" C'est génial ! On s' attendait à un roman politique sur l'esclavage et on lit un formidable hymne tellurique qui prend la dimension d'un continent. Dans cette Afrique du Sud du siècle dernier, le sang et la mort, la passion et la violence, le sexe et la haine sont au ... > voir plus
Un livre lu et étudié lorsque j'étais étudiante en lettres modernes. J'en garde un souvenir impérissable. Depuis, je l'ai conseillé à plein d'amis, je l'ai prêté bien souvent, et même offert... le plus grand livre d'André Brink !
Intéressant. Mais il y a beaucoup de passages...dont on pourrait se passer, parce que ce sont des redites. Résultat : à certains moments, je perdais patience, alors qu'à d'autres, je savourais l'instant. Donc, mitigé. Mais le fait d'adopter le point de vue des esclaves et des maitres est vraiment intéressant.
Au début, dans les illusions de l'adolescence, on croit dans la révolte sauvage. Pris au piège de sa condition - femme, épouse, subalterne -, il ne s'offre que deux échappatoires comme alternative à la violence : la folie ou le suicide. Mais survivre prend le pas, même sur la dignité. Ce n'est pas une reddition, mais un ultime et patient empressement du corps et de l'esprit.
Ils vous disent « Regarde bien ce mur. Reste à l’intérieur. Si tu oses sauter pas dessus… » et vous ne savez jamais vraiment ce qu’ils vous arrivera si vous sautez. Impossible de savoir, si vous ne sautez pas. Et ce n’est pas facile. De ce côté, tout est familier, vous savez où il faut courir et où il faut paître. Mais le mur de pierre est toujours là. Vous pouvez faire semblant de ne pas le voir ou détourner la tête, mais le mur ne bouge pas, et à l’intérieur, le pré semble se rapetisser chaque jour. Si vous n’êtes pas préparé à sauter, vous pouvez être écrasé à la fin. Maintenant, j’ai sauté. Et j’ai survécu.
(Le livre de Poche, p. 227)
On peut se sauver d'un endroit, quitter des gens; mais on ne peut jamais abandonner son corps. Et votre corps contient les endroits et les gens. Cette morsure sur mon épaule : Pamela. Ce cal : la fourche dans la ferme d'Oubaas Piet. Cette marque: le fouet de Nicolaas. Cette ancienne brûlure : la marmite en fer de Mama Rose. On ne peut pas s'échapper.
Et il y a les autres cicatrices, celles qui ne laissent pas de marques visibles pour l'oeil, mais qui sont à l'intérieur : ces marques et ces balafres que vous découvrez dans votre sommeil, dans vos pensées, dans vos rêves. Ce mot, ce regard, ce geste.
Les dimanches ne m'avaient jamais valu rien de bon. On pense trop quand on ne fait rien. Pendant toute la semaine, on travaillait dur et on contrôlait tout ce qui se passait; et cela donnait un sentiment de sécurité. Mais le dimanche, on avait l'impression que tout le monde vous glissait entre les doigts. On n'était plus sûr de ce qui se passait dans le lourd silence; on se sentait étranger, menacé par une panique impossible à dominer parce qu'au-delà de toute compréhension.
Aucun homme n'a assez de pouvoir sur l'esprit pour contenir l'esprit.
Nous, nous n'avons jamais pensé que ces montagnes et ces plaines, ces immenses pâturages et ces marécages étaient des endroits sauvages qu'il fallait dompter. Ce sont les Blancs qui les ont appelés sauvages et qui y ont vu des animaux sauvages et des hommes sauvages. Pour nous, ce pays a toujours été amical et domestiqué. Il nous a fourni de quoi manger, de quoi boire et de quoi nous abriter. Ce n'est que lorsque les Blancs sont arrivés et ont commencé à creuser, à briser et à tirer, à repousser les animaux, qu'il est devenu sauvage.