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ISBN : 2350130355
Éditeur : Jean-Claude Gawsewitch (2005)


Note moyenne : 3.44/5 (sur 50 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Nos enfants ne savent plus lire, ni compter, ni penser. Le constat est terrible, et ses causes moins obscures qu'on ne veut bien le dire. Un enchaînement de bonnes intentions mal maîtrisées et de calculs intéressés a délité en une trentaine d'années ce qui fut l'un des ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Under_The_Moon, le 30 août 2013

    Under_The_Moon
    Si vous aussi vous faites partie de ceux qui se disent que le niveau exigé à l'école a baissé, et qu'on vous prend pour des crétins lorsque les politiques ou les médias s'évertuent à vous affirmer le contraire : lisez cet essai sans concession de Jean-Paul Brighelli !
    L'effet est immédiat, quelques soient vos opinions politiques, puisque l'auteur montre bien que tous, en matière d'éducation on fait "évoluer" les choses du pareil au même !
    Agrégé de lettres, et normalien qui plus est, il est indéniable que Jean-Paul Brighelli est a classé parmi les "types brillants" qui subsistent aujourd'hui dans la société. de part sa culture bien entendu, mais aussi par sa maîtrise de la langue française dont on se régale : un scalpel façon héritier des Lumières !
    Au-delà de la forme, le fond qu'il dénonce est ... navrant ! C'est bien le moins qu'on puisse dire !! Toutes les aberrations de notre système d'éducation en ruine y passent : les programmes et (surtout!) leurs concepteurs (ouff!) , les sorties scolaires, les exigences aux examens, la formation des professeurs, le système d'inspection, les ZEP (rebaptisées très justement Zones d'Exclusion Programmée), les parents d'élèves, les syndicats, le collège unique, l'intrusion malsaine du religieux dans le scolaire.... TOUT LE MONDE !
    C'est vrai qu'il a parfois tendance à aller trop loin dans certains de ses propos et cela peut le faire paraître un peu "réac' ". Malgré cela, force est de constater qu'au moins 98% de ce qu'il dit et constate est juste...
    Un seul constat s'impose - s'il fallait résumer en une phrase : la République a failli. Autrement, comment expliquer que des français de n'importe quel milieu pouvaient s'en sortir grâce au système scolaire pour gravir les échelons de l'échelle sociale et ne le peuvent plus maintenant? Pour ceux qui n'en seraient pas convaincus, je vous invite à lire la démonstration made in Brighelli (et aussi à regarder sans préjugés ceux qui viennent de "la France d'en bas").
    Petits exemples choisis (car j'ai vraiment jubilé en les lisant) avec la didactique (soit disant formation qui sert à apprendre de LA bonne façon aux élèves) et ceux qui décident du contenu des programmes (entre autre) :
    "Qu'est-ce que la didactique? C'est l'art d'apprendre à apprendre que l'on ne sait pas. " (p52)
    "(...) "manuels", encombrés d'un vocabulaire abscons auquel parent et élèves ne comprennent goutte - c'est un critère de choix comme un autre. (...) Si la didactique était en rien concevable, elle s'énoncerait aisément. Elle n'aurait pas besoin d'un tel cryptage." (p109)
    "(...) les nouveaux pédagogues, ces professionnels de la pédagogie qui ne sont pas sur le terrain, et qui, souvent, ont tout fait pour le quitter." (p64)
    En bref, c'est un essai qui m'a rassurée dans le fait que je ne suis pas la seule à penser qu'on nous prend pour des crétins et que le système qui m'emploie est une vaste fumisterie à peine voilée même si beaucoup préfèrent ne pas le voir.
    A lire donc ! pour preuve j'ai été jusqu'à la 4ème étoile alors que ce n'est "qu'un" essai ! Mais qui dénonce si bien les absurdités et effets pervers des nouveaux dogmes qui partaient pourtant de bons sentiments ....
    "Respecter l'élève, ce n'est pas lui donner raison, ou tolérer ses incongruités." (p53)
    " "Etre à l'écoute des élèves" est l'une des fumisteries à la mode imposées aux profs pour justifier le fait que les élèves, eux, n'écoutent plus." (p30)
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    • Livres 1.00/5
    Par Haldir, le 03 août 2013

    Haldir
    Ce livre m'a énervé. Profondément énervé. Et encore c'est un euphémisme. Dire que, au fil de ma lecture, l'envie m'a plus d'une fois saisie de noyer des chatons avant de prendre ma carte à l'UMP et d'aller casser du gauchiste avec un pull de la Manif pour Tous, n'est pas exagéré. Ou si peu.
    On aperçoit régulièrement sur les étagères des librairies et des bibliothèques nombre d'essais aux titres apocalyptiques. « Société en danger », « Modèle français : la fin est proche », « Maniaco-dépressifs et autres cinglés qui hantent nos vie » j'en passe et des meilleurs. Autant de bouquins écrit par de pseudo experts en manque de visibilité et de couverture médiatique.
    « La fabrique du crétin : la mort programmée de l'école » n'échappe pas à la règle. Décryptons quelque peu ce bouquin a succès que nombre de lecteur portent aux nues. (il n'y a qu'à regarder les généreuses notes sur SC et l'ensemble de la Toile pour s'en convaincre)
    Le titre tout d'abord. L'école, cette grande institution de la République, ce pilier de notre société qui a formé des dizaines de jeunes talents, vivier d'esprits brillants qui rayonnent sur le monde et apportent aux peuples barbares les connaissances infinies des Lumières et l'esprit de la Révolution, allons enfants de la Patriiiieuh le jour de gloire est arrivééééé.... bref l'école est en danger. Viens à nous Hugo, relèves-toi Jean Moulin tes enfants sont en dangers ! Après avoir été ce modèle de vertu, ce lieu de transmission de valeurs humanistes et cette Mère des enfants de la République, l'école est menacée de toute part. Terminé le temps où de jeunes paysans du fin fond de la Creuse, de la Picardie ou de Dordogne (oui je sais je prends des lieux aux conditions de vie extrêmes) pouvaient joyeusement aller en classe pour apprendre à lire, écrire et compter (avant d'aller crever dans les tranchées mais on ne va pas chipoter là-dessus. Ils sont morts pour la France bon sang ! Et mieux vaut un troufion mort instruit qu'un troufion mort inculte) Tout le monde le sait mais Jean-Paul Brighelli lui l'a mieux comprit que les autres. LUI il SAIT. LUI il est agrégé de lettres. LUI il a fait Normale Sup' et il a enseigné « du collège à l'université » (dixit la quatrième de couverture) Alors c'est pas à lui qu'on va lui mettre à l'envers oh que non ! Comme tous ces « experts » dont nos sociétés on le secret, qui ont un avis (foireux) et des solutions (foireuses) sur tout, JPB va nous donner son avis de sommité et nous démontrer pourquoi LUI a raison et pourquoi les solutions qu'il préconise sont fantastiques pour retourner à un système où l'école produira d'éminents docteurs et non plus des cargaisons de sales chômeurs incultes (donc des-sales-jeunes-qui-en-branlent-pas-une-de-leur-journée-que-moi-de-mon-temps-c'était-différent)
    Mais pour appâter le chaland il faut un titre qui foute les pétoches. Mais pas trop non plus hein faudrait pas que les lecteurs se tirent une balle ! Pour faire un bon titre il faut une thématique qui rassemble et un grand méchant sur qui taper. « Ensemble tout devient possible ? » Hum non trop connoté. « La mort programmée de l'école » ? Ah oui ça c'est bon ! Les bobos se sentiront concernés (mais foutront quand même leur marmots dans le privé), les mecs de droite seront d'autant plus convaincu de l'utilité de mettre leurs gosses dans le privé (avec les mômes des bobos) et les amateurs de complot seront aux anges puisque cela les confortera dans l'idée que toute chose à une origine et qu'une entité démoniaque (sionistes, illuminatis, Grand Ordre du Bichon Cosmique, Satan – ajouter un groupe ethnique quelconque ou un pays haïs selon votre convenance e vos croyances personnelles] œuvre dans l'ombre pour saper tout ce qui est beau et juste en ce monde. Maintenant l'ennemi. « La France au français » ? Eh oh ça va hein ! C'est un livre écrit par un prof pour des gens qui s'intéressent à l'école. Il y a fort à parier que 99 % du lectorat sera de gauche ! Alors les formules pour bouseux avinés ou nostalgiques de la jeunesse de papy on oublie ! « La fabrique du crétin » ? Ah oui c'est bon ça ! Ca fait penser à une usine. L'usine étant le symbole du capitalisme ! Ouais c'est bon ça Robert on va taper sur le capitalisme ! Ca fait toujours vendre. Et qu'importe si c'est fait n'importe comment tant qu'on fait peur avec une menace abstraite, fût-elle à l'origine de bon nombre de problèmes actuels, il y aura toujours des gogos prêt à prendre leur cheval pour se battre contre des moulins plutôt que d'avoir une pensée concrète et structurée. Maintenant que le titre est trouvé, intéressons-nous au contenu.
    Comme tout bon livre sur l'école qui se respecte, JPB débute par nous parler des lois Jules Ferry. Ah Jules Ferry ! Cet esprit visionnaire et grandiose ! Ce pourfendeur de cureton, ce Guy Mocquet de la résistance contre l'obscurantisme barbare ! Bah oui c'est vrai quoi on va pas parler d'un livre sur l'école sans citer ce type ! Vous imaginez si ça avait été Adolphe Tiers ? Ou Mac-Mahon ? Ah on me dit dans l'oreillette que Jules Ferry était une grosse raclure colonialiste et l'un des premiers à louer le rôle « bénéfique » de cette dernière. Oui bon ça va on va pas en faire tout un plat non plus hein ! Et puis bon à l'époque qui n'était pas colonialiste ? Bref passons.
    JPB nous loue la Grande Ecole Républicaine, celle qui a émancipé tellement de monde etc. Bref le grand blabla habituel des nostalgiques de l'époque béni des Dieux où tout le monde respectait (ou plutôt craignait) l'instituteur et où les élèves bossaient ça oui ma bonne dame !
    Si je devais résumer ce bouquin en deux mots ce serait « schizophrène » et « réactionnaire ». Schizophrène car si le constat est globalement juste, les solutions sont d'une bêtise ahurissante et se contredisant en permanence. Selon JPB on serait passé d'une école du savoir à une école uniquement tournée vers l'apprentissage d'un métier. Bingo ! On ne peut qu'être d'accord sur ce point. On se souviendra avec une certaine nostalgie de nos jeunes années sur les bancs de l'école où beaufs et « élèves studieux » (appelés également « lèches-bouboules-casses-couilles-sans-vie-sociale ») hurlaient au scandale dès qu'un prof avait l'outrecuidance de ne pas suivre à la lettre (et tambour battant) le programme sous prétexte que cela allait les handicaper pour passer dans la classe supérieur et donc ralentir leur glorieuse entrée au pôle-emp... sur le marché du travail. L'autre point (et le seul) sur lequel JPB a tout bon est cette volonté de créer des débiles. Car un débile ne pense pas. Il applique bêtement ce qu'on lui demande de faire, ne se demandant pas si ce qu'il fait est juste, utile ou légal (car le droit du travail est une notion toute relative pour certains et pas seulement les « gros » patrons) Là-dessus rien à dire et JPB est dans le juste.
    Mais alors qu'est-ce qui ne va pas dans le monde de l'enseignement ? Quelles solutions apporter ? C'est là la pensée réactionnaire de JPB entre en jeu.
    Pour info, voilà ce que nous dit Wikipedia de la réaction : « Une réaction désigne la politique prônant et mettant en œuvre un retour à une situation passée réelle ou fictive, selon le point de vue, révoquant une série de changements sociaux, moraux, économiques et politiques. […] La pensée réactionnaire rejette un présent perçu comme « décadent » et prône un retour vers un passé idéalisé voire considéré comme fictif par leurs opposants. »
    « C'était mieux avant » ne cesse de nous répéter JPB (d'ailleurs l'auteur ne s'en cache pas puisque ce dernier nous dit, page 17 « la nostalgie […] est la seule voie sérieuse pour préparer le futur sans renoncer massivement à la culture ») Avant on faisait des dictées ! Ah ma bonne dame c'était bien ça pour l'orthographe des élèves qui passent aujourd'hui leur temps derrière des ordinateurs et des consoles ce qui les rend débiles ! Et puis on n'avait pas de sorties scolaires ! Ah les sorties scolaires, ce mal insidieux de notre belle école républicaine ! Avant on ne sortait pas ! On faisait des math, du français et de l'histoire ET C'EST TOUT ! Pas besoin de distraire les élèves en les emmenant en sorties, spectacles désolant qui vise à transformer l'école en parc d'attraction plutôt qu'en temple dédié au dieu Savoir ! Jusqu'à la fin des années 70 on était 40 par classe ma bonne dame ! Et on bossait ! Oui on bossait ! Mais à cause des hippies soixante-huitards tout a foutu le camp !
    Voilà en gros le fond de la pensée de l'auteur. C'était mieux avant. JPB pousse même le bouchon un peu plus loin en nous expliquant par A + B qu'auparavant tout le monde pouvait s'élever dans la hiérarchie sociale ! Oui oui tout le monde. Pour preuve il nous cite Murat, apprenti boucher qui devint maréchal de l'Empire (sorte de boucher mais spécialisé dans l'être humain) ou Camus, né dans un quartier algérien pour arriver « aux sommets de la gloire ». Oui mes enfants JPB nous ouvre les yeux : avant tout le monde pouvait s'élever. Même l'agriculteur picard sus-nommé pouvait devenir docteur ès médecine ! Comment ça ? Qui a osé dire « oui mais bon y'avait que les riches ou quelques rares élus qui pouvaient s'élever » ? Ah ah vil canaille ! Vous aussi vous êtes des partisans de la « modernité », d'infâmes capitalistes qui ne veulent que la mort de l'école !
    Car c'est là que le côté schizophrène de JPB prend le dessus. Il veut ouvrir le savoir au plus grand nombre mais dénonce le fait que 80 % d'une classe d'âge accède au bac. Il regrette le manque de mixité sociale mais encense le système scolaire d'antan où cette même mixité n'existait pas. On nage en plein délire.
    Pour lui seul le retour à la dictée et aux bonnes vieilles méthodes d'avant suffiraient à remettre le monde éducatif dans le droit chemin.
    Cher JPB je te conchie de toutes les fibres de mon âme. Tu sais Jean-Paul, ma grand-mère était fille d'agriculteurs. Elle adorait la lecture et suivait consciencieusement les enseignements que lui prodiguaient son maître d'école (il a été tué en 1940 le pauvre, préférant prendre la place d'un troufion pour aller reconnaître les positions des allemands... true story) Elle a même eu son brevet ! Mais, vois-tu, elle n'a pas pu continuer ses études. Pourtant elle a suivit à la lettre ce que tu préconises ! Vois-tu ma grande-mère venait d'un milieu pauvre. Elle n'a pas eu le droit à une bourse qu'elle aurait mille fois mérité. Une fois son brevet en poche elle a directement intégré les champs et a passé toute une vie à trimer pour une retraite de merde. L'histoire de mon grand-père est similaire. C'était un passionné d'histoire qui aurait pu faire de longues études s'il n'y avait pas eu la guerre (à une époque où tout le monde suivait tes méthodes d'enseignement il est curieux que les gens aient été suffisamment con pour se laisser entraîner dans deux boucheries à l'échelle mondiale et se faire manipuler aussi facilement par des dictateurs) Hélas pour mon grand-père il n'a pas vécu longtemps. C'est ça que de respirer des produits chimiques à longueur de temps. D'ailleurs quand tu parles de « travaux manuels » en regrettant qu'on n'encourage plus les jeunes à aller dans cette voie, permets-moi de te rappeler que ce sont des professions ou l'espérance de vie est bien moindre. Mon grand-père en a fait les frais.
    Mais laisses-moi te parler de moi Jean-Paul. J'ai fait mes 9 premières années de scolarité en ZEP. Nous ne faisions que du français et des math. Pas d'histoire, pas de sciences-naturelles et quelques rares sorties. Au programme : dictée, exercices, encore des dictées et encore des exercices. Les professeurs étaient autoritaires et craints. Bref tout ce que tu préconises. Eh bien Jean-Paul je n'ai jamais vu autant de décrochages scolaires, de gens lassés de l'école (à même pas 10 ans faut le faire...) J'avais de la chance, je venais d'une famille plus aisée que celles de mes petits camarades. Mes parents me poussaient à travailler ce qui fait que je récoltais les lauriers de la part de mes profs. Mais ce qui m'a le plus marqué, c'est combien mes camarades cancres étaient humiliés par les profs. Lors des résultats, le prof appelait les bons élèves au tableau. Nous recevions alors un cadeau, un livre ou je ne sais quel objet de peu d'importance. Les derniers de la classe en revanche devaient passer au tableau sous les rires du professeur. C'était soit-disant pour nous donner envie d'apprendre, de prendre en exemple les meilleurs pour progresser et aller de l'avant. Ce système, c'est ton système Jean-Paul. Et je ne le souhaite à personne.
    JPB conclu son livre en affirmant que jusqu'à la fin des années 70, l'Education nationale formait des « têtes bien faites et bien pleines » des élites « que le monde s'arrachait » et dont la culture était envie par le monde entier. C'est vrai qu'à une époque où tout était possible avec un bac, où le pays vomissait de la croissance par cartons entiers il est plus facile de prendre le temps de bien former les gens... Mais Jean-Paul, ôtes-moi d'un doute. Quand tu parles de ces fameuses « élites », tu veux bien parler de celles qui nous dirigent depuis 30 ans ? Ces générations qui ont pollué comme des fous furieux (mais qui nous demandent maintenant de faire attention à la planète), qui détiennent tous les leviers de pouvoirs (politiques, économiques, sociaux), qui ont fait main basse sur l'immobilier (et nous louent donc des appartement hors de prix) et qui sont responsables de la situation économique actuelle ? Rassures-moi car j'ai comme l'impression qu'ils ont merdé sur tout la ligne. Pourtant ils ont bien été éduqués, avec tes méthodes ! Se pourrait-il que tu nous aies raconté des salades pendant tout ton bouquin ?
    Je le pense très sérieusement.
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    • Livres 4.00/5
    Par Malivriotheque, le 03 février 2014

    Malivriotheque
    Jean-Paul Brighelli analyse l'état de l'Education Nationale et le niveau des élèves qui passent entre ses mains. le constat est loin d'être rassurant...
    Derrière un ton souvent ironico-blasé et de virulentes invectives (la redondance est voulue) à 99% méritées, Jean-Paul Brighelli dresse un constat alarmant et pourtant bien connu de tous les acteurs "subissants" de l'Enseignement en France : cela fait plus de 40 ans que le niveau ne cesse de baisser, parce que les exigences ont volontairement été revues à la baisse par des didacticiens dinosaures ou planqués qui ne veulent pas heurter la sensibilité déjà abrutie de ces pauvres chéris qu'on n'ose même plus appeler "élèves" tant le mot est déjà trop violent (notons dans ce cas la magnifique utilisation du terme langue de bois "apprenant"). Sans parler de l'enseignant devenu "puériculteur général", sortant des écoles sans comprendre/connaître le métier (parfois sélectionné sans avoir le niveau réel) ou muselé par des règles d'apprentissage qu'il sait pertinemment être complètement inadaptables, vaines et ridicules et pour le coup voué à faire des choses simples tant le public ne suit pas, ne cherche pas à suivre, ou à qui on a dit de ne pas suivre.
    Sans parler de tous les systèmes mis en place pour justifier le désintérêt et les erreurs commises par les élèves, en entérinant des états tels que la dysorthographie ou la dyslexie et en les qualifiant de pathologies qui demandent une notation adaptée au lieu de les corriger comme c'était encore faisable avant mai 68 où justement on ne cherchait pas à "déranger" ces pauvres petits, aujourd'hui pour beaucoup accompagnés d'AVS dont ils n'auraient même pas besoin s'ils se secouaient un peu la grappe qu'on appelle cerveau. Une pathologie peut se soigner, non ?? Les élèves qui ont des notations et un accompagnement personnalisés lors de leur scolarité n'auront bizarrement pas les mêmes avantages-doudous dans leur vraie vie d'adulte, non ?? Alors pourquoi persister pour ceux qui n'en n'ont pas réellement besoin ?? Sans parler des enfants qu'on qualifie de mono-tâche, soit-disant incapables de faire plusieurs tâches à la fois comme l'a déclaré leur médecin (?) alors qu'ils sont étrangement capables de parler avec leurs camarades tout en faisant des dessins pendant que l'AVS prend les notes à sa place... (Expérience personnelle, ça devait sortir !!)
    Le constat pourrait à chaque fois se faire sur plus d'une dizaine de pages, c'est d'ailleurs ce qu'a fait l'auteur qui réunit pour beaucoup ce que tout le monde aimerait cracher en moins d'une minute sans réellement pouvoir se rappeler tout ce qui ne va pas dans ce fichu fatras éducatif français. On peut ne pas être tout le temps d'accord avec lui, mais on peut le comprendre, ce prof qui a vu comme beaucoup d'autres toutes les dérives du système et ses effrayants résultats aujourd'hui.
    Je ne suis pas de la génération d'avant 68, loin de là. Mais j'ai pu voir qu'en l'espace de quinze ans, où j'étais moi-même élève avant de passer de l'autre côté du bureau, que le niveau a cruellement baissé, que les exigences étaient faibles. J'ai pu cotoyer ce système à la dérive sur une planète océanique où il n'y a nulle part où accoster, dans lequel les correcteurs des examens ne corrigent plus les fautes d'orthographe, ne sanctionnent pas les erreurs de dates, reviennent à peine sur les grands noms de l'Histoire et de la Littérature et ne s'ennuient guère à mettre zéro sur un exercice où il faut comparer les différences tandis que l'élève a comparé les ressemblances parce que, comprenez-vous, il a "comparé", et c'est déjà vachement bien. A mon époque, on faisait encore des dictées, et certains de mes camarades avaient -60. Aujourd'hui on veut retirer les notes de peur de traumatiser les "apprenants", de peur que les parents poursuivent les enseignants jusque dans le parking du collège ou veuillent porter plainte contre eux pour harcèlement parce qu'ils donnent des devoirs à la maison à leur gamin (du vécu, vous dis-je !!!).
    En bref, j'ai apprécié cette lecture, qui réunit les 3/4 des arguments que vous rencontrerez partout, mais qui en distille de nouveaux pour la plupart encore plus sidérants (est-ce pourtant possible ?). Cependant, j'en ai personnellement assez (déjà) qu'on rabâche tout ça tout le temps. le problème, c'est qu'il paraît peu probable que les choses s'arrangent. J'ai prévu pour ma part, si j'ai des enfants, non pas de fliquer les profs et ce qu'ils font, mais de pallier moi-même aux erreurs de la pitoyable Education Nationale dans laquelle je serai pourtant obligée de les placer en mettant des livres annexes à ce qu'ils font dans leurs mains d'élèves, et non d'apprenants. Et s'ils ne bossent pas, pas de dessert. Vous voyez, tout est prévu...!

    Lien : http://livriotheque.free.fr/#!xhr_find_book.php?nom=98&titre=144
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    • Livres 4.00/5
    Par Colonel, le 29 octobre 2010

    Colonel
    Assez édifiant...
    Le niveau d'un bac des années 60 n'est aujourd'hui atteint qu'à bac+3.
    Le volume d'heures d'apprentissage, premier facteur de succès de l'apprentissage, est en constante chute.
    Ces heures sont remplacées par des activités non scolaires et, pour ceux qui le peuvent, par des cours privés.
    On favorise l'apprentissage de compétences étriquées au détriment de la culture générale qui seule est capable de mettre en capacité de penser de manière critique. Nos gamins étudient les textes pour eux-mêmes, au delà de leur fond. Ainsi on retrouve au même plan une coupure de presse et un texte de Mallarmé.
    ... et bien d'autres encore.
    La dégradation n'est pas un hasard ou une conséquence de quelque fait : elle est voulue.
    Le rôle de la fabrique du crétin (l'école du système libéral) n'est pas d'éduquer des citoyens critiques mais de satisfaire l'outil de production, et favoriser au passage la reproduction sociale (étanchéité des classes).
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    • Livres 5.00/5
    Par rkhettaoui, le 24 mai 2012

    rkhettaoui
    Heureusement qu'il ait eu "la fabrique du crétin " que je considère comme une suite allégorique de la vérité, à l'oeuvre de Daniel Pennac " Chagrin d'école" imprégné du reste d'un langage abscons , à travers duquel je restais pourtant sur ma faim
    Ce que voulait Daniel Pennac atteindre à travers " Chagrin d'école" au sujet de sa "cancrerie" est en quelque sorte une forme de louange susurrant , mis en quarantaine
    et en filigrane , Brighelli a outrepassé cette cadence jugée insuffisante et non appropriée , en le claironnant tout simplement
    Cet illustre normalien , ce personnage d'une trempe clairvoyante ne se décontenancerait pas pour les critiques , dénigrement et propension au verbiage de certains responsables et autorité qui l'accuse de virulence et d'user de propos outrancier
    Fervent défenseur de l'école républicaine , l'auteur , par le truchement de ce magnifique opuscule , tira la sonnette d'alarme pour endiguer la déconfiture totale de l'école actuelle , celle qui excellait dans la fabrique du " crétin " préviligiant à bon escient , ce terme précis , synonyme d'une réalité quand bien même dérangeante
    Usant d'un constat consternant aboutissant à un diagnostic établi à partir de données palpables , l'auteur a décelé certaines imperfections , lacunes criardes vécues au quotidien par les écoliers , collégiens et lycéens et préconise à leurs encontres des remèdes absolutionistes, sans modesties, bien qu'ils ne générassent pas de miracles mais qui pourraient amenuiser efficacement les dégâts
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Citations et extraits

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  • Par Under_The_Moon, le 23 décembre 2012

    Moins ils en savent, plus facilement ils seront taillables et corvéables à merci. Ajoutez à cela le poids psychologique des CDD, qui ont tendance à se généraliser, les facilités faites aux entreprises pour licencier ou délocaliser, et vous obtenez ce que nous avons aujourd'hui : une classe ouvrière parfaitement dépourvue de tout moyen de s'insurger.
    (...) - parce que l'intelligence est moins l'adaptation que la contestation. (...) : on a orchestré la baisse de niveau en interdisant tout simplement de faire apprendre. (...)
    Avec l'aval de l'institution, puisque l'élève est plus important que l'enseignant. La spontanéité érigée en dogme est le plus beau facteur d'aliénation moderne.

    (...) On s'est contenté de remplacer le travail par le ludique. C'est un procédé vieux comme le monde, pour s'assujettir les consciences, et les couper de toute revendication.
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  • Par Iboo, le 09 septembre 2012

    En coupant les jeunes de la culture, on les a confinés dans le ghetto d'une langue raréfiée, où les quelques mots subsistants sont affublés de tous les sémantismes en même temps. "C'est géant / c'est nul" : entre ces deux jugements, toute la gamme intermédiaire - tout ce qui permet d'affiner la pensée - a disparu.

    (...) Les inventions verbales, dans ce contexte d'appauvrissement général, ne témoignent nullement de la vigueur de la langue, mais de son extinction. Le mot branché (chébran, bléca, ce que vous voulez) est l'argot d'une secte, d'un gang, d'un clan. II n'enrichit pas la langue, il entérine l'exclusion.
    Les jeunes n'ont plus les mots pour organiser ne serait-ce qu'un embryon de pensée.
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  • Par Iboo, le 09 septembre 2012

    Les didacticiens contemporains s'accommoderaient assez d'une langue réduite à 800 mots, comme le "basic english" que l'Angleterre apprenait à ses serviteurs indigènes, du temps de l'Empire. Même souci, même punition : il s'agit aujourd'hui de former les manoeuvres de l'Europe future - et 800 mots sont bien suffisants pour obéir... et se taire.

    Bernard Lecherbonnier, dans son récent ouvrage (Pourquoi veulent-ils tuer le français ?) remarque avec une certaine ironie que 800 mots, ce n'est jamais que quatre fois le vocabulaire d'un berger allemand bien dressé. Et il s'agit effectivement de dresser les futurs disqualifiés du libéralisme sauvage.

    (...) Prolo tu es né, prolo tu resteras - et si possible deviendras, car nous n'avons pas besoin de toi au sommet. Culture d'héritiers frileux, qui ne cherchent qu'à se préserver.

    (...) Car c'est bien de valets qu'ils ont besoin, là-haut. Alors on condamne des enfants à la faute perpétuelle, d'abord en leur apprenant à lire selon des méthodes dont on sait, depuis trente ans, qu'elles génèrent une clientèle massive pour les orthophonistes, puis en leur autorisant les graphies phonétiques, sanction logique de leur incompétence programmée. Le Crétin formaté par les contempteurs de l'orthographe n'aura plus même les moyens d'écrire aux prud'hommes pour protester contre son licenciement.
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  • Par Iboo, le 20 septembre 2012

    Evidemment, le nouvel enseignant issu d'un IUFM niçois et balancé en première nomination dans la banlieue de Valenciennes n'est pas formé à cela. On lui a déconseillé l'encyclopédisme. On lui interdit la culture - la sienne. "Mettez-vous plutôt à l'écoute de leur culture... Etudiez le rap... Travaillez NTM..."

    (...) Proposer à ces enfants de travailler sur leur "culture" c'est les mépriser. Suggérer qu'il serait dangereux (?) de décortiquer avec eux les guerres coloniales, ou inutile de leur expliquer la démocratie athénienne, c'est criminel. Leur conseiller de lire exclusivement des oeuvres courtes, c'est les humilier.
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  • Par Malivriotheque, le 03 février 2014

    Alors n'hésitons pas à revenir à la discipline, et aux vieilles disciplines. Dissocions à nouveau, par exemple, la grammaire de la langue et l'étude des textes. L'outil d'une part, ses réalisations les plus remarquables de l'autre. Cela évitera de traiter uniformément Fred Vargas et Racine.

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