(édition numérique)
Nous accédons à ce que nous sommes en nous faisant porteurs de l'Histoire – peu importe qu'on s'astreigne à l'assumer de façon vaste (la leçon des antiques, ou Salluste qui résonnerait ici), et peu importe qu'on y soit directement mêlé: nous s... > voir plus
ce n'est pas encore un livre sur la guerre, comme trop il y en a, c'est à mes yeux un grand livre.
toutes les guerres, de tous les temps (et même, mais juste en allusion, nos petites tensions dans la vie ordinaire déshumanisante)
un abécédaire du pire : de A comme A.battoir à Z comme Z.eppelin (et le R. comme R.aser est vide, petite gaminerie dans l'horreur)
toutes les formes, des imprécations, de la scatologie, des élégies, des exposés froids (ou presque), et quelques citations incorporées au texte pour que soient présents les aztèques ou Agrippa d'Aubigné et la Saint Barthélémy
J'ai été emportée dans les 84 pages de notre enfer
et de tuer
et de hurler
hurlehurlahurlaithurlerahurleront
transformant changeant les
étiquetages
anthropophages MYSTIFICATEURS
tueurs à l’aveuglette
massacreurs à la machette
bombardiers ronronnant
et sortiraient de la bouche des objets
et pénétreraient
dans les oreilles des fruits, des ustensiles
et des dents brisées giclerait du sang
et de la fracture du crâne
Depuis le temps que de temps que ça dure, que la mort et les combats de l’acier, de l’atome, de la furie des titans à mains nues, gigantomachie de merde à tête morte, le vent, l’échange des balles, depuis le temps que nous les voyons, que nous les entendons beugler leurs récits sanglants depuis le temps que nous les laissons venir nous effrayer avec ces corps violentés qui
vont au fil de l’eau
je vous fais griller
et vous aime à pleine bouche
et vous crache vos propres cendres à la figure
vous ne me voyez pas, vous ne m’entendez pas
je suis MORT (celui et celle) qui ne vous apprend
rien mais vous prend tout entier, je voyage au
milieu des bestiaux, dans les wagons du train
des guerres. Je suis le dieu tout puissant de vos
abattoirs, la forme extrême de vos délires, de
vos hallucinations déliquescentes, je vadrouille
sur vos territoires comme une bête folle boule-
versant le paysage, renversant les constructions
je suis la désagrégation
Chaque conflit, pour autant qu’il provoque des dégâts conséquents chez l’ennemi, aide le progrès. La guerre est aussi utile à la paix qu’elle l’est à la science, elle s’y développe comme un ver dans le fruit. Suffit de savoir pondre au bon moment, quand les fleurs s’épanouissent.
les bombes atomiques ont enfanté l’avenir
et depuis nous sommes dedans
notre mémoire est dedans
fœtus recroquevillé
épouvanté
par le monde tel
que nous l’avons fait.