vie et les moments merveilleux qu'ils ont partagés ensemble. Saura-t-elle apaiser le combat intérieur que mène Xavier face aux évènements qui ont brisés son âme. On passe du silence feutré des montagnes enneigées aux bruits terrifiants des tirs, de la vision d'un original sorti de la forêt au spectacle effroyable de visages aux yeux vitreux, troués d'une balle.
« le chemin des âmes » est un conte aux notes sombres et lumineuses à la fois qui n'offrent guère de répit au lecteur, mais la nature et la guerre n'en laissent aucun aux personnages. C'est poétique et barbare à la fois, si atrocement cruel qu'il faut parfois faire de courtes pauses au cours de la lecture. C'est aussi une ode à la nature et aux grands espaces, une plongée dans la culture indienne malmenée par les blancs.
C'est insoutenable, bouleversant et Joseph Boyden signe un premier roman magnifique d'authenticité et de force.
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Krout
Krout20 juin 2016
  • Livres 4.00/5
Je me retrouve nu, couvert d'un simple "pagne", deux rectangles de peau de loutre tannée attachés à une lanière de cuir, au milieu des érables, des chênes et des hêtres, à portée de l'orignal. Le vent est mon allié, il souffle contre moi, je sais que c'est pour m'aider. Chaussé de mocassins, qui me permettent de m'approcher encore plus près sans bruit je lui décoche une seule flèche, j'entends son sifflement, déjà elle lui perce le cou, un peu de sang, le voilà qui fléchit et s'affaisse dans un dernier râle. Je sors mon couteau mais avant de le dépecer, je me penche et chuchote à l'oreille de l'animal, je le réconforte, le remercie du don qu'il fait à notre clan, l'assure que rien ne sera perdu, nous prendrons soin du moindre tendon. Aujourd'hui je suis très fier, je me dépêche d'embarquer le plus de morceaux sur ma pirogue, c'est à peine si elle dépasse encore de l'eau, je me résous à mettre le reste bien à l'abri sous les fougères. Moi aussi je serai un grand chasseur, pas aussi bon que Xavier qui m'a tout appris, si il savait comme je l'admire, comme je vénère l'amitié qu'il m'a offerte ; encore aujourd'hui, je me demande pourquoi il est venu me chercher, pourquoi il m'a choisi. Ce soir je vais en faire un maximum à la veillée j'aimerais tant que Xavier soit fier de l'exploit que je lui dois, le taquiner c'est ma façon de lui prouver mon admiration, autrement je suis trop gêné. Ma légende s'ajoutera aux légendes de la tribu que l'on raconte de générations et de générations. Je m'appelle Elijah Wiskeyjack tout ce que je sais de la sagesse des Crees, je le dois à Xavier Bird et sa tante Niska. Mais Niska dit que nous sommes les trois derniers ! Alors pour ma légende, je pourrai seulement devenir le plus grand des guerriers.
C'est le funeste cri du Cree qui s'évanouit dans la nuit... des temps. Je suis mort à la guerre à 23 ans en demandant pourquoi ? Pourquoi ? Xavier, pourquoi es-tu venu me chercher ? Je n'ai pas su être l'ami que tu méritais. Pourquoi t'ai-je entraîné dans cette folie : la guerre dans les tranchées ? La guerre de ceux qui nous ont détruits, qui ont détruit notre peuple, qui ont brisé l'harmonie. Ils ont brisé les cercles et ce sont des fous qui se prétendent maintenant être le centre de la création. Ils prétendent nous apporter la Religion et la Civilisation, deux de leur mots pour cacher Abomination !!! Ils ne savent pas mettre leur oreille pour écouter la terre, ils ne savent pas entourer les arbres de leurs bras pour entendre la vie de leurs ancêtres, ils ne savent pas danser et chanter pour faire vibrer les nuages... Ce n'est pas ce que je rêvais. Ô Xavier, les Crees, mon ami, se sont envolés. Avec eux a disparu cette vibration, ce respect de la vie. Un génocide, et des mieux réussis, dont on ne parle jamais. Un continent éradiqué, une manière de vivre hommes, bêtes et plantes à égalité, en complémentarité, anéantie ... à jamais.
Je ne sais pas pourquoi je prétends être Elijah, est-ce d'avoir lu Corentin chez les peaux-rouges de Paul Cuvelier, tout jeune ? Est-ce le grand Manitou qui influence mon esprit ? J'aurais pu te dire que mon nom était Xavier Bird, il est revenu de cette boucherie de Vimy, des tranchées de la Somme, on dit qu'il a survécu, moi je te dis qu'il n'y a pas de différence, il est mort à 23 ans, lui aussi. le meilleur de lui-même lui a été enlevé... par la guerre. Eh, je ne parle pas de sa jambe ! Je parle de cette chose qui s'est perdue en chemin. C'est à devenir fou ! La folie, le seul moyen d'échapper à la guerre, vaincre le mal par le mal ? Dis cela marche, docteur ??? Allez, soyons fous ! J'enlève le "pagne" : me voici nu devant vous. Je croyais en l'amitié indéfectible, je suis ... Bon, faire attention à mes couilles sur le clavier. Les couilles que je n'aurais vraisemblablement pas eues pour charger hors des tranchées. Encore moins me porter volontaire pour des sorties de nuit dans le no man's land. J'ai honte mais je me serais probablement débrouillé pour être au moins capitaine où choisir l'aviation, sûrement pas l'infanterie. Le combat corps à corps, à mon premier mort, je serais devenu fou, j'aurais commencé à aimer cela. Et j'en aurais voulu encore et encore, c'est de cela dont j'ai honte et de cela dont j'ai peur, je regarde mes mains: elles tremblent. Voilà pourquoi je t'ai dis m'appeler Elijah. Par peur je chierais dans mon froc, pfff .... heureusement que je me suis mis à poil.^^
La guerre est une saloperie finie. Une folie collective manipulée par quelques uns. La der des der, mon cul ! Et je reste poli. Que puis-je faire ? Je chante comme une casserole, alors même d'amour pour faire taire un tambour ! Tu rigoles où quoi ? Il reste l'humour pour masquer le manque d'amour. Alors je vais te raconter l'histoire d'un mec qui est mort, il y a juste 30 ans ... et un jour. Ce mec tu l'aurais pris pour un comique, il avait écrit un jeu de mots en forme d'aphorisme qui s'applique bien à la guerre, et ce qu'il valait naguère il le vaut encore aujourd'hui : " L'horreur est humaine." Alors je ne saurais pas mieux dire. Il disait aussi dans un sketch sur les anciens combattants : " On lui a crevé les deux yeux, pour qu'il voit pas sa misère."
Un jour ce mec est arrivé à la TV avec une guitare, et moi j'ai bien vu qu'il se mettait à nu pour chanter :
"Misère, misère !
C'est toujours sur les pauvres gens
Que tu t'acharnes obstinément
Misère, misère !
ça sera donc toujours les salauds qui nous bouff'ront
L'caviar sur l'dos
Misère, misère !
Tu te fais l'ennemie des petits
Tu te fais l'alliée des pourris
L'argent ne fait pas le bonheur des pauvres
Ce qui est la moindre des choses
Convenons-en
Convenons-en !"

Ni la chanson, ni l'humour n'y feront rien. L'Europe nous a protégé pendant 70 ans, souvenons-nous en, souvenons-nous en. Je suis profondément heureux que l'auteur aie choisi comme titre le chemin des âmes et non des ânes ou le sentier de la guerre pour ce roman émouvant qui est une ode à l'amitié. L'amitié qu'à 22 ans, je croyais encore indéfectible. Pourquoi ...
Magnifique et poignant, je le recommande chaudement ce chemin des âmes.
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Les critiques presse (1)
Actualitte01 juillet 2014
Après la lecture du chemin des âmes, cette maudite guerre revêt âprement son caractère mondial, se déleste entièrement de la rivalité franco-allemande à laquelle elle est souvent et maladroitement encore réduite, ouvre notre horizon de lecteur français, modifie un peu notre devoir de mémoire. Et c'est très bien.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations & extraits (83) Voir plus Ajouter une citation
SachenkaSachenka13 août 2016
J'ai remarqué que les wemistikoshiw [les Blancs, les Occidentaux] font toujours les choses par trois. Ils sont obsédés par ce nombre : ligne de front, de renfort, de réserve n'en sont qu'un exemple parmi tant d'autres. Leurs équipes de travail comptent toujours trois membres : d'ailleurs, ils les appellent en les numérotant. Le soldat un fait le guet pendant que les soldats deux et trois opèrent. Même leurs armées se divisent en trois corps, l'infanterie, l'artillerie, la cavalerie, et ces trois corps sont soumis aux trois rituels de l'entrainement, du combat et du repos.
Cette passion du nombre trois se communique de ceux qui donnent les ordres à ceux qui les reçoivent. Dès que nous partons en repos, nous nous comportons au même rythme : manger, dormir, les femmes. [...] Parfois, j'assiste aux prières où les wemistikoshiw se rassemblent et dans lesquelles ils invoquent leurs trois manitous, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. C'est peut-être la raison pour laquelle ils font tant de choses par trois.
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SachenkaSachenka14 août 2016
Voici où m'a conduit ma vie. Cela m'apparait aussi clairement que si j'avais suivi un sentier bien tracé, commençant aux rivières qui coulent chez moi, dans le nord, pour traverser tout ce pays qu'on appelle Canada, pour arriver à l'océan, que l'océan se soit ouvert devant moi, comme dans cette vieille histoire de Biblique les bonnes soeurs m'ont forcé à retenir quand j'étais petit, pour me mener ici, précisément, dans ce lieu étrange où confluent et explosent tous les malheurs du monde.
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Zazette97Zazette9724 mai 2011
Je dirai aux anciens les choses étranges que j'ai vues, les aéroplanes qui montent très haut dans le ciel pour se mitrailler l'un l'autre, et les cadavres, tant de cadavres autour de nous qu'on ne les voit même plus gonfler sous la pluie, et cette rumeur à propos de petites bombes, pleines d'un gaz empoisonné qui brûle la gorge et les poumons, si bien qu'on s'étrangle et qu'on meurt dans de terribles souffrances, et les patrouilles, la nuit, quand on se faufile comme un renard pour aller réparer des fils de fer et nettoyer les cratères ennemis, et les obus, qui arrivent en sifflant de nulle part, un beau matin, pour arracher les bras, la tête, les jambes de l'homme auquel vous parliez la veille.
Mais surtout, je dirai aux anciens comment, après un bombardement, la vie reprend son cours ordinaire, presque aussitôt, comment l'esprit ne tolère pas qu'on s'attarde sur l'horreur de la mort violente, car sinon l'on deviendrait fou.
Et c'est pour ça qu'ils sont là, debout par petits groupes, à bavarder tout nus sans se soucier des filles de ferme belges qui les regardent de loin en gloussant, je dirai comment ils allument une cigarette les doigts encore sanglants du soldat qu'ils viennent d'enterrer, comment ils peuvent exulter quand un homme, dans son aéroplane, plonge à sa mort après avoir été criblé de balles.
Comment ils peuvent accepter, sans ciller, l'exécution d'un des leurs, pour s'être assoupi durant le guet.
Moi, je garde la tête sur les épaules en faisant des choses simples, les choses que mon corps sait faire. p.114
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latinalatina01 septembre 2012
Il pleut sans discontinuer depuis des semaines : devant nous s'étend un champ de boue que dévastent des cratères pleins d'eau et de cadavres. Plus un arbre ou un buisson debout. (...)
Pour quelle raison nous envoie-t-on ici? J'en arrive au stade où je ne m'explique plus rien, surtout pas les mobiles de ceux qui promènent les troupes d'un endroit à un autre, leur commandant de courir à leur mort.
Je les hais pour ce qu'ils me font faire, mais je n'en parle pas; je laisse ma haine suppurer. (...)
Il paraît que les blessés qu'on ne ramasse pas tout de suite se noient dans la boue.(...)
Et toujours, la pluie qui tombe, les obus qui pilonnent, retournent le bourbier; c'est ma hantise : me retrouver blessé, agonisant, m'enfoncer là-dedans à jamais. Englouti. Porté disparu; et toi, Niska, qui m'attendrais des années.
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latinalatina27 août 2012
On nous faisait coucher dans de longues salles, sur des rangées de paillasses; et comme j'étais la plus grande et que je ne parlais qu'à peine leur langue, les soeurs me surveillaient de très près. Elles me tenaient à l'écart de ma soeur; elles ne voulaient pas que je touche à ce qu'elles avaient inculqué à Rabbit, que désormais elles appelaient Anne.
Elles me tiraient du lit en pleine nuit pour me traîner dans une pièce aux lumières aveuglantes, où l'on me faisait répéter sans cesse les mêmes paroles jusqu'à les prononcer comme il falllait. Si j'étais surprise à parler ma langue, elles me frottaient l'intérieur de la bouche au savon et ne me donnaient rien à manger pendant des jours.
Les petits, elles les corrigeaient à coups de verge, ou bien elles les forçaient à manger par terre, comme des chiens; mais quelque chose, dans mon regard, les retenait de s'y risquer avec moi.
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Joseph Boyden souhaite un bon anniversaire à Terres d'Amérique .1996-2016 : la collection Terres d'Amérique fête ses 20 ans aux éditions Albin Michel. Depuis 1996, Terres d?Amérique a pour ambition de faire découvrir aux lecteurs français la richesse et la diversité des littératures nord-américaines, de publier des écrivains aux voix et aux univers singuliers. Si des écrivains confirmés y ont été publiés tels que James Welch ou Louise Erdrich, nombre de jeunes auteurs y ont fait leurs débuts, tels que Sherman Alexie, Joseph Boyden, Dinaw Mengestu ou encore Anthony Doerr. le collection fait la part belle à la découverte et la publication de recueils de nouvelles avec des auteurs tels que Charles D?Ambrosio, David James Poissant (?Le paradis des animaux) ou encore Tom Barbash, sans oublier ?Un goût de rouille et d?os? du Canadien Craig Davidson adapté à l?écran par Jacques Audiard. A travers ces livres, c?est toute une géographie littéraire forte et sensible qui se dessine, à rebours des images toutes faites et des idées reçues sur l?Amérique. http://www.albin-michel.fr/la-collection-terres-d-amerique?=1
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