
Surnageant au-dessus de cet océan d'égocentrisme, des vagues de photos trouées, lacérées, le visage du deuxième personnage avait été arraché.
Lui sur la Grande Muraille l'autre à ses côtés dont seul le corps était visible, lui sur le sable de Copacabana l'autre un corps en maillot de bain, lui sur le pont Charles à Prague l'autre en blouson rouge décapité. Des dizaines de photos dont la réalité avait été tronquée. Depuis dix ans aucune image n'était venue rejoindre ce terreau de portraits en papier. Un fil s'était rompu dans la trame de son existence faisant apparaître l'illusoire de sa beauté.
Plus de miroir non plus ! Le reflet de son visage : une éventualité proscrite de son cadre de vie. Plus personne n'avait franchi les grilles de son portail, le Lui d'avant n'existait plus, jusque dans son nom. Rien qu'une ombre, grande, décharnée, légèrement voûtée se faufilait au lever du jour en direction du lac des Minimes, en compagnie d'un labrador roux qui coursait les canards et plongeait dans les eaux stagnantes du lac artificiel.