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ISBN : 2246858461
Éditeur : Grasset (04/01/2017)

Note moyenne : 4.16/5 (sur 16 notes)
Résumé :
Ça commence comme une nouvelle d'Alice Munro : lors de son déménagement, une romancière est abordée par sa voisine du dessus qui l'a reconnue, et l'invite chez elle pour parler de Charlotte Delbo.Ça continue comme un récit d'Isaac Babel. Car les parents de Jenny, la voisine née en 1925, étaient des Juifs polonais membres du Bund, immigrés en France un an avant sa naissance.Mais c'est un livre de Geneviève Brisac, un « roman vrai » en forme de traversée du siècle : l... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
Sallyrose
04 janvier 2017
★★★★★
★★★★★
Cet ouvrage est la retranscription d'un échange entre l'auteur et Jenny Plocki.
Née en 1925, rescapée de la rafle du Vélodrome d'Hiver, Mme Plocki est une militante de gauche, engagée dans l'enseignement et le féminisme. Elle a été la compagne pendant 60 ans de Jean-René Chauvin, lui, rescapé des camps de concentration et membre du comité central du Parti communiste internationaliste.
Le décor est planté pour ceux qui, comme moi avant cette lecture, ne connaissent pas ces personnalités (au sens propre comme au sens figuré).
Il s'agit donc du témoignage de cette femme à travers ses épreuves et ses engagements au cours du XXème siècle. Ce qui m'a bouleversée est le récit des insidieuses exactions quotidiennes qu'elle a subies ainsi que sa famille en tant que Juifs pendant l'occupation, les détails du quotidien qui échappent aux livres d'Histoire et aux romans, souvent mélodramatiques, qui se déroulent à cette époque.
Parce que Mme Plocki est d'une pudeur absolue mais aussi parce qu'elle a le sens de la narration, on ressent la terrible profondeur des contours qu'elle n'aborde que du bout des lèvres, sans victimisation. Elle tire sa force de l'amour de ses parents, de leur éducation dont la dernière marque est relatée dans une scène incroyable (« directives et conseils » de la mère au moment de l'arrestation du 16 juillet 1942).
Est évoquée également la politisation de l'adolescente qui accompagne son père aux manifestations et notamment à celles des grèves de 1936 ; mais aussi le goût de la culture transmis par des parents plutôt avant-gardistes, bienveillants et respectueux de la liberté de leurs enfants. Ils seront les repères qui lui permettront de finir ses études malgré les circonstances et de donner un sens à son existence en s'engageant dans le militantisme.
Ce récit mélange de façon subtile celui de la narratrice et celui de Mme Plocki, leurs activités communes liées à leur statut de voisines (une recette de cuisine, un conseil en jardinage) et la présentation des souvenirs que Mme Plocki a conservé comme son étoile jaune mais aussi le carnet des spectacles auxquels elle a assisté dès avant-guerre.
Je recommande vivement la lecture de ce « roman vrai ». A travers le témoignage de ce tragique destin individuel, il rappelle en force la cruauté des uns envers les autres, l'inhumanité devenue norme d'Etat à une époque pas si lointaine de la nôtre mais dont les témoins directs auront bientôt disparu.
Je remercie les Editions Grasset et Netgalley pour cette bouleversante découverte.
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bina
06 février 2017
★★★★★
★★★★★
Voici un livre beau et touchant que nous propose ici Geneviève Brisac. Alors qu'elle vient de déménager, l'auteur croise Eugénie, sa voisine, une vieille dame. Elle souhaite lui parler de Charlotte Delbo, ancienne déportée de Ravensbrück. Parler des autres pour ne pas parler d'elle, c'est l'un des points communs entre Jenny et Geneviève Brisac.
Et l'auteur nous emporte dans la conversation de ces deux voisines. L'une raconte, l'autre écrit, mais les deux à leur manière témoignent. Et l'ensemble des événements racontés, chacun des éléments qui relève de l'expérience individuelle (c'est la vie d'une personne qui est racontée) devient un témoignage du vécut et d'une mémoire collective car chaque fait est replacé dans le contexte politique et social de l'époque : lois antijuives, mesures sur la déportation, condition de la femme avant, pendant et après la guerre.
Parler de Charlotte Delbo, est une entrée en matière, mais Geneviève Brisac parvient à faire parler Jenny d'elle-même, de son parcours de jeune fille née en France de parents émigrés polonais, arrêtés et déportés. Comment a-t-elle échappé à l'horreur de la déportation ?
Cela pourrait être un documentaire, mais ce n'est pas le cas, c'est bien plus vivant, car Geneviève Brisac recompose les éléments pour mieux mettre en valeur des mots ou des actes. Elle a ‘'réinventé le plus fidèlement possible la vie de Jenny'', ce qui est en fait un roman vrai.
Entre l'auteur et Jenny s'immiscent d'autres témoignages, Charlotte Delbo ou Scholastique Mukasonga (témoignage sur le génocide Rwandais) car écrire, pour toutes, c'est naviguer entre l'oubli et la disparition, c'est perpétuer la mémoire.
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jg69
16 février 2017
★★★★★
★★★★★
Geneviève Brisac nous raconte ici la vie de sa voisine. Suite à un déménagement, elle a rencontré cette voisine, "Eugénie, dite Jenny, dite Nini", institutrice de classe préparatoire, née en 1925. Jenny l'aborde un jour pour lui parler de Charlotte Delbo car elle a entendu Geneviève Brisac parler de cette résistante dans une émission.
Réunies par l'amour des livres, très vite Geneviève Brisac et Jenny se lient d'amitié. Peu à peu Jenny va lui confier son histoire et Geneviève Brisac va écouter, questionner et accompagner, "elle réinvente le plus loyalement possible la vie de Jenny"
Dans le récit leurs voix se fondent, " les temporalités et les topographies" se mêlent, aboutissant à un texte serré, haché.
Les parents de Jenny étaient des émigrés juifs polonais, militants politiques. Son père l'emmenait en manifestation alors qu'elle n'avait que 9 ans, avec ses parents elle a vu arriver les mesures anti-juives en 1936.
Leur vie bascule le 16 juillet 1942 lorsqu'un ancien voisin policier frappe à leur porte et les arrête. C'est la rafle du Vel d'Hiv...
Les enfants français sont autorisés à quitter le lieu de regroupement, or Jenny et son frère sont devenus français par déclaration à leur naissance. Leurs parents, contrairement à la plupart des autres parents, font le choix d'indiquer que leurs enfants sont français pour qu'ils échappent à la déportation.
Commencent alors ce qu'appelle Jenny les deux heures les plus importantes de sa vie au cours desquelles sa mère lui transmet ce qu'une mère se doit de transmettre à sa fille pour l'armer pour la vie.
Nul besoin d'indiquer que ce passage est fabuleux et vaut à lui seul la lecture de ce roman. La mère de Jenny va lui expliquer tout ce qu'une femme doit savoir pour être libre et indépendante, elle va lui expliquer l'amour, la contraception, l'avortement, le divorce..., elle va lui donner son alliance, sa montre...
Jenny se remplit alors de la force que ses parents lui transmettent à ce moment là, c'est d'autant plus émouvant que ses parents ont une vision claire de ce qui les attend.
Jenny et son frère vont ensuite être livrés à eux-mêmes en proie à la faim et à la peur. le lien avec leurs parents va passer par des lettres où chacun, à coup de mensonges, tente de rassurer l'autre jusqu'à la dernière lettre que Jenny reçoit, un petit bout de papier où son père a écrit cette magnifique phrase "Vivez, espérez.". Elle reçoit ce message un an après que son père l'ait glissé à l'extérieur du train qui l'emportait vers la mort. Un cheminot l'a récupéré et posté.
Après ces années de survie, ce sera l'engagement politique à gauche, la guerre d'Algérie et Mai 68.
Geneviève Brisac dresse le magnifique portrait d'une femme qui ne manifeste aucune haine et qui aura toute sa vie la passion de la transmission. Une femme pleine d'énergie, de curiosité et d'amour de la vie qui ne renoncera jamais à ses convictions et à ses idéaux. J'ai trouvé ce court récit très sobre et dense.


Lien : http://leslivresdejoelle.blo..
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sylire
21 février 2017
★★★★★
★★★★★
Vie de ma voisine est une oeuvre littéraire originale qui situe entre la biographie et le roman. Ce projet littéraire est venue à l'esprit de Geneviève Brisac après avoir échangé longuement avec sa nouvelle voisine, désormais amie, Jenny Plocki. Au tout début de leur rencontre, c'est d'une autre femme qu'elles ont parlé : l'écrivaine Charlotte Delbo qui n'est plus de ce monde. Charlotte et Jenny étaient amies. Elles avaient entre autres comme point commun d'avoir subi, directement pour la première et indirectement pour la seconde, le traumatisme de la déportation des juifs durant la seconde guerre mondiale.
Née en 1925 de parents juifs polonais immigrés en France avant sa naissance, Jenny Plocky a perdu ses parents lors de la rafle du Vel'd'Hiv. Se retrouvant seule à dix-sept ans avec son jeune frère, elle a dû faire face à la terrible absence de ses parents puis se résoudre à leur disparition définitive, quand elle a compris qu'ils ne reviendraient pas. Toute sa vie, elle a cherché à reconstituer ce qui s'est passé entre le moment où ses parents ont quitté le Vel'd'Hiv et celui où ils sont morts, ce qui ne l'a pas empêchée d'aller de l'avant.
Geneviève Brisac relate assez longuement l'enfance de Jenny. Une enfance pauvre mais heureuse. Entourée par un père très cultivé et une mère au grand sens pratique, Jenny a grandi dans un foyer uni qui tout fait pour s'intégrer en France. Elle travaillait très bien à l'école et faisait la fierté de ses parents. Leur sérénité sera anéantie par la montée du nazisme. En 42, après la déportation de ces derniers, Jenny continuera à aller à l'école, soutenue par son amie de toujours et les parents de cette dernière. Elle deviendra institutrice.
Sans le drame qui l'a touchée alors qu'elle était adolescente, Jenny aurait peut-être été une personne différente, moins engagée. Elle a milité toute sa vie contre les injustices et espéré un monde meilleur. Combative, elle n'a jamais baissé les bras. C'est une grande partie du siècle que nous balayons avec ce récit. Si la shoah occupe une grande place, il est question également de l'évolution des idées (mai 68, la place des femmes dans la société...).
La vie de Jenny Plocky méritait plus que le détour et Geneviève Brisac l'a couchée sur le papier avec originalité, mêlant ses propres réflexions à celles de sa nouvelle amie. Toutes deux ont en commun l'amour des livres et de la culture et cette complicité transparaît au travers des lignes de l'ouvrage.
Une lecture émouvante et enrichissante.
Lien : http://www.sylire.com/2017/0..
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Aifelle
03 février 2017
★★★★★
★★★★★
Premier coup de coeur en cette rentrée littéraire de 2017 pour ce texte qui est plus un récit qu'un roman. Geneviève Brisac vient d'emménager dans un nouvel appartement quand elle est abordée timidement par une vieille voisine qui l'a reconnue et voudrait lui parler de Charlotte Delbo, qu'elle a bien connue.
En fait, de Charlotte Delbo, il n'est quasiment pas question dans ce livre, sauf dans les dernières pages, mais la vie de Jenny est tout aussi particulière et un lien fort va se nouer entre les deux femmes. La plupart du temps, ce sont les mots de Jenny qui sont repris par l'auteure. Elles vont se voir souvent et c'est au cours de ces rencontres que Jenny va remonter ses souvenirs, étayés par toutes sortes de documents, y compris le mot plié en quatre, jeté d'un train par son père. Mot qu'elle mettra de côté quarante ans, avant de pouvoir le lire.
Eugénie, dite Jenny est née en France, en 1925, de parents polonais juifs, membre du Bund (organisation juive marxiste). Ils sont arrivés juste un an avant. Jenny raconte la vie de ses parents, ils sont très pauvres, habitent un logement minuscule, travaillent dur. Les années 30, le militantisme, l'espoir d'une vie meilleure, c'est une période heureuse malgré la dureté du quotidien. Rivak ne veut pas continuer à travailler à l'usine et le couple arrive à acquérir un petit commerce. Ils vendent des chaussettes sur les marchés.
Puis c'est la montée des périls, la déclaration de guerre et les mesures anti-juives que l'on sait. J'ai lu un certain nombre de récits sur cette période, mais toujours je suis surprise lorsque j'en lis un nouveau. Les parcours personnels sont tellement différents et incroyables pour certains que je me rends compte que finalement, tout était possible en cette période et que la chance était un facteur important dans la survie.
Jenny raconte en détail le processus d'exclusion, la peur qui s'installe et pour finir l'arrestation dans une rafle. Et là, ses parents prendront une décision qui lui sauvera la vie ainsi que celle de son petit frère. Les enfants sont de nationalité française, ils peuvent donc être libérés. le portrait que Jenny fait de sa mère, Rivka, montre une femme forte, intelligente, déterminée et éprise de liberté "Rivka , qui a appris à sa fille à ne pas croire au Père Noël, ni à la petit souris, ni à Dieu ni à Diable, mais seulement à l'amour, à la lutte et à la liberté, lui apprend en deux heures à être une femme libre, une femme indépendante".
C'est un livre bouleversant, la vie d'une femme dont la droiture ne se dément pas, toujours en recherche et ouverte aux autres. A la fin de la guerre, elle espère longtemps le retour de ses parents, en vain. Elle a une vision engagée de son métier d'institutrice, adhère au parti communiste, mais n'y reste pas longtemps, ses engagements seront autres. Il y a aussi la présence précieuse de son amie Monique, toujours là quand il le faut et qui ne l'a jamais abandonnée.
Une histoire qui se lit d'un trait et que l'on referme à la fois admirative et le coeur serré.


Lien : http://legoutdeslivres.canal..
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Les critiques presse (3)
Telerama15 février 2017
On passe d'un temps à l'autre, d'un lieu à l'autre, le texte est tissé serré, d'une extrême économie, d'une formidable intensité.
Lire la critique sur le site : Telerama
Culturebox09 février 2017
Un témoignage essentiel, comme chaque voix portant cette mémoire, que la romancière transmet avec vigueur et délicatesse.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LaCroix03 février 2017
Geneviève Brisac, avec une grande économie de moyens, raconte une et plusieurs vies dans les tragédies du siècle dernier.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations & extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
jimpeejimpee20 février 2017
Un camarade débarque dans notre cellule. Il dit : il y a une trotskiste ici. comme il dirait une nazie, une ennemie du peuple
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jimpeejimpee20 février 2017
Rivka , qui a appris à sa fille à ne pas croire au père Noël, ni à la petite souris, ni à Dieu ni à diable, mais seulement l'amour, à la lutte et à la liberté, lui apprend en deux heurs à être une femme libre, une femme indépendante.
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BrizeBrize08 janvier 2017
A cette époque, grâce à un ami, Roger Hessel, le frère de Stéphane Hessel, je découvre les auberges de jeunesse. J’adhère au mouvement des A.J. Ce sont des jeunes gens qui souvent ont été résistants : ils n’étaient pas suspects aux yeux des nazis, qui y voyaient une organisation de jeunesse tournée vers le sport et la nature. Jouant longtemps double jeu, ils ont pu faire des choses magnifiques. Nombre d’entre eux ont été déportés, nombre d’entre eux sont morts. C’est, en 1948, une organisation qui allie l’esprit de 36 et le goût des vacances partagées, entre jeunes gens. Un monde joyeux peuplé de bicyclettes, où l’on s’habille en short, chemise retroussée aux coudes, aux pieds des grosses chaussures, à la bouche les chants de marche et les chants révolutionnaires , les chants traditionnels et les chansons d’amour.
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BrizeBrize08 janvier 2017
Jenny aurait voulu être archéologue. Elle aurait pu être une mathématicienne géniale. Elle proteste et me frappe, quand je dis cela, mais je l’ai entendue cent fois regretter de n’avoir pas fait davantage d’études, au lieu de quoi elle a passé sa vie à apprendre à lire à des enfants ; elle y a mis toute son intelligence, toute sa passion.
Encore aujourd’hui, il lui arrive de prendre à son bord un enfant réticent.
Les livres sont les meilleures armes de la liberté. Et la liberté s’apprend. Dans une classe, par exemple. Dans tes classes, dit une élève, on était libres de ne rien faire, et on travaillait comme des fous.
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vero35vero3502 janvier 2017
C'est Pessah pour les juifs, et pour tout le monde le jour du Souvenir des déportés. Nous ne nous joignons à aucune cérémonie. Jenny m'apporte une livre qui commence à peu près par ce vers : Mon souvenir des souvenirs s'égare.
Nous buvons un verre de thé. Elle me félicité, les impatiences se portent bien. J'ai probablement rencontré la première vraie pédagogue de ma vie.
Je plonge dans les souvenirs d'une autre que moi. J'imagine ce 16 juillet. J'essaie.
Une jeune fille est entièrement tendue vers sa mère. Celle-ci parle sans s'arrêter , pressée par le temps, puisqu'elle ne sait pas de combien de minutes elle dispose pour tout dire à sa fille, tout lui dire sur tout.
+ Lire la suite
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