> Hélène Serrano (Traducteur)

ISBN : 2918767050
Éditeur : Asphalte (2010)


Note moyenne : 2.86/5 (sur 7 notes) Ajouter à mes livres
Les Taupes raconte la dérive d'un fils de disparus de la dictature argentine, balloté entre une grand-mère persuadée que sa fille lui a donné un autre petit-fils en détention, une petite amie avec laquelle il n'arrive plus à communiquer et un mystérieux travesti dont il... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par InColdBlog, le 30 septembre 2010

    InColdBlog
    Errances argentines

    Le narrateur (dont on ne connaîtra jamais le nom) des Taupes est un orphelin élevé par sa grand-mère. Ses parents sont au nombre des « disparus », ces opposants politiques arrêtés, torturés et assassinés par la dictature militaire au pouvoir dans les années 70.
    D'aussi loin qu'il se souvienne, sa grand-mère, persuadée que sa fille avait accouché au cours de sa détention à la prison militaire, n'a cessé de rechercher les preuves de l'existence de cet enfant.
    Pour le narrateur, les ennuis commencent quand sa petite amie enceinte, Romira, le quitte après qu'il lui a suggéré d'avorter.
    Un peu plus tard, il rencontre Maïra, une fille superbe dont il tombe raide dingue amoureux et qui s'avère être… un travesti. Détail insignifiant aux yeux du jeune homme, qui s'accommode de cette situation avec une facilité déconcertante.
    Mais des doutes commencent à le tourmenter quant à la personnalité véritable de Maïra qui, de toute évidence, est plus qu'une simple prostituée vivant de ses charmes. Est-elle une taupe ? Un indic ? Un fils de disparus vengeur et tueur de flics ? Pour la protéger d'elle-même ou des « autres », il se met à la filer.
    Le jour où Maïra disparaît, il se lance aussitôt sur ses traces, sans cesser de rechercher son hypothétique frère ou sœur. Et sans savoir que c'est aussi sur ses propres traces, à la recherche de sa véritable identité qu'il s'aventure.

    Étrange roman que celui de Félix Bruzzone et singulier personnage que son narrateur, figure centrale du récit, malmené par les bouleversements qui se succèdent dans sa vie. Jeune homme simple (on pourrait même le croire simplet par moment), il n'a pas l'ombre d'une ambition et n'aspire qu'à une vie modeste, sans complications :
    « (…) ensemble, on allait mener l'enquête, puis on partirait pour cette maison dans le Sud. Si on était frère, on se repentirait de ce qu'on avait fait et on serait inséparables. Avec le temps, chacun de nous aurait sa maison au bord du lac, ou alors on pourrait partager un même foyer pour toujours, toujours ensemble et toujours prêts à demander pardon pour notre amour erroné. On pourrait même construire plusieurs cabanes et les louer ou les vendre comme cabanes à temps partagé. On en assurerait l'entretien – elle ferait le ménage, moi les petits travaux – et on pourrait même, selon l'affluence de touristes, changer de cabane d'une fois sur l'autre pour laisser dans chacune des signes de notre amour. Des signes sur les murs, sur les sols, dans chaque cabane un ou plusieurs signes, marquant le passage du temps jusqu'à la fin de nos vies, prisons d'amour, traces dans des maisons où Maïra et moi allons vivre pour toujours. »
    Le besoin vital qu'il a de combler le vide affectif dont il souffre depuis son enfance, cet appétit d'amour, d'aimer et d'être aimé, conjugué à une sorte de naïveté, le conduiront à s'attacher à des personnes plus ou moins marginales qui toutes finiront par l'abandonner, le condamnant ainsi à une vie d'errance.
    A l'origine de sa dérive, son inertie face aux événements, son absence d'engagement : largué par sa copine, il se retrouve sans famille à la mort de sa grand-mère. Quand il décide de faire retaper la vieille maison où il a passé son enfance, il est jeté à la rue par les ouvriers qui décident d'investir les lieux. Obligé de vivre dans sa voiture, il se la fait braquer par des voleurs qui le laissent totalement démuni. Sans logis, errant parmi les clochards de Buenos Aires, il croise alors Mariano, un architecte qui le recueille chez lui. C'est à l'initiative de son nouvel ami qu'il va se retrouver manœuvre sur un chantier à Bariloche.
    Son apathie le rend souvent exaspérant, mais son manque d'assurance est touchant :
    « Mariano buvait son café à petites gorgées et me regardait comme on regarderait une chauve-souris endormie : les pattes en l'air, les ailes recouvrant tout le reste. J'avais beau expliquer, mes mots ne disaient pas grand-chose. Des pierres précieuses, oui, mais fausses. Au début, les gens ne comprennent jamais ce que je dis, je m'exprime mal. Après non plus, d'ailleurs, ils font juste semblant. Et je ne sais pas pourquoi mais avec Mariano, ma chauve-souris s'est dépliée et j'ai même pu voir à nouveau où l'on était et comprendre qu'il comprenait. »
    Il ne se sent à sa place nulle part, du fait, principalement, de sa condition de fils de disparus :
    « Sur le chemin du retour, je me suis senti comme un intrus dans la vie des autres. Il m'était arrivé un peu la même chose en étant vagabond, maçon, pâtissier ; des activités que j'avais pu assumer un temps mais qui, en fait, étaient des cases dans une grille administrative, quelque chose de jamais tout à fait conforme à la réalité. D'ailleurs, j'ai toujours été incapable de remplir correctement les questionnaires, surtout la partie : parents, profession des parents et tout ça, parce qu'il y a toujours l'option « décédé » mais jamais l'option « disparu ». En plus, sur maman j'ai toujours su pas mal de choses, je pouvais même noter son numéro de carte d'identité, sa date de naissance, les maladies qu'elle avait eues : mes grands-parents s'en souvenaient. Mais pour papa c'était différent. Je ne savais que son nom et chaque fois que je l'écrivais, j'avais l'impression d'être en train de trahir quelqu'un, comme si écrire le nom du traître, c'était le revendiquer. »
    Dans Les Taupes, les personnages ne sont pas forcément qui on croit qu'ils sont : l'enfant qu'attend Romina pourrait bien ne pas être celui du narrateur ; la sculpturale Maïra est en fait un garçon dont on ne sait pas s'il travaille pour ou contre la police et qui peut-être même est le frère du narrateur ; Mariano, le « sauveur », qui abandonnera le jeune homme pour la belle nièce chilienne de El Aléman, le chef de chantier, le casseur de trav' qui pourtant va le prendre sous son aile. Et lui, le narrateur, qui est-il vraiment ? le sait-il lui-même ?
    Rien n'est jamais avéré, le doute plane toujours, générant une atmosphère lourde de suspicion et de paranoïa, amplifiée par l'omniprésence policière et les fantômes de la dictature militaire.

    Assurément, Les Taupes est un roman déconcertant, aux couleurs baroques, où la réalité se mâtine de fantastique pour donner un récit sombre dont le voile nébuleux est parfois déchiré par l'éclat de passages à la beauté fulgurante.

    Lien : http://www.incoldblog.fr/?post/2010/09/30/Errances-argentines
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    • Livres 4.00/5
    Par SEcriture, le 24 octobre 2010

    SEcriture
    Un style moderne et fluide. Dynamique. Une virée folle en Argentine... Autant de termes pour désigner cette histoire vraiment originale.

    Le héros est en proie à un doute sur sa propre identité. Sa grand-mère est morte en étant persuadé qu'elle avait un petit-fils caché. C'est à lui maintenant de découvrir la vérité. S'en suit une quête de l'identité trépidante. Un sentiment fou qui nous parcourt des pieds à la tête. Comme si on partait nous aussi à la recherche de notre frère... s'il existe vraiment ?

    Le héros est perdu, noyé dans le temps, dans sa vie et ses pensées. Son passé est en miettes et il doit le reconstruire. Pour cela il va croiser tout un tas de personnages étranges... ils sont comme lui, un peu perdu :
    Romina, sa petite amie enceinte qui milite pour elle-ne-sait-quelle-raison
    Ludo, une amie de Romina, enceinte elle aussi, qui va en apprendre beaucoup au narrateur (qui d'ailleurs n'a pas de nom ?!)
    Maïra, la.... euh ? Qui est-elle pour notre héros ? Une simple connaissance ? Non évidemment. Mais quoi alors ? Travesti avec qui il aime passé du temps ? Sa petite amie ? Un indic de la police ? ..... Son frère ??
    Lela, sa grand-mère
    Mariano, un ami maçon adepte des orgies
    El Aléman, son patron... le tueur de travestis de Bariloche ? Ami ou ennemi ?
    Bref, le narrateur va croiser la route de divers personnages qui vont tous le mener à l'accomplissement de sa vie. Au fin mot de l'histoire.

    Le texte se découpe en deux parties.
    La première est comme un préambule. Plusieurs mois de la vie du héros balayé en 100 pages... Une avance rapide entraînante et cinglante.
    La seconde partie est plus comme un road-movie. le héros voyage dans tout le pays à la recherche de Maïra, de Romina, du passé, de la compréhension.

    (petit bémol : plusieurs fautes de frappes mal venues dans le texte...)

    En bref : un roman moderne et plaisant. Une quête de l'identité à lire, pour sûr.
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    • Livres 3.00/5
    Par Electra, le 28 septembre 2010

    Electra
    Première impression, ce livre est puissant, il évoque la recherche désespérée d'un jeune homme en quête de son identité, qu'elle soit sexuelle, physique, humaine, philosophique. Jeune homme dont les parents ont été victimes (comme l'auteur) de la terrible dictature argentine, il est dans une recherche perpétuelle d'identité. (...) J'ai lu le livre très rapidement car l'auteur possède un style dynamique, qui m'a plus énormément. Je pense qu'il devait être encore plus agréable à lire en espagnol, il possède une tonalité propre, une sorte de musique intérieure qui nous entraîne avec le personnage principal.
    Il y a de la poésie chez Félix Bruzzone.
    Mais j'avoue aussi, que la deuxième partie du livre m'a moins plu, l'utilisation du "je" n'a pas réussi à m'enlever cette distance créée (volontairement ou involontairement) entre le personnage et le lecteur. L'empathie ressentie au début a disparu subitement, sans doute parce que l'histoire est si improbable qu'on finit par ne plus y croire. La faute aussi à un documentaire vu par hasard sur Planète qui présentait l'ESMA (l'école maritime utilisée pendant la dictature comme lieu d'emprisonnement et de torture), lieu où les parents du héros ont été assassinés. Je m'attendais donc à ce que le personnage parle plus de ses parents, de leur disparition mais il n'en est rien.
    L'histoire m'a déroutée, je ne le cache pas, mais l'auteur me plaît car son style est très particulier et je tournais les pages rapidement, dévorant ses mots. Ce qui me pousse à croire, que je n'hésiterai pas à lire ses prochaines œuvres, en espérant qu'elles soient peut-être un peu moins noires.














    Lien : http://theflyingelectra.blogspot.com/2010/09/les-taupes-de-felix-bru..
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    • Livres 3.00/5
    Par Skritt, le 07 octobre 2010

    Skritt
    Avant de commencer cette chronique, je tiens à remercier Babelio et Asphalte pour ce partenariat Masse Critique.
    Quelle drôle d'histoire ou plutôt devrais-je dire, quel drôle de conte. le trajet d'un personnage un peu perdu, qui recherche son identité, sa mère et son père ayant été tué pendant les pages noires de l'histoire de l'Argentine. Au début, élevé par sa grand-mère en quête d'une vérité qui n'existe peut-être pas, puis amoureux d'une jeune femme militante. Mais son mal-être, une bizarre déprime, l'empêche de continuer et malgré la nouvelle d'une grossesse, il tombe amoureux d'un travesti avant de finir dans les bras d'un homme, parfois violent, aux propos injurieux mais aimant.
    A quel moment nous sommes dans ses délires paranoïaques, à quel moment la vérité est relatée... on ne le sait plus. Et c'est avec lui que nous nous enfonçons dans un rêve fait de retrouvailles familiales, et d'une réalité glauque aux descriptions réalistes.
    Malgré le thème sur l'homosexualité, la folie d'un jeune homme perdu dans son passé et son identité sexuelle, l'écrivain sait nous captiver. L'écriture est très fluide et nous poursuivons les péripéties de ce "petit fou" avec plaisir même si j'avoue ne pas être arrivé à m'identifier au personnage. Un nouveau regard sur l'Argentine, son histoire et la souffrance des enfants des disparus, ses travestis qui arpentent les rues, en somme, ce mal-être national que ce pays n'arrivent pas effacer, à dépasser.
    Je remercie Babelio et Asphalte.

    Lien : http://skritt.over-blog.fr/article-les-taupes-felix-bruzzone-5837165..
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    • Livres 2.00/5
    Par ChezLo, le 13 novembre 2010

    ChezLo
    L'histoire d'un homme sans attache, un homme qui tangue entre deux lieux, entre différentes rencontres, entre deux sexes. Attirés par les transexuels, il va vivre au fil de sa quête différentes expériences sexuelles, comme autant de jalons sur le chemin de son identité retrouvée.
    Le style littéraire de Félix Bruzzone s'apprivoise assez difficilement mais il parvient à transcrire un sentiment de paranoïa, d'incompréhension, de n'être pas à sa place. Il y a parfois de beaux passages.
    Mais dans l'ensemble, je n'ai eu aucune accroche pour ce personnage effacé, sans prénom, pour ces aventures qui mêle rêve, fantastique parfois, et réalité d'une Argentine en crise, sans oublier une large part donnée au milieu des transexuels et homosexuels argentins. Je n'ai pas été absorbée par ce roman, même s'il est vrai que la seconde partie, ce road-trip jusqu'à Bariloche, aux pieds des Andes, m'a plu davantage.

    Lien : http://chezlorraine.blogspot.com/2010/09/les-taupes.html
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Citations et extraits

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  • Par InColdBlog, le 30 septembre 2010

    Et je me demandais pourquoi les militaires, pour se débarrasser des corps, ne les avaient pas brûlés et point barre : ça aurait évité que maintenant, les gens se mettent à exhumer les des os et à récolter les témoignages des pêcheurs et des curieux ayant trouvé sur les plages des corps que la mer a rejetés sur la côte. Une excellente idée, ça leur aurait permis de faire un musée où aller se réconforter, avec le sentiment du travail bien fait : une salle muette, secrète, remplie de boîtes pleines de cendres bien rangées sur des étagères. Les visiteurs formeraient une secte ; eux et les générations suivantes pourraient aller contempler le labeur des héros, se remplir l’âme du souvenir de vieilles prouesses en sachant que, même si un jour le musée venait à être découvert, rien de ce qui était exposé là ne pourrait jamais servir à prouver un quelconque délit.
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  • Par ChezLo, le 13 novembre 2010

    Au début, j'avais du mal à croire que Maïra pouvait être un assassin. Au pire une moucharde, une délatrice. Mais quand elle a dit : ou je te tue toi aussi, elle n'avait pas l'air de plaisanter. Surtout à cause du "ou" et du "aussi", qui sonnaient comme des pierres creuses, avec des coups de tonnerre dedans, des chiens sauvages ; tout était possible. Et à voir la facilité avec laquelle elle m'avait jeté dehors, rien d'étonnant à ce qu'elle soit prête à faire bien pire.
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  • Par InColdBlog, le 30 septembre 2010

    Moi, quand je faisais des gâteaux, souvent je laissais certains clients me devoir de petites sommes. Au début je ne le faisais pas exprès, je laissais passer, ou alors ça me gênait de devoir leur rappeler qu’ils me devaient de l’argent. Et puis au bout d’un moment, je me suis rendu compte que justement, c’est ça, être pâtissier : faire des gâteaux, être payé pour ça, vivre des gâteaux qu’on fait, mais aussi les faire pour les faire, parce que quelqu’un en demande, parce que le monde, à certains moments, a besoin de gâteaux.
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  • Par InColdBlog, le 30 septembre 2010

    Un clodo qui passait de temps en temps sur la place avec sa briquette de vin m’a dit que chercher des restes dans les poubelles, des pièces sur le trottoir, c’est chercher les morceaux d’un miroir. Y’a rien de nouveau, rien n’a changé, il disait, c’est toi, mais cassé.
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  • Par Electra, le 28 septembre 2010

    Jusqu'au moment où les petites lumière se sont concentrées sur ma nuque, denses comme des galets, et d'un coup ont dégringolé tout le long de mon dos avant d'en rester là, éparpillées de tous côtés, dents de quartz, aimants géants, et là El Aléman, épuisé, a joui.
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Felix Bruzzone en Cuentomilibro.com. Habla de su novela Los topos. (En espagnol.)








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